GRANDE EXTENSION ÔE LA RÉP^ORME A ORANGE
C'est surtout en 1560, sous François II, que la Réforme jeta de profondes racines à Orange. Elle fut prêchée , tant par d'anciens prêtres ou moines convertis à la foi évangélique que par des colporteurs venus de Genève. Un prédicateur picard , que le clergé
(i) Erman et Réclam, t. VIII, p. 82 ; — Perrat, p. 41, 52, 68, 96 ; — Lapise, p. 265, 264, 275 ; — Honoré Bouche, t. II, p. 627 ; — Justin, p. 92 ; — Baset, p. 212-214; — Barjavel, Le seizième siècle , p. 11.
DE LA PRINCIPAUTÉ d'ORANGE. i6i
d'Orange avait fait venir pour prêcher le carême, s'éleva lui-même publiquement , dans la cathédrale de Notre- Dame, contre les doctrines romaines, et sa voix eut un tel retentissement que presque tous les habitants de la ville et des lieux circonvoisins embrassèrent la Réforme. Ce fut lui qui établit le premier culte évangélique à Orange, mais sans l'administration des sacrements ni la bénédiction des mariages. D'autres prédicateurs de passage lui succédèrent et poursuivirent l'œuvre commencée, mais en tenant leurs prêches secrètement. Ce fut notamment le cas de Chastein , natif du Forez, qui fut nommé diacre et demeura deux ans environ à Orange.
Cette hardiesse décida Mesmay, commissaire de Guillaume P'' de Nassau, qui n'avait pas encore embrassé le protestantisme à cette époque, à publier un édit au nom de son prince , « interdisant tous prêches publics et particuliers ... à peine de confiscation de corps et de biens, avec prohibition de tout port d'armes, retraite d'étrangers; ... auxquels est enjoint, » dit l'édit, « de se départir dans huit jours à peine de 500 livres d'amende. » Cette rigueur n'ayant pas ralenti le mouvement, les consuls accusèrent, auprès du Conseil du roi de France, leurs concitoyens « de recevoir dans leur ville toutes sortes de personnes, diffamées de sentir mal de la sainte foi et religion chrétienne , et de souffrir volontairement les prêches et conventicules de ceux qui sont chassés du Dauphiné et de la Provence pour crime d'hérésie. »
Artus Prunier, seigneur de La Boissière (plus tard de Saint-André), trésorier du Dauphiné et gouverneur de la principauté d'Orange, était pour lors à la cour. Il accueillit ces plaintes, et, s'étant abouché avec le duc François de Guise , ce dernier le pria de faire sa- II II
voir au prince d'Orange, son maître, qu'il emploierait, s'il le désirait, son crédit auprès du roi pour lui assurer le concours d'autant de gens d'armes dont il aurait besoin pour extirper l'hérésie de sa principauté. De retour à Orange, Prunier réunit le conseil de ville et le conjura de ne plus tolérer l'hérésie. Le conseil le promit; mais Prunier, qui savait qu'il ne pouvait compter sur sa parole , remit le gouvernement de la ville*au viguier Pierre Chabert et aux consuls , dont le plus en vue était Jean de Langes, et se retira en Dauphiné sous prétexte d'y reprendre ses fonctions de trésorier, mais en réalité pour ne pas se faire des affaires avec le duc de Guise. Prunier avait beaucoup de douceur dans le caractère. Il « était bon et zélé catholique , » dit Chorier, le biographe de son fils , « mais sa piété n'avait rien de cruel ; son zèle n'était point une fureur. » Henri II l'avait nommé gouverneur d'Orange en 155^' alors qu'il s'était emparé de la principauté ; mais les Orangeois avaient si fort apprécié son administration qu'ils prièrent Guillaume de Nassau de le leur laisser pour gouverneur.
Le viguier et les consuls d'Orange favorisaient secrètement la Réforme ; mais le départ de Prunier rendit leur position assez délicate pour que les protestants persécutés de Provence n'osassent plus se réfugier dans la principauté de peur de les compromettre (i).