‹ Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles (volume 2)Chapitre 18 sur 44 · INTERVALLE ENTRE LA SECONDE ET LA TROISIÈME GUERRE DE RELIGION · texte numérisé non relu

INTERVALLE ENTRE LA SECONDE ET LA TROISIÈME GUERRE DE RELIGION

(20 mars — 2 5 août i568.)

Tublication de l'édit de paix. La même animation continue à subsister entre les deux partis.

Sur ces entrefaites, on apporta en Dauphiné l'édit de 'i>68paix que Charles IX avait fait publier à Paris le 23 mars, à la suite du traité conclu le 20 à Longjumeau, après quelques faits d'armes insignifiants de la part des deux partis. Cet édit confirmait celui d'Amboise, en le débarrassant des modifications et restrictions postérieures que le roi y avait apportées. Il autorisait l'exercice de la religion réformée dans un certain nombre de villes et dans les maisons des gentilshommes. Gordes le fit publier dans son camp à Moras, et le parlement l'enregistra le 14 avril.

En exécution de ses articles, le lieutenant général fit sortir de prison le pasteur Alexandre, de Grenoble. « Le peuple de cette ville, dit Chorier, qui s'était promis de repaître ses yeux du cruel spectacle de la mort de ce ministre , en fut indigné contre Gordes. » Cardé traita et ouvrit les portes de Romans. Valence fit de même, mais non sans quelques troubles. Montélimar, Chabeuil, Étoile, Gap suivirent leur exemple-, trois cents places enfin occupées par les protestants furent rendues au roi et acceptèrent l'édit de paix.

La concorde, toutefois, n'était pas dans les cœurs. « Les mêmes inclinations demeurèrent, » comme dit une pièce du

1 568. temps. Dans aucune place du Valentinois, notamment à Valence , à Romans et à Montélimar, le culte catholique ne put être rétabli. Par contre, à Vienne, qui était tout entier à la dévotion de Maugiron, on ne permit à aucun protestant de rentrer dans la ville. A Gap, les catholiques, qui avaient conservé sur leurs vêtements la croix blanche, fort imprudemment autorisée par Gordes, étaient traités d'idolâtres et maltraités. A. Châteauneuf-de-Mazenc le culte catholique ne fut non plus rétabli. Les protestants du lieu avaient converti l'église en temple et firent venir de Genève un pasteur, du nom de Lafièle, à qui ils achetèrent une robe, des chausses, une paire de mules et deux paires de souliers1.

Les protestants tiennent diverses assemblées politiques. Pi'ojet de démentèlement de plusieurs places. Commissaires de l'édit.

Les protestants pas plus que les catholiques ne respectaient donc en Dauphiné la paix de Longjumeau et tout faisait présager une lutte nouvelle entre les deux partis. En vue de s'y préparer, les gentilshommes protestants eurent des assemblées politiques à Aouste près Crest, à Saint- Paul-trois-Châteaux , à Saint-Nazaire-en-Royans et en dernier lieu chez Cardé, à Jarcieux, près Beaurepaire. Toutefois , ne voulant rien entreprendre sans l'avis du prince de Condé, ils lui députèrent Lesdiguières ( ier mai) pour connaître son sentiment. Gordes, de son côté, ne resta pas inactif. De concert avec le parlement, il résolut de démenteler un certain nombre de petites places dont les habitants

(1) Pérussis, dans d'Aubais, t. i, p. 95; — Chorier, p. G22-624; — Robin , Mémoire sur Châteauneuf-de-Mazenc (Mns.)-

tenaient pour la plupart le parti des réformés, et qui en 1 568. temps de guerre devenaient facilement autant de citadelles de ces derniers. Il fallait ensuite les leur reprendre une à une, ce qui demandait une grande dépense de temps et de soldats. Il décida donc la démolition des places de Corps, Aspres-les-Veynes , Saint-Nazaire-en-Royans, Pont-en- Royans, Châtillon , Saint- Antoine-en-Valloire , L'Albenc, Beaumont- lès -Valence, Allex, Sauzet, Châteauneuf- de - Mazenc, Dieulefit, Tulette et Pierrelatte. Il pensa également qu'il serait utile de procéder à la démolition des remparts des villes de Die, Saint-Marcellin et Saint-Paul-trois-Chàteaux, où les protestants étaient de beaucoup les plus nombreux. Mais les habitants de ces diverses places le supplièrent de ne pas mettre son dessein à exécution , et il accéda à leur vœu. Saint-Marcellin et L'Albenc ne conservèrent toutefois leurs murailles qu'à la condition de renoncer à l'exercice de la religion réformée. D'un autre côté, Gordes fit nommer des commissaires exécuteurs de Tédit de paix. Ce furent François Fléhard, président de la chambre des comptes de Grenoble, Ennemond Mulet et François de Bouvier, conseillers au parlement, qui, après avoir heureusement commencé leur œuvre de pacification , se virent tout à coup arrêtés par une nouvelle prise d'armes, fruit de la mauvaise foi de Catherine de Médicis \

(i) Chorier, p. 624, 623.

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