‹ Histoire des réfugiés huguenots en Amérique [microforme]Chapitre 61 sur 79 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le Christianisme au dix-neuvième siècle, du 8 avril 1886, a tracé, par la plume si autorisée de M. Edouard Sayous, une peinture fidèle de la colonie française de Londres en 1686, « de » l'harmonie saisissante des grandes et des petites églises de la » Réforme, réunies, dans leur séparation même, par la prière » commune et par le péril commun. »

Nous ajouterons à ce récit que César de Missy, « ministre de la chapelle françoise de la Savoye, » dans un éloquent sermon, « Les Larmes du Refuge, sur le pseaume cxxxvIr, prononcé dans l'église françoise de la Patente, du quartier du Soho, le 11/22 d'octobre 1735, jour de jeûne établi en mémoire de la révocation de l'édit de Nantes (Londres, chez Godefroi Smith, 1736), » — énumérant ses sujets de tristesse et d’humiliation, ajoutait :

« Ce qui nous affige.…, c’est que, malgré tout ce qu'a de glo- » rieux ce nom de Réfugiéz, qui pourroit (si vous le respectiez) . » vous rendre capables de l’humiliation que ce jour vous de- » mande; c’est que, malgré tout ce qu’un nom si saint pourroit » (s’il étoit respecté) avoir d'influence sur vos mœurs et par con- » séquent sur votre salut, ce beau nom cependant, loin d’être en » honneur parmi vous, y tombe de plus en plus dans un mépris » qui nous dit que vous êtes des lâches ; dans un mépris qui fait » languir nos Eglises presque désertes, qui fait gémir ce qu'il y » reste de véritables membres, et qui se fonde, après tout, sur » quoi? sur l’indigne et pitoyable crainte de ne pas faire assez » bien sa cour à la nation où nous vivons, si, à quelque prix que » ce soit, nous ne confondons notre nom avec le sien, si nous ne » lui sacrifions bassement ce que le nôtre a de plus saint et de » plus vénérable, »

(Suit une dramatique peinture de la révocation en France et en Saintonge, dont César de Missy était originaire.)

596 Note des Traducteurs.

A ce tableau, nous sommes heureux d’opposer la Relation, par

M. J.-J, Weiss (Au pays du Rhin, 1886), de l’état actuel des réfugiés français recueillis après les dragonnades par Frédéric II

la Jambe d'Argent, landgrave de Hesse-Hombourg : « Ils ont gardé avec un soin jaloux, une susceptibilité ombrageuse, la langue de la France et la forme de protestantisme particulière à la France. Leur parler français est celui du beau moment ; il est intact et restreint ; aucune mixture n’est venue l’altérer ni l’enrichir ; il n’a rien acquis, il n’a rien perdu. Leur protestantisme est celui de l’âge héroïque et inflexible ; rien n’a percé vers leurs forêts du courant d'idées protestantes contemporaines, ni le latitudinarisme des deux Coquerel, ni la liturgie humanisée de M. Bersier. . . . . . . NTM AT J'aurais pu me croire au Temple neuf, à la Rochelle... J'étais tout enveloppé des idées de damnation et de salut ue nel, qui sont la discipline sous laquelle j'ai grandi... Songez à ce qui s’est passé dans l’âme de leurs pères quand ceux-ci ont eu à choisir entre la parole de Dieu et les ordres du Nabuchodonosor de Versailles. Songez à l'effort surhumain qu'ils ont dû accomplir sur eux-mêmes pour abandonner leur industrie prospère, le champ fécondé par leur travail, la maison où leurs jours s’écoulaient dans la pensée et la recherche du salut... En tous temps la religion, mise en demeure et provoquée, l’a emporté et l’emportera sur la patrie, les intérêts et les idées que représente la patrie ne pouvant du tout lutter en importance avec les intérêts et les idées que représente une religion réellement crue. »

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