CINQUIÈME GUERRE DE RELIGION
(septembre 1574-6 MAI 1576)
CONSPIRATION A AVIGNON. PRÉSENCE DU ROI DANS LA VILLE. FAITS d'aRMES DIVERS. PROJET DU SIÈGE DE MÉNERBES. TRÊVE DE CHANTILLY ( I 574 , I575).
« Il y eut, » dit Justin, « une nouvelle conspiration
(i) Pérussis, dans d'Aubais, t. I, p. 150, 152-159, 165-165 ; d'Aubigné, t. III, eol. 678; Gaufridi, t. Il, p. 548 el suiv. ; Justin, p. 289-514.
sur Avignon dans le mois de septembre. Le cardinal en reçut avis de bonne part, et on trouva même des placards affichés dans divers lieux, par lesquels on était averti du grand danger auquel cette ville était exposée. » D'Armagnac redoubla de précautions et le complot avorta. Peu après, il reçut la visite du marquis de Villars , amiral de France , du baron de La Garde , du comte de Sault , François-Louis d'Agoult, du comte de Grignan , Gaspard de Castellane Adhémar et de plusieurs autres seigneurs de marque, mais .l'histoire n'en fait pas connaître l'objet.
Deux mois plus tard, Henri III, revenant de Pologne, descendit par le Rhône à Avignon (17 novembre). Il avait avec lui le duc d'Alençon son frère, Catherine de Médicis sa mère, le roi de Navarre, le duc Henri de Guise, les cardinaux Charles de Bourbon et Charles de Lorraine et un grand nombre d'autres grands seigneurs du royaume. Dans les conciliabules qui eurent lieu entre ces divers personnages , il fut décidé qu'on continuerait la guerre contre les huguenots , et Damville , qui leur était trop favorable, fut destitué de son gouvernement de Languedoc.
Du reste, la présence du roi à Avignon n'arrêta pas les hostilités un seul instant. Les huguenots prirent Crestet, près Vaison, par escalade, mais sans pouvoir forcer le château. Le duc de Guise s'y étant rendu en compagnie de Villeclaire, les huguenots ne l'attendirent pas. A la faveur du voyage du roi à Avignon et dans l'espoir que son départ occuperait les esprits, une nouvelle conspiration fut même ourdie dans cette ville. Mais le capitaine huguenot La Roche, venu tout exprès de Sisteron pour la mener à bonne fin , fut découvert et pendu. C'est alors que le roi , irrité de tant d'audace, donna son entière approbation à l'expédition que le
capitaine Horace Cono dirigea contre Mérindol et qui amena la ruine complète de cette place (24 décembre). Henri III quitta ensuite Avignon (10 janvier 1575), mais non sans avoir occasionné des dépenses considérables au Comtat. Avignon et Sorgues durent jpayer 2,000 écus pour l'entrée solennelle du légat, le cardinal de Bourbon, dont le voyage, comme on l'a vu, concorda avec celui du roi ; et la première de ces villes fut , en outre, obligée de payer les frais de séjour de Henri III et habiller ses pages et son escorte. Quant aux douze cents reîtres qui composaient son armée, ils vécurent dans le Comtat comme en pays ennemi.
L'hiver ne fut pas témoin d'autres événements. Au printemps, « Horace Cono, » dit Justin, « avec sa cavalerie et cent arquebusiers de la compagnie de Caumont fut donner un défi à la garnison de Ménerbes, qui sortit et se retira après une légère escarmouche. Un second défi, donné quinze jours après, eut des suites malheureuses pour ceux qui le donnèrent, car non seulement ils furent repoussés, mais encore presque tous tués » (23 avril). De ce nombre fut le chef de l'expédition lui-même. « Les ennemis, profitant de leur avantage, firent le dégât jusque sous Oppède, détruisirent tous les moulins, et, ayant trouvé Grignan de Ménerbes, gouverneur du château d'Oppède, ils le mirent en pièces. »
Le 5 mai, les Orangeois s'étant emparés de Camaret par escalade, d'Armagnac y dépêcha aussitôt Villeclaire, Sault et Suze, avec trois cents cavaliers et deux mille fantassins, auxquels se joignit la compagnie d'hommes d'armes de ce dernier, qui était en garnison à Pierrelate. Les assiégés abandonnèrent la place avant d'être attaqués, et Suze, continuant sa marche, s'empara de Baume-de-Transit en Dauphiné, dont il passa toute la
garnison au fil de l'épée , et revint à Avignon après avoir reçu la soumission de Salles. Pour réparer les pertes de ses soldats, le pape envoya dans le Comtat un secours de deux cents fantassins et de quatre-vingts cavaliers.
Peu après fut découverte une nouvelle conspiration à Avignon. Deux huguenots de Ménerbes, qui s'y étaient rendus pour l'organiser, furent pris et pendus (i8 juin). C'étaient Barthélémy de Bras et Antoine de Remoles. Un troisième huguenot compromis se sauva à temps en Languedoc. Boisson , de Carpentras , qui avait voulu livrer Venasque aux huguenots, fut également pendu.
En juillet , Tullio Griffon , capitaine de cavalerie en garnison à L'Isle , ayant été informé que les huguenots de Nyons se proposaient de s'emparer de Sarrians , non loin de Carpentras, dans la nuit du 2 août, prit toutes ses dispositions , et , les surprenant à une lieue de la place, dans une grange où ils se tenaient cachés, fit prisonniers ceux d'entre eux qui étaient originaires du Comtat et se borna à désarmer les autres. Les premiers furent pendus à Vaison , Carpentras et Avignon. Un seul fut excepté, qui avait tenu is parti des catholiques en Languedoc.
Cependant, la garnison de Ménerbes continuait ses sorties pour se ravitailler ; mais elle n'était pas toujours heureuse dans ses coups de main, et, en diverses rencontres, elle perdit plusieurs soldats. Pour le moment, elle était de nouveau sous les ordres du baron d'Allemagne , qui avait écarté Ferrier du commandement (nous en ignorons le motif), et s'était même refusé à le laisser rentrer en septembre après une sortie.
A la fin de ce mois, Hermet de La Haye, ancien dominicain et ministre de renom , qui avait été aumônier du comte de Beauvais, Odet de Châtillon , frère
8o HISTOIRE DES PROTESTANTS
de Coligny, et ancien cardinal, fut pris sur les terres du Comtat et pendu sans autre forme de procès par les ordres d'Armagnac. Il avait publié, en 1565, un livre de controverse intitulé : De la présence du corps de Christ en la Cène, in-4°.
Les Etats du Comtat, assemblés à Carpentras , avisèrent aux moyens de se ressaisir de Ménerbes. Leur plan, approuvé par d'Armagnac et Villeclaire , le fut aussi par le comte de Carcès, gouverneur de Provence par intérim , qui, moyennant 40,000 livres destinées à entretenir ses troupes, promit deux compagnies d'hommes d'armes, quatre d'arquebusiers achevai, douze cents arquebusiers à pied et trois pièces de canon. Il fut convenu que, pour empêcher les huguenots du Dauphiné de secourir la place, on occuperait Aurel et Barret-de-Lioure, situées vers les frontières, et que, si l'hiver était trop rigoureux, on se bornerait à affamer la place par un blocus. Mais ce plan ne reçut pas d'exécution parce qu'on apprit que Henri III avait conclu une trêve à Chantilly avec les huguenots (28 novembre 1575). La reine mère la notifia elle-même à d'Armagnac , le dernier jour de novembre , et à Villeclaire. Un article du traité portait que la trêve aurait lieu « tant en la ville d'Avignon que comté de Venisse , demeurant toutes choses en l'état qu'elles y sont, sans qu'il y soit fait acte d'hostilité d'une partni d'autre. » En attendant la paix définitive, tous les sujets du roi devaient jouir de la liberté de conscience, non seulement dans les villes du royaume^ mais encore dans le comtat Venaissin.
Dans la lettre adressée à Villeclaire par Catherine de Médicis , celle-ci disait : « Ce n'a été sans bien grande difficulté que j'ai fait condescendre ceux avec lesquels nous avons eu à traiter. » Le baron d'Allemagne avait, en effet, envoyé à Paris, pour défendre les
DU COMTAT VENAISSIN. Hl
intérêts de son parti, Porchières, de Provence, et Marguerie, de l'Isle-en-Comtat f lo novembre). Il est vraisemblable que les deux députés s'opposaient à ce que le Comtat fût compris dans la trêve de Chantilly à cause des avantages exceptionnels que l'occupation de Ménerbes assurait aux huguenots de ce pays.
VIOLATION DE LA TRÊVE. NOUVEAU PROJET DE SIÈGE DE MÉNERBES (1575, 1)76).
Quand la trêve fut conclue , les huguenots bannis du Comtat demandèrent à rentrer dans leur pays et dans la possession de leurs biens , et à jouir de la liberté de conscience. Leur requête, quoique appuyée par Damville, fut rejetée par les autorités comtadines ; de sorte qu'ils ne se crurent pas obligés d'observer une trêve dont leurs adversaires ne respectaient pas même les clauses les plus importantes. Pendant l'hiver, Ferrier, qui avait été éloigné de Ménerbes par le baron d'Allemagne, comme on l'a vu, pénétra dans le Comtat à la tête des cavaliers huguenots de Nyons, se dirigea sur Vacqueyras , dont il ne put s'emparer , passa ensuite sous les murs de Caromb et prit Brantes en rentrant à Nyons.
Le comte de Carcès, gouverneur de Provence, se plaignit de cette expédition de Ferrier à la garnison de Ménerbes, qui répondit qu'elle ne voulait ni paix ni trêve (2 janvier 1575)- « Le colonel des Corses qui étaient en Provence, » dit Justin, « fut chargé de tirer vengeance de cette insolence. Il s'approcha de Ménerbes et donna un rude échec aux huguenots qui étaient sortis pour le repousser et qui furent eux-mêmes repoussés jusqu'aux portes. Ils en reçurent un second, le 15 mars, de la part de la garnison d'Oppède, soun 0
tenu de la cavalerie de Cavaillon. Le nombre de leurs morts et de leurs blessés fut considérable. » La garnison de Saumanes, près l'Isle, leur avait déjà enlevé un fort grand butin le 28 février, et Saint-Didier, près Pernes, occupé par d'autres huguenots , fut repris par la garnison de Carpentras. Par contre, Villeclaire ne put ressaisir Brantes, place fort importante qui servait de communication entre les huguenots du Comtat et ceux du Dauphiné.
Les avantages remportés sur la garnison de Ménerbes ne compensaient pas les incommodités de toute espèce qu'occasionnait son occupation par les huguenots ; de telle sorte que les communautés de la judicature de l'Isle, qui avaient surtout à en souffrir, supplièrent Christophle Scoti, évoque de Cavaillon, de demander à d'Armagnac et à Villeclaire de reprendre cette place. Le colégat y songeait déjà, et, dans une assemblée générale des notables de la province, tenue à Avignon le 23 mars, le siège fut de nouveau résolu. Carcès, à qui d'Armagnac communiqua cette décision, promit son concours pour le 6 avril, et s'engagea même à construire à ses frais un des forts destinés à faciliter l'assaut. Au jour dit, le gouverneur de Provence, retenu par des affaires urgentes, envoya à sa place, avec huit compagnies, son neveu De Vins qui , n'ayant pas trouvé les Comtadins prêts , alla se saisir d'Aurel, dans le comté de Sault et de La Tour du Pin et Morestel en Dauphiné, par oij les habitants de Ménerbes, au dire de Justin, communiquaient avec Genève.
Vers ce temps, les huguenots de Nyons, au nombre de six cents, et disposant d'un petit canon, firent une course du côté de Visan et de Caderousse, mais ne purent s'emparer de ces deux places. La cavalerie de Tullio Griffon leur donna la chasse sans leur causer beau-
coup de mal. Les Ménerbiens faisaient, de leur côté, de fréquentes sorties , courant par petites bandes dans les campagnes de Provence et du Comtat. L'une d'elles poussa jusqu'aux portes de Monteux, près Carpentras ; mais une autre, atteinte par la compagnie d'hommes d'armes de Carcès, fut entièrement détruite.
D'autre part, quelques huguenots, retenus prisonniers dans le château de Sérignan , parvinrent non seulement à ouvrir leurs portes , mais encore à faire main-basse sur la garnison, qu'ils massacrèrent (19 avril). Pour se maintenir, ils demandèrent des secours à Orange ; mais avant que ceux-ci pussent leur parvenir, les habitants du lieu, soutenus par la garnison de Camaret, reprirent le château et égorgèrent les vainqueurs , sauf un seul, qui fut reconnu innocent. Deux compagnies , parties d'Avignon pour rétablir l'autorité du pape , trouvèrent tout terminé.
D'Armagnac, ayant fini ses préparatifs, se mit en devoir de faire le siège de Ménerbes. Ses troupes furent cantonnées à La Tour de Sabran et à Beaumettes , et divers engagements eurent lieu entre elles et la garnison. Les huguenots, qui occupaient Brantes et Les Piles, ayant été informés de ses intentions, envoyèrent quatre-vingts chevaux et plusieurs compagnies de gens de pied pour défendre la place. Le baron d'Allemagne, qui s'y trouvait encore, n'en jugea pas moins prudent de l'abandonner en emportant ses effets les plus précieux, et il fut remplacé par Ferrier et Glandage.
Sur ces entrefaites, le pape donna ordre à d'Armagnac de suspendre toutes les hostilités jusqu'à ce que Henri III eût réglé les différends de religion de son royaume. La paix, dite de Monsieur^ conclue à Chastenai, suivit bientôt (5 mai 1576), et un nouvel édit de pacification fut publié le même mois.
ÉDIT DE BEAULIEU (mai I )j6). TRÊVE ET PAIX CONCLUE AVEC LES MÉNERBIENS.
« Le comte de Suze, » dit Justin, « avait apporté à Avignon la première nouvelle de l'édit du mois de mai. Le duc d'Uzès (i), envoyé par le roi, s'y rendit expressément avec trois autres députés, et le fit publier avec pompe , entre Avignon et Villeneuve , le 27 du même mois. On en fit porter une copie à Ménerbes ; mais Ferrier et Glandage répondirent que , puisqu'on leur refusait dans le Comtat ce qu'on leur accordait en France, ils ne rendraient point la place, ni ne mettraient bas les armes , à moins d'y être déterminés par Damville. Ce dernier, qui avait fait sa soumission dans le Languedoc, leur donna peu après l'ordre d'exécuter l'édit de Beaulieu dans sa forme et teneur, et leur députa le docteur Sobeiras, premier consul de Carpentras, et le baron de Lagarde pour traiter de la reddition de la place et de la sortie de la garnison des terres du pape. Ferrier, obligé de recevoir les députés devant les habitants, ne put leur donner de réponse positive à cause de l'opposition de ces derniers, mais Glandage, que les députés virent en particulier, se soumit sur l'heure en déclarant qu'il n'avait jamais été huguenot, et, muni d'un sauf conduit de D'Armagnac, il se rendit auprès de Damville (2 juin). »
De nouveaux pourparlers eurent lieu. Des députés des deux partis se rendirent vers ce dernier, et une trêve de trois mois fut conclue à Alais le 21 juin. Dix mille écus devaient être comptés à Ferrier pour les officiers
(i^ Jacques de Crussol, connu tour à tour sous les noms de Beaudiné et de d'Acier, et devenu duc d'Uzès à la mort d'Antoine son frère, survenue en '57].
et les soldats des garnisons de Ménerbes et de Brantes. Celles-ci auraient un libre passage à travers le Comtat pour se retirer. Cette trêve fut ratifiée à Avignon le 26 du même mois dans une assemblée générale. Ferrier quitta pour le moment Ménerbes, laissant le commandement de la place à Meynard, de Mérindol. La garnison ne comptait alors que cent vingt arquebusiers et vingt chevaux.
Les huguenots s'étant emparés, sur ces entrefaites, des Piles et d'Aubres, enclavées dans le Dauphiné, Damville fut encore obligé d'intervenir. On convint que ces deux places seraient restituées moyennant une somme de 1,600 livres, et que les huguenots du Comtat ne seraient point inquiétés dans leurs consciences pendant les trois mois que durerait la trêve.
Vers le 1 5 août, Jean-Michel Portus, député des huguenots, se rendit au pont Saint-Esprit, pour négocier avec Damville la reddition de Ménerbes, de Brantes et des Piles. Les catholiques étaient représentés par Vénasque et Aubignan. Les deux partis n'ayant pu s'entendre , il fut décidé que la trêve serait prolongée du 21 septembre au 12 octobre. Chartier, secrétaire de Damville, se rendit auprès de Ferrier, et fut assez heureux pour lui faire accepter ce sursis.
Le traité définitif de paix fut signé à Avignon le 23 septembre par les députés des deux partis, avec l'approbation de Damville. Il portait que Ménerbes serait évacuée le 3 octobre ; que les huguenots jouiraient paisiblement de leurs biens, meubles et immeubles; auraient la faculté de les aliéner et d'en acquérir de nouveaux , seraient réintégrés dans ce qu'ils possédaient en nature, iraient et viendraient librement dans le Comtat, mais ne pourraient y séjourner , non plus qu'y pratiquer leur religion. Quant aux huguenots de Cabrières , de Bon-
nieux et d'Oppède , qui demandaient à être réintégrés dans la possession des biens dont ils avaient été dépouillés depuis 1 544, il fut stipulé qu'un commissaire catholique serait adjoint à Damville et que l'un et l'autre jugeraient sans appel du bien-fondé de ces réclamations.
Chartier porta les articles de paix, ratifiés plus tard par Grégoire XIII (7 février 1579), à la garnison de Ménerbes, qui les accepta le 5 octobre. Mais il éprouva un refus de la part de celles de Brantes et des Piles , de telle sorte que d'Armagnac fut obligé de continuer la lutte avec ces deux places.
FERRIER REPOUSSE LA PAIX, MAIS ACCEPTE UNE NOU- VELLE TRÊVE (l 576-1 577).
Comme Ferrier était absent de Ménerbes quand la paix fut signée à Avignon et acceptée par les Ménerbiens , d'Armagnac lui députa l'abbé de la Grasse , Guillaume de Patris , son auditeur général, qui le rencontra à Saint- Auban, en Dauphiné, à la tête de trente chevaux et de cent fantassins. Quand le farouche capitaine eut pris connaissance du traité, il déclara qu'on l'avait induit en erreur sur son contenu et que , s'il tenait entre ses mains Chartier et le ministre Julianis, de Ménerbes, qui l'avaient signé, il leur ferait un mauvais parti (17 octobre). Damville, apprenant sa résistance , lui intima l'ordre écrit d'évacuer Ménerbes, faute de quoi il viendrait lui-même l'en faire sortir; mais Ferrier ne se laissa pas intimider par cette menace et, au commencement de novembre, le capitaine provençal Beauchamp, qui lui fut envoyé par le duc d'Anjou , frère du roi, ne le trouva pas mieux disposé à se retirer. Toutefois , comme ce dernier député le ménagea beaucoup ,
ainsi qu'Espérandieu , lieutenant du gouvernement d'Orange , et que sa propre femme et son secrétaire Fustéri dit Torgon , joignirent leurs instances aux leurs, il consentit à signer une trêve le 7 décembre à la condition : 1° qu'il resterait dans la place avec cent soldats; 2" que la province lui compterait 1,300 livres outre les 10,000 écus qui lui avaient été promis; et 3° que, dès le même jour, la justice serait rendue à Ménerbes par les officiers du pape.
On traita également de la reddition de Brantes et des Piles. Les capitaines huguenots Sainte-Croix et Guitard, de Caderousse, qui y commandaient, consentirent à en sortir moyennant 3,000 écus (21 janvier 1577).
Vers la fin de l'année précédente un complot contre Avignon fut découvert par Albert de Gondy, maréchal de Retz, gouverneur de Provence, qui en donna aussitôt avis à d'Armagnac. L'avocat général Bérard Labéo, qui y était impliqué , fut jeté en prison et , « en attendant de plus amples éclaircissements, d'Armagnac, h dit Justin , « fit redoubler les gardes , faire la visite de toutes les maisons, chasser tout ce qui était suspect et fermer toutes les portes de la ville à l'exception de celle du Rhône, la seule par laquelle on pouvait entrer, et de celle de Limbert par laquelle seulement on pouvait sortir fil »
(i) Pérussis, dans d'Aubais, t. 1 , p. 169, 170, 180, 181, 185-186, 189-194; Justin, p. 5 14-562 ; Perrin, 95, 96 ; Recueil de pièces pour servir à Vhist. if Avignon (Bibl. nat,, fonds Brienne, 85); Anquez, Histoire des assemblées politiq., p. 23 ; Sommaire de toutes les délibérations des trois Etats, etc. (ms.).