‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'OrangeChapitre 21 sur 93 · LIMITES DE LA PROVENCE. CARACTÈRE DE SES HABITANTS · texte numérisé non relu

LIMITES DE LA PROVENCE. CARACTÈRE DE SES HABITANTS

'étendue de la Provence était de 44 lieues de pays en longueur du levant au couchant, et de 32 depuis les îles d'Hyères jusqu'au village dauphinois des Crottes, avoisinant ses frontières.

Ses limites étaient : au nord , une partie du cours supérieur du Verdon, le comté de Barcelonne (ou Barcelonnette ) , la Durance et le Dauphiné ; — au sud, la mer Méditerranée, depuis l'embouchure du Rhône jusqu'à celle du Var; — à Test, le Var, le comté de Nice et

les Alpes-Maritimes; — à l'ouest, le comtat Venaissin et le Rhône.

« Les Provençaux, » dit Boulainvilliers (i) d'après les rapports des intendants , « sont naturellement sobres , surtout lorsqu'ils vivent à leurs dépens ; ils ont assez de courage, mais ils sont inconstants et doubles. On ne doit que rarement se fier à leur bonne foi. Ils sont tous grands parleurs, aimant à débiter des fables de leur composition, fort entêtés en leur propre mérite et arrogants singulièrement dans leur terrain. Ils haïssent la dépendance , au point que les seigneurs des lieux et tous ceux qui ont le droit de supériorité y sont sujets à des mortifications sensibles , encore est-ce le moindre cas où ils puissent tomber, y ayant eu souvent de massacrés ou indignement traités. Cette disposition les a fait regarder à la cour comme des sujets très disposés à la révolte... Les Provençaux aiment fort les ajustements et les beaux habits ; mais ce qu'il y a de singulier dans le pays est l'élégance naturelle et le bon sens ordinaire du paysan , qui paraît toujours si bien instruit des matières dont il s'agit que l'on a peine à comprendre comment il a pu acquérir ces talents sans éducation. La religion catholique a toujours été la seule reçue dans la Provence; toutes les fois que les hérétiques ont voulu s'y établir, ils en ont toujours été repoussés et punis sévèrement quand ils ont dogmatisé. On en peut donner pour témoin le massacre de Mérindol et de Cabrières dans le seizième siècle, ainsi que la résistance du Parlement à l'établissement d'une chambre de l'Edit au temps de Henri IV, quelque profit que le Parlement et le roi lui-nlême en eussent pu espérer. »

(i) Etat de la France, édit. 1727- 1728 , in-fol., t. Il , p. 447.

LES VAUDOIS DE PROVENCE PRÉCURSEURS ET PRE- MIERS ADEPTES DE LA RÉFORME DANS CETTE PRO- VINCE. PERSÉCUTIONS PRÉCOCES ( I 5 2 5 - I 5 } I ).

La Rétbrmation religieuse du seizième siècle recruta ses premiers adhérents en Provence parmi les Vaudois établis dans les montagnes du grand et petit Léberon , situées sur la rive droite de la Durance. « De temps immémorial , » dit de Bèze, « les Vaudois s'étant opposés aux abus de l'Eglise romaine, ont été tellement poursuivis . non point par le glaive de la Parole de Dieu, mais par toute espèce de violences et cruautés, jointes à'un million de calomnies et fausses accusations, que force leur a été de se répandre partout où ils ont pu , errants par les déserts comme pauvres bêtes sauvages ; ayant toutefois le Seigneur conservé les demeurants, que, nonobstant la rage de tout le monde, ils se sont maintenus , comme ils se maintiennent encore en trois contrées bien éloignées les unes des autres, étant les uns en Calabre , les autres en Bohême et pays circonvoisins , les autres aux vallées du Piémont, dont ils se sont épars des quartiers de Provence depuis environ deux cent soixante et dix ans , principalement à Mérindol, Cabrières , Lourmarin et quartiers d'alentour 1 . Et combien que les lieux où ils se retirèrent fussent tous déserts, tant à cause des guerres que pour

(1) Nous n'en dirons pas plus que de Bèze sur l'origine des Vaudois de Provence , vu qu'on ne possède aucun document certain sur les causes qui les amenèrent dans ce pays. Ajoutons toutefois que les auteurs ont généralement adopté l'opinion d'Honoré Bouche . le plus savant historien de Provence, qui dit que les Bouliers, seigneurs de Centallo , Roccaspavera et Démonte dans le marquisat de Saluées, en Piémont, les tirent venir des Vallées vaudoises de cette contrée pour cultiver les terres en friche qu'ils avaient achetées dans es montagnes du Léberon.

l'âpreté du pays , si est-ce que Dieu a tellement béni leur labeur assiduel , qu'ils les ont rendus abondants en blé, vin, huile, miel, amandes et grand bétail, jusques à en soulager tout le pays. Leur vie, par l'attestation et voix publique, a toujours été paisible : ce qui les a rendus agréables à leurs voisins , ayant acquis la réputation d'être gens loyaux, charitables à merveille, payant leurs dettes sans plaidoyer, et en général ennemis des vices. Quant à leur religion, ils n'ont jamais adhéré aux superstitions papales ; mais par longue succession de temps, la pureté de la doctrine s' étant grandement abâtardie entre leurs ministres, qu'ils appellent en leur langage barbes , qui vaut autant à dire que oncles, ainsi comme en l'Eglise romaine on appelle les pères et beaux-pères. »

Si les Vaudois du seizième siècle ne professaient plus le pur Evangile , ils étaient vivement désireux de le connaître et n'épargnèrent rien pour y parvenir. Ils se procurèrent des exemplaires de la Bible et firent donner de l'instruction aux plus sages d'entre eux. Mais à peine eurent-ils fait éclater plus ostensiblement leur séparation d'avec l'Eglise romaine qu'ils furent persécutés, notamment par le moine jacobin Jean de Roma, revêtu dans ce but de la charge d'inquisiteur de la foi. C'était un homme d'une violence extrême, qui, dans un entretien qu'il eut avec le célèbre Farel, en 1523, à Paris ou à Meaux , et où ce dernier exprimait l'espoir que « l'Evangile aurait lieu au royaume de France, » répondit : « Moi et autres comme moi lèverons une cruciade (croisade) de gens, et ferons chasser le roi de son royaume par ses sujets propres , s'il permet que l'Evangile soit prêché (1). » C'est vraisemblablement

(l) Herminjard, t. I, p. 483.

après les arrêts du parlement de Paris '20 et 29 mars 15241 et le bref du pape Clément VII (17 mai 1525) rendus contre les luthériens , et les lettres patentes de la régente (10 juin 1 J25) ordonnant l'exécution de cette bulle, que Jean de Roma commença ses informations contre les Vaudois comtadins et provençaux. « En Provence, » écrivait en 1^28 le fameux Erasme au comte de Neuenar (1) , « deux personnes ont été arrêtées qui risquent de perdre la vie, parce que, contraintes par la maladie, elles ont mangé pendant deux jours de la viande en carême. Un troisième aurait été brûlé, si le roi ne fût venu à son secours en évoquant son procès à Paris. Il avait dit que les dépenses immodérées consacrées à l'érection d'un certain couvent auraient pu être mieux employées peut-être au soulagement des veuves et des pauvres. Ce sont les commencements : vous devinez le reste. »

Au fur et à mesure que la Cour se prononçait plus sévèrement contre les doctrines luthériennes, la persécution sévissait en France avec plus d'intensité. Jean de Roma , secondé par Jean de Grossi , juge à Apt, et Pierre de Sade , coseigneur d'Agoult, son parent , remplissait de graisse bouillante des bottines armées d'un éperon et les faisait chausser aux malheureux Vaudois , après les avoir attachés sur un banc à la renverse : et , prenant plaisir à les contempler dans ce triste état , il leur demandait en riant s'ils étaient bien équipés pour se mettre en vova^e. Allant de village en viilasre et de maison en maison, accompagné de gens armés, il se saisissait de l'or, de l'argent et des meubles précieux qu'il pouvait rencontrer, faisait condamner ses victimes, les unes au feu, les autres au bannissement, d'autres à

(1) Erasmù cpistolœ, éd. de Bàle, K40. p. 74

la prison, et les ruinait toutes par de fortes amendes. Dénoncé enfin à François Ier, Jean de Roma, qui se livra à son cruel métier jusqu'en 1531 , fut décrété de prise de corps, sur l'ordre du roi, par le Parlement de Provence ; mais averti à temps du danger qui le menaçait, il s'enfuit à Avignon, « où, s'il fut en sûreté, » dit de Thou , « contre ce qu'il avait à craindre des hommes, il ne put échapper du moins à la vengeance divine. Ayant été volé par ses domestiques, il fut réduit à la dernière indigence , et son corps se couvrit d'ulcères qui lui firent souhaiter la mort à tous moments , quoiqu'elle ne vint que bien tard et après qu'il eut essuyé longtemps des douleurs insupportables. »

Nous mentionnerons, parmi les victimes de ces premières persécutions : Antoine et Poncet Mesnier, du village d'Oppède ; Michelet Serre dit Marre, de Cabrières ; Guillaume Mély , Jacques Agiton, Etienne et François Féraud (1531).

DÉPUTATION DES VAUDOIS AUPRÈS DES RÉFORMATEURS DE LA SUISSE ET DE L'ALLEMAGNE (1530-153$).

Ces violences n'arrêtèrent pas ie mouvement qui poussait les Vaudois à embrasser la Réforme ; car ayant appris les progrès considérables qu'elle faisait en Suisse et en Allemagne, ils envoyèrent, en octobre 1 530, deux de leurs barbes, Georges Maurel, de Freissinières en Dauphiné, qui avait été élevé à leurs frais, et Pierre Masson , de Bourgogne, auprès de Farel à Neuchâtel , de Berthold Haller à Berne , d'Œcolampade à Bâle, et de Bucer et Capiton à Strasbourg. Les deux députés, qui avaient pour mission de conférer avec ces réformateurs , leur présentèrent un long mémoire où ils faisaient connaître leur discipline ecclésiastique , leur

culte , leurs mœurs et leur doctrine , et demandaient des éclaircissements sur divers articles obscurs.

Cet exposé attestait une connaissance de l'Evangile inférieure à celle que possédaient leurs ancêtres. De la l'incertitude qu'on y rencontre sur quelques points de la doctrine biblique, et la nécessité, pour les communautés vaudoises, de se réformer sous le double rapport de la foi et de la discipline chrétienne (i).

La réponse d'Œcolampade , datée du 13 octobre 1Ç30, a été publiée avec le Mémoire des Vaudois ; celle de Bucer est restée inédite (2). Indépendamment de ces deux consultations doctrinales, Œcolampade et Bucer remirent encore aux députés vaudois des lettres particulières pour leurs frères de Provence. En voici le texte :

Lettre (f Œcolampade : « Nous avons entendu avec beaucoup de contentement , par votre fidèle pasteur Georges Morel, quelle est votre foi et religion, et en quels termes vous parlez d'icelle. Or nous rendons grâce à notre Père très bénin , lequel vous a appelés à une si grande lumière en ce siècle et parmi les ténèbres obscures qui sont épandues par tout le monde , et la puissance désordonnée de l'Antéchrist. Et pourtant nous reconnaissons que Christ est en vous. Par quoi nous vous aimons comme frères. Et plût à Dieu que nous pussions vous faire sentir par effet ce que nous serions prêts de faire pour vous, quand même ce serait chose très difficile à faire. Au reste, nous ne voudrions point qu'on prît ce que nous écrivons comme si par or-

(1) Le récit de l'ambassade vaudoise se trouve tout au long dans Abrah Scultet, Annalium EpangeUi pasjtim per Buropam décime quùUo saktfu parlas seculo renovati; décos secunda , Heidelberg, 1620, in-8°, t. II, p. 204-516; et a été reproduit par Abrah. Ruchat , Histoire de la Rcfornuition de la Suisse édit. Vulliemin, t. II, p. j 19 -5 50.

(2) Minute originale aux archives du Séminaire protestant de Strasbourg.

gueil nous nous attribuions quelque supériorité , mais comme des propos tenus à nos frères en charité et fraternelle amitié. Le Père de notre Seigneur Jésus-Christ vous a départi une excellente connaissance de sa vérité plus qu'à beaucoup d'autres peuples et vous a bénis de bénédiction spirituelle. Que si vous persistez sous sa grâce , il a encore des plus grands trésors , desquels il vous peut enrichir et vous peut rendre parfaits , à ce que vous croissiez en la mesure de l'héritage de Christ. »

Lettre de Bucer : « Le Seigneur Dieu et Père soit béni , lequel vous a conservé jusqu'à présent en si grande connaissance de la vérité, et lequel vous a maintenant inspirés à la recherche d'icelle, vous ayant rendus capables de ce faire. Or voici quel est le naturel de la vraie foi : c'est que dès aussitôt qu'elle reconnaît en quelque part quelque étincelle de la clarté divine , elle conserve soigneusement les choses qui lui sont données de Dieu. Saint Paul nous est pour exemple , lequel par toutes ses épîtres fait paraître le soin qu'il a eu de procurer la gloire de Dieu. Et certes, si nous prions de bon cœur que le nom de Dieu soit sanctifié et que son règne advienne , nous ne poursuivrons jamais aucune chose avec tant de diligence, comme de faire en sorte que la vérité soit établie là où elle n'est point , et qu'il y ait de l'avancement là où elle est plantée. Une seule chose nous contriste principalement : c'est que nous sommes maintenant occupés en plusieurs autres affaires. Et pourtant nous n'aurons loisir de vous répondre si au long comme nous eussions bien désiré, etc. »

Il existe aussi une lettre de remontrance d'Œcolampade « écrite aux Vaudois de Provence, qui estimaient pouvoir servir à Dieu en prostituant leurs corps devant les idoles papistiques. » Cette lettre avait pour but de

réagir contre la réserve que les Vaudois de ce pays avaient gardée jusque-là dans l'observation de leur culte et qui ressemblait à de la dissimulation (i).

Quand les deux députés eurent rempli leur mission , ils revinrent sur leur pas ; mais Masson fut arrêté et brûlé vif à Dijon comme hérétique. Maurel , assez heureux pour s'échapper avec ses lettres et ses papiers, exposa à son retour « devant tous les frères, » dit Crespin, « les points de sa commission, et déclara publiquement qu'en plusieurs sortes et façons ils erraient, et que leurs anciens et ministres... ne les enseignaient en telle pureté qu'il appartenait. » L'assemblée, vivement émue de cette révélation, décida qu'on convoquerait les plus anciens frères de la Pouille et de la Calabre pour les informer des faits , et qu'on ferait venir « gens doctes pour aviser à une sainte réformation. » Poursuivie avec ardeur et sincérité , cette œuvre fut menée à bonne fin. Le 12 septembre 1532 eut lieu au val d'Angrogne , en Piémont, une assemblée générale et solennelle de tous les barbes et des principaux membres des Eglises vaudoises , et Ton y arrêta un certain nombre d'articles relatifs à la doctrine et à la discipline. Trois ans après (1535), les Vaudois publiaient à leurs frais la première version protestante française de la Bible, due aux labeurs persévérants de Robert Olivétan, aidé de Calvin, son parent. Elle fut imprimée à Serrières, près Neuchâtel, et coûta 1,500 écus d'or.

suite des persécutions. expéditions armées d'eustache marron (1532-153; .

Les violences exercées contre les Vaudois amenè-

(1) Pemn, Histoire des Vaudois, Genève, 1619, in-12, p. 46-48, 210-216.

rent quelquefois de coupables représailles. C'est ainsi qu'en 1532 les soldats du pape, ayant enlevé de vive force, près de Cabrières-du-Comtat, des filles vaudoises, les pères de ces infortunés, ne pouvant supporter une séparation si douloureuse, tentèrent de les délivrer les armes à la main ; mais ils furent eux-mêmes pris et incarcérés. Un homme entreprenant et sanguinaire de Cabrières, Eustache Marron (en provençal, /ou Marron/), dont le nom reviendra plusieurs fois dans la suite, réunissant quelques hommes déterminés comme lui , délivra les uns et les autres de leur captivité. En 1535, le même Marron, à la tête de cinquante hommes, mit à mort Antoine Bermond, sieur d'Agoult, et Nicolas Lautier, d'Apt, qu'il surprit chargés de la mission d'arrêter, à Roussillon , un certain nombre de Vaudois. Mais c'étaient là des faits isolés u Marron n'agissait que sous sa propre inspiration, et le peuple vaudois, qui opposa toujours la plus entière résignation aux violences dont

11 fut l'objet , ne saurait être rendu responsable des violences d'un homme qui ne reçut jamais de mandat de sa part.

Cependant le pape Clément VII, informé des progrès que les doctrines luthériennes faisaient parmi les Vaudois, promit une indulgence plénière à tous ceux d'entre eux qui les abjureraient dans les deux mois; mais aucun n'ayant voulu en profiter, les juges ecclésiastiques se mirent à poursuivre les Vaudois et condamnèrent à mort le barbe Guillaume Serre et sept de ses compagnons. Le pape, sur ces entrefaites, s'étant plaint au roi de France de l'obstination des Vaudois, ce dernier écrivit au Parlement pour stimuler son zèle , et celui-ci rendit un arrêt (1532) pour faire exécuter à mort, par les juges séculiers ordinaires, les sept compagnons de Serre, et cela « sans voir les condamnés et

ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. I l

leur procès. » Par le même arrêt, il enjoignit aux nobles du pays, sous peine de perdre leurs fiels, de prêter main-forte aux juges d'églises et inquisiteurs de la foi; mais comme les gentilshommes, qui n'avaient qu'à se louer des Vaudois , ne se montraient pas disposés à exécuter l'arrêt, le Parlement leur ordonna, sous la même peine, par un second arrêt, de s'enquérir dans leurs terres et juridictions des Vaudois suspects d'hérésie, et ordonna à ces derniers de ne tenir aucune assemblée (1533).

Un contemporain, Jean Montaigne, ancien professeur de droit à l'université d'Avignon, qui avait dû se réfugier à Noves à cause de la peste, écrivait à ce propos, à la date du 6 mai 1533, à Amerbach, son ancien pensionnaire : « Les Vaudois, qui suivent depuis longtemps la secte de Luther, sont maltraités ici. Plusieurs ont été brûlés vifs, et, chaque jour, on en arrête d'autres. Plus de six mille hommes appartiennent, dit-on, à cette secte. On les poursuit parce qu'ils ne croient pas qu'il y ait un purgatoire, ne prient pas les saints, disent même qu'il ne faut pas les prier, estiment qu'on ne doit pas payer les dîmes aux prêtres et autres choses de ce genre. C'est pour cette raison seulementqu'on les brûle vifs, et qu'on confisque leurs biens (1). »

L'année suivante (1534), les évêques de Sisteron , d'Apt, de Cavaillon et d'ailleurs firent rechercher activement les luthériens dans leurs diocèses et en remplirent les prisons. Antoine Pasquet , de Saint-Second , près Rocheplate en Piémont, et douze autres, condamnés à être brûlés vifs par les juges ecclésiastiques, furent livrés aux juges séculiers et exécutés le 5 avril, à l'exception de Pierre Chalvet, de Rocheplate, mort en

(1) Herminjard, t. III, p. 45, note 21.

prison, et de Jean Bernard, de Saint-Barthélemy , qui fut relâché sous caution pour cause de maladie. Les prélats, en faisant leurs informations, reconnurent que ces Vaudois étaient, en partie, Piémontais, et en écrivirent à l'archevêque et à l'inquisiteur de la foi de Turin, lesquels « en avertirent incontinent le duc Charles, dit Gilles (i), et l'importunèrent tant contre les sujets de la religion qu'il constitua un commissaire contre eux, le sieur Pantaléon Bersour, gentilhomme de Rocheplate. » Bersour vint en Provence pour compléter ces informations, et obtint de Claude de Savoie, comte de Tende, lieutenant du roi dans cette province et grand sénéchal, la permission d'assister « à l'examen des prisonniers, qui se ferait par le conseiller Sauveti, à ce député par le Parlement, et que, moyennant la due récompense aux greffiers, on lui donnerait copie de toutes les dépositions... Par ce moyen, il eut les informations quasi de toutes les familles et personnes de la religion habitant en Piémont et autres terres de S. A. de Savoie... Car il y avait des prisonniers quasi de tous les quartiers du pays (12 juin 1435). )} ^ apprit aussi les noms des barbes vaudois qui avaient instruit et visité leurs frères de Provence et qui, pour la plupart, étaient originaires du Piémont, savoir : Martin Gonin , d' Angrogne , Boinet, Laurens, Jeannet, Georges Janon , Louis, Etienne,- Daniel, Luc et autres. Les quatre derniers, en 'qualité de barbes plus âgés, avaient présidé les synodes tenus en Provence.

Vers le même temps (19 juin 1535), une troupe de soldats , munis d'instructions communes du Parlement d'Aix et du légat d'Avignon et avides des biens des

(1) Histoire ecclésiastique des Eglises réformées recueillies en quelques vallées de Piedmont, etc. Genève, 1644, in-40, p. 56-42.

Vaudois , se ruèrent violemment, en vertu d'un arrêt dudit Parlement, sur quelques-uns de leurs bourgs, pillèrent les maisons, emmenèrent les troupeaux, emportèrent tous les meubles ; et, comme tous les hommes valides s'étaient enfuis , ils détruisirent le reste du mobilier, qui ne pouvait se transporter que difficilement, et incendièrent quelques maisons.

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