MÉRINDOL
(Viguerie d'Apt.)
Cette église jouit de son droit d'exercice sans contestation jusqu'au 14 juillet 1661. A cette date le Conseil du roi, ayant été saisi d'une requête du syndic général du clergé de Provence tendant à la démolition du temple et à l'interdiction de l'exercice, décida que le ministre et les anciens du lieu fourniraient la preuve, par pièces originales, que l'exercice avait été pratiqué à Mérindol en 1596 et 1597 et renvoya les parties devant les commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes en Provence nommés l'année d'avant. La preuve ayant été faite, lesdits commissaires, par leur ordonnance de Pertuis du 19 mai 1662, maintinrent le temple et l'exercice à Mérindol. Il fut établi que, de mémoire d'homme, le culte catholique n'y avait pas été célébré. Le conseil du roi confirma la décision des commissaires par son arrêt' du 19 mai 1663, nonobstant deux mémoires catholiques joints au dossier.
Le premier, rédigé par le cardinal Gnmaldi , archevêque d'Aix, est intitulé : « Moyens pour obtenir de la piété et du zèle de S. M., pour l'extirpation de l'hérésie, la démolition du temple de Mérindol. » L'auteur expose que Mérindol compte 150 maisons ou familles, dont 135 protestantes et 1 5 catholiques, que de l'église on entend le chant des Psaumes du temple; que si les édits défendent de construire des temples ailleurs que dans les faubourgs des villes, à plus forte raison défendent-ils de les agrandir; que celui de Mérindol a été agrandi après 1650, qu'il mesure 25 cannes carrées en œuvre et a empiété sur les écuries du moulin de la
communauté; enfin qu'il a été bâti sur un terrain ecclé siastique.
Le second Mémoire, qui porte le simple titre de a Mémoire contre le temple de Mérindol , » rappelle que l'édit de Saint-Germain-en-Laye du 15 août 1570 autorisa l'exercice de la religion réformée dans les faubourgs de Mérindol et de Forcalquier; qu'à cette époque le temple était situé à mille pas du village et que, quelques années après, les Mérindoliens transportèrent leur résidence près du temple, qui se trouva ainsi bâti au milieu du nouveau village. Pareille chose arriva pour l'église paroissiale, qui ne fut construite qu'à quinze pas du temple. Le Mémoire ajoute que le tempje se composait de deux parties : l'une fort ancienne et l'autre qui avait été bâtie, il y avait environ trente-cinq ans, sur un fond appartenant à la commune, sans la permission de l'archevêque de Marseille, seigneur de Mérindol ; que la commune avait toujours été censée catholique et qu'il était probable que ce temple avait été construit avec son argent (!). .
Le Parlement d'Aix, le 7 janvier 1670, condamna divers particuliers de Mérindol pour « irrévérences commises contre le saint sacrement de l'autel. » Il avaient demandé le renvoi de leur cause devant la Chambre de l'édit de Grenoble ; mais ils furent déboutés de leur requête parce qu'aux termes des art. 36 et 38 de la déclaration royale de 1669, abrogeant celle de 1666, « ceux de la religion devaient cesser de chanter dans leurs temples quand le saint sacrement passait devant iceluy, et que , le rencontrant par les rues , ils étaient tenus de se retirer ou de se mettre en état de respect (1). »
(1) Suite d'arrests notables de la Cour de Parlement de Provence, par de Boniface , t. I , chap. XXI.
En 1682, Mérindol comptait 900 habitants réformés.
Pasteurs : Jean Bonpart , 165 1; Jean Peréri, 1545 et 1 561; Jean Bouer, 1580; puis 1 588-1 595 (Mérindol et Lourmarin réunis), et 1595 (Mérindol seul); Barthélémy Récend, 1 603-1 611; Jacques de La Planche, 1612-1620; P. Piélat. 1626; André Bernard, 1637; Charles Agnel, 1660- 1664; Théophile Pouyer (premier pasteur), 1 66 5-1 67 1 ; Bernard (second pasteur), 1 666- 1677; Gaudemar , 1680 (1).
lourmarin, Cadenet et la Roque-d Antheron.
(Vigueries d'Apt et d'Aix.)
Les réformés de Lourmarin, lieu presque entièrement protestant, célébraient, de temps immémorial, leur culte dans l'église catholique , convertie en temple. Les commissaires exécuteurs de 1601 la leur ayant ôtée , ils bâtirent un temple et jouirent sans contestation de leur droit d'exercice jusqu'en 1661. A cette époque le Conseil du roi , ayant été saisi d'une requête des syndics et clergé d'Aix et de l'évêque de Marseille tendant à Tinterdiction de l'exercice à Lourmarin et à la démolition du temple, décida que le ministre et les anciens de Lourmarin feraient la preuve par pièces originales que l'exercice avait été pratiqué dans ce lieu en 1 596 et 1 597 et renvoya les parties devant les commissaires exécuteurs nommés l'année d'avant. Bien que la preuve ne laissa rien à désirer comme évidence, le commissaire catholique opina en faveur de l'interdiction de l'exercice et de la démolition du temple. Pourtant le village ne renfermait à cette époque que vingt familles catholiques. Le commissaire protestant ayant émis un avis contraire, un
(1) Arch, nation., 2}2, 25;, 2;<>, 257. 288 B.
procès verbal de partage fut signé à Permis le rç mai 1662 et renvoyé au roi qui, statuant en son conseil le 4 mai 1663, ordonna la suppression de l'exercice à Lourmarin et la démolition immédiate du temple, à moins que les réformés ne voulussent l'abattre eux-mêmes, moyennant quoi les matériaux leur appartiendraient. L'historien Pitton nous apprend que la démolition du temple de Lourmarin fut due aux obsessions de Grimaldi , archevêque d' Aix, et l'historien Honoré Bouche, que Du Chaine, chanoine et grand vicaire de Grimaldi, assista à la démolition des temples du ressort de l'archevêché d'Aix, qui eut lieu le 26 juin 1663.
Pierre Texier, ancien du consistoire de Lourmarin, représenta les églises de Provence au synode national de La Rochelle de 1607 et à celui de Saint-Maixent de 1609. Jean Monastier, égalementanciendu consistoire de Lourmarin, représenta les mêmes églises au synode national d'Alençon de 1637.
En 1682, Lourmarin comptait mille habitants réformés ( 250 familles), et de 1588 à 1619 il se célébrait dans l'église une moyenne de soixante à soixante et dix baptêmes par an.
Annexes : La Roque-d'Antheron et Cadenet.
La Roque-d'Antheron. — Les syndics généraux du clergé de Provence demandèrent auxcommissaires exécuteurs de l'édit de Nantes de 1662 la démolition du temple de ce lieu et la suppression de l'exercice. Le commissaire catholique accéda à leur vœu, à la réserve toutefois que le temple serait converti à un autre usage. Le commissaire protestant opina au contraire pour que le temple et l'exercice fussent maintenus. En 1596 et 1597, remarquait-il, l'exercice se faisait à La Roque parles soins du pasteur de Lourmarin, comme le prouva l'enquête ordonnée en septembre 1040 par la Chambre
de l'édit de Grenoble. Sept témoins déposèrent « tout clairement et nettementcomme d'une chose notoire, que, depuis plus de soixante ans, et quelques-uns depuis vingt-cinq ans, avant les troubles, lesdits habitants de La Roque de la R. P. R. faisaient l'exercice public de leur dite religion dans le temple qu'ils ont audit lieu par le ministre de Lourmarin , et qu'ils étaient en possession de faire audit lieu les prières publiques par le maître d'école à défaut du ministre ; que le peuple s'assemblait au son de la cloche et que tous leurs papiers furent brûlés au château de Gordes, lors des guerres de 1592, et même le consul de La Roque, qui était de la R. P. R., y fut tué. » A la suite de cette enquête, l'exercice fut maintenu à La Roque par arrêt de la Chambre de l'édit de Grenoble du 22 février 1641, et, le 16 septembre de la même année, solennellement rétabli par un conseiller de ladite Chambre, qui fit ouvrir le temple et prêcher Pierre Maurice, pasteur à Lourmarin, iequel fit encore, le lendemain, la prière publique dans le temple et baptisa un enfant. L'exercice n'avait été interrompu, avant cette époque, que par la violence du seigneur du lieu, président au Parlement de Provence, qui avait fait rendre un arrêt d'interdiction, s'appuyant non pas sur ce que les protestants n'avaient pas de droits, mais sur le fait qu'un ministre non résidant y faisait l'exercice. A l'arrivée des premiers commissaires exécuteurs de 160 1 le droit des habitants réformés de La Roque n'avait pas été contesté, et ceux-ci en jouirent jusqu'en 1633, alors que ledit président les en dépouilla par le motif indiqué ci-dessus. Il ne saurait être étonnant du reste, faisait encore remarquer le commissaire protestant , que les habitants réformés de La Roque n'eussent pas couché leurs actes ecclésiastiques par écrit à cause de la proximité du Parlement d'Aix
qui, en avril et octobre 1596, défendit l'exercice de la religion réformée dans toute la Provence, sous peine de confiscation de corps et de biens. Le Président au Parlement ne s'était pas tenu pour battu après la réouverture du temple en 1641 et, trois mois après le départ du conseiller-commissaire de la Chambre de l'édit de Grenoble, il avait fait murer la porte du temple et menacé les réformés que, s'ils osaient continuer leur exercice, il les taillerait en pièces.
Nous ne savons ce qu'il advint de l'avis émis par le commissaire protestant, mais nous n'avons trouvé aucun arrêt du conseil du roi interdisant l'exercice à La Roque.
En 1682, cette annexe comptait cent familles réformées.
Cadenet. — Dans les plaintes portées au roi par les députés du synode national d'Alençon, de 1637, on exposait que l'exercice était autorisé et établi à Cadenet, en 1620. avant les nouvelles guerres de la religion, et qu'interrompu à cette époque , l'édit de grâce de Nîmes, de juillet 1629, en avait permis le rétablissement ; mais que les commissaires chargés d'exécuter cet édit n'avaient pu remplir leur commission. Le synode, en conséquence, demandait au roi de rendre justice aux habitants réformés de Cadenet, d'autant plus que, dès 1625, répondant à un cahier de plaintes qui lui avait été adressé cette même année, le roi avait manifesté le désir que l'exercice fût rendu à cette église. Nous ne savons s'il fut fait droit aux nouvelles plaintes du synode d'Alençon.
En 1682, Cadenet comptait cent habitants réformés (trente familles).
Il y avait aussi à la même époque, à Lauris, cent vingt habitants réformés (vingt-cinq familles).
Pasteurs : De Mercurins, 1 561 ; Barras, 1560; Baus-
san , 1560-1572, suppléé, pendant plusieurs absences prolongées, par Bouon et Franc; George Drujon, 1 580i>8i ; Jean Bouer, 1588-1595 ; Jacques de La Planche, 1595-1612; Pierre Maurice . 161 2- 1678 ; second ministre ou suftragant , Jean Poudrel de Corbière, 1665 11).
Pasteur de La Roque-d' Antheron : Manny, 1561.
cabrières-d'aigues, La Motte-d 'Aiguës , Pejrpin-aV Aiguës , Saint-Martin-iT Aiguës , La Tour-if Aiguës.
(Viguerie d'Api.]
Cabrières et ses annexes formaient ce qu'on appelait « L'Eglise de la Vallée d'Aiguës, » ou simplement de « la Vallée, » l'ancienne Valmasque.
Les habitants réformés de Cabrières célébrèrent longtemps leur culte dans l'ancienne église catholique, qu'ils pourvurent, en 1605, d'une cloche, achetée à Avignon. Un arrêt du Parlement de Provence, du 2 1 juillet 16; 2, leur ayant ôté l'église, ils bâtirent aussitôt un temple. Quelques années auparavant, ils avaient eu à souffrir de la part de leurs voisins catholiques , car nous voyons une délibération du conseil communal de Cabrières, du 17 octobre 1623, portant qu'une députation serait envoyée au Parlement pour « obtenir injonction contre les consuls des villes et lieux circonvoisins et des villages de la Val-d'Aigues de tenir la main et prendre garde que ne soient commis aucun excès ni violences » contre ceux de la religion réformée.
Pendant un certain nombre d'années, l'église de Ca-
(1) Aymon, t. II, p. 596; Benoit, t. III, p. 104; Arch. nation. TT. 212, 2;;, 261, 288 B; Divers registres de bapt. et de mariag. aux arch. consistor. et commun, de Lourmarin ; Pitton, Hist. delà ville d'Ai.x, p. >71 : Honoré Bouche, t. II, p. 857.
brières, à cause du chiffre élevé de la population réformée de ses annexes , eut deux pasteurs , dont le traitement était fait, non pas au moyen de cotisations, comme cela avait lieu dans la plupart des églises réformées , mais par une impostion de trente sols par livre cadastrale « sur tous les habitants et manants de Cabrières. »
L'église jouit sans contestation de son droit d'exercice jusqu'au 14 juillet 1661, date à laquelle le Conseil du roi, ayant été saisi d'une requête des syndics et clergé d'Aix et de l'évêque de .Marseille, tendant à l'interdiction de l'exercice à Cabrières et à la démolition du temple, décida que les ministres et les anciens du lieu fourniraient la preuve , par pièces originales , que l'exercice avait été fait à Cabrières en 1596 et 1597 et renvoya les parties devant les commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes nommés l'année d'avant. Bien que la preuve ne laissât rien à désirer comme évidence, le commissaire catholique opina néanmoins pour que l'exercice fût supprimé et le temple démoli. Pourtant, Cabrières ne renfermait à cette époque que deux familles catholiques, qui s'y étaient établies depuis quelques années seulement. Le commissaire protestant ayant émis un avis contraire à celui de son collègue, un procès-verbal de partage fut signé à Pertuis le 19 mai 1662 et renvoyé au roi qui, statuant en son conseil, ordonna, par arrêt du 4 mai 1663, que l'exercice serait supprimé à Cabrières et le temple démoli immédiatement, à moins que les habitants réformés ne voulussent l'abattre euxmêmes dans la quinzaine, moyennant quoi les matériaux leur appartiendraient. Cette mesure leur ayant répugné, une ordonnance, du 27 juin 166], de Blanc, lieutenant général commissaire , les obligea à payer les quatrevingt-dix livres qu'avait coûté la démolition de l'édifice.
En 1682, Cabriôres comptait six cents habitants réformés (cent trente familles).
Annexes : La M otte-cT Aiguës , Peypin-d' Aiguës et Saint-Martin-cT Aiguës.
La Motte -d'Aiguës. — Comme les habitants réformés de Cabrières, ceux de La Motte célébrèrent d'abord leur culte dans l'église catholique, qui leur fût ôtée par arrêt du Parlement de Provence du 21 juillet 1632. Ils construisirent immédiatement un temple et en jouirent paisiblement jusqu'au 14 juillet 1661 , alors que le conseil du roi, ayant été saisi d'une requête des syndics et clergé d'Aix et de l'évêque de Marseille, tendant à la suppression de l'exercice et la démolition du temple de La Motte , décida que le pasteur et les anciens du lieu fourniraient la preuve, par pièces originales, que l'exercice avait été pratiqué à La Motte en 1 596 et 1 597 et renvoya les parties devant les commissaires nommés l'année d'avant. La preuve fut faite, mais le commissaire catholique n'en opina pas moins dans le sens des prétentions catholiques. Son collègue protestant ayant émis un avis contraire, un procès-verbal de partage, signé à Pertuis le 19 mai 1662, fut envoyé au roi qui, par un arrêt du 4 mai 1663, rendu en son conseil, ordonna que l'exercice serait supprimé à La Motte-d' Aiguës et le temple démoli tout de suite , à moins que les habitants réformés ne voulussent l'abattre eux-mêmes, auquel cas les matériaux leur appartiendraient. Pourtant, le sixième seul des habitants de La Motte étaient catholiques, encore ne s'étaient-ils établis dans la commune que depuis quelques années.
En 1682, La Motte comptait trois cent cinquante habitants réformés (quatre-vingts familles).
Pcypin-cT Aiguës. — L'exercice fut supprimé dans cette annexe et son temple démoli par arrêt du conseil
du roi, du 14 juillet 1661 , à la requête des syndics et clergé d'Aix et de l'évêque de Marseille, sans que la question fût soumise à l'examen de commissaires spéciaux.
En 1682, Peypin renfermait deux cent vingt-cinq habitants réformés (cinquante familles).
Saint-Martin-cï Aiguës (aujourd'hui de La Brasque). — Cette annexe fut privée de son droit d'exercice par le même arrêt rendu à la requête des mêmes personnes.
En 1682, Saint-Martin comptait deux cent cinquante habitants réformés (cinquante familles).
Il y avait aussi des protestants à Sannes : cent quarante habitants (quarante-trois familles), et à La Tourd'Aigues six familles.
Pasteurs de Cabrières : Jean Nicolet 1580 ; Théodore Colladon , 1599; Barthélémy Récend , 1601- 1602; Antoine de Croze (premier pasteur), 1 602-1 644; Alexandre Maurice (second pasteur), 1640-1662; Salomon Poucel, 1663-1678(1).
Pasteur de La Motte-d'Aigues : De La Salle, 1561.
eyguières, Sénas.
(Vigueries d'Arles et de Tarascon.)
Cette église fournit deux députés aux synodes nationaux : en 161 4, Balthazar (2) de Gérente , sieur de Varages, ancien du consistoire d'Eyguières, qui représenta les églises de Provence au synode national de Tonneins, assemblé cette même -année ; et, en 163 1 ,
(1) Arch. nation. TT, 232, 233, 288 B; Arch. commun, de Cabrièresd'Aigues.
(2) Le prénom de Balthazar est peut-être une erreur et paraît plutôt appartenir au frère du sieur de Varages, Balthazar de Gérente, baron de Sénas, petit-fils de l'illustre défenseur deSisteron.
Pierre de Peyre, seigneur de Cabardet, également ancien du même consistoire , qui fut député au synode national de Charenton.
Les habitants réformés d'Eyguières jouirent paisiblement de leur droit d'exercice jusqu'au 18 septembre 1647, alors que le seigneur catholique du lieu, qui portait également le nom d'Eyguières , présenta au Parlement de Provence une requête tendant à interdire le prêche dans cette église et à faire défense aux réformés de se pourvoir ailleurs qu'audit Parlement. « L'arrêt fut conforme à sa demande. » dit Benoit, « mais les habitants d'Eyguières ne laissèrent pas de se pourvoir à Grenoble et d'y obtenir commission pour faire assigner leurs parties. Le seigneur y fut ajourné en conséquence avec son procureur fiscal ou juridictionnel et le vicaire de la paroisse; mais le Parlement les déchargea de l'assignation par un arrêt du dixième de décembre et défendit aux réformés de procéder ailleurs que devant lui. Cette affaire eut des suites au delà de cette année 1647". ^e seigneur d'Eyguières fit mettre en prison Pierre et Honoré Sabatier qui, pour être prisonniers, ne perdirent pas courage. Ils rirent informer contre lui en vertu des commissions de la Chambre de Grenoble. Il ne manqua d'en porter la plainte au Parlement de Provence, qui ordonna, le onzième de janvier j 1648], que les informations fussent remises à son greffe à moins de dix mille livres d'amende , avec défense à toutes personnes de transporter la juridiction de la Cour et à tous huissiers ou sergents d'en faire les exploits, à peine de trois mille livres d'amende, de suspension et d'autre peine arbitraire ; et , le quatorzième du même mois , il débouta les prisonniers du déclinatoire qu'ils avaient proposé , demandant Jeur renvoi à la Chambre de Grenoble. Cela ne lui sembla même pas suffisant pour les
punir de leur audace. Mais, comme ils avaient appelé d'une sentence du lieutenant général d'Arles qui avait décrété contre eux , le même arrêt déclara que , faute d'avoir cotté leurs griefs dans le terme de l'ordonnance, ils n'étaient plus recevabîes à l'appel interjeté... Plus de deux ans après il y eut encore arrêt', le vingt-deuxième de juin , qui déboutait les réformés et le ministre d'Eyguières du déclinatoire requis , cassait les procédures faites à leur requête sur les commissions du Parlement de Grenoble; défendait à tous les juges et officiers d'exécuter aucun arrêt ou décret de cette Chambre sur les faits contenus aux informations, et mettait en prise de corps un juge et un sergent, qui avaient obéi aux arrêts de la Chambre. Ce Parlement, transféré d'Aix à Arles, était brouillé avec la Cour, et la province était agitée des mêmes troubles que le reste du royaume; mais ces grandes affaires ne firent point oublierai! Parlement ses injustices accoutumées. Pendant ces vexations on ne manqua pas de se pourvoir au Conseil qui, après diverses fuites, donna un arrêt, le 28e de décembre 1648, qui maintenait les réformes dans leurs privilèges, et le comte d'Alais eut des ordres fort exprès de les faire exécuter. Ce prince nomma un commissaire qui, pour toute satisfaction , reçut du seigneur d'Eyguières une réponse par écrit, signée-de sa main, qui portait que , si on exécutait l'arrêt, il s'y opposerait à main armée. 11 tint parole et, en 1654. un commissaire de la Chambre de Grenoble étant venu pour faire exécuter un nouvel arrêt du Conseil du 2e de septembre , le seigneur prit les armes et empêcha le rétablissement de l'exercice. Le duc de Mercœur, gouverneur de la province , voulut faire obéir ce seigneur suivant un ordre exprès du roi qu'il avait reçu sur ce sujet , mais il n'eut pas le pouvoir de l'humilier, et ce seigneur lui répondit
encore une fois par écrit, signé de sa main, qu'il s'opposerait par les armes à l'exécution de cet ordre. Il joignit à toutes ces rébellions, que le Parlement de Provence autorisait, des vexations et des cruautés qu'il serait trop long de décrire, de sorte qu'enfin la Chambre mi-partie de Grenoble le condamna à la mort et envoya quelques-uns de ses adhérents aux galères. Mais après cela, il eut l'audace de se pourvoir au Conseil, d'y faire assigner l'église , d'y faire par provision interdire l'exercice. Il obtint même des lettres d'abolition pour lui et pour ses complices. Il fut déchargé du devoir de les présenter en personne , et il les fit vérifier au grand Conseil , qui y procéda sans que les parties eussent été appelées. Les réformés voulurent se pourvoir contre ces irrégularités; mais ils n'y gagnèrent rien , et ils furent renvoyés au grand Conseil le onzième avril 1658. L'arrêt ne fut pas écrit parce qu'ils déclarèrent qu'ils aimaient mieux n'en avoir point que d'en avoir un peu équitable. Ainsi une affaire si importante fut abandonnée , et dix ans de rébellion et de crimes n'attirèrent même pas sur le coupable la honte de paraître en criminel devant les juges et de répondre sur la sellette. C'était dire assez clairement , » conclut Benoit , « que les plus grands crimes étaient rémissibles pourvu qu'ils ne fissent de mal qu'aux hérétiques, de qui la perte était jurée. »
Les tribulations des habitants réformés d'Eyguières paraissent avoir eu un terme quelques années plus tard, sans doute après la mort du seigneur d' Eyguières. Nous voyons en effet un pasteur dans ce lieu en 1665 et nous pensons que l'exercice y était déjà rétabli en 1660.
En 1682, Eyguières renfermait cent cinquante familles réformées.
Annexe : Senas} résidence de la famille considérable
de ce nom. En 1682, on y comptait 50 familles réformées.
Il y avait aussi, en 1682, des réformés à Arles (25), à Mouriès (75) et aux Baux (52). Un cahier de plaintes du 5 août 161 7 , art. III, porte que les habitants réformés de ce dernier lieu ne purent être rétablis dans l'exercice de leur religion, quoiqu'ils eussent prouvé qu'ils y avaient droit suivant l'édit.
Dans une lettre du 14 septembre 1679, l'archevêque d'Arles, en envoyant au ministre d'Etat une liste de 19 habitants de cette ville , tous étrangers, qui s'étaient convertis au catholicisme , ajoute qu'il avait toujours empêché que les hérétiques s'établissent dans son diocèse et réussi à faire changer de religion aux deux ou trois familles qu'il avait trouvées à Salon en prenant possession de son diocèse.
Pasteurs : Pierre Maurice, 1611-1612; Paul Maurice, 1620-1647; Charles Maurice, 1 66 5-1 68 5 (1).
Pasteur de Sénas : Spiron, 1561.
VELAUX-AIX-MARSEILLE.
(Viguerie d'Aix.)
Les commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes de 1600 désignèrent Velaux comme troisième lieu de bailliage et Joseph Bonfils, conseiller du roi, lieutenant du sénéchal de Provence à Aix, rendit une ordonnance, le 23 février 1601, pour rendre exécutoire leur décision, nonobstant l'opposition de Bavoz d'Ollioules, seigneur de Velaux, qui demandait l'interdiction de l'exercice. Les réformés de Velaux possédaient déjà un temple à cette
(1) Benoît, t. III, p. 83-86; — Papiers d'Hotman de Villers, t. IV (Biblioth. de la Société deVHist. du frai, franç.)', Arch. nation. TT, 259.
RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 41}
époque et jouirent paisiblement de leur culte pendant de longues années; mais en 1661 les syndics généraux du clergé de Provence demandèrent aux commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes de cette époque la démolition du temple et la suppression de l'exercice. Ces derniers s'accordèrent néanmoins à maintenir l'un et l'autre, par leur ordonnance du 29 mai 166 1, renouvelée par celle de Pertuis, du 19 mars 1662, et confirmée par un arrêt du conseil du roi, rendu 1-e 4 mai 1665.
Velaux, ne formait qu'une seule et même église avec Aix et Marseille, mais l'exercice n'était pas autorisé dans ces deux dernières villes. Velaux comptait 182 habitants réformés en 1682.
Aix. — Les habitants réformés du lieu ayant demandé aux commissaires exécuteurs de 1600 de leur faire octroyer des consuls un cimetière particulier pour enterrer leurs morts , ces derniers leur donnèrent le « cazal de Villeneuve, » et comme la distance de Velaux à Aix était considérable et qu'ils auraient bien désiré posséder un lieu d'exercice plus rapproché, ils firent insérer dans ce but un article dans un cahier de plaintes, présenté au roi par l'assemblée politique de Saumur 161 1. portant que le lieu d'exercice qui leur avait été assigné était fort incommode; mais leurs doléances ne furent pas écoutées. L'assemblée politique de Grenoble de 161 5 se plaignit d'autre part au roi que des sépultures réformées avaient été violées à Aix et des enterrements empêchés.
Pendant que la capitale de la Provence commettait ces attentats contre les protestants, qui représentaient pourtant la lumière et le progrès, comme l'histoire des nations protestantes l'a démontré depuis, elle était plongée dans une superstition d'un autre âge et ajoutait foi à Y Histoire nouvelle, merveilleuse et espouveinteible d'un
jeune homme d'Aix en Provence, emporté par le diable et pendu à un amandier pour avoir impie/tient blasphémé le Sain ci Nom de Dieu et mesprisé la Saincte Messe; deux siens compagnons estant demeure^ sans aucun mal; arrivé le dou\iesme Janvier de la présente année mil six cents quatorze (i). Il s'agit de trois jeunes gens qui s'étaient rendus dans une hôtellerie d'Aix pour faire un dîner et dont deux , en attendant que le repas fût prêt , avaient jugé convenable d'aller à la messe, pendant que le troisième, combattant vivement leur projet, se mit à « vomir une infinité d'exécrables blasphèmes contre Dieu , contre la sainte messe et contre ses compagnons , » ajoutant « qu'il n'avait que faire de messe , qu'il aimait mieux faire un bon dîner et qu'il lui ferait plus de profit. » A leur retour, les deux amis trouvèrent ivre leur compagnon, qui recommença ses invectives contre eux et contre la religion, les traita de bigots et d'hypocrites et finalement, à la suite d'une vive altercation, sauta par la fenêtre et alla se pendre à un amandier dans un accès de délire furieux. Les deux amis répandirent alors le bruit que le diable était entré dans la chambre et que , prenant leur malheureux compagnon par les cheveux , il l'avait élevé en l'air et emporté par la fenêtre. Quelques jours plus tard, on trouva ce dernier pendu à un quart de lieue d'Aix et l'on prétendit que le diable l'avait tué de cette façon.
En 1682, Aix comptait cent habitants réformés.
Marseille. — Le 20 septembre 1608, Jacques Gauthier, maître maçon gypsier, de Marseille, fit un testament dans lequel il manifesta le désir d'être enterré à Marseille et, dans ce but, fit don aux habitants réformés
(1) « Paris, jouxte la Coppie imprimée à Lyon » (réimpriméeà Lyon par Louis Perrin, 1874, in-12).
dé la ville de son jardin situé au « quartier de l'Observance. » Un demi-siècle plus tard, le 4 avril 1658, les anciens du consistoire, Claude Candolle et Isidore Chavoz , échangèrent ce cimetière contre un jardin des dames religieuses carmélites qui, ayant obtenu l'autorisation de fermer une rue située derrière leur couvent , barrèrent par ce fait le passage qui conduisait au cimetière protestant primitif.
Mentionnons, pour l'année 1669, la conversion au protestantisme d'un Marseillais, nommé Jean-Baptiste Blaïn, réfugié à Genève, qui renonça, le 12 mars, « à toutes les erreurs, tant générales que particulières, folies, idolâtries et superstitions, qui se pratiquent vainement dans l'Eglise romaine, et particulièrement à ce prétendu sacrifice de la messe au préjudice de l'honneur de Dieu et du salut des pauvres âmes qui, étant conduites par des aveugles . croupissent et meurent dans leur aveuglement. »
Marseille comptait, en 1682, 270 habitants réformés (61 familles), plus 37 forçats.
L'église de Velaux-Aix-Marseille fut persécutée plusieurs années avant la révocation de l'édit de Nantes. L'archevêque d'Arles, au diocèse duquel ressortissait Velaux, raconte, dans une lettre du 14 septembre 1679, qu'ayant appris que les jours de sainte cène, les fidèles de ce lieu faisaient « venir des ministres étrangers pour y prêcher, » se pourvut par-devant Rouillé, intendant de Provence, pour qu'il le leur défendît, et que ce dernier lui donna l'assurance qu'il édicterait une ordonnance dans ce sens. Mais celle-ci ne fut rendue qu'en 1684, comme le montre le récit suivant : « Le 22 décembre 1 68 1 déjà, » dit Mœrikofer, « les négociants suisses établis à Marseille se plaignaient à la diète de ce qu'ils étaient en butte à l'inquisition et de ce tquc
eurs malades et leurs mourants étaient inquiétés par les prêtres. Le fait que Marseille avait été déclaré port franc dès 1669 y avait attiré beaucoup de négociants anglais, hollandais et suisses; ils avaient obtenu de célébrer leur culte selon le rite réformé, au village de Velaux, à cinq lieues de Marseille et trois lieues d'Aix. On voulait maintenant leur en retirer l'autorisation. Les ressortissants de ces trois Etats s'adressèrent à leurs gouvernements, demandant qu'il fût fait des démarches auprès du roi. Le 26 août 1684, Georges et Barthélémy Zollikofer, de Saint-Gall, envoyèrent à Zurich, au nom des négociants protestants à Marseille , une seconde lettre portant que défense avait été faite au pasteur de prêcher et que le diacre avait été jeté en prison ; que l'Angleterre laissait sans réponse la requête qui lui était parvenue et que la Hollande n'osait s'employer pour les réformés dans la crainte que la France n'exigeât pour ses propres ressortissants un culte catholique en Hollande. Ils écrivaient aussi qu'ils avaient contre eux tout le commerce du port , parce que les négociants étrangers y faisaient plus d'affaires que ceux du pays même. » jCette démarche n'aboutit sans doute à aucun résultat , mais les négociants étrangers demeurèrent à Marseille, comme on le verra dans la période suivante.
En 1682, il y avait aussi des protestants à Mimet (1 famille) , à Berre (8 familles) et à Saint-Savournin (9 familles, faisant 36 habitants).
Pasteurs de Velaux-Aix-Marseille : Maurice avant ï6ii (?) ; Barthélémy Récend, 1620- 1625 ; Jacques Récend, 163 5-1637; Jean Bernard, 1660; Barthélémy Bernard, 1664 (environ)- 1684 ; François Murât (second pasteur), 1684 (1).
Nostradamus , p. 1088; — Anquez, Hist. des assemblées politiq
Pasteurs d'Aix : Claude Boissier , 1557; Jacques Ruffi, 1559; Me Jehan Graignon, 1559; Guy de Moranges (dit de La Garde), 1561 ; Jean Chabrand, 1561.
Pasteurs de Marseille : Nicolas Folion (dit La Vallée), 1 5 59 ; De Mercurins, 1 561 ; Trophime de l'Aube, 1562; Molinon, 1567; Pierre Franc, 1572.
manosque, Forcalquier, Ongles.
(Vigueries de Forcalquier et d'Apt.)
Le colloque de Lourmarin du Ier octobre 1600 fut invité par les commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes en Provence de cette époque de désigner Manosque comme premier lieu de bailliage ou de sénéchaussée de la province, mais le colloque, se fondant sur ce que l'exercice avait été déjà autorisé dans le faubourg de cette ville par l'édit de Poitiers 1577 (art. 7), bien que celui-ci n'eût pu être exécuté, décida qu'il n'était pas nécessaire de la désigner comme lieu de bailliage et choisit Brignoles à sa place pour ne pas priver gratuitement d'un lieu de culte les protestants provençaux. Les commissaires , n'ayant pas voulu entrer dans cette voie, décidèrent, le 23 février 1601, que l'exercice serait établi à Manosque à titre de premier lieu de bailliage , et leur ordonnance fut confirmée par arrêt du conseil du roi du 16 juin 1607, qui désigna comme lieu de réunion la bastide du sieur de Bersan , située au terroir de Pierre-Blanche, proche la Durance. Cette bastide existe encore aujourd'hui et est appelée le Prêche.
Comme ce lieu n'était pas à proximité de Manosque, les réformés de cette ville firent insérer dans le cahier
p. 599 et 402 ; — Arch. nation. TT, 259, 289 A, 288 B ; — Mss. franç. de la biblioth. de Genève, n° 197", portef. 12; — Mœrikofer, p, 184.
de plaintes présenté au roi par l'assemblée politique de Saumur, 1611 , un article qui déclarait que le lieu de Pierre-Blanche était fort incommode ; et ils obtinrent , par un arrêt du conseil du roi du 19 mai 1612, qu'il leur serait permis, suivant l'avis favorable des commissaires exécuteurs de cette époque , de bâtir un temple dans la terre de Catherine Degremont ou dans celle de Jean-Pierre Abrard, son mari, en la combe de Guilhem Peyre, à deux jets de pierre de la ville. Cet arrêt leur permettait en outre de faire partie de la maison commune comme consuls ou conseillers, vu qu'ils payaient le douzième de Tallevrement à Manosque. Quand l'arrêt fut rendu , le duc Charles de Guise , alors gouverneur et lieutenant pour le roi en Provence , assigna le 20 décembre 161 2 à comparaître devant lui à Aix , le 15 avril (613 , les réformés de Manosque pour les entendre et se transporter ensuite sur les lieux , afin de recueillir les témoignages des habitants des deux relisions sur la commodité ou l'incommodité de ce noues
veau lieu d'exercice. Sur ces entrefaites le duc de Guise étant allé à la cour, il fut sursis à l'exécution de l'arrêt du conseil pour éviter « tout désordre. » Quelque temps après, le sieur de Montmeyan , ayant été chargé par le duc de reprendre l'affaire , se transporta sur les lieux et assembla les notables des deux religions. Les catholiques dirent que le temple, dans ce nouveau lieu, serait contigu au grand chemin public où passait beaucoup de monde ; que c'était là que se donnaient les divertissements publics et qu'on y passait deux fois par an pour se rendre en procession à l'infirmerie des gens atteints de contagion ; enfin , que le temple regarderait de plein front une des portes de la ville. Les protestants convinrent eux-mêmes que ce lieu était mal choisi et demandèrent de pouvoir bâtir leur temple au-dessous
d'une petite colline, distante de deux cent cinq pas environ dudit lieu et appartenant à un de leurs coreligionnaires de Manosque. Mais deux ou trois catholiques « turbulents » s'y opposèrent en disant qu'il fallait s'en tenir au lieu désigné par l'arrêt du conseil. En présence de cette opposition , Montmeyan décida que le lieu choisi par les premiers commissaires de 1601 , c'est-àdire Pierre-Blanche, et approuvé par l'arrêt du conseil du roi du 16 juin 1607, serait maintenu, ou bien que si les protestants voulaient rapprocher de Manosque leur temple, ils proposassent « un lieu qui puisse, » dit l'ordonnance, « produire un commun repos à tous les habitants de ladite ville. »
En 1646, l'affaire de l'approche du temple était encore en suspens et les habitants et consuls de Manosque, craignant qu'elle ne reçût une solution prochaine, adressèrent une requête au comte d'Alais, gouverneur et lieutenant général pour le roi en Provence , tendant à ce qu'il fût sursis à son examen : ce que le comte leur accorda par son ordonnance du 29 janvier. Cette mesure enhardit les catholiques, qui demandèrent purement et simplement la démolition du temple de Pierre-Blanche; et nous voyons, par un acte fait à Arles au « chapitre provincial dépendant de la religion de Malte, » les consuls et communauté de Manosque promettre au bailli de leur ville et au grand prieur de Saint- Gilles de les indemniser des procédures faites en leur nom pour supprimer l'exercice à Manosque et dans son terroir. Les Etats du pays décidèrent, en août 1661, que leurs procureurs se joindraient aux procureurs des consuls et communauté de Manosque pour parvenir aux mêmes fins. En dernière analyse, le conseil du roi rendit, à la requête des consuls et communauté de Manosque , un arrêt du 29 avril 1661 , portant démolition
du temple du terroir de Manosque, prohibant l'exercice de la religion réformée sans s'arrêter à l'ordonnance du 23 février 1601 des premiers commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes et aux arrêts du conseil du 16 juin 1607 et 19 mai 1612, mentionnés plus haut, et tous autres, et renvoyant l'examen de l'affaire aux nouveaux commissaires nommés le 15 avril 1661 .
Ceux-ci ne commencèrent leurs opérations qu'en 1662 et, pour influencer leur décision, les habitants et consuls de Manosque déclarèrent (3 mai 1662) que leur ville ne renfermait que trente-deux familles réformées, formant cent cinquante âmes , en comptant les petits enfants; et que , sur ce nombre, vingt-quatre habitants de Manosque avaient embrassé la religion réformée depuis l'établissement du prêche par les premiers commissaires exécuteurs. Les syndics généraux du clergé de Provence demandèrent de leur côté la démolition du temple de Pierre-Blanche et la suppression de l'exercice. Quant aux habitants réformés de Manosque, ils réclamèrent l'exécution de toutes les ordonnances des commissaires antérieurs , notamment l'autorisation de rapprocher leur temple, et demandèrent que le roi fît injonction aux magistrats de tenir la main à ce que « les habitants de ladite religion , » disent-ils , « puissent aller à leur dit exercice et revenir paisiblement sans être accablés d'injures atroces par des personnes qui s'attroupent aux portes de la ville et le long du chemin et qui leur jettent des pierres jusques au lieu de leur exercice, notamment aux femmes et aux petits enfants. » Le commissaire protestant opina dans le sens de la requête des réformés , mais le catholique se borna à maintenir leur droit d'exercice comme premier lieu de bailliage, sans autoriser toutefois le rapprochement du temple, parce que, disait-il , il y avait contradiction en.
tre l'arrêt du conseil du 16 juin 1607, dont se prévalaient les réformés, et un autre arrêt du 3 juillet 1606, que nous n'avons pas retrouvé, qui n'autorisait pas le rapprochement du temple. Le procès-verbal de partage des commissaires fut signé à Pertuis le 23 mai 1662 et renvoyé au roi qui , statuant en son conseil , ordonna , le 4 mai 1663, que l'exercice serait maintenu à Manosque . mais qu'en ce qui concernait l'approche du temple , les catholiques pourraient, vu la contrariété des parties entre l'arrêt du conseil du 3 juillet 1606 et celui du ï6 juin 1607, se pourvoir devant Sa Majesté.
En 1622 , on comptait à Manosque cinquante chefs de famille réformés, suivant la déclaration faite sous serment au juge du lieu par Esprit Lombard. Les quarante plus apparents étaient :
Jean Defauris.
Jean Guillaume.
Philippe Gaudemar.
Antoine Gaudemar.
Paul Gaudemar.
Pierre Gaudemar.
Jean Féraud.
Josué Féraud.
Marcellin Laugier.
Pierre Féraud.
Jean Granon.
Honoré Gaudemar.
Jean Féraud.
Pierre Portalis.
Jean Martin.
Pierre Faget.
Marc Masse.
Etienne Teissier.
Joseph Carriol.
Melchior Genoyer.
Jean Dufour.
Pierre Caudier.
François Taxil.
Rolland Geniès.
Pierre Blaïn.
Pierre Guignet.
Maurice Resplendin.
Michel Reillet.
Antoine Melve.
Jacques Columbi.
Antoine Garcin.
Isaac Bourdin. Daniel Peyre.
Jean Castagne.
Henri Blaïn.
Joseph Arbaud.
Antoine Larderet.
Monet Second.
Etienne Reillet.
Gabriel Reillet.
En 1062, les 50 chefs de famille réformés s'étaient réduits à 32150 habitants), comme on Ta vu plus haut. En 1666, même nombre, dont 20 non natifs de Manosque. En 1682, 142 habitants réformés (45 familles), sans compter 20c protestants au moins qui venaient du
dehors prendre régulièrement la sainte Cène tous les ans à Pierre-Blanche.
Le consistoire de Manosque fournit trois représentants des églises de Provence aux synodes nationaux : Jean Furandi, à celui de Privas de 1612; Jean Brun de Castellane , seigneur de Caille , à celui de Charenton de 1644 (sur sa famille, voyez La France protestante, t. III, p. 40); Jean de Moriès , écuyer d'Esparron et de La Bâtie , à celui de Loudun de 1559(1).
Annexes de Manosque : Forcalquier et Ongles.
Forcalquier. — Les commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes de l'année 1600 décidèrent, le 14 décembre, qu'il serait pris dans « un enclos proche la porte Chambon dudit lieu , dans un carré de terre fermé de deux côtés la quantité de huit cannes de terre en carré pour servir de cimetière à ceux de la religion prétendue réformée. » Quant aux commissaires de 161 2, ils affranchirent les habitants réformés de Forcalquier de l'obligation de contribuer aux réparations des églises et condamnèrent la commune à leur restituer toutes les sommes que , pour ce regard , ils pourraient avoir payées depuis l'édit de Nantes. D'autre part, les habitants réformés furent condamnés à payer à la commune, par un arrêt du conseil privé du 22 mai 1626, une somme de 1326 livres, dont nous n'avons pu découvrir l'origine. Une transaction intervint entre les parties le 16 mars 1629, et les habitants réformés demeurèrent débiteurs d'une somme de 900 livres seulement. Il fut en outre convenu qu'on renoncerait à toute poursuite criminelle relativement aux dévastations commises par les deux partis.
(1) Féraud , Hist. ci», polit, relig. et biogr. de Manosque, p. 273 , 289, 291 ; — Achard, Hist. des hom. illust. de Provence, au mot Bernard ; — Anqucz, Hist. des assemblées politiques, p. 399 ; — Arch. nation. TT, 247, 288 B.
Pour ce qui est du droit d'exercice, les habitants réformés de Forcalquier en jouirent paisiblement jusqu'à la première guerre de religion du dix-septième siècle (1621), époque où il fut interrompu. En 1625, un cahier de plaintes, présenté à Louis XIII, en demanda le rétablissement, et le roi y ayant consenti, le synode national de Castres, de 1626, secourut l'église en lui allouant une portion des deniers d'octroi de Sa Majesté. L'année suivante, date où commença la troisième guerre de religion , il y eut une nouvelle interruption du culte reformé à Forcalquier. « Un certain jour, » dit M. C. Arnaud..., « les catholiques, cédant on ne sait à quelle impulsion, s'assemblèrent tumultueusement, assaillirent le temple, y mirent le feu et rossèrent les protestants à mesure qu'ils sortaient. Ceux-ci , justement indignés , se plaignirent à l'autorité municipale. Le conseil de la commune, n'osant pas choquer les catholiques, éluda la question. Il répondit que le fait ne le regardait pas. » L'édit de grâce de Nîmes, juillet 1629 , permit le rétablissement de l'exercice à Forcalquier, mais les commissaires chargés d'exécuter cet édit ne purent remplir leur mission. Les choses durèrent ainsi jusqu'en 1637 , alors que le synode national d'Alençon , réuni cette même année, demanda justice pour les habitants réformés de Forcalquier. Nous ne savons quelle suite fut donnée à cette requête.
En 1682, Forcalquier comptait soixante habitants réformés (onze familles) (i).
Ongles. — Cette église jouit paisiblement de son droit
(1) Anqucz. Un nouveau chapitre, p. 184-186; — Aymon, t. II, p. 596; — Décisions royales, p. 13.9, 140; — Archiv. communales de Forcalquier, Actes et contrats, BB, 44 : — C. Arnaud . VAbbé de la Jeunesse^ p. 2- ; — Aymon , t. II . p. 56.
d'exercice jusqu'en 1 66 1 , alors que les syndics généraux du clergé de Provence demandèrent aux commissaires exécuteurs de cette époque que les habitants réformés d'Ongles ne pussent faire aucun exercice public de leur religion , ni aucune assemblée particulière, sous prétexte de baptêmes et de visites de malades , ni de chanter des psaumes dans leurs boutiques ou autre part. Le commissaire catholique émit un avis conforme à ces prétentions , mais le protestant , faisant droit en partie à la requête des réformés du lieu, représentés par les anciens du consistoire, Verdet, marchand, Verdet Charles, ménager, et Verdet David, opina pour qu'ils fussent admis à prouver dans les quinze jours qu'ils avaient joui de l'exercice en 1596 et 1597; mais que jusque-là ils ne pussent le pratiquer dans leur temple. 11 consentait toutefois à autoriser les réunions particulières dans les maisons. Le procès-verbal de partage, signé à Pertuis le 20 mai 1662 , fut envoyé au roi qui, par un arrêt du 4 mai 1663 , rendu en son Conseil, décida que le temple d'Ongles serait démoli et l'exercice supprimé (1).
En 1682, Ongles comptait 32 habitants réformés (8 familles).
A la même époque il y avait à Céreste (2) 1 habitant réformé; à Banon 1 ; à Simiane 12 (2 familles) ; à Lagarde 18 (5 familles); à Mane 2; à Pierrevert 4 (1 famille); à Saint- Etienne 2 (1 famille) ; à Sigonce 4 (1 famille); à Saumane 2 (1 famille).
Pasteurs : Gaspard de Véza , 1 5 6 1 ; Gaspard de Betze, 1 562 ; Georges Volland, 1 572 ; E. Huron, 1609 ; Philippe Codurc, 1603; ^ean de Cray, 161 7- 1622;
(1) Arch. nation. TT, 235 A, 288 B.
(2) Patrie du savant Charles Barbeyrac, né vers 1629.
Paul Gaudemar, 1626-1636; Jean Aymin, 1642-1644; Jean Bernard, 164 5- 168 5.
Pasteurs de Forcalquier : Balthazar Boniface, 1562; Bernardin Codur, 1567 (de passage) ; Jacques Guérin, 1567; Gaspard Mense, 1572.