SYNODES DE PROVENCE
Les Eglises de Provence furent rattachées , à l'origine , au synode du Dauphiné , en même temps que la principauté d'Orange et le comtat Venaissin , comme nous l'apprend Tarticle qui suit du synode de Montélimar du 6 mars 1562 : « La province du Dauphiné et autres conjointes à icelle seront divisées et ordonnées en cinq classes , à savoir : Viennois et Terre de La Tour [du Pin] , qui est le bailliage de Vienne et Grésivaudan ; Viennois et Valentinois , qui est le bailliage de Saint-Marcellin ; — et le bailliage de Valentinois et Diois , une autre classe;* — Briançonnais et Embrunais , une autre classe ; — Gapençais et Baronnies, une autre classe; — Saint-Paul-Trois-Châteaux, Orange et sa principauté , le comté de Venisse et Provence , à savoir les places et lieux qui sont entre le Dauphiné et le comté d'Orange , une autre classe (ij. »
Nous sommes porté à croire que cette union synodale des Eglises de Provence avec celles du Dauphiné subsista pendant tout le cours du seizième siècle , et que les premières ne formèrent qu'une classe, autrement dit qu'un colloque du synode de ces deux provinces réunies ; mais, dans bien des cas, le colloque de Provence paraît avoir délibéré comme un véritable synode , soit à cause des distances, soit à cause des dil-
(1) E. Arnaud, Documents protestants inédits, p.
ficultés de communication engendrées par les guerres civiles.
Le seul colloque (ou synode) dont nous ayons retrouvé la trace est celui qui se réunit , au mois de septembre 1 5 6 1 , dans les quartiers de la Durance , vraisemblablement à Mérindol. Il nous reste de lui une lettre adressée à la compagnie des pasteurs de Genève, touchant certaines infractions à la discipline ecclésiastique commises par plusieurs pasteurs de Provence.
Ainsi , Matthieu Yssautier (ou Essaultier) , originaire du Lauzet, vallée de Barcelonnette , pasteur dans les quartiers de la Durance , avait donné la cène à deux personnes qui n'avaient été reçues dans aucune église , puis à tout le troupeau , composé de trois ou quatre cents personnes, après « les avoir catéchisés que pour l'espace de deux jours seulement ; » ii avait baptisé un enfant en dehors de l'assemblée ; déclaré , dans un cas embarrassant de mariage , que c'était à l'archevêque d'Aix à en décider; dit « que les chrétiens ne doivent recourir au magistrat pour la punition des séditieux ; » donné des lettres de recommandation à Georges Cornelli , « ingéré de son propre au ministère à Orange, » quoique suspendu de son ministère en Provence par le synode de cette province ; enfin , il avait « établi pour diacre, dans l'église de Saint-Martin de Castillon , un quidam , naguère prêtre , tenant femme à pot et à feu , nullement épousée. » Censuré au dernier synode à l'occasion de ces faits, Yssautier, non seulement ne s'était pas amendé , mais encore semblait « vouloir , comme par dépit , empirer. » Ce personnage avait été primitivement pasteur au Grand-Sacconey, près Genève. Il quitta la Provence peu après le synode , et eut à répondre, devant le Consistoire de Genève, des infractions à la discipline dont il s'était rendu coupable en
Provence, et des propos médisants qu'il avait tenus, depuis son retour à Genève, contre certains pasteurs de cette ville. Le Consistoire l'excommunia et pria MM. du conseil de lui faire son procès (i).
Georges Cornelli (pour Corneille) avait fait bénir par un prêtre son mariage avec une femme qui était enceinte depuis plusieurs mois. Lorsqu'il était encore dans le pays de Berne, où il remplissait les fonctions du ministère, il avait trompé MM. de Berne, en faisant affirmer avec serment devant eux , par « un moine de paille , » qu'il « était mandé par certain grand seigneur au pays de Provence pour servir aux églises ; » de plus, il avait « prêché l'idole, qu'on appelle saint Antoine, ne devoir être tenue à moindre rang que les apôtres ; » il s'était « ingéré d'audace à exercer le ministère contre la détermination » du dernier synode de Provence , et avait « appelé tous les ministres de Provence de grands sots et badauds, pour l'avoir débouté > jusqu'à réparation , de son ministère. »
Jean Chabrand, pasteur à Vilhosc, avait « administré et fait un mariage d'un prieur et de sa paillarde sans assemblée , ni prédication , ni annonce. »
Nicolas, pasteur à Digne, venu de Neuchâtel , avait ^écrit à Georges Cornelli, qui s'était retiré à Orange, de revenir en Provence, et qu'il trouverait, au sein du prochain synode , « plus d'amis qu'il ne pensait. »
« Nous voyons là, » disent en terminant les pasteurs de Provence , « quatre garnements conspirer à s'entrebâiller la main pour maintenir et couvrir les méchancetés l'un à l'autre, pour finalement réduire ce pauvre pays
(1) Reg. du consist. de Gcn. des 26 nov. et 3 déc. 1502. 14 janvier, 27 ma et } juin 1563.
à telle corruption de religion qu'ils ont par ci-devant mis le pays et terres de Berne. »
La lettre est signée par de Mercurins , pasteur à Lourmarin ; Manny, pasteur à La Roque-d'Antheron ; de Fargues, pasteur à La Coste et Roussillon ; Bouon, pasteur à Sivergues ; de la Salle , pasteur à La Motte [d'Aiguës] ; et Spiron , pasteur à Sénas (i).
On voit, par ce document, qu'à cette époque d'effervescence religieuse, des hommes mal qualifiés s'étaient introduits dans le corps pastoral. A la faveur du mouvement irrésistible qui entraînait les masses vers la recherche des choses saintes , l'ivraie se mêlait au bon grain ; mais les hommes vraiment pieux s'efforçaient avec un soin jaloux de retrancher du corps de Christ ces membres gangrenés.