‹ Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles (volume 4)Chapitre 19 sur 40 · TROISIÈME GUERRE DE RELIGION · texte numérisé non relu

TROISIÈME GUERRE DE RELIGION

(25 août 1 568 — 8 août 1 570.)

D'Acier lève sept régiments en Dauphiné

pour le prince de Condé. Trait d'héroïsme

de Mouvans au passage du Rhône.

, 568. La reine-mère n'avait pas licencié ses troupes, comme elle s'y était engagée , et encourageait ainsi les catholiques à la révolte. « Les chaires, dit Anquetilx, retentissaient d'invectives contre les sectaires, de réflexions séditieuses sur la paix, d'exhortations à la rompre. On avançait hardiment ces maximes abominables, qu'il ne faut pas garder la foi aux hérétiques, et que c'est une action juste, pieuse, utile pour le salut. Les fruits de ces discours étaient ou des émeutes publiques, ou des assassinats dont on ne pouvait obtenir justice. » Dans le court espace de trois mois, plus de mille protestants furent massacrés à Amiens, Auxerre, Rouen, Bourges, Sisteron et ailleurs. Témoins de ces excès, et apprenant d'ailleurs que Catherine avait obtenu du pape la permission d'aliéner le temporel du clergé jusqu'à concurrence de i5o,ooo livres, à la condition que cette somme serait consacrée à l'extermination des hérétiques , Condé et Coligny se retirèrent à La Rochelle et se préparèrent à la lutte.

En vue des graves événements qui allaient s'accomplir,

(1) L'esprit de la Ligue, t. 1, p. 249 (Paris, 1767, 3 vol. in- 12).

Gordes interdit l'exercice de la religion réformée à Greno- i568. ble et chassa de la ville tous les protestants qui s'y. étaient établis depuis Tannée i56i ou qui avaient porté les armes. Ces bannis, joints à d'autres protestants expulsés de Tallard et à un certain nombre de Provençaux fugitifs, s'emparèrent de cette dernière ville, dont le château était resté au pouvoir des protestants depuis la paix. Une autre troupe protestante qui avait surpris Crest , échoua de même contre son château, particulièrement fort, et dut se retirer (i5 sept.). Montélimar ne put être pris (i 1 sept.) ; de telle sorte que les succès des protestants ne furent ni si prompts ni si considérables qu'ils l'avaient été au début de la seconde guerre de religion.

Gordes", de son côté, faisait circuler parmi les gentilshommes de la province un serment de fidélité , rédigé par le conseil du roi, que chacun d'eux devait signer. Mais « les uns le faisaient de bonne foi , dit Chorier, et les autres n'y mettaient leur seing que comme un témoin de la violence que l'autorité leur faisait ». Le lieutenant général fit aussi consentir les États de la province à un emprunt de 53,ooo % livres sur les personnes aisées du pays '.

D'Acier, sur l'ordre du prince de Condé, fit de grandes levées de troupes en Dauphiné. Elles s'élevèrent à 12,000 hommes, répartis entre 7 régiments et formant 74 enseignes ou compagnies, plus 3 cornettes ou escadrons de chevaulégers*. Les 7 mestres de camp ou colonels des régiments d'infanterie du Dauphiné étaient Charles du Puy, seigneur de Montbrun , Claude de Mirabel , seigneur de Mirabel , Jean de Saint-Chamond , seigneur de Saint-Romain, et Jean de Fay , seigneur de Virieu , son oncle , Matthieu de

(1) PÉRUssis, dans d'Aubais, t. 1, p. 97; — Chorier, p. 625 , 626.

(2) Chorier (Hitt. abrég., t. 11, p. 142) dit 4 cornettes.

i568. Forest, seigneur de Blacons, Pierre de Sauvain, seigneur du Cheylard , Antoine de Pracomtal , seigneur d' Ancone et d'Orose ' . C'étaient des gentilshommes pleins de courage et d'intrépidité, et depuis longtemps on n'avait pas vu d'aussi belles troupes. Le régiment de fantassins de Montbrun et sa cornette étaient particulièrement magnifiques, de même que le régiment d' Ancone. Les plus renommés de ces gentilshommes étaient Montbrun , Mirabel et Blacons. Brantôme a dit de ce dernier : C'était « un vieux et très-bon capitaine du temps passé, qui avait vu les croix rouges aussi bien que les blanches , car il avait beaucoup fréquenté les guerres espagnoles en Toscane ou ailleurs ».

L'ordre du départ arriva le 2 5 août , et le rendez- vous fut fixé à Alais, dans les Cévennes. L'armée résolut de passer le Rhône sur deux points : les troupes du Viennois à Peyraud et celles du Valentinois, du Diois, des Baronnies et du Gapençais à Baix-sur-Baix. L'armée particulière de Provence, commandée par Mouvans et composée d'un régiment d'infanterie fort de 10 enseignes et de deux cornettes de cavalerie, aux ordres de Scipion de Vala voire et de Charles Alleman, vicomte de Pasquiers, devait faire sa jonction avec l'armée du Dauphiné et franchir également le Rhône à Baix.

Informé de leur dessein , Gordes se saisit de Saint- Vallier

(1) 1. Montbrun 10 enseignes et 1 cornette.

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