‹ Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 44 sur 96 · Ualence et Soyon · texte numérisé non relu

Ualence et Soyon

La circonscription de Téglise de Valence au commencement du XVII* siècle ne paraît pas avoir été bien délimitée. En 1604 cette église était adjointe à Beaumont (colloque du Viennois) et en 160 5 à Soyon en Vivarais, sur la rive droite du Rhône, à La Roche-de-Glun et autres lieux. En 1609 Soyon elle-même était l'objet d'une contestation entre les provinces du Vivarais et du Daigphiné. La première désirait que cette église fût distraite de Valence, la seconde qu'elle lui restât adjointe. Le synode national de Saint-Maixent de 1609, devant qui l'afEdre fut portée, décida que Murât, qui était pasteur des deux églises à la fois, dépendrait de la province du Vivarais jusqu'à ce que les habitants réformés de Valence , qui n'avaient pas de lieu d'exercice , en eussent un. Le synode national de Privas de 161 2 maintint Tunion des deux églises ; mais Valence devint une simple annexe de Soyon , et le pasteur porta le nom de cette dernière église , tout en assistant fraternellement aux réunions du colloque de Valentinois et du synode du Dauphiné.

Cette décision n'agréait pas aux habitants réformés de Valence, qui préféraient suivre le culte des églises voisines, comme Beaumont et Châteaudouble , plutôt que de franchir le Rhône, dépourvu de pont à cette époque, pour assister aux services de Soyon. D'un autre côté, la province du Dauphiné, en tant que les protestants valentinois fréquentaient les églises de son ressort, leur imposa les contributions d'usage. De là de nouveaux tiraillements, qui pa-

raissent avoir désuni les deux églises et dont les synodes nationaux eurent enco^ à s^occuper. Celui de Charenton de i63i chargea le synode particulier de Languedoc d'examiner Taffidre, et, sur son rapport, le synode d'Alençon de 1637, jugeant que Tunion des deux églises était indispensable pour la subsistance de celle de Soyon , moins riche que celle de Valence, décida qu^à Pavenir elles seraient encore unies. Des difficultés étant de nouveau survenues à l'occasion des contributions que le Dauphiné et le Vivarais réclamaient à la fois de Valence, le synode national de Loudun de 1660 confirma Tadjonction de cette église à celle de Soyon et ordonna a que , pour régler les contributions pour l'entretien du ministère et autres charges de ladite église , elle s'adresserait au synode du Vivarais, et qu'elle serait déchargée de toutes les contributions qui lui avaient été imposées par la province du Dauphiné, excepté seulement celle qui était pour l'université de Die, à laquelle elle s'était soumise volontairement et de son propre mouvement » .

Les commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes de iSgg publièrent solennellement cet édit à Valence, dans la salle de l'évêché, en présence de l'évêque et comte de Valence Pierre- André de Leberon, d'Eymard Meissonnier, docteurrégent et doyen de l'université de Valence et le plus ancien avocat, et d'un grand nombre de gentilshommes, bourgeois, habitants et manants de la ville, tant de l'une que de l'autre religion, et firent jurer à tous son observation. Les protestants étaient représentés par le sieur de Beaulieu. Les commissaires, assistés des seigneurs de Dorne, Mistral, Basset et Marquet , conseillers au parlement , refusèrent aux protestants de Valence, du Bourg-lès- Valence, de Châteauneufd' Isère , de La Bayanne et de leurs mandements de leur accorder comme lieu d'exercice la ville de Valence ou son &ubourg. Le s3mode de Montélimar avait en effet émis le vœu, le i5 mai 1599, que Valence ou son faubourg fut

concédé aux protestants comme premier lieu de la sénéchaussée du Valentinois pour Pexeftice de la religion réformée. Les commissaires fondèrent leur refus sur ce que Valence et son faubourg ressortissaient à la juridiction de révêque. Ils permirent toutefois aux protestants de désigner dans la sénéchaussée tout autre feubourg de ville, bourg ou village , où l'exercice pourrait être rétabli à titre de premier lieu de la sénéchaussée du Valentinois, pourvu, encore, qu'il n'appartînt à aucun ecclésiastique ni à un seigneur catholique.

Les commissaires décidèrent en outre que les habitants réformés de Valence seraient reçus à l'hôpital de la ville, que le conseil général choisirait à son gré les consuls dans les deux religions, que le conseil particulier serait composé de 14 catholiques et de 2 protestants, que les protestants garderaient le cimetière qui leur avait été concédé et qu'ils auraient le droit d'avoir des précepteurs particuliers dans leurs maisons.

Les habitants réformés de Valence, mécontents de la décision des commissaires , poursuivirent leurs démarches en vue de l'obtention du droit d'exercice ; mais ils trouvèrent un adversaire redoutable dans l'écuyer Henri de Bressac, bailli de Valence, qui, en récompense-ce des signalés services qu'il rendit en 1607 à la religion et à l'évêché, lorsque, par sa prudente entremise et bonne conduite, l'établissement du prêche des hérétiques fut empêché » , vit ériger en fief à son profit, par l'évêque, la terre de Faventine et la grange de Rosset ^

Les protestants valentinois ne se laissèrent point rebuter par cet échec et, profitant en 16 14 de la nomination de nouveaux commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes,

(i) Ârch. départ, de la Drôme, Ë. 252.

leur adressèrent le 2 1 avril une requête tendant à obtenir le droit d^exercice. Les*deuz commissaires protestants opinèrent pour que l^exercice eût lieu dans un des faubourgs de Valence, nommé Pompier, et qu^un temple pût y être bâti; mais les deux commissaires catholiques émirent un avis contraire , et le procès-verbal de partage fut envoyé au conseil du roi. Le synode général de Tonneins, qui se réunit la même année, recommanda aux députés généraux en cour l'affaire de Valence, sur la demande des députés du Dauphiné; et en 16 16 les députés de Téglise de Valence au synode de Dieulefit prièrent cette vénérable compagnie de les aider dans la revendication de leurs droits.

L'af&ire n'étant pas encore vidée par le conseil en 1664, les protestants valentinois renouvelèrent leur demande aux commissaires de cette époque, qui, cette fois encore, refusèrent de choisir la ville de Valence comme lieu d'exercice et se divisèrent sur la question du faubourg. Le procèsverbal de partage fut adressé au conseil du roi , qui ne paraît pas avoir pris de décision ; de telle sorte que les habitants réformés de Valence ne possédèrent jamais de lieu d^exercice ni dans la ville ni dans ses faubourgs pendatit toute la période de redit de Nantes. Il ressort, du reste, de toutes les pièces du temps qu'ils étaient peu nombreux.

En 1 66 1 ils perdirent leur cimetière du Bourg-lès-Valence, à l'instigation de Gilles le Féron , prêtre et syndic du diocèse, qui demanda aux commissaires exécuteurs de cette époque d'ordonner le changement de place du cimetière protestant. C'est en vain que le pasteur Homel pria qu'on lui accordât un sursis et que l'afihire fût plutôt portée devant la chambre de Tédit de Grenoble , les commissaires exécuteurs se crurent en droit de la juger, et , se partageant à son sujet, elle fut déférée selon l'usage au conseil du roi, qui donna gain de cause aux commissaires catholiques, après

avoir défendu au préalable aux parties de se pourvoir devant la chambre de Grenoble.

Il y avait des protestants à Bourg-lès- Valence, La Bqyannè, La Roche - de - Glun , Châteauneuf - d' Isère et Alixan; mais Texercice de la religion réformée n^ fut jamais permis. Dans les deux dernières localités les protestants étaient assez nombreux pour avoir un cimetière. Les commissaires de 1614 leur en garantirent la possession le 18 avril.

Pasteurs : Pierre Bruslé i559, Gilles Saulas i559-i56o, Lancelot d'Albeau i56o, Duval i56i, Jacques Roux i56i, Ruffy i56i, Jean de La Place i56i-i565, d'Aiguille i56i, André Poncet 1672, OUivier 1600- 1604, Michel de Mercure, dit Salave, 1696, puis i6o5-i6o6, François Murât 1608- 161 5, David Agard 161 5 -1626, Laurens 1637, Isaac Homel 1644-1682.

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