‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 3)Chapitre 43 sur 65 · ÉDIT DE PHILIPPE-GUILLAUME · texte numérisé non relu

ÉDIT DE PHILIPPE-GUILLAUME

Il est vraisemblable que ce furent toutes ces instances qui décidèrent Philippe-Guillaume à promulguer l'important édit du 23 août 1607, qui fut enregistré par le Parlement le i*'' septembre, et dont voici les principaux articles :

Egalité complète des deux religions et protection égale accordée à leurs ministres; maintien des rentes, dîmes et revenus des ecclésiastiques romains ; défense aux ministres des deux religions de s'enlever mutuellement les enfants pour les faire baptiser; l'église de Saint- Martin laissée aux réformés moyennant le remboursement de 500 livres aux catholiques pour les réparations qu'ils y ont faites ; obligation imposée aux réformés de chômer les jours de fête catholique ; le cimetière d'Orange divisé en deux parties égales aux frais communs des deux religions; le cimetière protestant de Courthezon maintenus aux réformés , 'qui le cloront à leurs frais ; les conseillers au Parlement et les quatre consuls nommés mi-partie ; prohibition des injures, querelles, libelles diffamatoires, chansons, prières à l'occasion des troubles passés et des ligues, pratiques, intelligences avec l'ennemi; interdiction de la mendicité; présence obligatoire d'un conseiller du Parlement aux réunions du consistoire et autres assemblées protestantes; prestation du serment de fidélité imposée à tous les ministres et anciens de l'Eglise réformée à chaque re-

(i) Livre contenant les édits, lois, etc. (ms.); — Registre... de tous les synodes... du Dauphiné (ms.) ; — Voy. aussi ms. de Carpentras, n° XXXI, vol I, p. 251.

nouvellement du consistoire ; autorisation accordée aux réformés de lever sur eux des deniers et d'accepter des legs et donations pour l'entretion de leur culte, de leurs régents et de leurs écoliers ; règlement des degrés prohibés du mariage ; mariages des prêtres et des religieux déjà consommés non poursuivis; confirmation de « l'institution de l'université aux sciences des lois, médecine et philosophie, » et de celle du collège ; les quatre régents institués mi-partie, mais non le principal, qui sera toujours protestant ; expulsion de tous les étrangers établis à Orange depuis vingt ans qui ne pourront fournir des témoignages de leurs bonne vie et mœurs.

Le consistoire d'Orange, dans la personne de son syndic, Perrotet, adressa, le 1 8 avril 1608, à Philippe- Guillaume, de « très humbles supplications et remontrances » sur quelques-uns des articles de son édit. Il réclama, en particulier, contre l'article qui obligeait les protestants de chômer les jours de fête catholique, et le prince consentit à y apporter la restriction suivante : « Il est toutefois permis à ceux de la Religion de prendre et donner jour dans leurs boutiques, pourvu qu'ils n'y soient vus travailler de la rue...; étant aussi enjoint aux charpentiers et autres voisins des églises catholiques de s'abstenir de mener bruit durant l'office auxdits jours de fête. »

Comme les étrangers établis à Orange, surtout les protestants émigrés du comtat Venaissin , ne pouvaient toujours se procurer des attestations de leurs bonne vie et mœurs , le prince stipula que si les magistrats et consuls des lieux d'oij les protestants étaient originaires se refusaient à leur délivrer lesdites attestations , ils n'auraient qu'à se présenter devant les magistrats de la Principauté, qui y pourvoirait selon les besoins.

Quant à la présence obligatoire d'un conseiller du

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Parlement aux réunions du consistoire et autres assemblées protestantes, elle fut rendue simplement facultative.

Le syndic du consistoire adressa aussi au prince des réclamations sur des points que l'édit avait passés sous silence. C'est ainsi qu'il demanda l'abolition des confréries, abbaye de Malgouvert et autres réjouissances qui donnaient lieu à des scandales. Le prince fit droit à cette requête, mais lorsque le syndic le pria de faire exécuter toutes les sentences rendues par le Parlement contre les massacreurs de 1571,11 se borna à répondre : «Nous y pourvoirons lorsque le cas arrivera. »

Il fit la même réponse sur un article important relatif aux vexations que les Comtadins ne cessaient d'exercer contre les Orangeois, et que le syndic exposait ainsi : « Et d'autant que ceux du Comtat ne font point grande difficulté de vexer vos dits sujets en haine de la religion, si les occasions s'en présentent , lesquelles ils font naître sous le moindre sujet, comme il s'est vu clairement aux personnes de M. de Raphélis et Etienne Coux, lesquels, sur des occasions frivoles, ont été mis en prévention , et ce dernier fort cruellement vexé et ruiné : lui ayant été prises toutes les marchandises qu'il portait; sont interdits du Comtat et ici confinés, ne pouvant aller ailleurs où leurs affaires le requièrent , d'autant qu'il est impossible de sortir de votre Etat sans entrer dans les terres du pape ; — Votre Majesté est très justement et très humblementt suppliée leur vouloir être garant contre telles injustes et indues vexations, contraires à la liberté que les bénéfices de la paix ont acquise à chacun ; et qu'ils puissent avoir révocation des sentences qui sont, à ces fins, données contre eux ; et, afin que vos autres sujets de la religion ne soient contraints de souffrir sous leurs injustices, leur vouloir aussi pourvoir, selon l'édit de Nîmes, de tels autres moyens pro-

près et raisonnables, ainsi que Votre Excellence jugera selon les nouvelles occurrences et circonstances. »

Des lettres-patentes du prince , données le dernier jour du même mois d'août 1607, peu après l'édit, réorganisèrent le Parlement mi-partie, qui fut ainsi composé :

Un président : Esprit Daliemand, de Carpentras;

Neuf conseillers : Jean César le père, Jean Chambarut , Christophe de Servant, d'Orange; André Aiguillonnet, de Nîmes; Pierre de Villard, de Nîmes; Jean de Barry, d'Orange, docteur en droit; Pierre de Payen, Joseph de Suarès le fils, Jean Reynaud (ces trois derniers d'Avignon et docteurs en droit).

Un procureur général : Ulysse d'Isnard.

Un greffier : Jacques de La Pise.

Deux huissiers : Jacob Félix et Pierre Salvajon.

Les officiers du Parlement dont les noms suivent furent destitués pour avoir abandonné le service du prince pendant les derniers troubles : André Sibert, procureur général; Imbert Bruneau , de Bagnols, et Claude Masclary, du Pont-Saint-Esprit. Quatre officiers étaient nouveaux : Barry, Payen, Suarès et Reynaud (i).

COCQUELMOND GOUVERNEUR. ENTRÉE DE l'ÉVÊQUE JEAN DE TULLES. COLLECTE EN FAVEUR DE GENÈVE. RÉCLAMATIONS DIVERSES DE l'ÉGLISE d'oRANGE

Après avoir réglé toutes les affaires de la Principauté, Philippe-Guillaume partit pour la Hollande, en laissant sa femme comme gouvernante (1608). Celle-ci partit elle-même l'année suivante après avoir confié à Cocquelmond le gouvernement de la Principauté.

{\] lapihc, p. <87: — Livix- contenant les édit;;, lois... (ms ).

L'année suivante (1609), en août, de La Veuve, pasteur de Courthezort , conduisit son fils à Genève « afin de l'avancer aux bonnes et saintes lettres et servir à la gloire de Dieu , » et il .emmena avec lui un écolier , nommé Jacques Meyraud , natif de Marseille, qui venait de terminer ses études à Avignon. Ce jeune homme désirait « se retirer des abus et superstitions de la papauté, » et avait, pour ce fait, subi de mauvais traitements .de la part de ses parents. Après avoir passé quelque temps à Orange , il se rendait à Genève pour continuer ses études , muni d'une lettre de recommandation des pasteurs Maurice et Rossel, d'Orange, du 18 août 1609.

Cette même année, Jean VI de Tuiles, évêque d'Orange , fît son entrée solennelle dans la capitale de son diocèse , que ses prédécesseurs avaient abandonnée depuis 1562. Il y trouva très peu de catholiques , mais n'en fit pas moins célébrer la messe. Une relation fut publiée à cette occasion (1), qui décrit le cortège qui accompagna le prélat depuis Avignon jusqu'à Orange , ainsi que les noms et qualités des principaux personnages catholiques qui en firent partie. Quant aux protestants, ils « se tinrent fermes et cois. »

La mort de Henri IV (14 mai 16 10) ayant réveillé les espérances ambitieuses que le duc de Savoie nourrissait sur Genève, cette ville , qui craignait pour son indépendance , fit appel à ses amis et sollicita d'eux des secours pour se mettre en état de défense. Les églises réformées de France, qui lui étaient redevables de tant de services, lui envoyèrent des sommes considérables. Le consistoire d'Orange ne resta pas en arrière et lui an-

(i) Relation véritable de l'ordre tenu à Ventrée de Monseigneur Réuérendissime Jean de Tulles, évesque d'Orenges, en la pille et en son Eglise cattiédrale dudict Orenges : Avignon, 1609, in-4''. — Justin, p. 450.

nonça sa collecte en ces termes, le 28 avril 161 1 : « La cause commune de la religion et la gloire de Dieu nous obligent tellement à contribuer tout ce qui est notre pouvoir la conservation de votre chère église , à laquelle toute l'Europe est si redevable , que ce serait une par trop remarquable ingratitude quand nous y manquerions. Nous avons déjà pourvu pour la collecte et n'attendions que le retour de nos députés du synode [de Veynes] pour savoir quelle voie la province aurait prise pour le recueil de cette subvention, ayant délibéré dès dimanche sans attendre leur retour d'y faire procéder, car nous ne voudrions être des derniers à un tel devoir , tendant cependant nos mains au ciel pour implorer son secours à votre délivrance et confusion des adversaires de son église. » Signé : J. Rossel , ministre de la Parole de Dieu ; Vigourous, ancien; Saint- Laurent, ancien ; De Loulie, ancien; J. Gallest, diacre; J. Benoît, ancien ; A. Reinaud ; C. Bastide, ancien ; Chasse, ancien. Le gouverneur d'Orange Cocquelmond était catholique, contrairement aux promesses que Henri IV avait faites à l'assemblée politique de Châtellerault de 1605 et que l'assemblée politique de Gergeau de 1609 lui rappela. Celle de Saumur de 1611 (art. XLIX de son cahier) demanda à Louis XIII de s'entremettre auprès de Philippe-Guillaume pour qu'il confiât le château d'Orange aux mains d'un réformé comme le roi défunt l'avait promis ; mais Louis XIII se borna à répondre que son père avait restitué Orange à son prince légitime et contraint ce dernier à faire une déclaration en faveur des réformés de cette ville, dont ceux-ci avaient été satisfaits. C'était assez donner à entendre qu'il se souciait fort peu d'accomplir des promesses que son père lui-même n'avait pas respectées. Pour en finir avec ces réclamations , nous ajouterons que l'assemblée po-

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litique générale de Grenoble de 1615 se plaignit des entraves apportées à l'exercice du culte réformé à Orange ; que le synode provincial de Mens du 7 mai de la même année unit ses efforts à ceux des protestants orangeois pour empêcher la nomination d'un conseiller catholique au Parlement , et que le synode de Dieulefit du 9 juin 16 16 s'opposa à la rupture de l'union des églises de la Principauté d'avec celles de France que l'on voulait encore tenter, et exhorta les pasteurs desdites églises à redoubler de diligence , de jeûnes , de prières et de protestations, « et, en somme, témoigner toute vigueur avec le respect dû au prince. »

En 161 1, les députés de l'Eglise d'Orange au synode national de Privas se plaignirent à cette compagnie de ce que ladite église avait été exclue des assemblées politiques du Dauphiné, province à laquelle elle ressortissait ecclésiastiquement. Le synode « les renvoya à la première assemblée politique générale pour y faire leurs plaintes si bon leur semblait. » En 1614 , l'Eglise d'Orange renouvela ses plaintes au synode national de Tonneins, ajoutant qu'elle avait été exclue des assemblées politiques du Dauphiné par le synode de Veynes de 161 1 , c'est-à-dire par un corps ecclésiastique qui ne pouvait en connaître. Le fait ayant été confirmé par les députés du Dauphiné présents au synode national , la compagnie décida que les églises de la Principauté d'Orange devaient être remises dans leur premier état. C'était une grave imprudence, car le prince d'Orange, qui voyait déjà d'un mauvais œil l'union ecclésiastique de l'église d'Orange a^'ec celles du Dauphiné et du reste du royaume , ne pouvait que concevoir de l'ombrage de sa participation aux assemblées politiques d'un pays dont les monarques avaient souvent porté atteinte à sa souveraineté.

Philippe-Guillaume fit une nouvelle visite dans sa Principauté en 1615 et destitua le gouverneur Cocquelmond (i) , parce qu'il avait épousé le parti du Parlement contre les consuls d'une manière trop ouverte et pris des allures hautaines. Il fut remplacé par De Croëser.

Nous ne savons à la suite de quel événement et à quelle époque précise les sieurs Julien, Alamy et leurs familles furent bannis d'Orange; mais les églises de France attachaient , paraît-il , une importance particulière au retour des exilés, puisque le synode général de de Vitré de 1617 daigna s'occuper de leur état. Il pria Charlotte Brabantine de Nassau , fille de Guillaume et veuve de Claude , duc de La Trémoille , d'écrire à Philippe-Guillaume, son frère, « d'user de support » envers eux pour qu'ils pussent rentrer dans leurs foyers. La compagnie la pria également de faire agir en leur faveur son fils Henri de La Trémoille et décida enfin d'écrire dans le même but au duc de Bouillon , beaufrère de Philippe-Guillaume.

Pour terminer cette époque , nous rappellerons un arrêt important du Parlement du 16 août 1614, qui permettait aux catholiques d'Orange de se réunir pour s'occuper des affaires de leur religion, à condition toutefois qu'ils ne traiteraient que des questions d'ordre purement ecclésiastique et qu'un conseiller du Parlement assisterait toujours à leurs délibérations. L'arrêt leur permettait en outre de dresser des rôles d'impositions pour subvenir aux dépenses de leur culte sous le contrôle du Parlement (2).

(i) Il s'était marié avec Marie de Cliabert, d'Orange.

(2) Registre... de tous les synodes... du Dauphiné (ms.) ; — Ms. français de la bibi. de Genève, n° 197"'^ portef. 6; — Édits, lois, ordonnances, etc. (ms); — Aymon. t. I, p. 410; t. II, p. 112; — Benoit, t. II, p. 69: — Lapise, p, 597.

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