‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 3)Chapitre 17 sur 65 · COURSES DIVERSES DES HUGUENOTS · texte numérisé non relu

COURSES DIVERSES DES HUGUENOTS

D'Armagnac , craignant que le massacre de la Saint- Barthélémy, qui eut lieu en pleine paix, le 24 août 1 572, et

(1) Pérussis, dans d'Aubais , t. I, p. 126, 129, 155, 157; Crespin, fol. 177; Lapise, p. ?88 ; Justin, p. 270-277; Achard, Inventaire, p. 71,

qu'il avait fêté à Avignon par des feux de joie, n'allumât une nouvelle guerre dans le Comtat, demanda des soldats au pape Grégoire XIII , qui lui envoya six cents hommes de pied et cent chevaux sous la conduite de Marc-Antoine Martinengo, comte de Villachiara (Villeclaire), avec le titre de lieutenant général; mais Charles IX , par ménagement pour les huguenots de ses Etats, ne permit pas aux hommes de pied, qui avaient déjà débarqué à Marseille, de traverser la Provence, de telle sorte que ceux-ci furent obligés de se débander et arrivèrent un à un à Avignon. Les cavaliers furent de même arrêtés aux frontières du Piémont et n'obtinrent qu'assez tard le libre passage.

D'Armagnac tenta, avec ces nouvelles troupes, de s'emparer de la principauté d'Orange. Ses soldats, partis à minuit d'Aubres , de Vacqueyras et autres lieux, s'embusquèrent à cent pas de la porte de Courthezon, qu'on ouvrait tous les matins pour laisser passer les chariots qui se rendaient au marché d'Avignon ; mais le commandant de la place, Pierre de Merles, ayant découvert l'embûche, fit refermer aussitôt les portes et les soldats comtadins durent se retirer. Une entreprise de ce genre tentée sur Jonquières échoua pareillement.

Vers cette époque le pape envoya en France, en qualité de légat, le cardinal des Ursins. Il devait représenter , entre autres choses , au roi , les dommages que causait au Comtat la présence , sur ses frontières , des huguenots qui avaient fui le royaume après le massacre de la Saint-Barthélémy. Grégoire XIII paraissait néanmoins animé , à ce moment , de sentiments pacifiques à l'égard des huguenots , car il enjoignit à l'évêque de Cavaillon, par un bref du 14 novembre 1572, de recevoir à résipiscence tous les hérétiques dévoyés.

L'année suivante (1573), en avril, d'Armagnac prêta " 5

cinq canons à Damville , gouverneur du Languedoc et déserteur de la cause protestante, pour faire le siège de Calvisson, et neuf cents hommes, commandés par Sainte- Jalle , pour faire celui de Montpellier. Le même mois , les huguenots d'Orange , renforcés par ceux de la Valmasque (vallée d'Aiguës) et de Beaumettes en Provence, firent diverses courses armées dans le Comtat. Ils prirent, entre autre butin, un convoi de soixante mulets, chargés d'épices et de draps de soie, qui allaient de Marseille à Lyon , et quelques sommes d'argent. D'Armagnac s'en plaignit au gouverneur d'Orange, qui s'excusa sur ce qu'il ne pouvait être maître de ses gens, mais restitua tout ce qui avait été pris, biens et personnes. Peu après, les huguenots du Dauphiné, commandés par Montbrun , Saint-Auban et Mirabel, tpntèrent de surprendre Vénasque, non loin de Pernes (21 avril), « par la trahison d'un habitant nommé Cahiste , qui avait promis, » dit Justin, « aux ennemis de le leur livrer moyennant une somme convenue. Des cavaliers, ayant des piétons en croupe , s'en approchèrent ; mais ils furent découverts et reconnus et se sauvèrent dans les bois, oii ils furent poursuivis par les habitants conduits par les capitaines Mourmoiron et Bedoin. Il en périt vingt dans cette poursuite ; les autres passèrent dans la vallée de Sault, pillèrent Brautes et se retirèrent enfin dans le château de Montbrun. Le traître Cahiste fut arrêté et conduit à Carpentras , où il fut roué le 8 mai. Le lendemain , deux autres traîtres du même lieu, découverts à Avignon, y furent condamnés à être pendus. ><

D'Armagnac , voyant la guerre civile recommencer dans sa province, obligea chaque place à se pourvoir de munitions et fit faire la revue générale des troupes du Comtat, qui s'élevèrent à douze mille deux cent

soixante-dix-sept fantassins , quatre mille six cent dixhuit arquebusiers , plus cinquante cavaliers levés à Pernes. Le pape se chargea de leur solde à cause de la misère du pays. Ces précautions n'étaient pas inutiles, car les huguenots d'Orange s'avancèrent en août jusqu'à Monteux, proche Carpentras , et firent prisonnier Anselme le Vieux, d'Avignon, Rostagni , trésorier du Comtat, le capitaine La Madeleine et Bornareau. De là ils se rendirent à Montbrun en Dauphiné en passant par Flassans ; puis, revenant à Orange par Visan, ils firent prisonnier le capitaine Cornachio, qu'ils mirent à mort (commencement d'août). Quelques jours après (15 août), d'autres huguenots, venus de la Valmasque, étant entrés dans le Comtat, pillèrent la Tour-de-Sabran et firent prisonnier Carbone!, contrôleur de Cavaillon. Ajoutons que, le 24 août de cette année 1573, les habitants d'Avignon célébrèrent en grande pompe l'anniversaire du massacre de la Saint-Barthélémy. D'Armagnac et Villeclaire assistèrent en personne à la procession générale (i).

ÉDIT DE BOULOGNE (il Juillet l'^Jj). PRISE DE MÉNER- BES. INCURSIONS DIVERSES DES HUGUENOTS (1573).

La paix de La Rochelle du 24 juillet 1573, suivie de l'édit de pacification de Boulogne , fut publiée sur ces entrefaites à Avignon (fin août), mais n'arrêta pas les hostilités. Le 16 septembre, les huguenots de la Valmasque revinrent de nouveau à la Tour-de-Sabran et pillèrent des marchands qui étaient de retour de la foire de Briançon. De là ils allèrent à Joucas, puis à Chorges en

(i) Pérussis, dans d'Aubais, t. I, p. 145-147, 151, 152; Lapise, p. 588, 412; Justin, p. 278-289.

Dauphiné et se saisirent de Saint-André-de-Rosans dans la même province. Il y eut aussi une conspiration dans Avignon. Les huguenots devaient s^en emparer le 20 septembre ; mais Joyeuse , ancien gouverneur du Languedoc , averti du complot par cinq lettres différentes, en révéla le secret à d'Armagnac, qui pourvut à tout.

Du côté de la principauté d'Orange, les événements au contraire tendaient à la paix. Le gouverneur Guillaume de Barchon ayant demandé l'avis du régent , le comte Ludovic de Nassau , sur l'attitude qu'il devait prendre pendant cette nouvelle guerre (car Montbrun et les autres capitaines huguenots le pressaient d'entrer en campagne), reçut l'ordre de vivre en paix avec tous ses voisins et de faire cesser les courses des Orangeois sur les terres du pape , attendu que ie roi lui avait adressé diverses plaintes sur ce sujet. Barchon fit connaître ses ordres à d'Armagnac et à Damville , gouverneur du Languedoc , et il fut arrêté entre eux que la Principauté et le Comtat vivraient en bonne intelligence et s'avertiraient mutuellement des complots tramés contre leur sûreté respective (14 septembre 1573). Ces clauses furent exactement remplies , de sorte que ie Comtat put licencier une partie de ses soldats.

Au moment où d'Armagnac commençait à croire à une paix solide, il fut informé de la prise de Ménerbes par les huguenots. Cette place ne possédait que cent cinquante maisons ; mais elle était construite sur des rochers à pic, dans une assiette formidable, et elle passait pour une des plus^fortes du Comtat. Le Provençal Scipion de Valavoire s'en empara , grâce à la connivence de Serron, vicaire de sa terre de Vaux, élève et parent de Jean de L'Isle, curé de Ménerbes. Ce jeune ecclésiastique, muni des instructions de Valavoire, qui

lui promit de grands biens , feint de chercher une retraite auprès du curé qui , apitoyé par le récit de ses infortunes imaginaires, l'accueille avec bonté, le nomme son vicaire et, sur son conseil, donne un grand dîner pour fêter sa venue. Un nommé Brunet, qui l'accompagnait en qualité de domestique, enivre tous les convives et, lorsqu'ils se sont retirés chez eux, se rend à la poterne de la place avec trois conjurés, tue les gardes et ouvre à Valavoire, qui pénètre dans la place avec cent arquebusiers, massacre tous ceux qui veulent s'opposer à son passage et jette l'épouvante parmi la garnison, qui s'enfuit. Pour en finir en une seule fois avec Serron, nous dirons qu'il fut fait prisonnier plus tard dans une sortie et que , pendant qu'on le conduisait à Avignon , il se jeta dans la Durance pour échapper au dernier supplice et s'y noya.

Vers le même temps , deux cents cavaliers huguenots de Nyons pénétrèrent dans le Comtat , échouèrent sur Camaret et Caderousse , malgré les intelligences qu'il y avait nouées et , s'étant arrêtés un jour à Orange , passèrent sous Carpentras , puis à Saint-Didier, à Mallemort, où ils brûlèrent le château de Saint-Félix, qui appartenait à Tévêque de Carpentras, et entrèrent enfin à Ménerbes par la campagne de Vénasque et de Murs. Une trêve conclue avec les huguenots, à Montpellier, par Damville, et qui devait durer du lo octobre au 1 5 novembre et s'étendre au Languedoc, au Dauphiné, à la Provence et au Comtat, ne put empêcher d'Armagnac de faire des armements .à cause de la prise de Ménerbes ; c'est pourquoi il retint, pour la garde d'Avignon et la sienne propre, cent douze Suisses, sur les quatre mille que Damville avait fait venir dans le Languedoc et qui , retournant dans leur pays , avaient été arrêtés au Pont-Saint-Esprit.

Une seconde troupe de huguenots de Nyons entra de nouveau dans le Comtat (30 octobre), attaqua sans succès Saint-Romain-en-Viennois au-dessus de Vaison, mais incendia Vaucluse , près L'Isle , et faillit faire subir le même sort à Lagnes , situé non loin de là.

Le succès de ces diverses bandes était dû en partie à la négligence des garnisons du Comtat. C'est pourquoi d'Armagnac établit, de concert avec Villeclaire , des gouverneurs dans chaque place avec un nombre suffisant d'officiers et de soldats pour les mettre à l'abri de toute surprise. Il s'enquit également des moyens de traiter d'un accord avec Montbrun, qui dirigeait de son château toutes ces incursions (3 novembre).

FAITS d'armes de GLANDAGE LE JEUNE (1573).

Peu après, Hugues de Laire de Glandage le fils, qui, quoique catholique, avait épousé par ambition la cause des huguenots et faisait des courses dans le bas Dauphiné , pénétra dans le Comtat et mit à contribution Mornas, Piolenc, Caderousse, Châteauneuf-du-Pape et Sorgues. Il se saisit ensuite d'Orange (5 novembre 1573), dont il ne trouvait pas le gouverneur Barchon assez ardent , et fit de cette place sa base d'opération. Montbrun , dont il était le lieutenant , le rejoignit bientôt (8 novembre) , et reçut deux fois en députation le chevalier de Noguier, qui vint lui demander, de la part de d'Armagnac , pourquoi les huguenots avaient pris Ménerbes : à quoi il répondit que c'était pour contraindre le colégat à restituer aux Comtadins fugitifs les biens qu'il leur avait ôtés.

Les armes de Glandage ne furent pas toujours heureuses. C'est ainsi qu'il fut surpris dans Venterol, près

Nyons, par Favier , lieutenant du gouverneur du Valréas, battu et blessé. 11 perdit un butin considérable, et l'action parut si importante à d'Armagnac que ce dernier envoya en reconnaissance à Favier une chaîne d'or. Montbrun, accouru pour venger Glandage, trouva Venterol évacué (i 6, novembre).

De retour à Orange, Montbrun écrivit aux habitants de Camaret , Piolenc et Sorgues , déjà rançonnés par ses soldats , de lui envoyer des vivres et de l'argent. Ils lui répondirent de venir les chercher. Brûlant du désir de venger cet affront , il sollicita le secours des huguenots de Nyons, qui tentèrent inutilement de s'emparer avec lui de Mornas et de Piolenc (fin novembre). Malgré cet échec, ils descendirent dans le Comtat jusqu'au moulin d'Aiguilles, près Védènes, non loin d'Avignon , firent quelques prisonniers et , continuant à butiner le long de leur route, rentrèrent à Orange par la campagne de Bédarrides. Fusconi, gouverneur de Sainte- Cécile , qui guettait leur retour en Dauphiné , parvint à les disperser et leur enleva leur butin. Seguin, gouverneur de Villedieu , situé 'non loin de là, remporta un pareil avantage sur une autre troupe.

L'édit de Boulogne restait donc lettre morte dans le Comtat , quoique le roi de France eût déclaré qu'il entendait comprendre les terres du pape dans les divers traités de paix ou trêves qu'il concluait avec les huguenots de ses Etats. L'occupation de Ménerbes lui ayant déplu, il mit à la disposition de d'Armagnac, pour reprendre cette place, trois compagnies d'ordonnance. Suze, à qui le commandement en fut confié, se rendit d'abord pour négocier auprès de Montbrun, qui déclara ne le pouvoir seul. A son retour, Glandage tomba sur lui à l'improviste et lui enleva une partie de ses bagages. Le général comtadin entra alors en campagne, renforcé

des cavaliers des seigneurs d'Aubres et de Javon, mais Glandage s'enferma dans Orange et refusa le combat.

SUITE DES COURSES DES HUGUENOTS (l 573-1^74).

Cependant les huguenots de Ménerbes mettaient à profit leur forte position pour faire de fréquentes excursions dans le voisinage. Dans l'une d'elles , aidés par les huguenots de Joucas , commandés par Tracheti , d'Aix, ils s'emparèrent par intelligence de La Roquesur-Pernes (9 décembre). Huit jours après, ils l'abandonnèrent sur la nouvelle que d'Aubres s'avançait pour les obliger de fuir; mais avant de partir, ils saccagèrent la place et emportèrent un butin considérable , dont ils chargèrent cent ânes ou mulets, sans compter soixante bœufs et deux cents porcs , dont ils se saisirent. Quelques jours auparavant, des fantassins italiens, destinés à renforcer la garnison de Sainte-Cécile, furent attaqués à Sérignan par la cavalerie de Glandage , qui les battit.

Les huguenots de Nyons, défaits à la fin du mois de novembre, comme on Ta vu plus haut, n'en devinrent que plus animés. (( Ils allèrent, » dit Justin, « assiéger une seconde fois Saint-Romain-en-Viennois au nombre de cinq cents hommes de pied et de trois cents chevaux. Les habitants , qui n'avaient que quelques soldats avec eux , se défendirent avec une valeur extraordinaire , les femmes autant que les hommes. Les assiégeants se retirèrent honteusement et avec précipitation , laissant leurs échelles, quelques mantelets et les machines qu'ils avaient apportées pour abattre les murailles » (14 décembre).

Glandage, mal guéri de sa blessure, voulut faire une nouvelle expédition contre Camaret, Châteauneuf-du- Pape, le Pont-de-Sorgues et le monastère des Cèles-

tins de Gentilli ; mais il échoua contre ces diverses places (}T décembre).

Vers le même temps, le pape envoya dans le Comtat un renfort de six cents soldats italiens. Débarqués à Marseille le 27 novembre, le comte de Carcès, gouverneur par intérim de la Provence, ne voulut pas les laisser traverser en corps les Etats du roi , et ils durent se rendre à Avignon un à un , mais non sans essuyer des pertes sensibles de la part des huguenots de Lamanon, Sénas et Ménerbes, qui en tuèrent plusieurs. Un corps de cavalerie italienne fut retenu également trois mois à la frontière de Nice.

L'année suivante (1574), les huguenots d'Orange, en compagnie de ceux de Nyons et du Gapençais , voulurent s'emparer de Bédarrides ; mais ayant appris que la garnison avait reçu des renforts , ils se bornèrent à ravager la campagne jusque sous les murs de Carpentras et revinrent à Orange chargés de butin (5 janvier). La garnison catholique de Caderousse , sortie pour se ressaisir d'une partie de ces dépouilles , ne réussit qu'à se faire battre.

Le 6 janvier, Montbrun, qui dirigeait toutes ces courses, écrivit à d'Armagnac qu'il était disposé à conclure une trêve; mais il ne demandait pas moins de 10,000 livres pour déposer les armes, et rien ne fut décidé. Les huguenots de Nyons, se remettant en campagne, ravagèrent Modène , près Mormoiron (14 janvier) , et les campagnes de Vaison et de Villedieu. La garnison de Visan , ayant voulu les poursuivre, fut presque anéantie dans une embuscade qui lui fut tendue.

Au commencement du mois suivant, cinquante cavaliers d'Orange, embarqués dans une église près de Bollène, enlevèrent un convoi de marchandises ; mais Roquart le jeune, gouverneur de cette place, renforcé par une par-

tie de la garnison de Sérignan , put le leur reprendre. Un fils de Jacques Pape, de Saint-Auban, périt dans la mêlée (2 février). Deux jours après, ils furent plus heureux et parvinrent à faire rentrer dans Orange un nouveau convoi de marchandises dont ils s'étaient saisis. Plus tard, ils ravagèrent l'île de La Piboulette et pillèrent Sérignan (18 février) ; mais ils échouèrent dans une tentative sur Beaumes.

Les huguenots de Ménerbes continuaient aussi leurs excursions. Ils enlevèrent à Lagnes et à Maubec du bétail, que Caumont , gouverneur d'Oppède , put leur reprendre. Le lendemain . ils se présentèrent devant Oppède pour s'en emparer et furent repoussés. Une tentative sur Cavaillon ne leur réussit pas mieux , et ils furent également battus près de Mérindol. Il y eut aussi divers faits de guerre à Bonnieux , Buisson , Villedieu et Visan.

RÉSISTANCE DE MÉNERBES (l )74).

A la mort de Charles IX (30 mai 1574), le baron d'Allemagne, Nicolas du Mas de l'Isle, chef des huguenots de Provence, nomma gouverneur de Ménerbes Jean-Baptiste Ferrier , de Bonnieux. C'était un homme « d'obscure condition, » dit Nostradamus, « mais soldat et homme de fer (i). » Valavoire lui céda la place et rejoignit le baron. A dater de ce moment, Ferrier se fit un grand renom d'habileté et d'audace, et pendant cinq ans il tint en échec les forces combinées du Comtat et de la Provence.

Villeclaire, ayant décidé de faire le siège de Méner-

(1) Barjavel (Dict. kist., t. 1 , p. 484) le dit père du pasteur Jérémie Ferrier, de Nîmes : fait révoqué en doute par La France protestante (t. V, p. 95 et 94)-

bes après avoir reçu du pape de nouveaux secours d'hommes et d'argent, prit à sa solde quelques compagnies corses congédiées de France. Le 14 juin, il était à Cavaillon avec sa cavalerie légère, composée de soixante et dix salades et quelques argoulets, et s'apprêtait à prendre ses dispositions pour le siège quand il apprit que deux cents cavaliers et quelques fantassins dauphinois , commandés par Pontevès et Thaddée de Baschi , seigneur d'Estoublon, capitaines huguenots de Provence, venaient, à la sollicitation de Ferrier, secourir Ménerbes menacée, en passant par Séderon , Murs et Joucas. S'étant porté à leur rencontre et les rejoignant à la descente d'Oppède, il fondit sur eux à l'improviste et les débanda ; mais ceux-ci , qui étaient plus nombreux, n'ayant pas tardé à se rallier, reprirent l'offensive et mirent en fuite les troupes de Villeclaire , qui perdit dans la mêlée son mestre de camp Grillon. Pontevès et Estoublon entrèrent après cela à Ménerbes au milieu des chaleureux transports de joie de la garnison, et le siège de la place fut différé. Pontevès prit aussitôt le commandement des troupes et menaça de mettre tous les lieux des environs à feu et à sang, s'ils ne lui payaient les contributions requises ; mais les soldats de Villeclaire firent si bonne contenance qu'il ne put opérer aucune sortie. Il réussit seulement à attirer par ruse dans un ravelin ou demi-lune, qui faisait partie des fortifications de Ménerbes , le mestre de camp de L'Isle, établi à Oppède, qui y laissa un certain nombre de ses gens. Après ce fait d'armes, les soldats dauphinois repartirent pour le Dauphiné , oij leur présence était nécessaire (9 juillet).

Une seconde troupe , commandée par René de La Tour, seigneur de Gouvernet, entra quelques jours après dans le Gomtat par Barret-de-Lioure , et, conti-

jd HISTOIRE DES PROTESTANTS

nuant par Murs, Joucas, Ménerbes et La Vallée-d' Aiguës, se saisit du port de Pertuis et de Cadenet et pilla Ansouis et Lauris en Provence (vers le 14 juillet). Un autre détachement de huguenots , caché dans les bois de Taillades, fit des prises considérables sur les passants ; mais, ayant été vigoureusement attaqué par des soldats de la garnison de Cavaillon et de Robions , il en fut entièrement dépouillé.

Au nord du Comtat, les troupes papales remportèrent quelques avantages. La garnison de Valréas reprit sur les huguenots de Nyons La Baume-de-Transit en Dauphiné. Ceux-ci, par contre, se saisirent de Saint-Ro man-de-Malegarde et de Bouchet, qu'ils ruinèrent : ce qui décida Villeclaire à envoyer dans cette région sa cavalerie légère pour donner la chasse aux huguenots de Salles , Vinsobres , Nyons et autres lieux du bas Dauphiné. De son côté, le capitaine Espiart surprenait un détachement huguenot, sorti de Joucas, et le brûlait tout vif dans une cassine o\x il s'était retiré (il.

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