‹ Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 9 sur 96 · I. - HISTOIRE POLITIQUE · texte numérisé non relu

I. - HISTOIRE POLITIQUE

izÂpaisement des passions religieuses sous

le règne d'Henri IV. Serment de fidélité

des églises du Daupkinéà Louis XI II.

ÎES douze années qui s'écoulèrent depuis la pro- i SgS- 1 mulgation de l'édit' de Nantes jusqu'à la mort du roi Henri IV, furent Tune des époques les « plus calmes et les plus prospères de la Réforme française. Les passions s'amortirent en dépit de quelques

1598-1610. querelles particulières, et les deux partis religieux vécurent en assez bonne intelligence. Les protestants se désintéressèrent des questions politiques et intervinrent peu dans les affaires de l'État. Leurs assemblées politiques générales et provinciales se réunirent , il est vrai , de trois ans en trois ans , mais l'esprit de faction ne s'y manifesta point. Elles se bornèrent à nommer les deux députés généraux qui défendaient leurs intérêts en cour, à rédiger des cahiers, souvent volumineux, qui mentionnaient les injustices locales dont les églises avaient à se plaindre , les droits ou faveurs qu'elles désiraient obtenir et les infractions à l'édit de Nantes dont elles souflraient.

La mort d'Henri IV, tombé sous le couteau de Ravaillac (14 mars 1610), plongea les protestants dans la stupeur. Ils déplorèrent la mort d'un prince débonnaire et magnanime , qui les avait souvent repoussés, mais dont les intentions bienveillantes leur étaient connues. Un professeur de philosophie de l'académie protestante de Die , Jean Steck , publia à rhonneur du monarque défunt une éloquente amplification en latin et en prose ", et le synode de la province du Dauphiné , réuni à Embrun (17 juin), se hâta de jurer fidélité à Louis XIII, qui venait de publier (22 mai) une déclaration confirmant l'édit de Nantes , bien que , disait le roi , cette formalité ne fût pas nécessaire à l'égard d'une loi « perpétuelle et irrévocable ». Voici le serment que le célèbre Chamier et Jean de Julien portèrent à cette occasion à la cour de la part des églises du Dauphiné :

« Nous, pasteurs et anciens, députés des églises réformées du Dauphiné y assemblés en synode provincial en la ville d'Embrun, ayant le cœur outré de l'horreur du détestable assassinat et parricide commis en la personne d'Henri

(i) Gallice lessus m obitum Henrici maximi. Diœ, 1610^ in-S"*.

quatrième, notre roi de très-heureuse mémoire, et appré- 1610. hendant que les ennemis du royaume ne prennent de cela occasion de troubler le repos public, et s'opposer à Tàutorité , à laquelle Dieu appelle après icelui Louis treizième, son fils, pour être roi de France et de Navarre légitime et naturel , et à cette occasion conjurer la ruine des églises réformées , selon qu'il est advenu par le passé, qu'on a estimé ne pouvoir que par cette planche venir à la désolation de cet État ; se ressouvenant aussi des énormes calomnies , desquelles les Jésuites ont du vivant du feu roi voulu tacher la sincérité des églises réformées de ce royaume; et que, lorsque le défunt^roi vivait , il avait bien agréable l'union de ceux de la religion sous son obéissance , suivant en cela ce qui a été cidevant fait ès-assemblées générales agréées par Sa Majesté ; et enfin considérant que l'union et concorde entre ceux qui sont d'une même religion, ne faisant qu'un même corps, est en ce temps plus que jamais nécessaire ; — déclarons , protestons et jurons devant Dieu de demeurer inséparablement unis et conjoints les uns avec les autres et tous ensemble avec les églises de France pour l'avancement de la gloire de Dieu, conservation de notre religion, et en toutes choses saintes et civiles ne faire tous ensemble qu'un même corps ; nous communiquer tout ce qui sera requis à ladite union et conjonction très-étroite desdites églises et de tous ceux en particulier qui feront profession de ladite religion comme frères et domestiques en la maison d'un même père; de nous exposer les uns pour les autres au besoin et quand en serons requis, sans épargner nos biens, nos moyens ni nos personnes jusques au plus éloigné; nous tenir toujours bien avertis respectivement de tout ce qui pourra servir à la conservation et sûreté des uns et des autres ; et de nous départir aucunement de ladite union , ni prendre aucun autre contraire ni neutre parti , quelques commodités ou conditions qui nous * pourraient être présentées ; retenant toujours notre entière

i6io-i6ii. fidélité au roi Louis treizième, que nous tenons pour notre prince et souverain, légitime roi sous la régence de la reine sa mère; et néanmoins protestons et jurons que nous n'avons rien en la plus grande recommandation, après Thonneur de Dieu, que Tobéissance que nous devons au roi et à la reine sa mère, régente -, désirant avec un zèle ardent de rendre à leurs Majestés jusqu'au dernier soupir de nos vies toute la

fidélité, obéissance et très-humble service que nous leur devons ; nous assurant que comme Louis treizième , à présent notre roi légitime, a succédé au roi, de très-heureuse mémoire, Henri quatrième, en la couronne, aussi de lui succéder en la bienveillance qu'il départait indifféremment à tous ses fidèles sujets , pour nous tenir toujours sous sa protection et sauvegarde comme ses très-fidèles et très-humbles serviteurs, avec l'exercice libre de notre religion; comme aussi nous protestons de vouloir exposer nos moyens et nos vies pour le service de sadite Majesté contre toutes les ligues et partis qui pourraient être formés à l'avenir contre sa volonté, le bien de son service et sa couronne; et en outre de nous opposer de tout notre pouvoir, avec nos autres fi-ères de toute la France, contre tous ceux qui voudront extorquer de sadite Majesté des édits ou autres provisions préjudiciables à notre religion et empêcher l'exécution d'icelles; protestons aussi de ne tenir pour amis ni domestiques de la foi ceux qui, se disant de la religion réformée, ne se voudront joindre à cette sainte union , aussi bien que ceux qui s'en voudraient séparer, et néanmoins de vouloir demeurer joints et unis avec les autres fidèles sujets et serviteurs de Sa Majesté, sans aucune distinction ou différence de religion, en toute chose concernant le service de Sa Majesté , conservation de sa couronne et de cette province, repos et soulagement du public. »

L'assemblée politique générale de Saumur Ç27 mai 161 1) fit au nom de toutes les églises de France le même serment

de fidélité, « le souverain empire de Dieu demeurant en son 1612-1614. entier, » et le synode général de Privas de Tannée suivante fut assez heureux pour opérer la réconciliation des grands seigneurs protestants de Tépoque, savoir : les ducs de Bouillon, de Sully, de Rohan et de Soubise, le marquis de La Force, du Plessis-Mornay et Lesdiguières.

Injustices et voies défait commises contre les protestants. Alliance étroite de la France avec l'Espagne. Louis XIII envahit le Béarn et y rétablit violemment la religion catholique.

Le rapprochement entre les hommes influents du parti réformé était d'autant plus nécessaire que, dans diverses parties du royaume , les protestants étaient déjà en butte à des injustices et même à des voies de fait. Des temples furent brûlés et quelques ministres égorgés. Dans les cours de justice , les hôpitaux , les charges publiques , dans la distribution des aumônes et la désignation des lieux de culte, leurs

droits étaient méconnus. On commençait même à dire tout

bas que Tédit de Nantes n'était qu'un simple sursis accordé à des sujets rebelles , et que tôt ou tard le roi exécuterait le serment qu'il avait fait à son sacre d'extirper l'hérésie de son royaume.

Sur ces entrefaites , la France conclut une ligue offensive avec l'Espagne (3o avril 16 12); puis survint le double contrat de mariage de Louis XIII avec une infante espagnole et du prince des Asturies avec Elisabeth de France (20 et 25 août). Les Jésuites prêchèrent en pleine chaire que le dessein de ce double mariage était l'extirpation de l'hérésie , et les églises réformées furent remplies d'alarmes'. Le prince Henri

i6i4-i6i6 de Condé lui-même, tout catholique quMl était, quitta la cour et publia un manifeste où il annonçait aux réformés que le toi assemblait des troupes pour les anéantir. Quelques gentilshommes réformés, notamment le duc de Rohan, se laissèrent séduire. Ce dernier représenta aux députés de rassemblée politique générale de Grenoble (i6i5) le notable intérêt qu^il y aurait pour les églises à empêcher cette alliance avec l'Espagnol, ennemi de la religion réformée. L'assemblée entra imprudemment dans cette voie et décida d'envoyer des députés au roi et à la reine-mère, pour les supplier « de mettre en bonne considération les remontrances de M. le prince [ de .Condé ] et du parlement de Paris" ». Cette ingérence de l'assemblée de Grenoble dans les affaires politiques de l'État était aussi malavisée que condamnable et entraîna les protestants dans une voie fâcheuse, qui aboutit à la ruine de leur puissance politique et à l'amoindrissement de leur influence religieuse. Il faut toutefois ajouter que la conduite de l'assemblée de Grenoble fut désapprouvée par les seigneurs les plus sages du parti réformé , notamment par Sully, Châtillon, du Plessis - Mornay et Lesdiguières.

Cependant Louis XIII avait confirmé l'édit de Nantes à sa majorité (i*' octobre 1 6 14) et blâmé l'année suivante (12 mars) les propositions formulées contre les réformés au sein des Etats généraux. Quelques mois après (10 nov.), il confirmait de nouveau les divers édits rendus en leur faveur, tout en se prononçant contre les prétentions du prince de Condé , et il achevait de se réconcilier avec le parti protestant par l'édit de Blois (mai 16 16) et sa déclaration (20 juil."^ explicative du serment qu'il avait fait à son sacre d'exterminer les hérétiques. Mais les serments ne furent pas tenus,

(i) Mém. authent de Jacq. Nompar de Caumonty t. 11, p. 87, 88.

et il s'ensuivit de nouvelles agitations, qui eurent leur con- 1617-1620. tre-coup dans rassemblée politique générale de La Rochelle (avril 1 6 1 7). Le roi, levant à cette heure le masque, ordonna par un édit (i5 févr. 1618) le rétablissement de la religion catholique dans le Béarn, sans consulter les Etats de la province, la restitution des biens du clergé, qui, depuis i568, avaient été affectés par la reine Jeanne d'Albret à Pentretien du culte réformé, enfin l'incorporation de cette province au royaume, Cest en vain que les assemblées politiques d'Orthez (21 mai 16 18) et de Loudun(26 sept. 161 9) adressent au roi d'humbles remontrances : il se dirige en personne vers le Béarn à la tête d'une armée , s'en empare de vive force au. milieu d'excès de toute sorte et fait enregistrer violemment son édit par le parlement de Pau (i5 oct. 1620).

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