Crest
Le 9 novembre 1699, les habitants réformés de Crest présentaient une requête aux commissaires exécuteurs de redit de Nantes, où ils représentaient qu'en 1570 et 1573 leur ville , désignée comme lieu de sénéchaussée pour Texercice de la religion réformée, fut mise en possession de cet exercice; que celui- ci ne s'y fit plus depuis cette époque, à cause de la reprise immédiate de la guerre, et qu'eux-mêmes se virent contraints d'abandonner la ville ; ils ajoutaient que le nombre des familles réformées de Crest s'élevait à plus de cent et que celui des familles des environs était considérable, et ils requéraient « instamment l'exercice de leur religion pour leur instruction et repos de leur conscience; » d'autant mieux que le synode de Montélimar du i5 mai venait de choisir ^Crest comme second lieu de la sénéchaussée du Valentinois pour l'exercice de la religion réformée.
Ils représentaient, d'autre part, que le cimetière qui leur était alloué était <c tellement incommode, par la saleté et marché des pourceaux , qui y est ordinaire , et par les supplices de décapitation de la justice qui s^ font, » qu'ils ne pouvaient s'en servir décemment si on ne le faisait clore. Ils demandaient enfin que les charges consulaires et municipales fussent également réparties entre eux et les catholiques.
Les commissaires de Tédit, faisant droit à leur requête, ordonnèrent que Crest serait reconnu comme second lieu de la sénéchaussée du Valentinois pour Texercice de la religion réformée; que les protestants pourraient bâtir un temple avec cloche au faubourg de Porte-Neuve, « au lieu et place où soûlait être le logis de Jean Jabouin, défunt, sans toutefois y faire portes ni fenêtres sur la rue, » et qu'en attendant ils se serviraient pour leurs exercices « d'une maison étant au pied dudit faubourg ; » qu'ils auraient près du temple un cimetière, exempt de toute taille, comme ce dernier; que les deux consuls de la ville seraient choisis indistinctement dans les deux religions par l'assemblée générale ; que le conseil particulier se composerait de i6 membres, dont 4 protestants ; le conseil général de 60 membres, dont 10 protestants ; l'administration des pauvres de 6 membres , dont 2 protestants;, que les protestants auraient le droit d^avoir des pédagogues dans leurs maisons et d'envoyer leurs enfants au collège de la ville, et que, soit eux, soit les catholiques, s'interdiraient toute espèce de jeux et la fréquentation des tavernes aux heures des services des deux religions , aussi bien que de blasphémer le nom de Dieu et de jurer, sous peine de 5o écus d'amende.
Le lendemain du jour où cette ordonnance fut rendue, c'est-à-dire fe 9 novembre, les commissaires exécuteurs convoquèrent, dans la maison de M."® du Poët, tous les officiers du roi, notamment le visénéchal Jean Barnaud, les
consuls ) les ecclésiastiques et les principaux bourgeois y manants et habitants de Crest , tant de Tune que de Pautre religion , leur communiquèrent Tédit de Nantes et le règlement précédent et leur en firent jurer l'observation. Les protestants étaient représentés par Raymond Montoison, docteur en droit et avocat à Crest.
Quelques jours après, le 3i décembre, Jean Dragon, syndic de l'église réformée, Jean Berlhe, Jean Roi, Abraham Pamiers , Raymond Montoison et Daniel Jandin , membres du consistoire, achetèrent des frères Abraham, Paul et Charles Jaboin la maison de leur père pour y construire le temple.
Les pièces du temps établissent que les protestants crétois eurent plusieurs fois à soufirir de la part de leurs concitoyens catholiques pendant la période de Tédit de Nantes. En 1606 ces derniers firent arrêter illégalement le pasteur David Agard, et en 1608 se livrèrent à des voies de &it contre les protestants, parce que ces derniers soutenaient que le pape était l'Antéchrist. Le synode d'Orpîérre, à qui les députés de l'église de Crest firent part de leurs peines, les engagea à se rendre à Grenoble pour déposer leur plainte à la chambre de l'édit.
En 1 610 les protestants avaient contre « les consuls et communauté de ville » des griefs assez graves pour que le député de leur église au synode d'Embrun priât la vénérable compagnie de lui délivrer des lettres de recommandation pour les députés généraux en cour. Les commissaires exécuteurs de 1614 eurent de leur côté à régler, par leur ordonnance du 3o avril , l'ordre de la police et de l'administration de la maison de ville, qui était l'objet d'un débat entre les deux partis. En 161 5 nouveaux différends. Il s'agissait cette fois d'un « certain écriteau séditieux mis sur le frontispice du portail de l'église de Saint - Sauveur » et dont les habitants réformés demandaient la disparition. Le
— ayi — spode de Mens prit à ce sujet la délibération suivante : (( M. ie maréchal sera supplié dUnterposer sur ce sujet son autorité, et au cas qu'il faille plaider par-devant les sieurs commissaires pour Pexécution de Tédit, la poursuite s^en fera par le procureur des églises , sous le nom dlcelle église, aux frais de Téglise de Crest , sauf d^y avoir égard tel que déraison. » Uécriteau n'avait pas encore disparu en 1620, car rassemblée politique de Grenoble réunie cette année pria les commissaires exécuteurs de Tédit de le faire ôter.
En 1622 le syndic des habitants réformés de Crest donna « requête plaintive » à Lesdiguières ce de plusieurs voleries , excès et violences contre eux commises... par certains habitants ou soldats de la ville de Crest ». Lesdiguières ayant commis « les sieurs de Vermenton et Caron pour en informer et faire le procès aux coupables jusques à sentence exclusivement, » les deux commissaires procédèrent « l'espace d'environ un mois, avec toute la circonspection requise..., au grand soulagement et repos de toute la communauté ». Mais ie remboursement des frais de procédure donna naissance à de grandes contestations ' .
Les commissaires exécuteurs de 1664 maintinrent l'exercice de la religion réformée à Crest, comme second lieu de la sénéchaussée du Valentinois et Diois,
L'église de Crest était dépourvue de pasteur en i6o5 et pria la vénérable compagnie des pasteurs de Genève de lui en prêter un. Le sieur Jean Berlhe, Pierre Comblegaud et Achard écrivirent à ce sujet à Genève le 10 mai i6o5; mais leur démarche demeura sans effet, bien que Chamier et Cante, pasteurs de Montélimar, l'eussent appuyée le 2 mai,
(i) Âdvertissement pour Pierre de Gamon, sieur de La Lombardière , demandeur en exécution des contraintes et ordonnance de feu Mgr le connestable de Lesdiguières , in-4'.
en déclarant que Téglise de Crest était Tune des principales de la province. Voici, du reste, le jugement que portait sur elle un auteur ' qui écrivait quelques années seulement avant la révocation de Tédit de Nantes : « Je sais confusément qu'on y est dévot et charitable , et qu'on y contribue largement lorsqu'on veut soutenir des malheureux qu^on veut opprimer. — Il faut apparemment, dit Paulin, en donner beaucoup de louanges à leur conducteur spirituel. Il joint un grand zèle à un mérite fort étendu ; il a de belles lumières et une intelligence des plus habiles, et tout cela, comme vous voyez, est fon nécessaire à ce qu'un troupeau soit bien ménagé. » Il s'agit du pasteur Sagnol.
Quelques années avant cette époque (en 1 669), Ennemond Reynaud, pasteur de l'église, et Jean AUezard, son syndic, furent condamnés par le parlement « à 10 livres d'amende chacun, sans note d'infamie, sur la requête d'Antoine Flandy, curé d'Eurre, qui se plaignit de ce que ledit ministre, contrairement aux édits, était allé faire la prière dans la maison d'un nommé Jacques Barnier, hors du lieu de son établissement, et qu'ayant assemblé dans cet endroit plusieurs personnes, il leur avait tenu des discours de monopole et de mépris ».
D'après une note provenant des papiers de Daniel de Cosnac, évêque de Valence, Crest possédait en 1687, deux ans après la révocation de l'édit de Nantes , 4,000 catholiques et 33o protestants. Il y eut une dispute religieuse à Crest en 1 600 entre Pierre de Vinay, pasteur à Loriol , et le Jésuite Jean Coyssard, et une autre en 1621 entre le pasteur Alexandre Vinay et le Jésuite Isnard *.
(i) Entretiens de Paulin et cPAcante, p. 3o5.
(2) Voy. notre Notice sur les controverses religieuses en Dauphiné, pages 16, 17, iÇ.
Crest avait primitivement pour annexes Eurre et Aouste, qui se constituèrent plus tard en églises particulières. Il y avait aussi des protestants à Divofeu-Lambres , qui comptait 3 familles réformées en 1687.
Pasteurs : Laurent Vidal i56i, Arnaud Casaubon i562i568, puis 1670 -1572 (résidant à Eurre), Adrien Charnier I 1593 (à Eurre), Jean dé Saignes i6oi-i6o5, David Agard (par intérim) 1606, André Guérin 1607-1611, Jacques Crespe 161 1, noble Dragon de Choméane 161 2- 161 3, JosuéRossel le fils 16 14- 16 16, Alexandre deVinay 1617- 1622, Jean Petit 1622- i63o, Alexandre d'Ize 1635-1642, Ennemond Reynaud 1660- 1670, Isaac Sagnol, dit Lacroix, 1680-1683.