CANTIQUE COMPOSÉ DANS LES PRISONS DE L'HOTEL DE VILLE, EN
O roy des roys souveraine puissance en qui j'ay mis toute ma confiance assistemoy par ta force invincible et l'on verra ce qu'on croit impossible.
entretiens dans mon cœur
la celeste vigueur
qui prend de toy sa source
et sans jamais broncher
on me verra marcher
jusqu'au bout de ma course,
Pour m’empecher de fournir ma carriere on veut m'oter ce que j'ay de lumière, et l'on metra bien tôt tout en usage pour esseyer d'ebranler mon courage.
deja privé. du jour
dans cest affreux sejour
rempli d'objets funebres
on offre à tout moment
a mon entendement
les plus noires tenebres.,
Appendice.
Puisque je vois l'erreur et le mensonge ne permets pas que mon ame si plonge que ton Esprit qui deigne me conduire chasse du mien ce qui peut me seduire.
que les biens advenir
m'otent le souvenir
de ceux que j'abandonne
au milieu des liens
et des maux que je crains
montre moy la couronne.
Satan qui voit qu'un gennereux martire sera toujours fatal à son empire a pris les soins à me forger des crimes afin qu'on crut mes peines legitimes.
seigneur rends ses desseins inutiles et vains et fais partout entendre que l'on poursuit en moy ta pure et sainte loy que l'on me veut deffendre.
Je t'ay suivi, je veux encor’ te suivre privé de toy seigneur je ne puis vivre je suis à toy et je te sacrifie ma liberté, mon repos et ma vie.
je scay que ton pouvoir
egale ton vouloir
" et que ta providence
malgré tous les humains
peut m'arracher des mains
de quiconque m'offense.
Mais si ta main des prisons les plus fortes
ne brise pas les grilles.et les portes
et pour bien tôt metre fin à mes peines
faire tomber et mes fers et mes chaines au moins accorde-moy l'esperence:et la foy.
586 Appendice.
et cette patience
que triomphe de tout
et qui jusques au bout soutienne ma constance,
Coppie de Lettre de M' Mascarene, à Mr le Baron de Montbeton,
Monsieur et tres honnoré frere en notre Seigneur Jesus-Christ, Bien loin d’avoir honte de votre chaine, je la regarde comme une marque et comme un gage certain de la couronne que Jesus Christ vous prepare dans le ciel. Je la regarde comme la joye des anges, la gloire de l'Eglise, l'edification et la consolation des fidelles, l'admiration et l’etonnement des ennemis de la verité, et comme un éguillon puissant pour porter ceux qui sont tombés à la repentance que vous faites eclater d'une maniere si illustre. Je souhaite qne nos freres, qui sont les compagnons de vos souffrances, soient aussi les immitateurs de votre fermeté, et que loin de tourner leurs regards du coté du monde, ils ne regardent, comme vous, qu’à Jesus le chef et le comsomateur de notre foy. Je vous prie de vous souvenir de moy dans vos prieres, comme je me souviens aussi de vous dans toutes les mienes. Dieu veuille vous benir et vous accompagner par tout.
Reponce de M le Baron de montbeton à Mï Mascarene. Ecrite de Bordeaux lorsqu'il fut attaché à la chaine.
Votre billet m'est un cordiaque contre les foiblesses de l’ame, et peut me servir d’epitheme contre les sincopes et les maux de cœur. Gennereus confesseur de Christ, il vous confessera devant son Pere. Brave athlete, vous combatès le bon combat, vous remporterès la couronne de gloire. Pour ma chaine, mes amis savent qu’en me l’attachant je dis :
Benite soit la chaine qui m'attache à mon Dieu ;
Appendice. s87 je n'ay douleur ni peine qui dans le sacré lieu ne soit un jour changée en douceurs en plaisirs.
heureuse destinée | tu combles mes desirs.
Voila mon tres cher frère mes sentiments et l'etat de mon ame, Je suis votre imitateur et de tout mon cœur votre obeissant serviteur.
Nos tres chers compagnons vous embrassent de tout leur cœur.
Les papiers de Jean Mascarene, que nous venons de transcrire, ont été conservés dans la famille de son frère César Mascarene, de Castres (voir ci-dessus, page 372, note) , et vinrent en la possession de la branche américaine de la famille, quatre-vingts ans plus tard environ. En 1763, John Mascarene de Boston (page 480, note), fils unique de Jean Paul et petit-fils de Jean, visita l’Angleterre. Désirant savoir s’il existait encore des membres de sa famille en Languedoc, il fit des recherches à Londres, et, sur les conseils d’une personne de cette province, écrivit à « M. Mascarene, à Castres. » La lettre fut reçue par son cousin, fils de César Mascarene, qui répondit immédiatement en lui exprimant toute sa joie d’avoir de ses nouvelles (voir la correspondance, dont une traduction a été publiée dans le New-England historical and genealogical Register IX (1855), 239-247). C’est par ce parent que John Mascarene reçut copie des papiers de son grand-père.