INTERVALLE ENTRE LA PREMIERE ET LA SECONDE GUERRE DE RELIGION
(ig mars i563 — septembre i56-j.)
Crussol refuse d'abord de déposer les armes.
Vieilleville commissaire exécuteur de Fédit
de paix en Dauphiné. Pacification de
Vienne , de Gap et des vallées vaudoises.
i563. La paix fut publiée à Vienne sans pompe Tavant-dernier jour de mars, mais dans les villes occupées par les réformés la publication n'eut pas lieu si promptement. Pour ce qui est de Crussol, qui , on se le rappelle , avait succédé à des Adrets comme lieutenant général du Dauphiné, la reine-mère lui écrivit dès le i" avril de déposer les armes. Crussol lui répondit le 1 1 de Valence qu'il ne pouvait traiter avec le représentant du pouvoir royal , Guillaume , vicomte de Joyeuse, personnage généralement haï, et qu'il importait d'envoyer dans les provinces du Midi pour traiter de la paix un personnage d'autorité. Il ajoutait que, depuis la publication de l'édit d'Amboise, les catholiques continuaient à piller, brûler et ravager-, mais que néanmoins il s'emploierait de son mieux pour rétablir la concorde entre les deux partis. Il convoqua dans ce but à Valence, tout en restant armé , une assemblée générale des députés des villes protestantes de la province. Elle eut lieu le 20 avril. Un envoyé de la cour fit connaître « la volonté et intention de Sa Majesté w, mais on ne put s'entendre ^
(i) Lacroix, Notice sur Don^ère, p. 66; — Hitt. gén. du Languedoc, t. VIII, p. 3. — Selon d'autres la réunion eut lieu le 29.
Galeys, premier consul et député de Grenoble, fut chargé i563. par le conseil général de cette ville , qui s'était assemblé le 1 5 avril et auquel assistèrent les ministres Etienne Noël et Eynard Pichon , d'émettre le vœu que la messe ne fût pas rétablie à Grenoble , que les charges publiques de la ville fussent toutes remplies par des protestants et que Texercice de la religion réformée, prêchée depuis un an par les ministres, fut seul permis. Il se fondait sur ce que la paix ne serait possible à Grenoble qu'à ce prix. Galeys oubliait que si les catholiques avaient pu prendre la parole, ils se fussent appuyés sur les mêmes motifs pour demander l'interdiction de la religion réformée. La liberté la plus entière des deux cultes était au contraire le seul moyen d'établir une paix durable. Il a fallu trois siècles à la France pour comprendre cette vérité élémentaire, dont l'évidence n'a été reconnue qu'après douze guerres civiles.
Le roi, voyant que Crussol ne voulait pas déposer les armes , lui écrivit une nouvelle lettre le 1 1 mai , dans laquelle il le priait, aussitôt qu'il l'aurait reçue, de congédier ses troupes. Il ajoutait qu'il donnait le même ordre à Joyeuse en Languedoc et à Maugiron en Dauphiné , et l'engageait à se réconcilier avec eux , en attendant l'arrivée du maréchal François Scepeaux de Vieilleville , chargé de faire exécuter le dernier édit dans le Lyonnais et les provinces avoisinantes. Crussol obéit et à partir de ce moment il ne fut plus mêlé aux affaires du Dauphiné '.
Un mois et demi après, Vieilleville arrivait dans la province. Le maréchal passait pour être « plus politique que religieux », au dire de Brantôme'', et avait même favorisé la Réforme lorsqu'il était à Metz, « jusque-là , ajoute le même
(i) Hist. gén. du Languedoc, t. viii, p. 3 et 4. (2) Vie des grands capitaines, i" partie.
— igo —
i563. auteur, qu'il maria sa seconde fille avec le sieur de Lys de Lorraine, qui était fort de la religion-, ce que de ce temps fut trouvé fort étrange , car lors ces mariages n'étaient communs en France )>. Le maréchal arriva à Vienne le 5 juillet. Les protestants de cette ville, qui étaient nombreux et influents , lui demandèrent la liberté de célébrer publiquement leur culte. Maugiron, à qui ils avaient d'abord adressé cette demande, s'en était remis, pour y répondre, aux soins de Vieilleville , qui lui-même en référa au roi. Or, comme redit d'Amboise (art. V) n'accordait l'exercice public de la religion réformée qu'aux villes qui en jouissaient au 7 mars i563, et que, depuis la prise de Vienne par Maugiron, les protestants en avaient été privés, quoique le lieutenant général et le duc de Nemours leur eussent promis le contraire, le roi refusa d'accéder à leur demande. Ils se virent donc obligés de célébrer leur culte en dehors de Vienne, dans le faubourg de Sainte-Colombe, sur la rive droite du Rhône. Nous ne savons où se rendit le maréchal après avoir quitté Vienne, mais il était à Gap au mois d'août. Dès le mois précédent, les catholiques de cette ville lui avaient adressé une requête dans laquelle ils lui exposaient que Gap était la clef de l'Embrunais et de la Provence, et, par l'Embrunais, du Briançonnais et du Piémont-, que les protestants occupaient Serre, Die, Valence, Montélimar et Grenoble et menaçaient Gap par Romette , où ils étaient établis et d'où ils ne cessaient de faire des incursions jusqu'aux portes de la ville. Ils lui demandaient donc une garnison et le priaient de leur laisser pour gouverneur Laborel , dont ils avaient déjà apprécié la bravoure et les services. Et comme les protestants déclaraient « ne vouloir subir jugement par-devant tous juges, avocats, procureurs et greffiers qui ont tenu le parti du roi durant ces derniers troubles , et ne sont de leur ligue et religion », ils lui demandèrent en outre que nul n'eût la faculté de récuser des juges pour cause de religion ^ que
l'exercice du culte réformé ne pût se faire à Gap , non plus i563. qu^à deux lieues à la ronde, et qu'aucun protestant qui ne serait pas né à Gap ou n'y habiterait pas depuis dix ans , n'eût le droit d'y établir son domicile. Vieilleville eut la faiblesse de souscrire à plusieurs de ces prétentions exorbitantes (i I août).
Le rharéchal était secondé dans son œuvre par deux commissaires adjoints, Jacques Phelippeaux, sieur de la Madeleine, et Jean de Bouquemare, tous les deux membres du grand conseil du roi. Il cita les protestants du Briançonnais et des vallées de Cluson, de Pragela et de la Haute Doire à comparaître devant lui; mais ceux-ci, par crainte assurément, ne répondirent point à son appel. Il n'en rendit pas moins son ordonnance (17 sept.), d'après laquelle lesdits protestants étaient invités à déposer leurs armes dans les châteaux de Briançon, d'Exilles et de Château-Dauphin (Castel-Delphino) , et pouvaient célébrer leur culte à Chaumont, ensevelir leurs morts dans le cimetière commun, « selon leur forme et manière de religion, jusqu'à ce qu'il ait été pourvu d'autre lieu commode pour cela faire, » et entrer dans les assemblées générales avec voix délibérative. Mais le conseil communal et le consulat leur étaient interdits.
La question municipale ne fut réglée à Gap qu'en 1564, et, à cause de son importance, fut renvoyée devant le parlement, qui décida que pour cette année 1564 il y aurait deux consuls protestants et dix conseillers municipaux également protestants sur vingt-six. Ce règlement, d'autant plus agréable aux réformés qu'ils n'osaient en espérer un semblable, car ils n'étaient que 3oo contre 6 ou 7,000 catholiques, fut modifié dès i565 et donna lieu à plusieurs séditions. C'est dans celle de 1667 que, selon Charronnet, le capitaine Furmeyer, le sauveur de Grenoble, aurait été tué et sa maison rasée.
Tacification de Grenoble , Romans et Valence.
,553 Avant de se rendre à Grenoble, Vieilleville y avait envoyé le baron de Bressieux pour engager les compagnies 'de La Coche, Ponnat et Bardonnenche, qui comptaient 200 soldats, à mettre bas les armes. Tout ce qu'il put obtenir d''eux , c'est que les consuls fissent publier la paix et que les troupes jurassent de Tobserver; quant à déposer les armes les capitaines n'y consentirent point, attendu que Grenoble était entouré de troupes catholiques et que les paysans de tous les villages environnants étaient également armés. Bressieux fut plus heureux auprès des conseillers du parlement, réfugiés à Chambéry depuis le commencement de la guerre. Sur son invitation ils rentrèrent à Grenoble et reprirent leurs sièges.
Le maréchal fit bientôt son entrée dans la capitale du Dauphiné et eut une réception magnifique. Quatre cents gentilshommes vinrent l'attendre à un quart de lieue des murailles, et il fut reçu aux portes de la ville par les consuls et à son logis par le parlement. Il répartit les charges municipales d'une manière égale entre les protestants et les catholiques, quoique ceux-ci fussent les moins nombreux de beaucoup-, fit nommer 5o habitants, tant de l'une que de l'autre religion, pour maintenir l'ordre, et établit une garnison de deux compagnies.
Il avait résolu de convoquer à Loriol, pour le 3o novembre, une assemblée des députés des dix villes de la province-, mais Maugiron et Bressieux lui conseillèrent de convoquer plutôt les trois ordres des États du Dauphiné. La réunion eut lieu à Grenoble le 5 décembre et décida que redit de pacification serait imprimé et affiché dans tous les
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Les états accordèrent aux protestants de Grenoble tout ce qui était compatible avec l'édit d'Amboise. On leur fit restituer l'église du couvent de Sainte-Claire , parce que les religieuses en avaient été rappelées -, mais le conseil fut tenu de leur assigner un autre lieu d'exercice, avec permission d'y bâtir un temple. Ils obtinrent également la permission, avec l'agrément des chapitres de Notre-Dame et de Saint-Laurent, d'ensevelir leurs morts dans les cimetières attenant à ces deux églises , mais seulement « par provision et sans conséquence ».
Vieilleville séjourna un mois entier à Grenoble, puis se rendit à Valence , après avoir laissé des instructions précises au parlement pour le maintien de la paix à Grenoble et fait jurer à la noblesse d'obéir à tous les ordres de cette cour souveraine. Ses instructions furent dressées par Maugiron et le parlement en forme de règlement. Elles portaient, suivant Chorier, « que les habitants choisis de l'une et de l'autre religion, vingt-un de chacune, jureraient dans une assemblée générale fidélité et obéissance aux magistrats, au roi, et, ce qui en était la suite, qu'ils promettraient, levant les mains, d'observer exactement tous les articles de la pacification, de ne se soulever ni prendre les armes sous quelque prétexte que ce pïat être que pour le service du roi et par
i363, son exprès commandement, ou de ceux qui auraient pouvoir de lui...; qu'après ils éliraient cinquante d'entre eux, autant de l'une que de l'autre religion, premièrement pour travailler à ce que les habitants eussent à déclarer quelles armes ils avaient dans leurs maisons, à les porter dans le lieu qui serait désigné par Maugiron ... ; après, qu'ils auraient soin d'éclairer les actions de ceux qu'ils jugeraient suspects ou de vouloir susciter de nouveaux troubles par de secrètes conspirations, ou de mépriser les édits et les articles de paix par quelque infraction...-, qu'ils veilleraient même sur ceux qui s'entrejurieraienf, qui, les jours de fêtes chômables, travailleraient en public, tiendraient leurs boutiques ouvertes et étaleraient leurs marchandises -, qui s'occuperaient à des jeux de hasard, qui blasphémeraient , qui feraient des danses ou des assemblées publiques...*, finalement, qu'ils feraient une recherche exacte des étrangers qui s'étaient établis dans Grenoble, pour leur faire vider la ville, et que ceux qui n'habitaient point avant ces derniers troubles seraient tenus pour tels ». Le parlement aurait désiré que ce règlement devint général pour toute la province , mais il ne fut pas reçu de tous, et la ville de Vienne, en particulier, le rejeta. L'édit de pacification d'Amboise fut apporté à Romans par de Bressieux et calma les esprits. « Il fut délibéré, dit Dochier, dans une assemblée générale, que l'édit du roi serait exécuté; qu'aucun trouble ne serait causé aux exercices des deux religions; que ce qui avait été pris de part et d'autre serait restitué; qu'on nommerait six notables catholiques et protestants, auxquels on donnerait pouvoir de traiter toutes les affaires pour le service de Dieu et du roi. » Ce traité, malheureusement, ne fut pas longtemps respecté, car les cathohques durent bientôt cesser l'exercice de leur culte dans toutes les églises de Romans. Il fut rétabli l'année suivante, et les protestants, qui célébraient leur religion dans l'église des Cordeliers , furent à leur tour contraints d'abandonner
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cet édifice, qu'on restitua à ses premiers possesseurs. Ils i563. établirent alors « leur temple , dit Ulysse Chevalier, dans une maison du quartier de la ville neuve, près du couvent de Sainte-Marie. Mais ce local était incommode. Le 7 juin 1564, Jean Magnet, syndic de Téglise réformée, obtint de la ville, pour la construction d'un nouveau temple, un eniplacement situé aux vieux fossés ou terreaux, entre la place de Jacquemart et la porte de fer. Ce projet n'eut, croyonsnous, aucune suite ».
Quand Vieilleville arriva à Valence, il trouva les esprits pacifiés, grâce encore aux soins de Bressieux. « Il ne se présenta âme vivante pour se plaindre, disent ses Mémoires ; et les édits étant attachés aux carrefours de la ville et aux portes des églises , et toutes choses au reste exécutées en la propre forme et manière, comme elles avaient été à Grenoble^ ce que M. le maréchal loua grandement et en honora beaucoup M. de Bressieux ^ »
Tacification de Saint-Paul-trois-Châteaux ,
Dieulefit , Dow^ère et autres lieux du
Dauphin é.
A Saint-Paul-trois-Châteaux, que le maréchal ne paraît pas avoir visité, la pacification s'opéra d'elle-même. Les habitants, qui avaient embrassé en masse la Réforme, ayant eu connaissance de l'édit d'Amboise, « convoquèrent, dit Boyer de Sainte-Marthe, une assemblée générale à la place sous la halle de Sexteral (i i juin i563), qui fut beaucoup
(i) Mémoires du maréchal de Vieilleville , dans la Collection universelle des mémoires particuliers , t. xxxii, p. 289-304; — Chorier, p. 592-599; ~ CharveTjP. 558, 559; — Dochier, p. 188, 189; — Ulysse Chevalier, dans le Bullet. de la Soc. d'archéol. de la Drame , t. 11 , p. 388.
i553, plus nombreuse que celle de 1 661, pour faire une députation au roi... et déclarer à Sa Majesté que tous en général et chacun en particulier avaient reçu ses édits avec respect et qu'ils voulaient les exécuter de point en point sans résistance •, qu'à ces fins les portes de la ville, qu'on tenait fermées, étaient ouvertes pour donner liberté à un chacun d'entrer et de sortir selon la nécessité de ses affaires-, qu'ils oubliaient les injures et les outrages qui leur avaient été faits par ceux qui avaient pris les armes contre le repos et la liberté de leur ville; que, bien loin d'en tirer vengeance, ils les reçoivent à bras ouverts à leur retour de l'exil volontaire auquel ils s'étaient condamnés, et qu'ils vivaient avec eux dans une aussi profonde paix qu'avec leurs propres frères -, que si l'on voyait des gens armés et des gardes aux portes de la ville , ce n'était ni pour insulter ni pour blesser, moins encore tuer, mais seulement pour se défendre des voleries et des meurtres que quelques compagnies italiennes et autres étrangers pratiquaient en ce quartier de Dauphiné, faisant semblant de se retirer en leur pays-, qu'ils ne retenaient pas les biens des ecclésiastiques et qu'ils ne les empêchaient point de rentrer dans leurs bénéfices... Et d'autant que la paix, après Dieu, dépendait de la prudence des magistrats et que l'expérience faisait connaître que les dernières guerres avaient pris leur source dans leur méchante conduite, en particulier pour s'être déclarés trop partials, ils suppliaient Sa Majesté de ne pas députer M. de Maugiron en qualité de lieutenant général du Dauphiné, attendu qu'il était l'ennemi capital des partisans de la religion réformée , ce qui n'avait que trop paru en plusieurs actes d'hostilité qu'il avait faits; mais de commander à M. le comte de Clermont de rentrer dans sa charge, et de défendre à tous les autres magistrats de ne les point troubler dans l'exercice de leur religion ».
Trois semaines après (i" juillet i563), les habitants.de
Saint- Paul se réunirent de nouveau à son de trompe par i563. ordre du baillif et des consuls, et rassemblée déclara publiquement « ne vouloir pas ci-après aucun service romain , cérémonies ou superstitions papales-, seulement désirait la pure et libre prédication du saint Évangile de Notre Seigneur Jésus-Christ et observation de ses saints commandements, vivant sous Tobéissance et fidélité dues au roi, leur souverain et naturel prince, et observation de ses édits et ordonnances, en toute paix, amitié et union avec tous les sujets de Sa Majesté et autres leurs circonvoisins ». Cette assemblée se composait de 162 hommes, au nombre desquels le baillif et les deux consuls, et de 6 prêtres bénéficiers de réglise cathédrale de Saint-Paul,
Cette délibération prise, on chargea Guillaume Moreton de Sauzet, Gabet-Saint-Rémy, de Vienne, et Saint-Martin, de la maison de Morges-Ventavon , « de la porter au roi, à la reine-mère, aux seigneurs du conseil privé, au maréchal Scepeaux de Vieilleville et à tous les autres seigneurs, magistrats ou envoyés de Leurs Majestés à qui il pourrait appartenir, pour les supplier très-humblement de Tagréer et de l'approuver ».
L'évêque de Saint- Paul, Jean de Joly, rentra dans son diocèse et s'efforça de ramener au catholicisme les six prêtres qui avaient embrassé la Réforme; mais ce fut sans succès. N'ayant pas été plus heureux auprès de la population, et réduit à célébrer ses offices dans la maison de l'audience de la ville, il se retira en 1 667, au commencement de la seconde guerre de religion, à Choins, en Bresse, laissant à ses chanoines le soin de pourvoir aux besoins religieux des quelques catholiques qui n'avaient pas fait cause commune avec le reste de la population. Ils ne demeurèrent toutefois à Saint- Paul que jusqu'en 1671 ^
(i) BoYER DE Sainte-Marthe, p. 228-234; — Notices relatives aux
— igS — i564. A Dieulefit, les habitants, dont Timmense majorité appartenait à la religion réformée , décidèrent , dans une assemblée générale (i" juillet i563), de demander au maréchal de Vieilleville que le culte catholique ne fût plus permis dans la ville. Le maréchal ne souscrivit point à une décision si peu libérale. Cependant le culte catholique et l'union entre les adeptes des deux religions ne furent rétablis à Dieulefit que Tannée suivante, sur les instances du sénéchal de Montélimar et grâce à l'énergie de Sébastien de Vesc, coseigneur du lieu '.
A Donzère , qui avait embrassé en masse le protestantisme, lorsque le diacre réformé Brotier et l'ancien du consistoire Vidal voulurent, pour obéir à l'édit de paix, rendre aux catholiques, par l'entremise du châtelain, les clefs de leur église, qui avait servi jusque-là à l'exercice de la religion réformée , les prêtres refusèrent de la recevoir, en disant qu'ils ne voulaient faire « autre service à Dieu en autre manière qu'en la doctrine de la religion chrétienne, selon l'Évangile et la pure Parole de Dieu » (27 juill. i563). Le maréchal de Vieilleville j informé par l'évêque de Viviers qu'on ne faisait à Donzère , non plus qu'à Châteauneuf-du- Rhône et à Pierrelatte , aucun exercice de la religion catholique, chargea le sénéchal de Montélimar de l'y rétablir (juin 1 564). Les efforts de ce dernier paraissent avoir abouti, car l'année suivante on voit un curé installé à Donzère. On défendit en même temps au ministre de prêcher dans ce lieu, ainsi qu'à Ghâteauneuf ; mais il refusa d'obéir ^.
A Montélimar, les catholiques et les protestants n'ayant pu s'entendre au conseil communal sur les lieux de culte à
guerres de religion, dans le Bulletin de la Soc. d'arch. de la Drame, t. v. (i) Robin, Hist. de Dieulefit (Mns.).
(2) Lacroix, Notice sur Don^èr-e , p. 68-71.
affecter à chaque religion, il fut convenu que chacun « ferait i564 ses prières chez soi ' )>.
Nous ne possédons pas de renseignements sur la pacification des autres villes du Dauphiné. Le maréchal ne les visita assurément pas toutes:, mais les deux commissaires qui raccompagnaient, Phelippeaux et Bouquemare, durent nécessairement le faire; de telle sorte qu'au commencement de 1 564 toutes les places de la province étaient rendues au roi et le pays pacifié, quoique le roi Charles IX, donnant un fâcheux exemple à ses sujets des deux religions, eût déjà porté atteinte à Tédit d'Amboise par ses deux déclarations du 16 juin et du 14 décembre i563.
La Roche-sur- Yon gouverneur du Dauphiné, en remplacement du duc de Guise.
Restrictions apportées à l'édit d'Amboise. Maugiron destitué et remplacé par Qordes. Ligue des catholiques. Excès des deux partis.
Cette même année 1 564", Charles de Bourbon , prince de La Roche-sur- Yon, nommé gouverneur du Dauphiné à la place du duc de Guise, assassiné devant Orléans , vint visiter la province. Brantôme ^ dit de lui : « Bien est-il vrai qu'il était plus politique que passionné catholique, comme Monsieur son frère (de Montpensier), et qu'il conseillait et tendait plus apaiser les troubles de la France par la douceur que par la guerre et la rigueur, et pour ce aucuns l'en tenaient plus sage. »
(i) Lacroix, Notice sur Don^^ère, p. 70. (3) Vie des grands capitaines, 1'" partie.
i564. Arrivé à Vienne, les réformés lui demandèrent Tautorisation de célébrer leur culte dans la ville, comme ils Pavaient demandé sans succès à Vieilleville-, mais il voulut connaître le sentiment des catholiques et chargea les deux partis de désigner chacun six personnes pour débattre leurs intérêts respectifs devant lui. Les députés n'ayant pu s'entendre, La Roche-sur- Yon les renvoya au roi, qui, sans doute, n'accorda pas aux réformés de Vienne la faveur qu'ils réclamaient '.
Le prince gouverneur fut suivi de bien près dans le Dauphiné par Charles IX, qui parcourait la France pour relever son crédit. Le roi séjourna dans la province du 17 juillet au 20 septembre 1564. Il s'arrêta à Roussillon, « belle petite ville et château, » 29 jours-, à Valence, « belle, bonne et grande ville, évêché, » 12 jours; à Etoile, « petite ville et château, » 8 jours, et à Montélimar, « belle petite ville, » 4 jours ^. En passant à Valence, il fit démolir les fortifications qu'y avaient élevées les protestants et y plaça une garnison toute catholique.
Pendant son séjour à Roussillon , Charles IX publia une nouvelle déclaration restrictive de l'édit d'Amboise (4 août). Elle défendait aux seigneurs hauts justiciers d'admettre à leurs assemblées d'autres personnes que les membres de leurs familles et leurs vassaux immédiats; aux églises de tenir des synodes et de faire des collectes d'argent; aux ministres de quitter les lieux de leur résidence et d'ouvrir des écoles; elle enjoignait de plus aux prêtres et aux moines qui s'étaient mariés de quitter leurs femmes et leurs enfants, pour rentrer dans leurs monastères, sous peine, en cas de désobéissance, de bannissement ou des galères perpétuelles.
(i) Archives de la ville de Vienne, P. i58, V'.
(2) Recueil et discours du voyage du roi Charles IX... èt-années i564 et i565 ; Paris, i566, in-12.
Déjà, le 24 juin, le roi avait interdit l'exercice de la religion i565. réformée dans les lieux où il devait passer et pendant toute la durée de son passage. C'est ainsi que la cour reprenait peu à peu aux protestants les concessions de l'édit d'Amboise et préparait de nouvelles luttes. « Catherine, dit le président Hénault \ avait causé la première guerre civile, en favorisant les huguenots-, elle fut la cause de la seconde, en les irritant. »
Le moment, toutefois, n'était pas encore venu de lever le masque, et la reine-mère, comme pour contrebalancer l'effet des graves restrictions apportées à l'édit d'Amboise , réprimait le zèle trop ardent des catholiques. Ainsi, dès qu'elle eut quitté le Dauphiné, elle destitua Maugiron et le remplaça par Bertrand-Raimbaud de Simiane III, baron de Gordes, homme équitable, modéré et judicieux, qui avait été l'élève de Bayard et fut surnommé l'Épaminondas français.
Les protestants du Dauphiné ne se soumirent pas à la déclaration de Roussillon, qui apportait de si grandes entraves à leur liberté religieuse. Malgré sa teneur, sept ministres se réunirent à Mens en synode ou colloque, pour s'occuper des intérêts de leurs églises. Gordes, qui avait fait sa première entrée à Grenoble le 22 février i565, en eut connaissance, mais ne poursuivit pas les contrevenants. Le parti catholique , déjà irrité de la destitution de Maugiron , chercha dès ce moment à miner l'influence de Gordes, et même à le faire révoquer. Il alla plus loin encore en formant une ligue contre lui et les protestants. Maugiron, Guillaume de Saint - Marcel , archevêque d'Embrun, Suze , André AUeman Pasquiers , seigneur de Pasquiers , Charles de Moustiers , seigneur de Ventavon , en étaient les chefs , et
(1) Abrégé chronologique , p. 53o. (Édit. de Paris 1785).
i565. ils avaient l'appui secret du comte de Tende, gouverneur de Provence , et de Henri de Montmorency, seigneur de Damville, gouverneur du Languedoc. Ils eurent entre eux de fréquentes conférences, auxquelles assistèrent un grand nombre de gentilshommes catholiques de la province, et firent des provisions d'armes. Gordes Tapprit , mais se borna à leur faire savoir qu'il n'ignorait pas leurs menées.
De pareilles entreprises n'étaient pas faites pour amener la paix entre les deux partis. Aussi y eut-il des mouvements en divers lieux. A Grenoble et dans les environs, les protestants et les catholiques ne sortaient pas sans armes, bien que les édits défendissent d'en porter. A Freissinières , le curé, « plus zélé que sage, dit Chorier, soit qu'il en eût l'ordre, soit qu'il suivît son humeur, dans la pensée de plaire à l'archevêque [d'Embrun], abusa de son autorité. Ne réussissant pas à la conversion de ces peuples par le discours, il voulut l'avancer par les armes. Il les fit piller et maltraiter par ses soldats... Il fut chassé, et depuis il fut impossible à Gordes de les porter à consentir à le recevoir : il fallut y en envoyer un autre ' ».
Les protestants se livrèrent aussi à des excès. Saint-Auban et La Coche, qui étaient tout puissants dans Nyons, une des villes de la province qui renfermaient le plus de réformés, y abolirent la messe, rétablie depuis l'édit de pacification. Dans le Royannais, qui comptait également beaucoup de protestants, les églises de Sainte- Eulalie et de Saint-Nazaire furent incendiées. Les protestants cherchèrent encore , mais sans succès , à s'emparer par intelligence et sous le couvert des Genevois du château de Montmeillan. Des Adrets fut soupçonné d'avoir eu part au complot, mais il s'en disculpa. « Il avait toujours de grandes intelligences avec les hugue-
(i) Voyez aussi Albert, t. i, p. i66.
nots, dit Guy Allard, son historien, mais il ne s'en servait i565. pas pour leur nuire et en profitait auprès de Gordes pour le service du roi. »
Gordes visite le haut Dauphiné pour le pacifier. Les protestants , traités sévèrement en divers endroits, s assemblent pour aviser à leur défense.
Les partis étant très-animés dans le haut Dauphiné, Gordes jugea nécessaire de le visiter pour en opérer, si possible, la pacification. Il partit de Grenoble le 8 août 1 565 % accompagné seulement de quinze archers et du conseiller au parlement Severin Odoard, seigneur de Fiançayes. En traversant TOisans , il voulut se saisir du ministre de Besse, qui avait présidé des assemblées, contre la teneur de Tédit. Mais celui-ci parvint heureusement à s'échapper. Le lieutenant général s'en vengea sur le consul de Misoën , qu'il fit emprisonner parce qu'il avait assisté aux prêches du ministre, et donna l'ordre d'arrêter tous ceux du pays qui se rendraient dorénavant aux assemblées.
Il se dirigea de là vers les vallées de la Haute Doire et de Pragela, et fit célébrer la messe dans cette dernière (i6 et 1 7 août); mais aucun des habitants de la vallée ne s'y rendit. Il n'en établit pas moins des curés dans ces paroisses sans paroissiens et fit promettre aux consuls des communautés qu'on ne les molesterait en aucune façon. Mais à peine se fut-il éloigné , que les curés furent contraints de partir, sous le coup des menaces des habitants.
-Gordes alla jusqu'à Turin et rentra dans le Dauphiné par
(i) Charronnet (p. 47) place à tort cette tournée en i566.
i565. Saluces, Château-Dauphin (Castel-Delphino) et La Chenal (Ponte-Chianale). Il visita Guillestre, Saint-Crépin et rétablit le culte catholique à Freissinières (2 5 aoiàt), où il fit célébrer la messe par un nouveau curé, qui eut Tagrément de Montbrun. A Corps, il reçut la visite de Lesdiguières , de Pierre de Bonne de Molines, de Pipet , d'Etienne d'Ambel , de Claude Pellat, seigneur de Saint-Maurice, et à La Mure, celle de Ponsonnas et de Jacques de Moustiers. Il était de retour à Grenoble le 22 août.
Gordes veillait ainsi à l'exacte observation de Tédit d'Amboise;, mais ses envieux, qui l'auraient voulu violent et persécuteur, ne lui pardonnaient point sa modération et son équité. Ils le faisaient passer pour un huguenot déguisé. « Surtout je vous prie, lui écrivait son ami le comte Antoine de Crussol (i3 mars), allez tous les jours à messe, afin qu'on ne dise pas que vous êtes huguenot ;, car Ton dit déjà partout que vous êtes assez homme de bien et assez habile pour l'être. Donnez-en vous bien garde \ » La noblesse catholique et le clergé, soutenus par le procureur général Pierre Bûcher et Maugiron, envoyèrent même des mémoires au roi contre lui-, mais il se justifia de toutes les accusations qu'ils renfermaient. Peu de temps après il perdit un puissant protecteur dans la personne de La Roche-sur- Yon , gouverneur du Dauphiné, qui fut remplacé par Louis de Bourbon , duc de Montpensier , ennemi des huguenots. Aussi se crut-il obligé de se relâcher à partir de ce moment de sa modération habituelle.
Le célèbre réformateur Viret, contraint de quitter Lyon, où il exerçait son ministère, s'était réfugié, en août i565, dans la Valloire, en Viennois, et y amena beaucoup de personnes à la foi réformée. Gordes essaya de se saisir de lui,
(1) D'AuMALE, Hist. des princes de Condé , t. 1, p. 522.
et ne le put heureusement, grâce aux hautes protections i553. dont jouissait le fervent ministre.
La Réforme faisait aussi de grands progrès à Valence, sous le ministère de Jean de La Place, pasteur plein de zèle et de talent. Gordes lui enjoignit de se retirer.
A Vienne, Gabet, Antoine d'Argoud et quelques autres célébraient ouvertement le culte évangélique dans leurs maisons, bien qu'ils n'y eussent pas droit, en vertu de Tédit d'Amboise. « Ils en furent châtiés , dit Chorier. Le consul et la ville en corps s'étant rendus instigateurs et parties contre eux, Gabet fut poursuivi criminellement et obligé de quitter Vienne, et Argoud condamné à cent livres d'amende ' . Il fut ordonné à Jean Figon, leur ministre, de vider la ville dans huit jours, et, n'y trouvant plus de sûreté, il ne s'obstina pas et obéit. Il avait un exemple devant les yeux qui lui faisait peur. Un ministre, qui passait dans Vienne, avait été arrêté par Jean de Sessins, seigneur d'Aouste, Montfort, Sainte-Marie et Saint-Marc, soldat de fortune qui devint plus tard gouverneur de Vienne. Gordes, qui en fut averti, avait recommandé au vibailli de Vienne de lui faire son procès. Le parlement en avait fait autant. Il n'y avait point d'indulgence pour les ministres dans l'esprit des catholiques, ni de clémence dans la justice. » Chorier, dans son Histoire abrégée ^, dit que Jean Figon était un ministre d'une^grande réputation.
En présence de ces sévérités, les protestants s'agitaient et menaçaient de se venger sur les officiers de justice. Ils avaient entre eux de fréquentes réunions. La plus importante est
(i) Charvet (p. 56o) dit que c'est l'archevêque de Vienne qui porta plainte contre Gabet et ses compagnons au lieutenant général, et que ces derniers furent mis à mort. Le savant historien est certainement mal informé sur ce dernier point.
(2) T. II, p. 139.
i565. celle qu'ils tinrent à Saint-Paul-trois-Châteaux, au commencement de décembre, à la persuasion de Viret, et qui ne paraît pas avoir été autre chose que leur synode provincial annuel. Il y fut résolu que les protestants célébreraient la cène à Valence le jour de Noël, et que toute la noblesse du Valentinois y assisterait en armes pour protéger le culte en cas d'attaque. Gordes, ayant eu vent de ce projet, le fit échouer par son habileté, et il défendit en même temps aux réformés des environs de Grenoble de prendre la cène dans cette ville. Le parlement confirma sa sentence.
Gordes visite le bas Dauphiné pour le pacifier. Animation des deux partis. Iniquités et violences commises contre les protestants des autres provinces. Ils décident d'en appeler au sort des armes.
Lesdiguières, qui ne jouissait pas encore à cette époque d'une grande autorité, profita des loisirs de la paix pour se marier avec Claudine de Béranger ', et nous ne rappellerions pas cet événement, qui n'a aucune importance pour notre histoire, s'il n'avait fourni à notre héros l'occasion d'accomplir un glorieux fait d'armes. Au milieu des réjouissances de la noce, il apprend que 200 hommes de Gap, au mépris de redit de pacification, s'avancent de nuit pour le surprendre dans son château des Diguières. Sur l'heure, il choisit 5o soldats déterminés et va attendre ses ennemis dans une embuscade au village de Laye. Les Gapençais, qui le croient tout entier au plaisir, tombent dans le piège et sont taillés en pièces.
(i) C'était la sœur de Claude de Béranger, seigneur de Pipet. Martin Aubert de Champoléon épousa une autre sœur de Pipet, nommée Madeleine, et se trouvait ainsi le beau-frère de Lesdiguières.
Autrement Tannée i566 fut témoin de peu d'événements. i566. Les officiers du pape en résidence à Avignon avaient enlevé le pasteur de Tulette, et Gordes le fit relâcher. D'un autre côté, les pasteurs du Valentinois et du Diois, unis à quelques autres du haut Dauphiné, tinrent leur synode annuel de la province dans une verrerie du bois de Coloran, près de Tullins. Gordes prit ombrage de quelques propos belliqueux qui s'y étaient tenus, et fit hâter la démolition des fortifications de Valence, ordonnée par Charles IX, lors de son passage dans cette ville. Les protestants étaient de beaucoup les plus forts à Valence, et le lieutenant général voulait les affaiblir.
Il entreprit à cette époque, accompagné du président au parlement Guillaume de Portes, une tournée de pacification dans le bas Dauphiné. Il « fit, dit Chorier, des règlements pour chaque ville, et ordonna prudemment ce qu'il crut y pouvoir établir la paix et la concorde entre les habitants. A son retour, il vit Montbrun et Saint-Auban auprès de Mollans. Ils lui étaient venus à la rencontre, et la matière de leur entretien fut le mauvais traitement qu'ils se plaignaient qu'on faisait aux huguenots en divers lieux. Ils en attribuaient la cause à la haine des prêtres contre eux et à la facilité des magistrats à se laisser persuader par les discours de leurs ennemis. Surtout ils accusèrent le vibailli du Buis d'être partial et de paraître trop irrité et envenimé contre eux. C'est ce que Gordes ne devait souffrir ni ne pouvait éviter ».
Blacons , Mirabel, La Coche et les autres chefs huguenots se plaignirent également auprès de Gordes-, et les chefs catholiques, Maugiron, Pasquiers et Suze, ne se contenaient pas davantage. Les deux partis, bien loin de craindre une rupture , paraissaient au contraire la désirer. Pasquiers renouvela sa ligue contre les protestants, et ces derniers durent songer à leurs intérêts. Pour contenir à Grenoble les uns et
i567-les autres, Gordes établit une garnison de 5o Suisses. La noblesse protestante eut des assemblées politiques en divers lieux : à Serre, sous la présidence de Saint-Auban, puis à Champoléon , dans le Ghampsaur. Quant aux églises réformées , elles tinrent leur synode provincial annuel à Tulette. Les catholiques , ne pouvant plus se contenir, se mirent à courir le pays, et Ton vit dans le Viennois des gens de cheval armés de cuirasses et de pistolets et commandés par des amis de Pasquiers. Des habitants réformés de Tulette furent arrêtés dans le Comtat-Venaissin. On les accusait de s^ être rendus pour exécuter quelque dessein sur certaines places. Les commissaires du pape instruisirent sur l'heure leur procès, et, comme les preuves faisaient défaut, ils s'apprêtaient à les appliquer à la question, quand Gordes, qui avait assisté aux interrogatoires , obtint leur mise en liberté.
A Romans, les protestants prirent les armes au commencement de Tannée ibGj. « Ils étaient les plus forts, dit Dochier. Les catholiques, qui allaient joindre de Gordes, n'osant pas y entrer, entrèrent à Peyrins. Tout était en feu dans les environs. Aymar de Clermont Ghatte-Gessans , qui commandait la troupe que Gordes lui avait confiée, arrive (i" février). Il se présente au conseil, demande les clefs des portes de la ville, la remise de la tour qui était sur le pont, les munitions de guerre qui y étaient renfermées, le logement et la nourriture des soldats. Les consuls alarmés cherchèrent des prétextes pour éluder. Ils eurent recours à la bonté de Gordes, qui, satisfait de leur promesse de rester fidèles et tranquilles, ordonna de rendre les armes qui avaient été enlevées , et à la garnison de se retirer. De Chatte resta gouverneur ^ »
Depuis redit d'Amboise (19 mars i563) jusqu'à l'époque où nous sommes arrivé (sept. lôôy), Catherine de Médicis
(i) Chorier, p. 600-614; — ViDEL, p. 23; — Dochier, p. 189, 190.
avait tout fait pour pousser les protestants à bout. « On iSGy, restreignait chaque jour, dit Thistorien Mézeray, la liberté qui était accordée aux réfocmés par les édits, en sorte qu'elle fut réduite à presque rien. Le peuple leur courait sus aux endroits où ils étaient les plus faibles, et en ceux où ils pouvaient se défendre, les gouverneurs se servaient de Tautorité du roi pour les opprimer. Il n^ avait nulle justice pour eux dans les parlements , ni au conseil du roi -, on les massacrait impunément; on ne les rétablissait pas dans leurs biens et dans leurs charges-, enfin, on avait conspiré leur ruine. » Il est vrai que la reine-mère les payait de bonnes paroles , mais en même temps elle promettait au pape de travailler sans relâche à l'extirpation de l'hérésie, et aux conférences qu'elle eut à Bayonne avec la reine d'Espagne (i565), elle prêta une oreille complaisante aux conseils du féroce duc d'Albe, qui l'engagea à faire des Vêpres siciliennes de tous les chefs huguenots. C'était à l'assemblée des notables de Moulins (i566) que devait avoir lieu cette Saint- Barthélémy anticipée. Elle fut heureusement ajournée. Du reste, plus de 3,ooo huguenots avaient été massacrés depuis la conclusion de la paix. C'est pourquoi, voyant les violences auxquelles ils ne cessaient d'être exposés , l'échange fréquent de courriers entre la cour de France, le Saint-Siège et le duc d'Albe , l'inutilité des démarches que les princes protestants d'Allemagne avaient tentées en leur faveur auprès de Charles IX, enfin, l'entrée en France de 6,000 Suisses pour le service du roi, les protestants se décidèrent, pour sauver leur vie et leurs biens, d'en appeler au sort des armes. Le soulèvement fut fixé au 28 septembre lôôy, mais il éclata quelques jours plus tôt. Gordes, qui était toujours bien renseigné, avait informé la cour de cette date dès la fin de l'été ; mais on ne voulut pas ajouter foi à sa parole ^
(i) D'AuMALE, Hist. des princes de Condé , t. i, p. 5i5.
Liste des églises du Dauphiné, qui demandèrent des pasteurs à Genève pendant cette période, et des pasteurs de la province depuis rétablissement de la Réforme.
i563-i567. Le 22 avril i563, le consistoire de Romans prie la vénérable compagnie des pasteurs de Genève de lui envoyer un pasteur pour Téglise « qui est de grande importance, « parce que Tun des ministres « est tellement visité par la maladie , qu'il ne peut servir en Téglise comme il désirerait ». Signé P. LenclauxV Nous savons par une autre source que Tun des pasteurs de Romans en 1 567 était Siméon de Lacombe^.
Les frères de Pragela informent le 5 mai \ 563 la compagnie que leur pasteur, Jean Poirier, va en congé à Genève pour mettre ordre à quelques affaires, et la prient de l'exhorter à revenir au milieu d'eux après qu'il les aura terminées. Signé Digaix, au nom de tous les frères de Pragela, Piémont et Marquisat de Saluces^. En 1567 Pragela avait pour pasteur Rodigus^.
Et. Noël, pasteur à Grenoble, sollicite le 19 mai i563 « avis et conseil )> des pasteurs de Genève sur ce qu'il doit faire, car il est instamment demandé par Angrogne en Piémont, son ancienne église, par Grenoble, qu'il dessert actuellement, et par ses compatriotes de Brie et de Champagne. A la lettre est joint un mémoire, signé L. de Lacour, qui établit les droits de l'église de Grenoble à l'encontre des prétentions de ceux d' Angrogne, et une lettre des consuls de
(i) Gaberel, t. I (2= éd.), p. i83.
(2) Bulletin de la Soc. de Vhist. du prot, franc., t. ix, p. 293 et suiv.
(3) Gaberel, t. i (éd. i853), p. 134.
(4) Bulletin de la Soc. de Vhist. du prot. franc., t. ix, p. 293 et suiv.
Grenoble à la compagnie, du 21 mai de la même année, 1 563- 1567. qui la supplie de laisser définitivement Noël à Téglise de cette ville. Noël demeura à Grenoble; mais les Vaudois d'Angrogne le demandèrent une nouvelle fois à cette église en i565, et lui députèrent à ce propos André Rippert et Michel Blanc, qui, sur le refus de Téglise de Grenoble de le laisser partir, se rendirent à Lyon pour demander le ministre Langlois, qu'ils ne purent non plus obtenir. Noël informa aussitôt la compagnie de ce qui se passait (4 sept. i565), car il éprouvait des scrupules, attendu que Téglise d'Angrogne ne lui avait jamais donné son congé en réglée La lettre de Noël du 19 mai i563, citée plus haut, contient ce post-scriptum important : « Les présentes déjà écrites est arrivé Tun des ministres de M. /e baron de Sassenage , lequel m'a prié avertir M. Calvin de faire réponse audit sieur baron touchant les lettres du ministre qu'il demandait, et lui faire quelque mot d'exhortation à bien persévérer, car il est grand terrier et faut (comme il dit) 14 ministres en ses terres. Ledit seigneur fait diligente réformation par toutes ses terres •, aussi font Messieurs ses enfants. Mais sa femme et autres parents s'efforcent de le détourner. Vous plaise l'avoir pour recommandé. « La lettre d'exhortation de Calvin est datée de Genève du 8 juillet i563 et ne renferme rien de particulier^. Le baron Laurent de Sassenage , comme on l'a vu plus haut , avait été fait prisonnier par La Coche dans son château de Lans, le 7 janvier de la même année, puis conduit à Valence. Il paraît que son séjour au milieu des réformés le gagna à leur parti. Sa femme, qui tâchait de le détourner, s'appelait Marguerite
(i) Bibl. de Genève, Mns. 197' et 197'" ;— Gaberel, t. i (i" éd.), p. 140. (2) Lettres franc, de Calvin, t. i, p. 522-524. L'éditeur, Jules Bonnet, a ignoré que le baron auquel la lettre est adressée fût Sassenage.
1 563-1 567. d'Oreson. Le baron Pavait épousée en secondes noces en
Le 4 juin 1664, l'église de Grenoble informe la vénérable compagnie qu'elle a cédé à l'amiral Coligny, sur sa demande, Joachim de Coignac, l'un de ses pasteurs, et qu'elle a jeté les yeux, pour le remplacer, sur Matthieu Ollivier, ministre à Thonon. Elle la prie de faire connaître son sentiment sur ce choix à Porret , le porteur du message , avant qu'il se rende auprès d'Ollivier. Signé E. Noël, Claude Vernin (?), diacre, Anselme, diacre. Une lettre de Coignac, portant la même date et jointe à la première, confirme les faits précédents".
Jacques du Plessis, pasteur de l'église de Vienne, écrit aux ministres de Genève, à la date du 3 mars 1 566, pour les faire juges du différend qu'il a avec Innocent Gentillet, diacre, qui veut le retenir à Vienne, bien qu'il ait reçu une vocation de l'église de Blois^.
Le 17 décembre i565 , Claude de Maffey écrit aux pasteurs de Genève que dans les villes et villages voisins de La Tour-du-Pin , où il habite, il y a plusieurs frères « languissant de soif de la pâture céleste ». Ils ne peuvent avoir de secours religieux que par le moyen de quelques gentilshommes ayant fief noble. « Or, dit-il. Mademoiselle de Chanterot, Monsieur de Chabons et Monsieur de Torchesclou, qui sont en ces lieux, se sont délibérés de faire prêcher pour dix de leurs amis et ont advisé de s'accommoder avec le peuple de cette contrée-là , si bien qu'ils m'ont prié de venir par deçà par devers vous, afin de vous prier de leur envoyer un pasteur pour cette bergerie. » De Mafîey, n'osant aller lui-même à Genève, à cause des défenses du roi, et voulant
(1) Bibl. de Genève, Mns. 197'.
(2) Bibl. de Genève, Mns, 197*.
pouvoir affirmer à Gex et à Chambéry, qu'il doit visiter, i563-i567. qu'il n'est point entré à Genève, s'est arrêté à Viry, village de Savoie à 3 lieues de cette dernière ville , et c'est de là qu'il expédie sa lettre au moyen d'un porteur '.
Nous donnons, en terminant ce sujet, la liste des églises et des pasteurs dauphinois , dont nous avons retrouvé les noms, depuis l'établissement de la Réforme en Dauphiné jusqu'à la seconde guerre de religion (i522 — sept. 1567)^. A partir de cette époque et jusqu'à la fin de la huitième guerre (i3 sept. 1589), les églises, par suite de l'état presque permanent des hostilités, se virent souvent privées de leurs pasteurs, plusieurs d'entre elles n'en eurent même plus et d'autres furent détruites pour ne plus se relever.
Viennois. Vienne : Christophe Fabri, dit Libertet, 1 562 , Antoine Héraud 1 562 , Jean Figon 1 565 , Jacques du Plessis i566^ Crémieu : Raymond i56i ; La Côte-Saint- André : Pierre Bise i56i , Jacques Ruffi i562 -, Saisit- Antoine : André i56o, André Omo 1567-, La Valloire : Pierre Viret i565", Chatonay : Nicolas Beauvays i562; Pont-en-Rojans : François Tempesta i56i-i562, Denis d'Hérieu i56i-i562-, L'Albenc : Joachim Mallet 1567; Romans : Siméon de Lacombe i56i-i562, Séverin Borrel 1 562 , Jonathan Varnier i562, Jean Thiersand i562; Saint-Simphorieîi-d'0{on , Beaurepaire, etc. : Jacques Perrachey , Jean Figon , Pierre de Paris , David Chaillet , Pierre Chaillet 1 562 -, Chabeiiil : Jehan Odinet 1 567 ^ La Baume-Cornillane^... i568^La Toiir-dii-Pin... i565.
(1) Bibl. de Genève , Mns. 197°.
(2) Bullet. de la Soc. de Vhist. du prot. franc., t. ix, p. 293 ; — Notices sur les guerres de religion en Dauph., dans le Bulletin de la Soc. d'archéol. de la Drame , t. v ; — Mémoire de la maison des Gay ; etc.
(3) « Tous les habitants dudit mandement sont de la religion prétendue réformée, et il n'y a pas un qui veuille assister à la messe. » (Déclaration de Fanion, prêtre de Beaufort ; Arch. de la Drôme, E. 780.)
i363-i567. Grésivaudan. Greiioble : Pierre de Sébiville i523-i525, Amédée Maigret 1624, Eynard Pichon i56i-i563, Etienne Noël 1 562-1 565, Marin i563, Joachim de Coignac 1564-, Le Monestier-de-Clermont : Jehan Taumarin 1567; Domèwe ; Claude d'Arces 1 562; Me;z5... ib62\ Besse... i565.
Valentinois. Valence : Pierre Bruslé iSôg, Gilles de Saulas 1 559-1560, Lancelot d'Albeau i56o, Duval i56i, Jacques Roux i56i , Jacques Ruffi i56i , Jean de La Place 1 561-1567, d'Aiguille i56i -, Montélimar : François Tempesta i56o-i56i, François de Saint-Paul i56o-i56i, Toussaint Pichot i56o-i56i , Fulgon i562, Loys du Vergier i562, Vincent Mathyer i562, Claude de Cabanas i566, Julien Picot 1567, Loys Bergeac 1567-, Sau^et : Thomas i56i ^ Dieulefit : Jean de Lusi i56i-i562; Montjoiix : Giraudi i56i , Pierre Blanc i56i , Borrel 1567 -, Le Poët-Lapal : Gaspard Giraud 1 56o; Crest : Laurent Vidal i56i, Arnaud Casaubon 1567-, Loriol : Charles Miclot ib6'i\ Don^h'e... ib6b\ Chat eauneuf -du- Rhône... i565.
Les Baronnies. Orange : Georges Caroli 1 56o , Sin'iéon de La Combe i56i , Patac i562*, Saint-Paiil-trois-Châteaux : De Combe i56o, Vincent Meylier i56i -, Grignan : Valeri Crespin i562', Nyons : Toussaint Pichot i565-, Montbrun : Pierdouin i56o.
Diois. Die : Guillaume Bermen i56i-i562, Jean Figon i563(?), Jérôme i567(?)-, Châtillon : Gaspard Delamer i562-, Vercheny... i563.
Gapençais. Gap : Guillaume Farel i522, puis i56ii562, Pierre Reinaud i56i, Jean Blanchard i56i-i562.
Embrunais. Vars : Jean Féraud i562.
Pragela et Valcluson. Pragela : Jean Poirier i563, Rodigus 1567.