‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'OrangeChapitre 65 sur 93 · SISTERON · texte numérisé non relu

SISTERON

(Vigueries de Sisteron et de Forcalquier.)

Cette église avait pour pasteur, en 1620, Mercurin, qui passa ensuite au service de l'église de Grasse. Comme ce pasteur, qui était allé porter une réclamation au synode général de Castres, de 1626, se plaignit de « la persécution qu'il avait soufferte de la part des ennemis de l'Evangile, » et d'un ordre exprès d'emprisonnement décerné contre lui par le conseil privé du roi , nous sommes enclin à penser qu'il endura cette persécution h Sisteron même et que c'est à cause d'elle qu'il quitta l'église , qui vraisemblablement perdit pour toujours son droit d'exercice. De La Plane dit qu'à l'époque de la révocation de l'édit de Nantes « il y avait longtemps que la religion réformée n'avait plus de partisans à Sisteron. Tous avaient disparu dans le cours du siècle qui venait de s'écouler, les uns en abandonnant le pays, les autres en abjurant l'erreur... Mais dans certaines parties du diocèse, il n'en était pas de même. Nombre de familles y conservaient de l'attachement aux nouveaux dogmes. »

Louis de Thomassin , évêque de Sisteron , avait déployé un grand zèle pour la conversion des protestants de son diocèse. Il dit lui-même qu'il avait fait, dans ce but , des sacrifices pécuniaires et institué des catéchistes spéciaux à leur usage. Néanmoins , étant

peu rassuré sur la solidité des conversions qu'il avait opérées, il adressa, le 14 février 1685, à ses nouvelles brebis, une Lettre pastorale pour les affermir dans la foi catholique. Il redoutait, surtout pour les nouveaux convertis , l'influence de leurs anciens coreligionnaires qui n'avaient pas abjuré. « Les loups grondent sans cesse à l'entour, » dit-il; « vous avez été des loups... aujourd'hui vous êtes des agneaux (1). »

En 1682, Les Omergues comptaient 36 habitants réformés (9 familles).

Pasteurs : Jean Chabrand, 1561 ; Gaspard de Véza, 1 5 6 1 , 1562; Mercurin, 1620.

séderon, Sault) Barret-de-Lioure.

(Vigueries de Sisteron et de Forcalquier.)

Le synode provincial de Grenoble de 1602 et le synode de La Rochelle de 1607 adjoignirent cette église, avec Sault et Barret-de-Lioure , à celle de Montbrun , située en Dauphiné, jusqu'à ce que, réunies, elles pussent avoir un pasteur en propre. En 1626, elles jouirent de ce privilège, et Séderon, qui était le lieu le plus considérable de la contrée, devint le centre de cette petite agglomération réformée, qui ne paraît pas avoir subsisté longtemps comme église distincte et fut sans doute adjointe à l'église de Montbrun, comme elle l'avait été déjà au seizième siècle (2).

En 1682, on comptait, non loin de là, à Ferrassières, 12 habitants réformés (3 familles); à Montfroc, 1 famille.

(1) Hist. de Sisteron, t. II, p. 131 ; — Lettre pastorale de Monseigneur l'Illustrissime et Rcvercndissiine Evesque de Sisteron aux nouveaux convertis de son diocèse.

(2) E. Arnaud, Hist. des prot. du Dauph., t. II, p. 313.

11 y avait également des protestants à Eygalayes et à Revest-de-Bion. Toutes ces localités faisaient partie des terres adjacentes de Provence à l'exception de la

dernière.

Pasteur : Jean Bernard, 1626.

Pasteur de Sault : Richard, 1566.

CURBAN.

(Vigucric de Sistcron.)

Nous n'avons recueilli aucun renseignement particulier sur cette église, sinon qu'elle avait pour pasteur, en 1620, J. Maréchal, et, en 1626, Ch. Maréchal; encore ces deux pasteurs paraissent-ils n'être qu'un seul et même personnage.

seyne, La Bréolc, Selonnct, Remollon, Espinassc.

(Vigucric de Seyne et bailliage d'Embrun.)

L'édit de Beaulicu de 1576 (art. 59) et celui de Poitiers de 1577 (art. 59) avaient donné Seyne-la-Grand'- Tour et son circuit comme place d'otage aux réformés de Provence, et une lettre de Henri 111 du 5 janvier 1 579, confirmant ce privilège, avait confié le gouvernement de la place à Honoré Matthan. Son droit d'exercice était donc incontestable et il fut maintenu par les commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes de 1601, 1612 (19 mai), et 1662 (18 mai). La question du maintien du temple souleva, seule des difficultés à cette dernière date. Les syndics généraux du clergé de Provence prétendaient que le temple avait été construit sur un fonds appartenant aux Pères dominicains , dont les réformés se seraient emparés par violence pendant les troubles .

et ils en demandaient la restitution. Le pasteur Récend et les habitants réforinés de Seyne établirent au contraire que le temple avait été bâti sur l'emplacement de la maison de Jeanne Margaillane (1), acheté le 19 octobre 1598 par les réformés, et qu'il ressortait d'un acte, produit par l'économe lui-même du couvent des Dominicains, que le sol de cette maison ne leur avait jamais appartenu. Avant de trancher la question , les commissaires chargèrent, par une ordonnance du 18 mai 1662, le sieur de Caille, gentilhomme de la religion réformée, de se transporter à Seyne pour mesurer la distance qui séparait le temple du couvent des Dominicains et de la chapelle des Pénitents. Il trouva pour le couvent dix-huit cannes et pour la chapelle onze cannes et un pan. Il constata également, dans son procès-verbal du 24 mai 1662, qu'entre le temple et les deux autres édifices se trouvaient des maisons et des jardins appartenant à des particuliers. Le commissaire catholique ne voulut pas se rapporter à cette expertise, car, dans l'exposé des motifs de son procès-verbal, il « estime qu'avant de faire droit sur la restitution du fond et sol du temple , le lieutenant principal du sénéchal de Provence, avec un adjoint, se transportera sur les lieux pour , en présence des parties , être fait mesurage par experts, dont elles conviendront, de la distance qu'il y a du temple à l'église, pour ordonner en suite ce que de raison. » Le commissaire protestant émit l'avis qu'il fallait n'avoir aucun égard à la requête des catholiques et conserver le temple , d'autant mieux que la chapelle des Pénitents n'était pas une église paroissiale , qu'on la construisait encore et qu'on l'avait rapprochée du temple une première fois de deux cannes

(1) Ailleurs Madeleine Palmier.

et une seconde fois de quatre cannes. Néanmoins, pour éviter toute contestation, il consentait à ce qu'on fermât deux fenêtres du temple du côté de ladite chapelle. Le procès-verbal de partage des deux commissaires fut signé à Pertuis le 27 mai 1662 et envoyé au roi qui, statuant en son Conseil, maintint, par son arrêt du 4 mai 1663, l'exercice à Seyne, mais réserva la question de remplacement du temple et décida que ses confronts seraient examinés par experts pour voir si le sol devait être restitué aux catholiques. Les experts constatèrent que le terrain sur lequel le temple était bâti avait été acquis par les Jacobins en 1507, « sur quoi, » dit Benoît, « sans s'informer plus particulièrement et comment les réformés étaient entrés en jouissance de ce fonds, le roi les condamna, par arrêt du 12e mai 1664, à le restituer aux Jacobins, sans parler du remboursement. »

L'église de Seyne était pauvre et eut recours, vers le milieu du dix-septième siècle, à l'assistance de la" compagnie des pasteurs de Genève par l'intermédiaire du bureau du synode provincial de Lacoste du 30 mai 1658, qui lui écrivit, à cette date, la lettre qui suit :

« Messieurs et très honorés frères ,

» Les ruisseaux qui découlent de votre charité paternelle sont en si grand nombre et tellement connus à tous les nôtres, qu'il nous convient d'y avoir maintenant recours en faveur d'une pauvre et désolée église que nous avons au lieu de Seyne, laquelle étant recueillie en petit nombre parmi grande multitude d'adversaires et surchargée de beaucoup de nécessités , peut à grand'peine subsister si elle n'est secourue par la charitable libéralité de nos frères : ce qui l'a obligée de jeter les yeux sur vos S. compassions et d'implorer les entrailles de votre bonté pour puiser quelques gouttes de cette douce et consolatoire rivière qui réjouit toute la cité du Seigneur ; vous

suppliant humblement, puisque ladite église est de cette province, de lui faire part de cette grande abondance que vous communiquez à tant d'autres. Et sommes assurément persuadés que vous recevrez en bonne part les humbles requêtes que nous vous présentons et regarderez de l'œil pitoyable de votre chanté une pauvre église, laquelle, faute de prompt secours, est en danger d'une entière et totale ruine : ce qui l'obligera d'autant plus, et nous avec elle, d'élever ses cœurs et ses souhaits à Dieu pour la continuation de ses plus précieuses bénédictions sur vos personnes et S. labeurs en sa maison pour l'avancement du règne de notre Seigneur Jésus et la continuelle consolation de tous vrais fidèles. Nous prions le Père des lumières et auteur de toute bonne donation de vous avoir en sa plus singulière recommandation , et vous , de nous faire cet honneur de nous avoir invariablement, Messieurs et très honorés frères, vos très humbles, très affectionnés et très obéissants frères et serviteurs au Seigneur, les pasteurs et anciens des Eglises réformées de Provence, assemblés en synode et pour eux :

» Maurice, modérateur de l'action; Bernard, adjoint; Roure, secrétaire.

» A Lacoste, ce 30 mai 1658. »

La compagnie des pasteurs de Genève répondit, le 8 décembre suivant, que, malgré les nombreuses demandes de secours qui lui arrivaient de toutes parts, elle envoyait un subside de cinquante écus à l'église de Seyne.

En 1685, à la veille de la révocation de l'édit de Nantes, l'église de Seyne paraît avoir entièrement disparu. Les protestants n'y possédaient même plus de cimetière, et la ville était remplie « de mutins acharnés contre ceux de la religion, les veillant avec grand soin à cause du

passage de Barcelonne ( Barcelonnette) , qui conduit en Piémont et Savoie (i). »

Annexes : La Bréole, Selonnet, Remollon et Espinasses.

La Bréole. — Cette localité, comprise dans le « circuit de Seyne » et dépendant de son mandement, jouissait de l'exercice depuis 1571 et même avant, mais ne paraît pas avoir eu longtemps des pasteurs en propre. Dans les premières années du dix-huitième siècle, elle ne forma qu'une seule et même église avec Seyne, dont elle devint une simple annexe. Elle jouit paisiblement de son droit d'exercice jusqu'en 1662, alors que les syndics généraux du clergé de Provence, se tondant surla déclaration du roi du 2 décembre 1634 (enregistré par la Chambre de l'édit de Castres le 5 janvier 1635), qui défendait aux pasteurs de prêcher en dehors du lieu de leur résidence , demandèrent aux commissaires exécuteurs de cette époque de supprimer l'exercice à La Bréole. Divisés sur la question, les commissaires signèrent à Pertuis, le 27 mai 1662, un procès-verbal de partage et l'envoyèrent au roi , qui , par arrêt de son Conseil du 4 mai 1663 , ordonna que le temple serait démoli et l'exercice supprimé.

Selonnet. — Les deux commissaires susnommés s'accordèrent à supprimer l'exercice dans cette annexe, par leur ordonnance du 27 mai 1662.

Quant à l'exercice de Rèmollons et Espinasses, situés dans le bailliage d'Embrun en Dauphiné , ils déclarèrent dans la même ordonnance qu'ils y pourvoieraient quand ils transporteraient leurs opérations dans cette province. Nous n'avons pu retrouver leur jugement. Peut-être n'en rendirent-ils aucun.

(1) Bulletin de la Société, etc., t. XXXI , p. 3 M et 567.

Pasteurs : Siméon de Lacombe , 1586; Pierre Châtier, 1 596-1637; Récend , 1660.

Pasteur de La Bréole : De Chamforan, 1603 (1).

RIEZ-ROUMOULES, PuimoisSOïl.

(Vigueries de Moustiers, Barjols, Castellane.)

L'église de Riez, ville épiscopale , avait pour adjointe Roumoules, située dans son voisinage. Mais l'exercice n'était autorisé que dans cette dernière localité, où siégeait le consistoire et se trouvait le lieu de culte. Jusqu'en 1644 les réformés de cette église jouirent paisiblement de leur droit d'exercice ; mais à cette époque Grimaud, seigneur de Régussis , Roumoules et autres lieux, entre les mains de qui tomba la seigneurie de Roumoules, fit tous ses efforts pour les en priver. Dans le but de conjurer le danger qui les menaçait , les anciens du consistoire de Roumoules adressèrent une requête à la Chambre mi-partie de Grenoble, où ils déclaraient que l'exercice se faisait à Roumoules depuis un temps immémorial et n'y avait jamais subi d'interruption , et demandaient qu'il plût à la Chambre de nommer deux commissaires, l'un catholique et l'autre protestant, pour •constater cette ancienneté. Les deux commissaires désignés entendirent plus de soixante témoins , âgés de soixante et dix à quatre-vingts ans, et tous catholiques , qui confirmèrent la déclaration des anciens du consistoire et leur enquête fut enregistrée à la Chambre de l'édit. Nonobstant cela, Grimaud présenta une requête au Parlement d'Aix tendant à la suppression de l'exercice à Roumoules. « 11 énonçait, » dit Benoît, « que

(1) Benoît, t. III, p. 629; — Arch. nation. TT, 284, 287, 288 B ; — Mss. franç. de la biblioth. publ. de Genève, n° 197", portef. 10.

ce qui avait donné lieu à l'établissement de ce droit était que la seigneurie avait été partagée entre plusieurs jusqu'à ce qu'elle fût réunie entre ses mains. Il n'est pas certain néanmoins qu'il y eût jamais eu de seigneur réformé seigneur de ce lieu soit en tout soit en partie , et le président n'osait l'affirmer ; de sorte qu'il était presque évident que c'était un droit de possession que celui de cette église, non un droit personnel, qui fût attaché à la qualité de la terre. C'est pourquoi le président fut obligé d'ajouter de nouveaux moyens à ceux de sa requête fondée sur ce que le ministre n'y demeurait pas (il résidait pour lors à Puimoisson) , et qu'encore qu'il y eût dans ce lieu quinze cents âmes capables de communier , il n'y avait néanmoins que dix familles qui y fussent resséantes. Sur ces motifs (et quoique le conseil du roi, par son arrêt du 30 février 1645 , eût maintenu l'exercice à Roumoules , nonobstant les défenses du Parlement, et renvoyé les parties devant la Chambre de Grenoble), il obtint arrêt le dernier de juin (1645), qui défendait de continuer l'exercice à Roumoules et aux habitants de souffrir qu'il fût fait et de louer leurs maisons pour y servir. L'arrêt fut signifié à (Paul) Gaudemar, ministre, qui refusa d'obéir et protesta de se pourvoir. Il avait raison. Ce n'était pas là l'affaire du Parlement. Les commissaires ou les chambres mi-parties étaient les juges compétents des droits d'exercice, et, en particulier, le Parlement de Provence était récusé dans toutes les causes des réformés, qui étaient commises à la Chambre mi-partie de Grenoble. Mais le Parlement n'avait nul égard aux évocations et, sans s'arrêter à la protestation de Gaudemar, il procéda contre lui, sachant qu'il n'avait pas laissé de prêcher depuis l'arrêt, de sorte que la Chambre des vacations le mit en décret de prise de corps, le sixième de septembre (1645), et

confirma au reste l'arrêt précédent. » Le protestant Latour, chez qui se faisait l'assemblée, fut condamné de son côté à payer une amende applicable, moitié à la maison de charité de la ville d'Aix moitié à la réparation du palais du Parlement. Gaudemar et les anciens du consistoire de Roumoules , qui s'étaient pourvus dès le mois de septembre devant la Chambre de Grenoble contre l'arrêt de juin du Parlement, obtinrent gain de cause. La Chambre cassa l'arrêt du Parlement d'Aix, lui défendit de connaître de cette affaire et assigna personnellement Grimaud à comparaître devant elle ; mais le président, abusant de son crédit, se fit décharger de l'ajournement par un nouvel arrêt de son Parlement du 22 décembre. Le conflitfut porté devant le Conseil privé du roi qui, après de longs retards, rendit un arrêt contradictoire renvoyant la cause devant la Chambre de l'édit de Grenoble (1653). Le Parlement étant ainsi mis de côté et Grimaud ne voulant pas affronter la décision que prendrait la Chambre mi-partie, l'évêque de Riez ramena la cause devant le Conseil du roi en vertu de lettres de la grande chancellerie par lesquelles il était reçu partie intervenante; mais aucun nouvel arrêt ne paraît avoir été rendu par le Conseil. Quoi qu'il en soit, les anciens du consistoire de Roumoules ne se laissèrent pas intimider par cette nouvelle instance de l'évêque, et leurs délibérations qui, dans le registre du consistoire, s'arrêtent à l'année 1645, époque où le pasteur Gaudemar fut décrété d'arrestation et l'exercice suspendu, reprennent à l'année 1653. Dans celle du 26 décembre de cette même année , nous voyons le synode de Lourmarin de 1653, sur l'exposition que le député laïque de Riez-Roumoules fit de la pauvreté de l'église et de la persécution qu'elle avait soufferte, décider que le pasteur de Manosque , Jean Bernard, la

visiterait jusqu'à ce qu'elle pût en avoir un en propre. Le même registre nous apprend que le synode suivant se tint à Roumoules même le 20 août 1654. A partir de cette époque, l'église ne paraît pas avoir été inquiétée.

En 1680, le syndic de l'église de Riez et annexes demanda aux consuls «• de leur fournir et acheter un lieu, » dit leur requête , « pour leur servir de cimetière , qui soit clos et fermé , dans l'enceinte ou aux faubourgs de la ville en remplacement.de celui dont ils jouissaient au pré delà foire, et ce cà cause que les murailles dudit cimetière ont été démolies dans les derniers troubles. » Les consuls répondirent, le 8 juillet de la même année, que , d'après les ordonnances , c'était aux réformés à entretenir les murailles de leur cimetière et que, s'ils voulaient en acheter un autre , ils pouvaient le faire avec leurs propres deniers. Se voyant éconduits par les consuls , les habitants réformés de Riez s'adressèrent à Tévêque seigneur du lieu , qui écrivit ces mots au bas de leur requête, signée par deux Gaudemar, deux Arabin et A. Segond : « Soit montré aux consuls. » Ceux-ci répondirent qu'ils n'étaient plus dans les termes de l'édit de Nantes et que, depuis, les choses avaient changé de face par les nouveaux édits.

Mentionnons encore, pour terminer cette notice , la décision que prit, le 15 février 1632 , le consistoire de de Riez de se joindre aux frères Charles et Nicolas Gaudemar dans le procès criminel que leur intenta l'évêque de Riez pour n'avoir pas voulu tapisser leur maison le jour de la Fête-Dieu.

La dernière délibération du consistoire de l'église de Riez-Roumoules et annexes est du J mai 1682 et signée par Bernard ministre , Segond ancien . Rodet Mati ancien et [Nicolasj Gaudemar ancien. Ce dernier fut nommé le

18 décembre 1678 à la place de son père. Il se réfugia en Hollande, à l'époque de la Révocation de l'édit de Nantes, et y fit le commerce des soies , qu'il exerçait sans doute déjà à Riez. Il avait emporté avec lui le Registre des délibérations du consistoire de Riez et le confia avec quelques autres papiers, le 23 août 1 721, au consistoire de l'église wallone d'Amsterdam, qui en a fait don à la bibliothèque de la Société de l'histoire du protestantisme français.

En 1645 , Riez comptait 10 familles réformées , et 1 1 en 1682 (34 habitants). Roumoules , à la même époque, renfermait 1 famille réformée (8 habitants).

Puimoisson. — Considérée comme adjointe à Riez- Roumoules, cette annexe avait 18 habitants réformés (4 familles) en 1682.

Esparron-du-Verdon contribuait, en 1675, pour 30 livres à l'entretien du ministère.

Il y avait encore, en 1682 , à Valensole , 7 habitants réformés (1 famille); à Quinson 8 (2 familles), à Moustiers 10 (2 familles) ; à Saint- André-de-Meouilles 1.

Castellane renfermait aussi quelques réformés.

Pasteurs : Claude Morel , 1566; Philippe Codurc , avant 1609; Pierre Huron, 1609-1620; André Genoyer, 1625-163 5 ; Paul Gaudemar , 1 636-1 645 ; Héléon Gaudemar, après 1663 et jusqu'en 1685 (1).

thoard-espinouse-puimichel , Digne, Les Mées.

(Viguerie de Digne.)

Thoard , Espinouse et Puimichel formaient en 1620

(1) Benoît, t. III, p. 56, 37; — Filleau, Décisions catholiques, p. 305; — Papiers du consistoire de l'église réformée de Riez, Remolles et annexes (Ms. de la bibl. de la Soc. de l'Hist. du protest, franc.).

une église, qui ne subsista pas longtemps comme église distincte.

Thoard jouit paisiblement du droit d'exercice- jusqu'en 1661 alors que les commissaires exécutifs de l'édit de Nantes de cette époque, statuant sur la requête des syndics généraux du clergé de Provence tendant à interdire l'exercice à Thoard , s'accordèrent à renvoyer les parties devant le sénéchal de Provence , qui s'adjoindrait un gradué de la religion réformée pour leur faire droit après enquête et rapport. Un ancien du consistoire de Thoard, Charles de Baschi , sieur de Saint- Estève , fut député au synode national de Vitré de 1617 par les églises de Provence. C'était l'arrière-petit-fils de Thaddée de Baschi, seigneur d'Estoublon , beaufrère du célèbre baron d'Allemagne. Charles de Baschi se distingua dans les guerres de religion du dix-septième siècle. — En 1682, Thoard comptait 4 habitants réformés (une famille).

Espinoase, église de fief de Pierre de Villeneuve, sieur d'Espinouse, ancien du consistoire d'Espinouse, puis de Riez, qui fut député des églises de Provence aux synodes nationaux de Gap de 1603, de Privas de 161 2 et à l'assemblée politique de Grenoble de 161 5. — En 1682 , Espinouse comptait 30 habitants réformés f 1 2 familles).

Puimichel, église de fief d'Elie de Glandevès , sieur d'Ajou , cadet de Puimichel, ancien du consistoire de cette église et député des églises de Provence aux synodes nationaux de Saint-Maixent de 1609 et d'Alais de 1620, et à l'assemblée politique de Saumur de 161 1 , qui lui confia une mission à la cour pour une affaire étrangère à la Provence. D'Ajou était vraisemblablement de la même famille qu'Honoré de Glandevès, baron de Montblanc , fils de Balthazar de Gérente, ba-

ron de Sénas , le célèbre défenseur de Sisteron. — En 1682, Puimichel comptait 8 habitants réformés (3 familles).

Annexes : Digne. — Dans les plaintes portées au roi par les députés du synode général d'Alençon en 1637, ces derniers exposaient que l'exercice était établi et autorisé à Digne en 1620, avant les nouvelles guerres de religion , et qu'interrompu à cette époque , l'édit de grâce de Nîmes, de juillet 1629, en permit le rétablissement , mais que les commissaires chargés d'exécuter l'édit ne purent remplir leur commission. Les députés demandaient en conséquence au roi de rendre justice aux habitants réformés de Digne , d'autant mieux que , dès 1625 , le roi, répondant à un cahier de plaintes qui lui fut présenté cette même année à Fontainebleau par les députés des églises réformées, avait manifesté la volonté que l'exercice fût rendu à cette église. — En 1682, elle comptait 24 habitants réformés (4 familles).

Les Me'es. — Peu après l'édit de Nantes, les protestants de cette ville eurent un procès avec elle par-devant la Chambre de l'édit de Grenoble, « tant au sujet de leur cimetière, » dit Esmieu, « que pour des excès dont ils se plaignaient de la part des habitants. En 1616, le 18 mai, les consuls, au nom de la ville, transigèrent sur ces différends devant Honoré Salvator, notaire, avec six particuliers, qui stipulent , tant pour eux que pour tous les autres religionnaires habitants de la même ville , en suite d'une délibération qu'ils avaient prise et de l'avis de noble Pierre de Villeneuve , seigneur d'Espinouse. Par cet acte , la ville leur céda un nouveau local pour leur servir de cimetière , situé entre le torrent de La Combe, l'église et la cour de noble Jean de Magnan , duquel la ville avait acheté le terrain contigu à sa maison par acte du même jour. Elle s'obligea de faire clore

RÉGIME DE i/ÉDIT DE NANTES. 4]9

de muraille et d'une porte ce nouveau cimetière; elle leur paya en outre 120 livres pour les frais du procès. Par un article particulier de cette transaction, il fut permis, à trois frères, qui y stipulent, de faire exhumer le corps de leur père et de le faire transférer au nouveau cimetière pour y être enseveli. Du nombre des six particuliers protestants qui figurent dans cet acte était un notaire , appelé Alexandre Gai, qui avait exercé des fonctions judiciaires aux Mées, ainsi que ses ancêtres , et un capitaine, nommé Pierre Bonhome, dont la famille y était très ancienne. Les descendants de celui-ci durent s'expatrier à la révocation de Pédit de Nantes, en 1685. » Les protestants des Mées possédaient un temple, qui subsistait encore en 1803, quoique dénaturé à l'intérieur. Vers 1777, on y voyait une tribune et d'autres vestiges de l'ancien culte. Il était situé dans la rue de l'Horloge, sur la ligne des maisons qui vont aboutir à l'ancienne porte de Baudouine. Son propriétaire, en 1803, était, le citoyen Jean-Honoré Clément et on l'appelait alors, et sans doute encore aujourd'hui, VHuguenaude. En 1622 on obligea les protestants des Mées à prêter serment de fidélité au roi entre les mains du lieutenant de la sénéchaussée à Digne. C'était vraisemblablement à cause de la nouvelle guerre de religion qui sévissait dans les provinces avoisinant la Provence.

Pasteur : Jacques Baille, 1620.

Pasteur d'Espinouse : Gaspard Delamer , 1572.

Pasteur de Puimichel : Georges Cornelli, 1 562.

Pasteur de Digne : Nicolas, 1561 (1).

(1) Arch. nation. TT, 288 B , — La France protestante, t. E, p. 275 ; t. V, P- 254 ; — Aymon, t. II, p. ^96 ; — Décisions royales, p, Ijç, 140 • — Anquez, Un nouveau chap., p. 184-186; — Esmieu, Notice hist. et slatist. de la ville des Mées, p. 443-44).

LE LUC, SOLLIÈS.

(Vigueries de Draguignan , Lorgues, Toulon, Hyères, Brignoles, Barjols et

Saint-Maximin.)

Les commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes de 1600 attribuèrent le droit d'exercice au Luc comme second lieu de bailliage , à moins que les habitants réformés du lieu ne prouvassent que le culte y avait été célébré en 1577, 1596 ou 1597, auquel cas Tourves serait désigné comme deuxième lieu de bailliage. La preuve put être faite, et le Conseil du roi, par arrêt du 19 mai 161 2, reconnut Le Luc comme lieu d'édit et Tourves fut choisi comme deuxième lieu de bailliage , à moins que les habitants réformés ne pussent établir qu'ils avaient joui de l'exercice dans les années marquées par l'édit de Nantes.

Les commissaires exécuteurs de 1661 se partagèrent sur la question du droit d'exercice au Luc. Le commissaire protestant déclara s'en rapporter à l'arrêt du Conseil précité; mais le catholique prétendit que cet arrêt renfermait « beaucoup de nullités » et, sans aller jusqu'à donner droit aux syndics généraux du clergé qui demandaient la démolition du temple et la suppression de l'exercice , il opina pour que celui-ci fût maintenu au Luc, mais seulement à titre de deuxième lieu de bailliage. C'était enlever du même coup un lieu d'exercice aux réformés de Provence.

D'autre part, les deux commissaires furent d'accord sur le maintien de l'école réformée du Luc ; mais le commissaire catholique n'agréa pas la requête des habitants réformés, qui demandaient que les murailles, porte et serrure du cimetière qui leur avaient été assignées pré-

cédemment fussent remises en état aux frais de la commune.

Le procès-verbal de partage des deux commissaires, rédigé à Pertuis le 19 mai 1662, fut envoyé au roi qui, statuant en son conseil, ordonna, par arrêt du 4 mai 1663 , le maintien de l'exercice du Luc et de son temple.

L'historien Aube nous fournit quelques détails sur le temple du Luc. 11 était situé « au milieu des jardins qui occupaient autrefois l'emplacement de la place Neuve; et le cimetière était au chemin de Brignoles, près de la chapelle de Saint-Antoine. L'entretien du temple et des ministres était à la charge des protestants du Luc et de ceux des pays voisins , qui étaient imposés à cet effet tous les ans. L'état des cotes de 1677 à 1678 porte : pour Le Luc 80 livres, pour Toulon 139 livres, pour Solliès 61 livres, pour Brignoles 21 livres; total: 301 livres. Le consistoire du Luc avait aussi pour 208 livres de pension et divers immeubles, dont le plus important était au quartier de Paradis et est encore connu sous la dénomination de Consistoire. » A la révocation de l'édit de Nantes, ces biens furent donnés à l'hospice du Luc.

Jean Clément dit Cadet, ancien du consistoire du Luc, représenta les églises de Provence au synode national de Vitré de 1617.

En 1602, l'église du Luc comptait 100 habitants réformés.

Sur la catastrophe arrivée à Meissonnier le jeune, membre du consistoire du Luc en 1619, voy. page 352.

Annexe : Solliès. — Le seigneur de ce lieu fit don à Barthélémy Asquier d'un petit coin de terre, proche la chapelle Saint-Antoine , pour y établir un cimetière réformé. Cette donation, dont la date n'est pas indiquée, paraît remonter à la fin du seizième siècle ou au commencement du dix-septième. Quoiqu'il en soit, les habi-

tants réformés avaient « de tout temps » possédé ce cimetière et, quelques années avant 1660, à cause delà grande étendue de la commune , ils en avaient acheté un autre au quartier du Pont (Solliès-Pont) , près des Pères capucins , situé à huit cents pas de la ville (Solliès-Ville).

Les réformés ne paraissent pas avoir possédé de temple à Solliès, mais ils y célébraient pourtant leur culte. Les syndics généraux du clergé de Provence demandèrent aux commissaires exécuteurs de 1661 de supprimer ce culte soit en public soit en particulier. Le commissaire catholique fit droit en partie à leur requête. 11 défendit les assemblées publiques , mais autorisa les ministres à visiter les malades de leur communion et aux habitants réformés de faire leurs prières chez eux, mais sans chanter de psaumes. Le commissaire protestant opina aussi pour que l'exercice public fût interdit à Solliès ; mais il demanda que les réformés pussent tenir des assemblées particulières dans leurs maisons, « tant pour eux que pour leurs familles, » en attendant qu'ils justifiassent d'avoir joui de l'exercice en 1596 et 1597. Le procès-verbal de partage des deux commissaires , signé à Pertuis le 20 mai 1662, fut renvoyé au roi qui, statuant en son Conseil, ordonna, par arrêt du 4 mai 1 663 , la suppression de l'exercice à Solliès.

Quant aux cimetières réformés du lieu, un seul, celui du Pont (Solliès-Pont), fut maintenu par les deux commissaires , parce que l'évêque de Toulon avait sommé , le 7 juin 1660, les réformés du lieu de prouver dans un mois qu'ils avaient le droit de posséder deux cimetières au terroir de Solliès et qu'ils ne l'avaient sans doute pu.

En 1682, il y avait à Solliès-Ville 15 habitants réformés (3 familles), et à Solliès-Pont 66 (13 familles).

A la même époque , il y avait à Gonfaron 4 habitants

réformés, à Lorgues 20, à Draguignan 6, à Fayence 23, à Bargemon 1 , à Tourettes 40, 'au Muy 3 , à Saint- Tropez I, à Toulon 14 (3 familles), à Cuers 1, à Hyères 9 (1 famille), à Cabasse 1, à Signes 24 (3 familles), à Tavernes 4 (1 famille), à Brignoles f.

Cette dernière ville, aune époque antérieure, avait dû compter un plus grand nombre de protestants, car ceux-ci y possédaient un cimetière, qui fut transféré, en 1601, par le conseil communal, au quartier de Saint-Simian. Après la révocation de l'édit de Nantes, en 1702 , les recteurs de l'hôpital de La Charité demandèrent au conseil communal de le leur céder, sauf à remplir ultérieurement les formalités d'usage pour en devenir les propriétaires réguliers.

Quant au lieu de Tourves , qui renfermait un certain nombre de familles protestantes , il avait été désigné comme lieu de bailliage parles commissaires exécuteurs de Tèdit de Nantes de 1601 , et une ordonnance du Conseil du roi avait mêm.e autorisé ses habitants à construire un temple dans l'intérieur de leur ville « comme étant privilégiés ; » mais, en 16 14, cette ordonnance n'était pas encore exécutée et ne paraît pas l'avoir jamais été (1).

Pasteurs : Honoré Bérard, 1=586; Samuel Toussaint, 1603- 161 7; André Genoyer vraisemblement , 1618-1624; Jean de Rie, 1626; Jean Bernard, 1633- 1637; Jean Bouer, 1660-1685.

Pasteur à Fayence : Pierre Agard, 1572.

(1) Arch. nation. TT, 232, 2;;, 284, 288 B; — Aube, Notice hister. sur Le Luc, p. 28-50; — Aymon. t. 11 , p. y6; — Raynouard , Notice sur Bri~ .C noies, p. 124.

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