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et le roi la retourna au conseil de commerce, pour qu'il l'examinât et en fit l'objet d'un rapport (24 octobre 1699). D'autres pétitions d'Amérique demandant de l'aide pour faire les honoraires de pasteurs et pour répandre le christianisme chez les Indiens, furent présentées vers le même temps, et ces appels aienèrent la formation de la Société pour la propagation de l'Evangile dans les pays étrangers, approuvée par le roi Guillaume III, qui lui octroya une charte le 16 juin 1701.

Bernon avait été membre de l'église réformée française jusqu’à son départ du Massachusetts, et ses relations avec le pasteur Daillé et les anciens de l’église de Boston continuèrent à être intimes et cordiales. Mais à Rhode-Island, jeté au milieu d’une population anglaise, il se joignit de tout cœur au projet d'établissement d'une église anglicane, dont il devint un membre fidèle et zélé. Il contribua à la fondation des trois premières églises épiscopales de Rhode-Island : l’église de la Trinité à Newport (1699), Saint-Paul à Kingstown (1707) et Saint-Jean à Providence (1722) (1).

1) On lit sur une plaque dans la muraille de l'église Saint-Jean, à Providence, l'inscription suivante :

« En mémoire de GABRIEL BERNON fils d'ANDRÉ et de » SUZANNE BERNON, né à La Rochelle, France, le 6 avril, » À. D. 1644. Huguenot. Après une captivité de deux années » pour cause de Religion, avant la révocation de l'Edit de Nan- » tes, il se réfugia en Angleterre, puis vint en Amérique, A. D. » 1688. Il continua ici à contribuer avec fermeté à l'honneur de » l'Eglise et à la gloire de Dieu. L'histoire de Rhode-Island rap- » porte ge c'est à la piété persévérante et au zèle infatigable de » Gabriel Bernon que les trois premières Eglises épiscopales de » Rhode-Island durent leur existence, L'église du roi, aujour- » d’hui de Saint-Jean, Providence, fondée A. D. 1722, en est » une, Il mourut dans la Foi une fois délivrée aux Saints, le » 1® février A. D. 1736, dans la 92° année de son âge, et est en- ».seveli sous cette église. « Quiconque aura quitté maisons, ou frè- » res, sœurs, père, mère, femme, enfants, terres, à cause de mon

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Son zèle pour la religion dans sa patrie d'adoption ne se ralentit pas avec les infirmités de la vieillesse. Dans sa quatre-vingt-unième année, pendant l'été de 1724, il passa l'Océan pour représenter à l’évêque de Londres et à la Société pour la propagation de l'Evangile dans les pays étrangers les besoins de l’église de Providence et l'importance d'envoyer un ministre capable dans cette ville prospère.

Comme beaucoup de réfugiés, Bernon s'était rattaché loyalement à la couronne d'Angleterre. « Nous » devons, » disait-il, « chaqu’un de nous, nous sou- » mettre sous le gouvernement où nous nous rencon- » trons., C'est pour nous un grand bonheur et un grand » honneur de nous pouvoir dire et reclamer bons sujets » de notre Souverain le Roy Guillaume, que puisque » Dieu nous commande de nous assujetir au puissance » royale, qu’on ne peut avoir trop de vénération pour un » sy grand, sy bon et sy illustre prince, ny trop de Res- » pect pour ses gouverneurs qui nous le Représente. » La conduite des principaux protestants français de Boston, qui appuyaient le parti opposé à la politique du gouverneur Bellomont, excita un vif déplaisir chez Bernon, et les violents reproches qu’il leur adressa amenèrent une rupture qui ne se raccommoda jamais. Son dévouement à Dudley et son manque de sympathie pour l'esprit puritain finirent aussi par l’éloigner de ses anciens amis de Boston. Le juge Sewall nous dépeint dans son journal une des fréquentes apparitions du réfugié dans cette ville.

« Revenant d’une prédication à Charleston, je ren-

» Nom, il en recevra cent fois autant et héritera la vie éternelle » » (saint Matth.). » (L'inscription est en anglais).

» contrai M. Bernon dans la rue Sudbury; il se dé- » tourna de moi et ne paraissoit pas me voir, mais je lui » parlai. Immédiatement après, je rencontrai le colo- » nel Vetch dans la Chambre du conseil et je lui dis : » — M. Bernon est en ville, comme je vous disais qu’il » viendroit. Il prit la chose en riant et dit qu’il lui avoit » acheté du cidre. Il supposoit qu’il avoit quelque af- » faire ici. J’observai qu’il étoit à la revue de Sir Char- » les, et qu'il fit le tour de la troupe l'épée au côté (1), » suivi par les officiers du gouverneur (2). »

Le protestantisme de Bernon n'était pas moins ferme que son attachement à la couronne. Jusqu'en 1714, il continua à échanger avec son frère Samuel, catholique romain, de Poitiers, des lettres sur la différence de leurs convictions religieuses, et la controverse paraît avoir été soutenue avec assez d’âpreté des deux côtés. Il échangea également des lettres avec le fameux évêque de La Rochelle, Frézeau de la Frézelière, et son successeur, M. de Champflour. Le vieil huguenot, jusqu’à la fin de sa vie, fut toujours révolté contre tout ce qui ressemblait à l’arrogance et à la domination ecclésiastique. En 1723, l'excentrique John Checkley publia à Boston sa brochure intitulée : Modestes preuves de l'ordre et du gouvernement établi par le Christ et ses apôtres dans l'Eglise,

(1) L'épée de Bernon est conservée par son descendant, Charles Bernon Allen, esq., à Providence (Rhode-Island). On y voit gravé sur la lame «*1*4*1*4*". » Cette date correspond précisément à l’une des guerres de la maison de Bourgogne, dont la famille Bernon prétendait descendre (p. 229). Delfius rapporte en effet « qu’en 1414 Jean l’Intrépide vint en Bourgogne à la tête de » vingt mille cavaliers , soumit toutes les À ads fortes de Ton- » nerre et les donna à son fils Philippe » (Rerum Burgundicarum libri sex, p. ia

L) Diary of Samuel Sewall (11 août 17009), tome II, pp. 261-

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recommandé pour être mis dans les mains des laïques. Bernon écrivit au conseil de l’église de la Trinité de Newport , -qui en avait approuvé la publication, et la dénonça comme un piège de l'adversaire, se plaignant qu’on eût abusé de son propre nom dans cette recommandation (1).

La première femme de Bernon, Esther Le Roy, mourut à Newport le 14 juin 1710 à l’âge de cinquantesix ans. Il épousa en 1712 Mary Harris. Son second mariage fut très heureux. Les dernières années de ce réfugié rochelais s’écoulèrent paisiblement à Providence, dans la maison qu'il se construisit auprès de la source de Roger William (2), où nous le voyons ensei-

(1) « Votre livre insinue, » écrit Bernon, « 1° que les laïques sont » les esclaves des ecclésiastiques, qui les doivent conduire à leur » plaisir et instruire par leurs lèvres ; 2° que les ecclésiastiques » peuvent revetir et despouiller les laïques suivant leur pretendue » succession; 3° que les ecclésiastiques ont le gouvernement spi- » rituel et temporel et immuable, ce qui est très absurde, opposé » comme le clergé du Papisme à l’ordre du gouvernement que » Dieu a establi par Moyse, et Christ déclare à ses disciples que » celuy qui voudra etre le premier sera le dernier. » — « Je suis » né gentilhomme laïque de France, » continue-t-il, « naturalisé » Anglois, que je prends à grand honneur plus que toutes les ri- » chesses de France , parce que les laïques d'Angleterre ne sont » pes, comme les laïques de France, esclaves du clergé et les aquenées du Pape ; pour quoy , plutôt que de le souffrir, jay » abandonné ma patrie, mon bien et mes amis pour me venir » ranger et soumettre sous le gouvernement anglois, où je suis » solennellement engagé par serment devant Dieu » (Papiers Bernon).

(2) « Gabriel Bernon avait fait construire ici une maison dans » le style français avec un porche sur la rue. Cette maison était » charpeitée en bois, deux étages par devant et trois par derrière, » et, pour le temps, l’une des plus élégantes de la ville. L'écri- » vain se rappelle parfaitement la source qui avait attiré l’atten- » tion de Roger Williams et l’avait décidé à tourner la proue de » son canot dans cette direction. Elle coulait abondamment de » la terre en courant puissant qui allait se jeter dans la rivière » voisine » (Historical sketch di life of Gabriel Bernon, ms. par feu Zachariah Allen, L.L. D.).

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gner à sa femme et à ses enfants anglais les vers pieux qu'il avait composés dans sa langue natale, correspondre avec le doyen Berkeley à Newport, et rédiger ses pieuses réflexions sur Thomas A-Kempis et sur les consolations de Drelincourt. Il mourut le 1% février 1736, âgé de quatre-vingt-onze ans et dix mois, et fut enseveli, comme on l’a déjà vu, dans l’église de Saint-Jean, à Providence, « avec des marques inusitées de respect (1). »

On lit, le 19 février 1736, dans un journal de Boston, la notice suivante :

« M. Gabriel Bernon a quitté cette terre le 1°" de ce » mois, à Providence, dans la quatre-vingt-douzième » année de son âge. C'était un gentilhomme par la » naissance et par ses domaines. Né à La Rochelle, en » France, il quitta sa patrie et la plus grande partie de » ses biens il y a environ cinquante ans, et se réfugia, » pour la cause de la vraie religion, dans la Nouvelle- » Angleterre, où il continua à professer la foi protes- » tante avec ferveur. Il était courtois, honnête, » affectueux, et mourut en manifestant une grande foi » et une grande espérance dans son Rédempteur et » dans l'assurance de son salut. Il a laissé une bonne » renommée chez tous ceux qui l'ont connu. Il prouva » la puissance de la foi chrétienne dans ses grandes » souffrances, en abandonnant sa patrie et ses grands » biens pour pouvoir servir Dieu suivant sa conscience. » Il laisse trois filles d’un premier mariage avec une » dame noble de France, sa première épouse, dont » l’une est la digne épouse de l'honorable William Cod- » dington, Esq'; troisfilleset unfilsdeson second mariage

(1) History of the State of Rhode-Island and Providence Plantations, by Samuel Greene Arnold, vol. II, p. 116.

Descendants de Gabriel Bernon. $$1

» avec une noble dame de la Nouvelle-Angleterre qui » lui donna jusqu’à la fin des témoignages de la plus » sincère affection. Il a été inhumé dans l’église épis- » copale de Providence , au milieu: d’une grande » affluence de peuple, auquel le révérend M. Brown a » prêché un éloquent et excellent sermon funèbre sur » le verset 4 du Psaume XXXIX : « Eternel fais-moi » connaître ma fin et quelle est la mesure de mes jours ; » que je sache combien courte est ma durée. »

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