DE LA
DÉBUTS DE LA RÉFORME DANS LA PRINCIPAUTÉ. CON- DAMNATIONS ET ÉMIGRATIONS ( I ^i^-I ^ îJq)
A principauté d'Orange (ij paraissait particulièrement préparée à recevoir la Réforme. Son souverain, Philibert de Chalon, qui avait pourtant embrassé le parti de Charles-Quint (1520), était violemment soupçonné de partager les opinions de Luther. Après la mort du connétable Charles, duc de Bourbon (1527), qui servait également l'empereur d'AI-
(i) Ce petit Etat, enclavé dans lecomtat Venaissin , sauf au couchant ou il était limité par le Rhône, avait, de l'est à l'ouest, dans sa plus grande longueur, près de huit lieues, et du nord au sud, dans sa plus grande largeur, près de quatre. 11 renfermait quatre villes d'étendue diverse : Orange, Gigondas, Jonquières et Courthezon, et plus de vingt hameaux, châteaux, maisons fortes ou fiefs. Sa population totale était de dix à douze mille âmes.
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lemagne, il commanda l'armée d'outre-Rhin, qui assiégea Rome , et il ne montra pas , à cette occasion , un grand respect pour le saint-siège et le système romain. Sa mère, Philiberte de Chalon, comtesse de Gharny, qui avait régi la Principauté pendant sa minorité, s'était rangée ouvertement du parti de Luther. Quoi qu'il en soit, c'est en 154^, sous le gouvernement de Guillaume I^'' de Nassau dit le Taciturne, le célèbre fondateur de la République des Provinces-Unies, héritier, dès l'année précédente , de son cousin germain René de Nassau, qui l'avait été lui-même de Philibert de Chalon, mort au siège de Florence le 30 août 1530, que l'on signale à Orange le premier martyr luthérien.
Le notaire Perrat, qui raconte ce supplice, dit qu'un Frère mineur conventuel (religieux mendiant), nommé Cuirias, venant de Gap et prêchant le carême à Sainte- Cécile-en-Gomtat , déclara publiquement qu'il n'y avait point de purgatoire, que l'eau bénite ne servait à rien , non plus que la confession auriculaire, et qu'il prononça « autres paroles hérétiques. » Il ajoute que, traduit pour ce fait à Orange , au diocèse duquel ressortissait Sainte-Cécile , et enfermé à l'évêché , il fut conduit , le dimanche 9 août 1 545, « par toute la ville avec une chasuble de toile bleue, » qu'on l'obligea à abjurer ses erreurs dans la grande église , qu'il fut condamné à la prison perpétuelle, au pain et à l'eau , et que le lendemain les officiers de l'évêché le menèrent dans le même accoutrement à Sainte-Cécile , où on lui fit également abjurer ses opinions luthériennes.
Cette condamnation éveilla l'attention publique, qui, à dater de ce moment , se porta de plus en plus vers l'examen des nouvelles doctrines et la lecture des traités luthériens. Les adeptes de la Réforme , rares d'abord, n'eurent que des assemblées nocturnes et se-
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crêtes. Bientôt leur nombre s'accrut ; ils devinrent hardis et affichèrent aux portes des églises des placards où ils traitaientle pape d'Antéchrist. L^évêque RostaingV de La Baume-de-Suze , de concert avec le gouverneur de la ville, fit rechercher les novateurs. L'un d'eux, nommé Martin Dauriac (i), sellier d'Orange, convaincu d'avoir mal parlé de la foi , fut condamné par le vicaire Isnard et le religieux Auzias Langeau, gardien d'Orange et inquisiteur de la foi , à faire amende honorable , tête et pieds nus, une torche à la main, dans l'église cathédrale de Notre-Dame. On le jeta ensuite en prison en le soumettant à un jeûne de quarante jours au pain et à l'eau (3 juillet 1 547).
L'année suivante (décembre 1548], Gabrielle de Borne , religieuse d'Orange et abbesse du monastère de Notre-Dame des Plans-lès-Montdragon , embrassa la Réforme, et, ayant réuni tout l'argent et le trésor du couvent, le quitta à minuit avec Isabeau Allouzière et Marthe ses compagnes, dans la société de deux prêtres et d'autres habitants de Montdragon, et se réfugia à Genève pour y vivre librement selon l'Evangile. Une autre religieuse d'Orange, Catherine Jeanne, du monastère de cette ville , partit également pour Genève , mais en plein jour, accompagnée d'un prêtre de Montdragon, et fut bientôt rejointe pailles autres religieuses du couvent.
Courthezon , ville de la principauté d'Orange, qui renfermait des luthériens dès 1 547, compta des martyrs en 1552. Quatre hommes y furent emprisonnés sous prétexte qu'ils avaient dérobé les calices et le trésor de l'église. Le plus jeune d'entre eux, soumis à la torture
(i) Perrat dit Dau; mais le mot ne paraît pas terminé; La France protestante écrit Dauriers.
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extraordinaire, mourut trois jours après des suites de ses blessures. Son père, emprisonné pour le même objet, mourut également dans son cachot. II fut prouvé qu'ils étaient innocents et qu'on ne les avait poursuivis que parce qu'ils étaient luthériens.
Cinq ans plus tard (i 557), les consuls de Courthezon ayant découvert « un livre suspect et réprouvé de la foi, » chez le médecin Claude Audoard, natif d'Orange, firent poursuivre ce dernier comme hérétique. Le vibailli Antoine Ferrier et le vicaire François Serre, commis pour instruire le procès, condamnèrent le livre à être brûlé devant la cathédrale d'Orange : ce qui eut lieu le 28 juillet 15^7 en présence des deux commissaires, des consuls de Courthezon et d'autres témoins. Quant à Audoard, on ne dit pas ce qui lui advint. Peutêtre s'était-il enfui.
Après la paix de Câteau-Cambrésis (3 avril 1559), qui rendit la principauté d'Orange à Guillaume l^"" de Nassau, dépossédé par Henri II depuis 1551, le protestantisme gagna beaucoup de terrain à Orange, et c'est de cette ville que partirent la plupart des évangélistes qui fondèrent les églises réformées du Dauphiné et d'ailleurs (1).