‹ Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 32 sur 96 · II. - COLLOQUE DU GRÉSÏVAUDAN · texte numérisé non relu

II. - COLLOQUE DU GRÉSÏVAUDAN

Ce colloque avait i5 églises, 37 annexes autorisées et 10

non autorisées.

/. — Grenoble.

L'église de Grenoble, dès le début du régime de Tédit de Nantes, fut l'objet d'une remontrance de la part du synode de Montpellier de 1598, parce qu'elle ne payait pas exactement les états de ses pasteurs. « Sur la plainte faite par M. Caille, lit-on dans les actes de cette compagnie, de l'ingratitude de l'église de Grenoble envers lui, vu l'ordonnance du synode provincial, par laquelle il est mis en liberté si dans trois mois il n'est pas remboursé de ce qui lui est dû , la compagnie a ordonné qu'il serait écrit tant à ladite église qu'à M. de Lesdiguières pour l'exhorter d'y pourvoir, à faute de quoi le synode provincial lui donnera une autre église. » Quelques années plus tard , l'église ayant récidivé en laissant partir le pasteur Caille sans lui solder intégrale-

ment ses états, le synode d'Embrun de 1606 la priva du ministère et l'excommunia.

Dès que Caille se fut retiré, le pasteur Cresson, attaché à la maison de Lesdiguières , de Saint-Âuban et autres personnages de marque écrivirent à la compagnie des pasteurs de Genève (23 mai i6o5) pour la prier de leur prêter le pasteur Goulard. Lesdiguières se joignit à eux et représenta à ce vénérable corps , à la même date , « combien Téglise de Grenoble est importante et combien il y aurait de danger qu'elle demeurât sans pasteur " » . Le synode provincial de Grenoble de 1 6o5 avait déjà adressé deux mois auparavant la même demande à la vénérable compagnie. Celle-ci ne put céder Goulard, mais elle prêta Cuzin pour un an.

Après ce temps, le synode de Saint-Marcellin (18 avril 1606) et le consistoire de Grenoble (i" mai) prièrent la compagnie de renouveler le congé de Cuzin, mais elle s'y refusa , et le colloque de Grésivaudan (septembre) jeta les yeux sur Jean Félix , qui terminait ses études à Genève et promettait beaucoup.

Après le départ de Félix, en 16 10, quelques membres de l'église de Grenoble redemandèrent à la compagnie Cuzin , dont on avait été frès-satisfaît, « Son ministère, dit Gaberel *, reçut une éclatante approbation , et son caractère , universellement respecté, lui fit obtenir une espèce de tolérance pour des divergences dogmatiques , sur lesquelles on était alors impitoyable. » Cuzin , de son côté , désirait de revenir à Grenoble et avait déjà fait quelques démarches dans ce but. Le synode d'Embrun de 1610 blâma la démarche des

(0 Mns. 197"*, portef. 5 (Biblioth. de Genève) et archives du conseil de Genève, N.« 2430.

(2) Hùt. de Véglite de Genève , t. u, p. 362. Cet auteur se trompe toutefois quand il dit que Cuzin demeura à Grenoble jusqu'en 161 1 ; il fut simplement redemandé à cette époque.

ancien3 amis de ce pasteur^ parce qu^elle était contraire à la discipline. « D'autant^ lit-on dans ses actes, que quelques particuliers de Téglise de Grenoble ont fait recherche , contre Tordre, de M. Cuzin, ministre de Genève, la compagnie a jugé nécessaire d^écrire à MM. les pasteurs de Genève pour se plaindre dudit sieur Cuzin , et les prier de vouloir lâcher à Tavenir aucun pour Tadresser à cette province sans qu'il leur soit demandé par quelque colloque ou par le synode même , et ce ensuite de ce qui a été ordonné au dernier synode tenu à Saint- Maixent, duquel Tarticle leur sera envoyé avec deux lettres de M. Cuzin, qui montrent que de son côté il y a eu espèce de brigué. »

Averti, le consistoire de Grenoble se mit en règle et, avec Tassentiment du synode d^ Embrun de 1611, adressa sa demande à Genève le 6 mars de la même année et le i'"" Janvier suivant. A cette dernière date il écrivit dans le même but au petit conseil de Genève une lettre % qu'il fit porter par de Gilliers, conseiller à la chambre dé Tédit, et Tavocat de Richaud; mais cette démarche demeura sans résultat.

Pour ce qui est de la demande de démolition du temple de Grenoble en 1626, par Tévêque de cette ville, voyez plu» haut, page 69.

En 1654, le 12 août, le consistoire de Grenoble pria encore la compagnie des pasteurs de Genève et le petit conseil de lui prêter un pasteur. Il awit jeté les yeux sur Fabrice Buriamachi, qui lui fut accordé et vint à Grenoble la même année. L^église lut si satisfaite de son ministère que, dès le 5 janvier i656, le consistoire demandait à la compagnie et au petit conseil de lui céder Burlamachi d'une manière définitive; ce à quoi ils consentirent *.

(x) ArchîTes du conseil , N."" 2461.

(2) Arch. du conseil, N." 3280, 33oi.

Burlamachi étant tombé malade en 1661, le consistoire sup[dia la compagnie des pasteurs de Genève de venir encore en aide à Péglise, qui était pour le moment sams pasteur, d^Ize, collègue de Burlamachi , ayant été envoyé en mission. La compagnie prêta de Montheux , dont Péglise fut trèssatisfaite et qu^elle aurait désiré garder d^une foçon définitive.

Les commissaires exécuteurs de Tédit de Nantes de 1664 s'accordèrent à maintenir Texercice de la religion réformée à Grenoble; mais ils se divisèrent sUr la question du temple. Le commissaire catholique opin^ pour quMl fût démoli et reconstruit en dehors des remparts, et le conseil du roi, statuant sur leur partage, donna gain de cause au commissaire catholique. Sur cette affaire et le saccagement du second temple de Grenoble en i 681, voyez pages go et io3.

Les réformés de Grenoble, qui ne composaient que la moindre partie des habitants de la ville, jouissaient néanmoins d'un grand crédit, grâce à leur honorabilité et à leur intelligence, et ils avaient toujours occupé les principales charges municipales tant dans le conseil communal que dans le consulat. Le roi résolut de mettre fin à cet état de choses trop^ honorable pour eux et ordonna , par un arrêt de son conseil du 10 janvier 1681, qu'ils seraient exclus pour toujours du consulat et du conseil de la ville.

L'exercice de la religion réformée subsista à Grenoble jusqu'au 3o juillet i685, époque où le conseil du roi le frappa d'interdiction et condamna le temple à être démoli. Voyez plusjhaut, pages 140 à 142. Un arrêt subséquent du 6 août i 685, confirmé par un second du 9 septembre même année, ordonna pourtant que le temple serait converti en église.

Il y eut plusieurs disputes religieuses à Grenoble entre les pasteurs et les prêtres catholiques. Nous signalerons celles de Cresson avec le Jésuite Coton en 1 599, de Caille avec le

même en 1599, du célèbre Charnier avec le même en 1600, des pasteurs de Bouteroue et Murât avec le Carme Petriny en 16 19, de Bouteroue avec Charles de Saint- Agnès, Augustin déchaussé, en 1624, de Marc Vulson, conseiller à la chambre de Pédit, avec le Jésuite Fichet en i635 '.

On trouvera dans la Petite revue des bibliophiles dauphinois, p. 120-171, la liste des principaux membres de réglise de Grenoble, d'après Tordre des bancs du temple, et rétat des nouveaux convertis de la ville dressé par Tintendant Bouchu, le 20 février 1686.

Les annexes de Grenoble étaient : Voreppe, Gières, Sejrssins , Allières. Il y avait aussi des protestants à Saint- Mury, où l'exercice ne paraît pas avoir jamais été autorisé, et à Vaunaveys.

Vaunaveys, divisé en haut et bas, était presque tout protestant au XVP siècle, puisque nous voyons, le 20 mai 1 563 , immédiatement après les guerres de religion , noble Luc de Hugues, sans doute châtelain du lieu, « les consuls et grande quantité de manants et habitants » demander au vibailli du Grésivaudan l'autorisation d'avoir un ministre et de se servir des revenus ecclésiastiques de la paroisse pour son entretien. N'ayant pas retrouvé au XVII* siècle le nom de cette église, nous ne saurions dire si elle survécut aux guerres de religion. Cela paraît peu vraisemblable.

Les commissaires de 1 664 se partagèrent sur le maintien du droit d'exercice dont jouissait le seigneur de Voreppe. Il en fut de même pour Gières , supprimé par arrêt du conseil du roi du 5 janvier 1682. Quant à Allières, le commissaire catholique opina pour que l'exercice y fût interdit lorsque le seigneur protestant du lieu, Samson de Perrissol, qui

(i) Voy. notre Notice sur les controv, religieuses en Dauphini, p. i3-i5, 37-39, 43.

possédait cette terre depuis 1654, était à Grenoble. Le conseil du roi vida le partage en supprimant Texercice, le 5 janvier 1682. Seyssins enfin vit son exercice condamné par forclusion par les commissaires de 1664.

On peut considérer aussi comme une annexe de Grenoble « réglise recueillie en la maison de M. de Lesdiguières » à Vieille, et dont les aumôniers furent Cresson et Bouteroue, également pasteurs à Grenoble. Le maréchal avait fait construire un joli temple dans son splendide château de Vizille; mais à Tépoquede son abjuration, en 1622, il donna des ordres pour qu'il fût converti en église. On érigea Tautel à la place même de la chaire , et Tinauguration du temple ainsi transformé eut lieu en grande pompe le i*'' août 1622 '.

Pasteurs : Pierre de Sébiville i523-i525, André Maigret 1524, Eynard Pichon i56i-i563, Etienne Noël i562i565, Marin i563, Joachin de Coignac i564, Perret 1664, Alexandre i568, Quinet vers i58i, André Caille 1596i6o5, Benjamin Cresson iSgS-iôoô, Gabriel Cuzin 1606, Jean Félix 1607- 1610, Denis de Bouteroue 1607-1640, François Murât 161 5-1649, P^^^ Baçcuet 1664, Alexandre d'Ize i652-i665, Antoine d'Orbet (par intérim) 1660, Fabrice Burlamachi 1654 -i 665, de Montheux 1661 , Pierre Saurin 1666-1675, Alexandre Vigne i665-i685, DenysRallisi686.

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