PASTEURS PARTICULIERS DE MARSEILLE
Bridel ' 1 7 5 1 ( ?)
Gai (Joseph) dit Pomaret 1767
Paul Rabaut (en visite) 1768
Jacques Teissier 1768 - 1769
Rabaut-Pomier 1 7^9 " l77°
Châtelain T772
Jacques Matthieu. . • • l772
J. Chabaud • • *774
Vouland fils dit Roche ^775 ~ l777
Isaac-Malignas Durand (i) x779 " *793
(i) Ajoutons à ce que nous avons dit de ce pasteur, page 541, qu'à la fin de sa carrière il se retira à Monoblet , son lieu de naissance , et qu'à l'âge de près de quatre-vingts ans, et ayant conservé toutes ses facultés , il ne rrai-nait pas « de s'enfoncer dans les ténébreuses profondeurs de la métaphysique » et publia Le Code évangélique , ouvrage approprié à V usage de toutes les familles et de tous les chrétiens. Uzès, 1824, 3 parties avec u pagination différente, in-8°. - Préface de P Roux, pasteur président
N° I (Pages 28 et 33).
NOTICE SUR JACQUES REYNAUD , SIEUR d'aLLEINS.
Jacques Reynaud , seigneur d'Alleins (1), jurisconsulte distingué, qui prit, en 1540, la défense des Vaudois auprès du président Chassanée et parvint à retarder l'exécution du terrible arrêt contumace rendu contre eux, appartenait à une des plus anciennes familles d'Arles et s'était toujours fait remarquer par sa probité et sa bienfaisance. Il embrassa de bonne heure, avec sa femme, les idées de la Réforme, auxquelles il resta fidèles jusqu'à sa mort, mais sans les professer ouvertement et se croire obligé de rompre avec l'Eglise romaine. Désireux de faire élever son fils Robert dans les. principes de l'Evangile, il l'envoya à Lausanne, où enseignait le célèbre humaniste Mathurin Cordier, et le confia ensuite, en octobre M48, au savant professeur du collège des Arts de Nîmes, Baduel, dont il suivit les cours libres.
Un peu avant cette époque, aux mois d'août et de septembre de cette même année 1548, d'Alleins, qui, sans doute, était allé chercher son fils à Lausanne, se mit en rapport, à Genève, avec Calvin et se chargea de ses messages confidentiels pour ses amis de Lausanne, en même temps qu'il mettait obligeamment au service du grand réformateur « sa personne, sa maison et ses soins (2). »
L'année suivante, d'Alleins, qui jouissait d'une grande considération parmi ses compatriotes à cause de l'intégrité de son carac-
(1) Non Allen ou Aliène.
(2) Cahini opéra, vol. XIII, n°* 1069 et 107 1 .
tère et de sa charité envers les pauvres, fut nommé premier consul d'Arles, où il avait déjà rempli, vingt ans auparavant, les fonctions de viguier.
Cependant, son fils Robert apportait la plus grande application à ses études, et la satisfaction qu'il procurait à son nouveau maître ne fit que resserrer les liens d'amitié qui unissaient ce dernier à son père. « Quand survenait un congé de quelques jours dans la classe, » dit M. Gaufrés, le biographe de Baduel, « le maître et l'élève se rendaient à Arles par la route de Bellegarde et, pour faciliter le voyage, Jacques Reynaud envoyait, au besoin, un mulet. » La bête portait la valise du jeune homme et l'un des voyageurs. D'autres fois, Robert partait seul. « Je vous envoie votre fils, ou plutôt le mien, comme vous voulez que je l'appelle, » écrivait alors Baduel à son ami ; « mais je vous prie de le faire bientôt revenir pour qu'il ne se laisse pas devancer par ses condisciples, dont le travail continue en son absence. »
Peu après, d'Alleins tomba gravement malade en même temps que son fils aîné, le sieur de Maillane. « Mon affection pour vous, » lui écrivit aussitôt Baduel, « et celle que vous portent tous nos frères en la foi nous mettent en grande perplexité au sujet de votre maladie. Dans ce commun chagrin, j'invoque, pour vous et pour votre fils , le Père de Jésus-Christ et le nôtre ; je lui demande de faire éclater dans votre infirmité corporelle les consolations de son Esprit... Je le prie de vous aider dans votre lit de douleur et de vous soulager, comme il l'a promis dans le Psaume : « Heureux qui se comporte avec intelligence à l'égard du nécessiteux : le Seigneur le délivrera au mauvais jour. » Je vous ai vus l'un et l'autre au nombre de ceux que n'offense pas l'humilité et la pauvreté de Christ dans cette vie , qui ont toujours accueilli affectueusement le Crucifié et ses membres affligés. J'espère donc que le Seigneur vous sera miséricordieux, qu'il l'est déjà et que la santé vous revient. Nous sommes à lui dans la maladie et dans la santé, dans la vie et dans la mort. Sa charité et son amour se sont si fortement imprimés dans nos cœurs que rien ne les pourra jamais effacer. Je ne doute pas que cette pensée ne vous console et que la grâce divine n'inonde de plus en plus vos âmes. »
Les prières de Baduel ne furent pas exaucées en ce qui concernait d'Alleins, car l'heure du délogement du pieux gentilhomme sonna en même temps que les cloches de Noël. Son savant ami, le médecin Valériole, qui, comme lui, était évangélique de cœur,
lui prodigua non seulement les ressources de son art, mais encore les consolations que son âme chrétienne put lui suggérer, et il eut la joie de le voir mourir dans la paix de son Dieu. Il en informa Baduel qui, à son tour, en fit part à Calvin. « Toutes les douceurs, » lui disait-il, « que l'amitié d'un homme pieux peut procurer à un autre homme animé des mêmes sentiments et des mêmes goûts, je les ai éprouvés dans mes rapports chrétiens avec Reynaud ; mais Dieu a voulu le rappeler à lui et me laisser dans cette vie. »
Autrement, Baduel, aussitôt qu'il eut appris la mort de d'Alleins , « accourut auprès de sa veuve, » dit M. Gaufrés, « pour l'aider , par sa sympathie chrétienne , à supporter une si rude épreuve. Il se trouva que d'Alleins avait, par son testament, spécialement recommandé son fils à Baduel. Celui-ci écrivit peu après à un ami : « Le fils d'Alleins , qui m'a été recommandé par les dernières volontés de son père et par votre récente lettre, me sera si cher qu'un fils ne pourrait l'être davantage. Je mettrai tous mes soins à ce qu'un jeune homme si modeste soit élevé comme le demande le pieux souvenir du père et l'heureux naturel du fils. Samedi, au Gymnase, il a si bien déclamé que son discours a donné la meilleure idée de son caractère et de son talent. » Ce discours fut prononcé à Noël et imprimé. Dans un autre discours, qui n'a pas été publié , le jeune Robert s'élevait avec force contre une imitation trop servile des anciens dans l'éloquence.
Pour en revenir à son père, nous ajouterons que, n'ayant pas fait profession ouverte de protestantisme et n'étant connu de ses compatriotes que par ses vertus, il « fut enterré, » au rapport de La Lauzière , « avec beaucoup de pompe en l'église de Saint-Honorat, hors la ville (i). »
N° II (Page 206).