CONVERSION AU PROTESTANTISME DE GASPARD MARTIN
Vers ce même temps eut lieu à Orange un événement qui fit grand bruit. Nous voulons parler de la conversion au protestantisme de Gaspard Martin , de Carpentras , en religion père Sylvestre, « président en la fabrique d'Orange » du couvent des Capucins. C'était un moine instruit et éloquent et d'une moralité irréprochable , qui avait été nommé prédicateur de son Ordre, le 23 mai 1602, par le général des capucins, résidant à Rome, Jérôme de Castroferettes , et qui prêcha successivement, de 1604 à 16 14, le carême à Roquevaire (Provence), Aramon (Languedoc), Vencè, Riez, Gap, Uzès, Grasse, Aix, Marseille, Aubusson et Clermont.
Il avait eu du succès dans ces diverses missions et ne s'était pas épargné pour convertir les protestants. Il disait plus tard à l'auteur A. B. C, qui répondit à sa première déclaration citée plus loin : « Je n'aurais pas maintenant le regret d'avoir perverti par un sophisme ce bon seigneur feu M. de Cabanes (i), comme ne savent que trop les habitants de Gordes ; je ne plaindrais pas la ruine de tant d'âmes que j'ai séduites à Gap par mes conférences familières, comme savent les papistes qui m'assistaient dans l'église en leur réception ; je ne pleurerais pas la perversion de sept ou huit hommes que je reçus au papisme , dans la maison , et en présence des domestiques de M. l'évêque d'Uzès, comme aussi de deux femmes que je fis révolter en la même ville pendant le Carême ; je ne regretterais pas la perte
(I) Voy. t. I, p. 299.
de tant d'hommes et de femmes que j'ai pervertis en divers endroits du Dauphiné en un voyage que j'y fis avec le père Richard, de Gap, après Pâques. »
A Grasse , oi^i il prêcha l'Avent et le Carême , en 1610, il fut sur le point d'avoir une dispute publique avec Toussaint, pasteur du Luc. « Je ne faisais, » dit-il, plus tard, « en chaire et hors de chaire que braver, mépriser et défier en l'air messieurs les ministres, qui étaient bien loin de moi , si bien que quelques gentilshommes de la religion , ne pouvant plus supporter l'orgueil de mes vanteries , furent contraints d'appeler M. Toussaint, ministre du Luc, en Provence, pour venir défendre leur honneur. Mais moi , ayant appris son arrivée , je renforçai mes bravades , je n'attendis pas qu'il vînt me trouver, je fus l'attaquer le premier devant la porte de l'église , au milieu des gentilshommes de la religion qui l'accompagnaient et , lui ayant laissé le choix des points de controverse qu'il voudrait pour disputer, je fis élection du lieu et de l'heure de la dispute en la maison de M. de Saint-Césaire et , nous étant donné la main réciproquement , je conviai les plus signalés et capables de la ville pour être spectateurs et juges de cette conférence. Le grand vicaire de l'évêque de ladite ville, en étant averti et voyant que cela détournerait les exercices de la dévotion accoutumée en la semaine sainte , en laquelle nous étions , courut subitement au notaire, lui commanda de dépêcher des lettres, portant, d'un côté, inhibition et défense de nous joindre durant cette semaine et , de l'autre , la permission de le faire incontinent après la fête de Pâques. » La conférence, toutefois, n'eut pas lieu; les supérieurs du capucin, « ennemis de toutes telles disputes, » ayant jugé que leur prédicateur serait plus utile ailleurs.
Gaspard Martin avait été gardien du couvent des
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capucins de Salon en 1607, de Brignolles en 1609, et prédicateur du couvent de Lisle en 161 2. année oij il fit le voyage de Rome pour rendre visite à son général. Or, comme il était également professeur de théologie, il reçut, le 9 septembre 1607, l'autorisation, du frère Raphaël, son provincial, de lire la Bible en français et les livres hérétiques défendus par l'index romain, afin de pouvoir, au besoin, réfuter les docteurs protestants, soit par écrit, soit de vive voix, tant en public qu'en particulier. Cette autorisation lui fut renouvelée par un autre provincial, le frère Jérôme d'Arles; mais le^ livres hérétiques produisirent sur lui une tout autre impression que celle qu'il attendait et, comme il le dit luimême, « Dieu lui fit lagrâcede sortir delà moinerie pour se ranger à la profession de l'Evangile en l'Eglise réformée. » Il quitta aussitôt son couvent ; mais ses supérieurs empêchèrent « cauteuleusement » son projet de conversion et le ramenèrent « par force dans leurs cloîtres. » Ils ne purent pourtant l'y retenir longtemps et il en sortit peu après.
Cependant ses anciens confrères d'Orange , alarmés des suites que pourrait entraîner la déclaration publique qu'il s'apprêtait à faire de sa nouvelle foi , supplièrent le Parlement de l'exiler; mais celui-ci n'y consentit point, et Gaspard Martin, à quatre reprises différentes, annonça publiquement à Orange son changement de religion. Après quoi, il fit imprimer dans la même ville les Motifs de la conversion à la Religion Réformée de Gaspar Martin, premier supérieur au couvent des Capucins en la ville d'Orange. Ce livre, que nous n'avons pu retrouver, parut aussi à Montpellier, à Die et à Genève et courut « toute la France, voire les pays étrangers. » Le nouveau converti, autorisé par le Consistoire à donner des prédications dans les temples de la ville, y oc-
cupa la chaire tous les dimanches pendant six mois consécutifs, et plusieurs catholiques furent amenés par son moyen à embrasser le protestantisme.
Ces faits, qui se passaient au sein d'une population impressionnable et à une époque où les passions étaient encore ardentes, émurent profondément les catholiques d'Orange, qui furent sur le point d'exciter une sédition. (( On fut contraint, » raconte Gaspard Martin, « d'écrire à Son Excellence , en Flandre , et à leur évêque , résidant pour lors à Rome, que peu s'en était fallu qu'on n'eût vu une générale révolte des catholiques de la ville à mon occasion. »
Les Motifs de la conversion de Gaspard Martin mirent également en émoi tout le clergé des environs. « Le vice-légat d'Avignon fit assembler en son palais capucins, jésuites, dominicains, minimes... pour voir d'étouffer promptement le nouveau-né et les exhorter de contribuer chacun ses artifices et efïorts pour cet effet. » Le vice-légat fut obéi , et l'on vit paraître peu après une Response au livre intitulé : Motifs^ etc., dont l'auteur se désigna par les lettres A. B. C.
Cet écrit, que nous n'avons non plus retrouvé et qui comptait un peu plus de 1 1 1 pages , attaquait violemment d'une part l'honorabilité de l'ancien capucin et s'efforçait d'autre part d'affaiblir la force de ses arguments. Martin, sur le premier point, opposa les témoignages de son provincial et de ses autres supérieurs , qui affirmaient «. qu'ils l'avaient toujours connu bon religieux et que partout où ils l'avaient mandé il en avait donné de bonnes preuves , voire laissé des marques signalées de sa vertu et fidélité. » Il fit aussi appel à la bonne foi des capucins d'Orange et leur demanda si , « sommés par messieurs de la Cour de ladite ville à déposer franchement ce qu'ils savaient de sa vie, ils ne
furent pas contraints par la force de la vérité à confesser devant cet auguste sénat qu'ils le croyaient homme de bien en tout, sauf en ce qu'il les avait quittés pour se rendre de la religion.
Sur le second point , Martin disait : « Si mon livre était peu de chose , pourquoi fit-on publier des défenses par toutes les villes du Comtat de ne lire ma déclaration sans grièves peines et censures ? Pourquoi contraignit-on tous les principaux de Carpentras de rendre toutes les copies qu'ils en avaient achetées et les donner entre les mains de l'inquisiteur? Pourquoi le vice-légat d'Avignon fit-il courir des prêcheurs, notamment jésuites, par toutes les villes et lieux de sa juridiction pour raffermir ceux qui chancelaient par la seule lecture des Motifs de ma conversion ? Pourquoi le même fit-il assembler les plus doctes des couvents d'Avignon pour résoudre promptement la réfutation d'iceux, afin d'arrêter la réduction de tant d'âmes que Dieu attirait puissamment dans son église ? » Martin rappelait aussi que les docteurs et savants catholiques « rendirent témoignage qu'ils n'avaient vu de longtemps une pièce mieux élaborée, » et que les théologiens du Comtat dirent « que , sans doute , les plus doctes ministres avaient enfanté ces écrits. »
Le synode de Mens, en Dauphiné , entre les mains de qui Martin abjura officiellement le catholicisme le 7 mai 161 5, le nomma pasteur de Montélimar; mais il déclina cet honneur et, sur sa demande, reçut l'autorisation d'aller étudier à l'Académie de Genève, à la condition toutefois qu'il n'y séjournerait qu^une année et n'accepterait pas d'église ailleurs qu'en Dauphiné. Il demeura pourtant à Genève aux frais de la province jusqu'en 1619, mais ce fut avec l'agrément de celle-ci, qui lui portait le plus vif intérêt et l'avait recommandé plu- 11 ^ 18
sieurs fois aux pasteurs et professeurs de l'Académie de cette ville.
C'est là qu'il publia son célèbre écrit , devenu presque introuvable et recherché avec ardeur par les bibliophiles : Le Capucin reformé de Gaspar Martin de Carpentras : Déclarant au long les causes de sa conversion à l'Eglise Reformée : Réfutât par le menu la Respôse d'A. B. C. contre sa première déclaration : Et descouvrant les grands erreurs et abus de l'Eglise romaine et de sa Moinerie ; Genèwe, 1618, in-8°, 964 pages. Les pages liminaires du livre renferment des pièces de vers de Jean Dragon, pasteur à Saint-Paul-Trois-Châteaux (en latin, en grec et en hébreu); de Jean Habram, pasteur à Beaumont ; Jean Fewot, ancien pasteur du Dauphiné et pasteur à Morges (Suisse) ; de Chaud , docteur en médecine; Gaspard Vidil, d'Orange, pasteur à Loriol.
Le libraire de Genève, qui édita Le Capucin reformé, en tira un nombre d'exemplaires beaucoup plus considérable que celui que l'auteur avait fixé , et les vendit au détriment de ce dernier. Le synode national d'Alais de 1620, qui accueillit à ce propos les justes plaintes de Martin, lui alloua en dédommagement une somme d'argent et pria le professeur de théologie , Bénédict Turrettin, de Genève, député par ses collègues au synode , de représenter aux libraires de cette ville la nécessité de réparer le préjudice qu'ils avaient causé à l'auteur. D'autre part, le synode d'Embrun du 14 juin 1618, à qui Martin avait dédié son livre, lui accorda « pour reconnaissance une demi-portion » des deniers d'octroi du roi , et exhorta les églises de la province (( de débiter de son livre autant qu'il sera possible, et remettre les deniers entre les mains du sieur Guyon [pasteur à Dieulefitj, qui les fera tenir au sieur Martin. »
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En rentrant en Dauphiné , notre ancien capucin fut nommé pasteur à Saillans (1621-1625), puis à Die. Comme on pouvait s'y attendre , il fut l'objet des attaques des jésuites de cette ville, et publia son Apologie en faveur des mariages contractés après le vœu illicite de célibat nionachal contre les calomnies des Jésuites résidant à Die, etc. ; Dye, 1624, in- 12, 72 pages. Il fut également persécuté par Tévêque de Valence et de Die , Jacques de Gelas de Leberon , qui, fort de la déclaration royale du 14 avril 1627, qui défendait aux ministres étrangers d'exercer leur ministère en France, lui enjoignit de quitter Die en 1629. Martin se réfugia à Mens, où, ayant continué à prêcher, l'évêque le fit arrêter et conduire dans les prisons de Valence. Le roi, son conseil privé entendu, le rendit à la liberté, maiile bannit du royaume , et le synode du Dauphiné lui assigna le poste de Courthezon, dans la principauté d'Orange, oij il était encore en 1637. A cette date, nous le perdons de vue. 11 est vraisemblable qu'il mourut peu après ([).
AVÈNEMENT DE MAURICE DE NASSAU. LE PRINCE DE PORTUGAL NOMMÉ GOUVERNEUR AVEC VALCKEMBOURG POUR LIEUTENANT (1618-1625).
Philippe-Guillaume mourut sans enfant, le 20 février i6î8, laissant la principauté à son frère Maurice, qui en avait eu déjà la régence. Cet illustre capitaine appartenait à la religion protestante et , peu après son avènement , députa à Orange le commissaire de Volber-
(i) Aymon, Tous les synodes nationaux; — E. Arnaud, Hist. des prot. du Daupli., t. II, p. 71, 411, 412 ; — Idem, Notice hist. et bibliogr. sur les controv. relig. en Dauph., p. 52, 35 ; — Registre ou Recueil de tous les actes qui ont esté tenus dans la prov. de Dauph. (ms.) ; — Le Capucin reformé, p. 7, 8, 15, 28, u, 49, Ço, 5j, 54, 56; — Barjayel, Le seizième siècle, p. 27.
ghen pour s'enquérir de l'état des esprits. Sur son rapport . il remplaça de Croëser par le Jeune Emmanuel II, prince de Portugal, son petit neveu (i), à qui il donna pour lieutenant Jean de Herthogue d'Osmaal , seigneur de Valckembourg.
Croëser n'était, en effet, rien moins que sûr. Comme on cherchait en France, à cette époque, à dépouiller les protestants de leurs places de sûreté , le cardinal de Richelieu l'avait fait corrompre à prix d'argent pour l'empêcher de remettre le château d'Orange à Maurice, qui, l'apprenant, s'écria qu'il ferait poignarder Croëser, quand même il serait entre les bras de l'Empereur.
L'évêque Jean VI, de Tulles, ne vit pas sans quelque appréhension un prince protestant devenir le maître de la Princ^auté. C'est pourquoi il se hâta de faire le voyage de Hollande pour saluer le nouveau souverain et sonder ses intentions. Ce dernier, qui était un prince juste, le rassura entièrement et lui garantit la jouissance des biens du clergé séculier et réguHer de la Principauté, et l'égalité de justice et de police pour les deux relierions.
Maurice songea après cela à fortifier Orange, et, en trois années , fit élever autour de son château et des remparts de la ville de formidables bastions , qui en firent une des places les plus fortes d'Europe. Il édicta également (12 janvier 1622) des lois militaires d'une grande sévérité, dont nous rapportons les articles qui se rapportent à la vie morale et religieuse.
« Tout ceux qui auront blasphémé ou pris le nom de Dieu en vain, à la première fois seront mis aux prisons ordinaires pour trois jours et ne mangeront qu'un quar-
([) Par Emilie de Nassau, fille de Guillaume \"', mariée à Emmanuel P% prince de Portugal, vice-roi des Indes.
teron de pain noir par jour et ne boiront que de l'eau ; et la seconde fois seront punis de trois traits de corde et chassés ; et oi^i ils seront récidivants et coutumiers , ou s'ils sont convaincus d'avoir grièvement offensé Dieu par des blasphèmes horribles , la langue leur sera percée avec un poinçon de fer ardent, ou seront punis d'autre peine arbitraire, selon la gravité de l'excès (art. 2).
» Tous ceux qui, de fait ou de paroles, injurieront quelque personne ecclésiastique, sans distinction de religion, seront punis de trois traits de corde, dégradés , dévalisés et chassés ignominieusement (art. 3).
)) Et défendu à chacun d'entrer aux temples ou églises d'autre religion que celle dont ils font profession , ni y donner aucun scandale , sous peine que le contrevenant sera puni exemplairement de trois traits de corde » (art. 4) (i).
AVÈNEMENT DE FRÉDÉRIC-HENRI DE NASSAU. CONFIR- MATION DE VALKEMBOURG, SES EXCÈS, SA DESTI- TUTION ET SA MORT VIOLENTE (1625-1630).
Maurice de Nassau ne jouit pas de longues années du pouvoir. Il mourut, sans avoir été marié, le 22 avril 1625, et eut pour successeur son frère, Frédéric-Henri , qui confirma Valkembourg dans sa lieutenance. Ce dernier suivit l'exemple du second Blacons. Il épousa le parti de la maison consulaire contre le Parlement, et prit les allures d'un despote, désirant, comme son émule, faire passer sa charge sur la tête de son fils. Il avait même traité secrètement avec la France pour la reddition d'Orange, moyennant 100,000 écus, quoiqu'il favorisât ,
(i) Pineton de Chambriin , Les larmes, p. 99, 100; — Lapise, p. 774; — Bastet , p. 125, et Essai historique, p. 254; — Livre contenant les édits, lois, etc. (ms.).
extérieurement du moins, les armes du duc de Rohan dans le Vivarais. Ce dernier lui écrivait, à la date du 10 avril 1628 : « Je ne suis méconnaissant des obligations que je vous ai. » Du reste, toute la principauté d'Orange était acquise au parti du duc, qui écrivait à la même date à l'avocat Saint-Julien : « J'ai appris de M. de Saint-André de Montbrun les bonnes dispositions que vous avez pour moi, dont je vous ai beaucoup d'obligation. » 11 existe d'autres lettres de Saint-André de la même époque à Valkembourg, au pasteur Chambrun le père , et au sieur de Raphélis , qui témoignent du même fait. Saint-André , lieutenant du duc et gouverneur de Baix , disait à ce dernier qu'il désirait (( conférer avec lui des moyens qu'il peut avoir de subsistance (i). »
Quoi qu'il en soit, Frédéric-Henri, désireux de faire cesser les divisions intérieures fomentées par Valkembourg, qui se prétendait calomnié et poursuivi depuis trois ans par la haine du sieur de Volberghen (2), un des conseillers du prince, envoya, en 1629, deux commissaires à Orange pour pacifier les esprits ; mais ils échouèrent dans leur mission. L'un d'eux mourut après un an de séjour, et Valkembourg obligea l'autre de partir.
L'année suivante , en mars ou avril , le prince d'Orange envoya un autre commissaire , nommé de Knuyt , avec la charge expresse de destituer le gouver-
(i) Ms. de Carpentras, XXXI, vol, II. — Voy aussi Etat des provinces rebelles non subjuguées, s. 1. n. d., 1621, in-4".
(2) Celui-ci était venu à Orange douze ans auparavant (Voy. p. 275). Valkembourg, dès le 10 juin et le 30 août 1627, demandait au prince des officiers sur lesquels il pût compter. Il se plaignait, dans une lettre du 29 octobre 1628, que, depuis le 10 septembre 1627, toutes ses lettres étaient restées sans réponse, quoiqu'elles fussent importantes, et qu'on avait donné comme enseigne aux soldats de la garnison le sieur van Santen, dont le père était son mortel ennemi.
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neur infidèle. C'était un homme de cœur et de raison , actif et vigilant au possible, en même temps que fort attaché à son souverain. Il lui fallut beaucoup de temps et de patience pour réduire Valkembourg, qui soutint un véritable siège dans le château d'Orange. Arrivé à la chambre où il s'était retranché , le sieur de Mimet , gentilhomme provençal, qui commandait les soldats de Knuyt, fit tirer un double coup de mousquet et de pistolet par une ouverture, pratiquée dans la porte à coups de massue , et l'on entendit Valkembourg s'écrier en tombant : « Je me rends, je suis mort. » La porte fut alors enfoncée, et Mimet, aidant le gouverneur à se relever, le fit porter sur son lit, en lui représentant qu'il était le seul artisan de son malheur.
Valkembourg , se sentant atteint mortellement , demanda un ministre et un chirurgien. Les deux frères Sylvius, qui remplissaient ces offices, accoururent auprès de lui et le pressèrent de rendre les clés du châteauet de se repentir de ses fautes, mais il s'y refusa obtinément. Sa femme, qui se trouvait ailleurs, et qu'on manda en toute hâte, n'eut pas plus d'influence sur lui, bien qu'elle le suppliât à genoux de donner l'ordre de la remise du château. 11 fallut que Knuyt vint lui-même lui donner lecture de la commission de son prince pour le décider; encore l'ordre de reddition fut-il écrit de la main de sa femme et en son nom. Les deux Sylvius portèrent aussitôt l'ordre au commandant du château , qui remit les clés. C'était minuit.
Le reste de la nuit se passa en exhortations chrétiennes et en prières. Pineton de Chambrun le père s'était joint à son collègue Sylvius, et les deux pasteurs eurent la satisfaction de voir Valkembourg revenir à de meilleurs sentiments. Il disposa de ses affaires en toute liberté et en confia la direction à sa femme. Ses trois
2oO HISTOIRE DES PROTESTANTS
(ilies à genoux reçurent sa bénédiction. Il leur recommanda d'obéir en toutes choses à leur mère, qu'il avait toujours tenue pour une sage et vertueuse épouse; se repentit de n'avoir pas suivi ses conseils et demanda pardon à Dieu de ses fautes, notamment d'avoir déserté son culte pour des raisons tout humaines; après quoi il expira à six heures du matin (ii juin 1630) (i).
GOUVERNEMENT DE CHRISTOPHE DE DOHNA ET DE SA FEMME. PROSPÉRITÉ DE l'ÉGLISE. AVÈNEMENT DE GUILLAUME II (1630-1649).
L'ambition et la félonie des derniers gouverneurs d'Orange , jointes aux nombreuses irrégularités financières et à la confusion administrative qui régnaient dans la Principauté, décidèrent Frédéric- Henri à mettre à la tête de son gouvernement un personnage intelligent , ferme et dévoué. Il choisit, dans ce but, le mari de la sœur de sa femme Amélie , le burgrave Christophe de Dohna, comte de l'Empire, diplomate loyal et expérimenté. Dès son arrivée à Orange (14 octobre 1630), Dohna rétablit la discipline militaire. 11 s'occupa ensuite de la justice et réorganisa le Parlement dont les séances étaient interrompues depuis quelques années.
(1) Lettre du gouverneur d'Orange à Mfl' le prince d"Orange, du 29 octobre 1528, et « Récit véritable ce qui s'est passé en la ville et chasteau pour y rétablir le service de Ms' le Prince contre ledit de Falkenbourg, etc., » dans le Recueil de pièces pour servir à l'histoire d'Avignon , etc. (ms.) ; — Lapise, p. 821, 873, 887; — Pithon-Curt, Hist. de la noblesse du comté Venaissin, d'Avignon et de la principauté d'Orange, t. 1 , p. 415 ; — Voy. aussi Ms. de Carpentras, n" LXXVIII. — Samuel Sorbière, ancien principal du collège d'Orange et auteur qui ne mérite aucune confiance, dit [Soberiana , Toulouse, 1691 , in-12) que 'Valkembourg fut assassiné dans la chambre de la femme de l'historien Joseph de Lapise, avec laquelle il passait pour entretenir des relations coupables ; mais ce fait est contredit par le Récit véritable que nous avons suivi. Il est toutefois certain que le gouverneur d'Orange avait des moeurs dissolues.
DE LA PRINCIPAUTE D ORANGE. 2oI
Il agrandit le collège , qui était bien déchu , et y appela un principal de renom , Samuel Corbière , en même temps qu'il faisait venir de Genève l'imprimeur et libraire Etienne Voisin. Il fit construire, en grande partie à ses frais, un magnifique temple, dont la première pierre fut posée le [3 mai 1633 et dont la dédicace eut lieu le 23 mars 1636. Quoique protestant et même fort religieux (i), il sut maintenir une égale balance entre les deux religions et entretint des relations excellentes avec les autorités du comtat Venaissin et la couronne de France. La confiance qu'il inspirait était telle que , dans les affaires litigieuses, on préférait recourir à son arbitrage plutôt qu'aux jugements des tribunaux. Il fut même pris pour arbitre dans des différends étrangers à la Principauté.
Son administration ne dura malheureusement que sept années, mais elle laissa de si bons souvenirs, qu'après sa mort, survenue le i^"" juillet 1657 (2), le Parlement et les autres autorités d'Orange s'empressèrent de demander à Frédéric-Henri de ne confier le gouvernement de la Principauté qu'à sa veuve, Ursule de Solms-Braunfels , femme d'une grande distinction. Le prince y consentit et, pendant douze années que dura l'administration de la comtesse , la tranquillité la plus parfaite régna à Orange , si bien qu'on peut considérer cette période comme la plus prospère de l'histoire de la Principauté. Néanmoins, comme Ursule vécut beaucoup à la cour de Hollande , surtout dans les dernières années de son
(i) Il a composé l'ouvrage suivant, publié par sa veuve ; Sainctes méditations et explications sur le Cantique des Cantiques, composées en allemand... nouvellement traduites en français, par A. K. IM. D. S. E; Orange, 1638, in-4°, 185 pag. (André Kreguelius, ministre du saint Evangile, aumônier particulier de Fauteur).
(2) Il fut enseveli dans le grand temple qu'il avait fait construire, et où un riche mausolée fut érigé à sa mémoire.
gouvernement, on peut croire que ses absences répétées ne furent pas étrangères au refroidissement du patriotisme de certains personnages d'Orange dont nous parlerons plus loin.
Christophe de Dohna et sa femme avaient été admirablement secondés dans leur œuvre de restauration et de paix par le pasteur Jacques Pineton de Chambrun le père, qui était doué d'une « rare vertu, » d'un « grand savoir, » et d'un « génie extraordinaire dans toutes sortes d'affaires. » Son fils, qui nous le représente sous ce jour élogieux, mais véridique, ajoute : « J'ose dire que sa prudence exquise avait beaucoup contribué à rendre l'Eglise d'Orange florissante. Il avait eu la consolation de la voir multiplier à merveille. Il y avait peu de jours qu'il ne passât des prosélytes par ses mains , de sorte que, dans moins de vingt ans, il vit augmenter son Eglise de la moitié. » Barthélémy Piélat , savant médecin d'Orange, dans une lettre adressée à Chambrun père, fait aussi ressortir la probité, l'équité, la prudence, la piété , la sagesse et la bienfaisance de ce digne pasteur (i).
Le prince Frédéric-Henri mourut vers ce temps (1647) ^^ ^"t pour successeur son fils, [Guillaume II, qui ne lui survécut que trois ans et demi (2).