‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 3)Chapitre 22 sur 65 · CONSPIRATIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

CONSPIRATIONS DIVERSES

Cette nouvelle guerre de religion, dite des Amoureux, dans laquelle les huguenots obtinrent de grands succès en France, incita vraisemblablement ceux de Nyons en Dauphiné à recommencer leurs menées pour s'emparer, par intelligence , de quelques places du Comtat. Ainsi, un caporal de la garnison d'Avignon et deux artisans de Vénasque avaient traité avec eux pour leur livrer la première de ces places. Les artisans furent arrêtés et pendus ; mais on ne parvint point à découvrir le caporal.

(i) Pérussis, dans d'Aubaîs, t. I , p. 196, 197, 201-217, 221-225; Honoré Bouche, t. II, p. 66;, 666; Nostradamus, p. 814; Gaufridi, t. II, p. 570-575 ; Boze, Hist. d'Apt. p. 279-282; Justin, p. 562-408; De Thou, t. V, p. 544-Ç45 ; d'Aubigné, t. III, col. 1026-1029; Ménard, Hist. cip.,ecc. et litt. de la ville de Nimes, t. V, p. 156; Lucien Gap, Tentative des prot. sur Séguret, en 1598 (Ballet, de la Soc. d'arch. de la Drôine, t. IX, p. 595-408); Sommaire de toutes les délibérations des trois Etats, etc. (ms.).

Nisaii fut également préservé par l'arrestation des traîtres. Pour éviter toute surprise, le nouveau général des armes, Pirrho Malvezzi, de Bologne, fit défendre à tous les Comtadins de traiter et même d'avoir aucun commerce avec les hérétiques, sous peine de mort.

Malgré cela, Louis Pouët, de Châteauneuf-du-Pape, capitaine d'une compagnie de soldats àGadagnes, traita avec les Orangeois pour leur ouvrir les portes de cette dernière place, de concert avec le meunier du lieu, qui était secrètement huguenot, et un nommé Chaix, qui contrefaisait le fou. Craignant toutefois d'être découvert, Pouët alla se dénoncer lui-même à Avignon, mais il ne sauva pas ses jours , et fut exécuté avec deux de ses complices.

Les huguenots du bas Dauphiné, encouragés par le succès de l'entreprise sur Orange de Chabert, beaufrère de Blacons, firent quelques mouvements ; mais Oddi, avec sa cavalerie légère, les battit près de Nyons. Verdelin, gouverneur du Thor, leur donna aussi lâchasse.

TRAITÉ DU FLEix (26 novembre 1580). procès et exécution DES CONJURÉS DE I 578. INTERCESSION ET MENACES DE BELLEGARDE ( I 58 I ).

Le jugement des conspirateurs de 1 578 était resté en suspens, grâce à de hautes protections, et au refus que firent les évêques du Comtat de se joindre aux juges pour instruire leur procès. Lassé de ces lenteurs, le pape envoya de Rome, muni des pouvoirs les plus amples, Georges Diedo, jurisconsulte très versé dans la procédure criminelle, d'un caractère résolu, mais sévère jusqu'à l'excès, et disposé à trouver partout des coupables. Il soumit à la question ordinaire et extraordinaire les prisonniers. Cambis seul se déclara coupable, et

dénonça ses codétenus ; mais il se rétracta après avoir subi la question. Sur cette unique déposition, retirée aussitôt faite, Diedo condamna à mort les prisonniers, qui furent exécutés le ij janvier 1581. Ils moururent en fort bons chrétiens , disent les Mémoires du docteur Bertrand , et soutinrent leur innocence jusqu'à la fin. L'un d'eux, Pierre Lombard , se suicida dans sa prison le 1 3 janvier.

Ces exécutions déplurent à la population d'Avignon, qui disait ouvertement que Diedo était sans doute de la famille d'Hérode, puisque, sur de simples présomptions, il avait condamné à mort des gens d'honneur et de vérité. Le pape lui-même cassa le jugement de Diedo, ordonna la destruction des documents de la procédure, et réhabilita la mémoire des condamnés.

Par une seconde sentence, Diedo prononça la peine capitale contre Pierre Anselme et les autres conjurés fugitifs. Le premier avait suivi la fortune de Bellegarde dans sa conquête du marquisat de Saluées, et, après sa mort, s'était jeté dans toutes sortes d'intrigues et d'entreprises militaires. En dernier lieu , il occupait la forteresse de Centallo, qu'il céda au roi de France, en échange du gouvernement de Tarascon (i*'' février 1581). Ayant pratiqué dans ce nouveau poste des menées contre le service du roi en Provence, Henri III donna l'ordre au grand prieur de se saisir de lui et de lui faire son procès. Le colonel des Corses, Alphonse d'Ornano, s'acquitta de la première partie de la mission. Ayant appris qu'Anselme se trouvait avec une escorte de quinze cavaliers au bourg de Saint-Jean-d'Aix, au logis de la Madeleine, il le fit attaquer par ses soldats, qui se saisi; ent de lui et le conduisirent au château d'If. Soumis à la question ordinaire et extraordinaire , Anselme avoua ses nouveaux complots , et fut étranglé par deux esclaves tu es avec plusieurs de ses complices.

Au cours du procès des premiers accusés, Bellegarde, allié pour le moment avec les huguenots, avait fait des instances et même des menaces pour les sauver. En octobre 1579, il logea à Orange cent arquebusiers et cent chevaux , dont les chefs réclamèrent de sa part les prisonniers à D'Armagnac et aux consuls d'Avignon. En cas de refus, leur maître devait déclarer la guerre au Comtat. Là-dessus, la ville envoya aussitôt des députés à Catherine de Médicis, qui était pour lors à Montluel en Dauphiné, pour la prier de s'interposer entre elle et Bellegarde. Elle eut une conférence avec ce dernier, qu'elle apaisa en le confirmant dans son gouvernement du marquisat de Saluées, et en lui donnant la surintendance générale des provinces de Provence, Dauphiné et Lyonnais, pour y faire exécuter l'édit de Poitiers de septembre 1 577 (i).

L'exécution des conjurés d'Avignon n'empêcha pas la formation d'un neuvième complot contre la sûreté de cette ville. Un gentilhomme provençal, nommé Ducros, et Taraud , officier des troupes royales du Languedoc, qui tous les deux avaient trempé dans la conjuration de 1578, persuadèrent aux soldats avignonais qui gardaient les bords du Rhône de faciliter l'entrée de la ville à un détachement de troupes huguenotes cachées dans l'île de la Barthelasse. D'Armagnac, ayant eu vent de ce nouveau complot, en donna avis à Malvezzi , qui fit aussitôt arrêter et exécuter les soldats compromis et d'autres conjurés.

(i) Secousse, Mémoire, p. 146-150, 178, 187, 297-299; Marquis de C***, Additions au Mémoire, p. 40-67, 141), iço; DuiRuf^et de Saint-Marc, p 278; Bertrand, Journal (ms.).

HUITIÈME ET DERNIÈRE GUERRE DE RELIGION (août i';8i;-26 avril i';89).

EXPÉDITION DE LESDIGUIÈRES DANS LE COMTAT (1588- 1^89). LE JÉSUITE COTON A AVIGNON (1596).

Pendant cette huitième guerre de religion , suscitée par l'alliance de Henri 111 avec la Ligue (7 juillet 1 585), le Comtat fut visité et réquisitionné par les huguenots du bas Dauphiné. Après avoir échoué dans leur double tentative sur Carpentras et Nisan (1586), ils enlevèrent Les Piles , Valouse et Eyrolles. Les Orangeois firent , de leur côté, de nombreuses courses dans le Comtat, comme on le verra à leur histoire. Le général des troupes papales était pour lors Dominique Grimaldi , dont il a été parlé souvent plus haut ( i ). Ce prélat belliqueux disait la messe de grand matin pour endosser la cuirasse plus à l'aise.

L'année précédente avait eu lieu à Avignon la conversion du gentilhomme Jean-M. Grillo , qui s'était « mis à la suite du feu prince de Salerne, lequel en ce royaume de France fihalement tomba es lacs et filets

(1) Il était parti secrètement pour Rome, le 15 mai 1580, à la suite de l'assassinat de son frère Thomas, par le jeune seigneur de Mazan, qui lui en voulait. Il revint à Avignon l'année suivante, avec le titre d'évêque de Savone, et fut nommé vice-légat, en 1585, par D'Armagnac; général dc^ armes et évêque de Cavaillon en 1584, archevêque d'Avignon après la mort de D'Armagnac, survenue le 21 juillet 158J, et confirmé dans sa vice-légation par le cardinal de Bourbon. Rentré en Italie en 1589, il reprit son poste en avril 1502, avec tous les pouvoirs de la légation, puisque le cardinal de Bourbon était mort le 9 mai 1590, et qu'il n'y eut pas de légat jusqu'en 159?. Il mourut le 1^'' août 1 592, âgé seulement de cinquante et un ans. « On soupçonna qu'il avait été empoisonné » (Cottier, Notes liistoriqiws, p. 2 i 7. 218, 220-252).

d'hérésie , lui étant à ce particulier instrument une certaine dame laquelle eut longue et familière conversation avec lui, et de laquelle les ministres à cet effet comme es premiers temps fit Satan du moyen d'Eve, pour séduire Adam. » Le récit delà conversion de Grillo donna lieu à la publication de la brochure suivante : Abjuration de plusieurs huguenofs et hérétiques du pais de Provence et Languedoc. Faicte publiquement et volontairement par le Seigneur Jean-M. Grillo , Gentilhomme Salernitain et autrès. Devant Monseigneur l'Illustrissime et Révérendissime Cardinal d'Armagnac, y assistant Monseigneur le Révérendissime Archevêque d'Avignon, etc. Paris, 1586, in- 16. Le contenu de cette brochure ne répond pas à son titre, car on y cherche vainement les noms de ces huguenots et hérétiques du pais de Provence et de Languedoc qui auraient abjuré en même temps que Grillo. Ce dernier seul est nommé.

Quatre ans après, vers la fin de 1588, les capitaines dauphinois Blacons et Gouvernet, malgré la rupture de Henri III aux Etats de Blois avec la Ligue et l'assassinat de Henri de Guise, furent chargés par Lesdiguières de lever des contributions dans le Comtat. « Cette commission, » dit Justin, « n'était pas facile à exécuter par les. obstacles qu'ils y trouvaient de la part de Grimaldi qui, sans mettre des troupes en campagne, se contentait de tenir de bonnes garnisons dans les lieux les plus exposés à être surpris. Souvent même ces garnisons tombaient à l'improviste sur ceux qui venaient les surprendre et les chassaient avec perte. »

Lesdiguières , en présence de l'insuccès dé ses lieutenants , entra lui-même dans le Comtat et y déploya son intelligence et sa bravoure militaire habituelles. Il s'empara successivement de Colonzelle , dont toute la garnison fut passée au fil de l'épée (29 janvier 1589);

Il6 HISTOIRE DES PROTESTANTS

de Richerenches (même jour); du Bouchet ( i ®'' février) ; de Rochegude (2 février); Camaret(5); Aubignan (6), où le sieur de Saint- Veran, gentilhomme considérable du Dauphiné, fut tué par mégarde ; de Villedieu (15); Cairanne (même jour) ; Buisson (même jour) ; Puyméras (17); Mollans (18), où périt le capitaine huguenot Vassieu et qui coûta la vie à cent soixante habitants du lieu. Plusieurs de ces places se rendirent sans attendre le canon.

Grimaldi , se sentant incapable de résister à Lesdiguières , dont les coups rappelaient par leur rapidité ceux du célèbre baron des Adrets en 1562, recourut à l'assistance de Damville qui , sur l'ordre des rois de France et de Navarre , devenus amis depuis l'armistice du 26 avril 1589 et également empressés de se réconcilier avec le pape, se rendit à Bagnols, où fut conclue une suspension d'armes. Un mois après (3 1 mai 1 589) , eut lieu la signature, à Orange, d'un traité de paix en quarante articles, dont les principaux suivent :

Elargissement de tous les prisonniers de guerre ou pour dette ; restitution des places du Comtat prises par Lesdiguières, moyennant une rançon de 10,000 écus ; paiement, au même général, de 25,000 écus, plus 500 écus par mois jusqu'à la paix générale; ratification du traité de Nîmes du 7 novembre 1578; abolition générale des ports d'armes et faits de guerre; jouissance paisible, par les catholiques comtadins, des biens possédés par eux dans le Dauphiné; examen des griefs des protestants comtadins réclamant des indemnités pour avoir été contraints de vendre à vil prix les biens qu'ils possédaient dans le Comtat ; liberté, pour tous les protestants du royaume , de posséder des biens dans le Comtat 5 liberté absolue du commerce entre le Comtat, la principauté d'Orange et la France.

Lesdiguières et Blacons ratifièrent le traité le même jour. « Nous , » disaient-ils , « François de Bonne , seigneur des Diguières, et Hector de Mirabel , seigneur de Blacons , approuvons et confirmons le traité dessus inséré, compris en XL articles selon la substance et teneur d'iceux , ainsi qu'ils ont été couchés par les sieurs d'Aubignan, de Breton , de Châteauneuf et Fornier, députés par messieurs le vice-légat et général des armées audit pays de Comté et archevêché. Promettons d'observer et faire observer entièrement lesdits articles aux provinces où notre pouvoir s'étend, sans approbation toutefois du terme de prétendu et autres insérés dans lesdits articles, qui se trouvent contraires à la religion réformée, de laquelle nous faisons profession. Fait audit lieu , le jour et an que dessus. (signé) Lesdiguières , Mirabel. — Par mon dit seigneur des Diguières, (signé) Flourens (i). »

En 1 595, les huguenots du Dauphiné paraissent avoir fait encore quelques courses dans le Comtat , vraisemblablement parce que les traités d'Orange et de Nîmes n'étaient pas fidèlement exécutés. Dans le but d'obtenir la prompte cessation de ces diverses expéditions , les Etats de la province décidèrent de demander au pape l'autorisation, pour le pays, de recourir directement au roi de France « pour avoir, » disaient-ils , « un soulagement de tant d'indignités qu'il recevait des huguenots. » L'affaire, heureusement, n'eut pas de suite, et un nouvel accord fut conclu à Caderousse entre les deux

{\) Actes et correspond, de Lesdiguicrcx, t. Il, p. 491, 492; Videl, Vie et poésies de Soffroy de Calignon, p. 54, 55 ; Videl, Hist. du conncstable de Lesdiguières, p. 175, 17»;; Journal des opérations de Lesdiguières, dans Rochas, Biographie du Dauph., t. H, p. 69; Lucien Gap, Buisson [Vaucluse), dans le Bullet. de la Soc. d'arch. de la Drame, 1876, p. 555 et 591 ; Justin, p 422-425; Perrin, p. 100 et loi ; De Thou, t. V, p. <;4'j.

Il8 HISTOIRE DES PROTESTANTS

partis (i). Le Comtat, du reste, ne prit aucune part directe aux luttes de la Ligue. Henri IV, toutefois, jugea nécessaire , après avoir pacifié la Bourgogne , de confirmer à Auxonne le 3 juillet 1 595, l'article du traité de Nîmes du 7 novembre 1 578, qui garantissait aux protestants la restitution de leurs biens situés dans le Comtat.

La tranquillité qui régnait dans la capitale du comtat Venaissin y attira beaucoup d'étrangers. Des protestants yvinrent eux-mêmes en assez grand nombre. Réservés d'abord dans la manifestation de leurs opinions , ils se servirent ensuite de la liberté qui leur était laissée pour faire des prosélytes parmi les étudiants de l'Université et dans quelques familles. Le jésuite Coton, qui donnait pour lors des prédications à Avignon (i 596), en fut averti et s'efforça de tout son pouvoir d'arrêter le mouvement. Suivant le jésuite Prat (2), un grand nombre de protestants furent ramenés à la foi catholique par son moyen , notamment le Nîmois Guillaume Reboul, triste personnage qui avait été excommunié un an auparavant par son consistoire à cause de ses intrigues et s'était réfugié, l'année d'après, à Avignon dans la crainte d'être poursuivi par le duc de Bouillon , dont il était le secrétaire, et qui l'accusait de lui avoir soustrait une somme d'argent assez considérable (3). Coton convertit aussi, d'après Prat, un personnage surnommé l'Italien, qui avait été dés sa jeunesse au service du cardinal de Châtillon ; un jeune protestant de Genève qui , ébranlé dans ses convictions , fit le voyage du Comtat pour voir de près le culte catholique, et douze ou quinze au-

(i) Sommaire de toutes les délibérations des trois Etats, etc. (ms.).

(2) Recherch. histor. et crit. sur la C'" de Jésus en France du temps du Père Coton, t. I, p. 222-227.

(3) Voy. La France protestante.

DU COMTAT VKNAiSSIN. 1 I9

très protestants venus à Avignon pour assister aux prédications du célèbre jésuite.

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