II. CGCXXVII
Paul Pinder, arriva en décembre 161P. Quant au protégé roumain de l'ambassadeur disgracié, il n'avait qu'un seul refuge: renier. Il devint, en février 1612, Ahmed, sandschak de Prizrend, puis de Brousse, un des très rares renégats de race roumaine que compte l'histoire de l'Empire ottoman 2, Un des témoins des aventures du pauvre Etienne Bogdan écrivit plus tard des Mémoires qui eurent l'honneur d'une traduction en langue hollandaise 3. William Lithgow, Écossais, mentionne les dépenses faites par Thomas Glover pour l'entretien de ce „duc de Moldavie" pendant deux ans; il prête foi aux assertions du prétendant qui disait avoir été dépouillé par le Sultan Ahmed „de toutes ses grandeurs". A l'arrivée de Paul Pinder, le Moldave s'avise de renier pour obtenir „un palais et une
1. Ibid., p. 331, n. cccxliti. Cf. notre Geschichte des osmanischen Reiches, 111, p. 393 et suiv.; Brown, loc. cit., n.405, 444-445, 457.
2. Hurmuzaki, ,1V 2, pp. 332-338; Suppl. H, p. 14; iiotre étude sur Elisabeth, femme de Jérémie Movilâ, dans les «Annales de l'Académie Roumaine», XXXll, p. 1053 et suiv.
3. ., Willem Lithgouw.'S negen-tien jaarige Lant-Reyse uyt Schotlant na de vermaerde deelen des werelts", Amsterdam, 1656, p. 78-79, partie vm, p. 4(i. Ces passages ont été signalés par M. Beza dans le „Romànul". Nous en avons donné une édition dans le volume XXXll des Studii §t Documente. Cf. aussi les notices publiées dans le vol. XX de cette même publication, pp. 379- -384, n. cccxiv, cccxxiv ; pp. 425-426,495-496.
pension viagère de 12.000 ducats". Pinder en fut indigné, et Lithgow partagea ses sentiments; il n'y avait plus aucun espoir de recouvrer une dette qui dépassait 15.000 ducats. A son départ, notre auteur, qui avait passé deux mois dans la compagnie du nouveau Pacha, étant, lui aussi, hôte de l'ambassadeur d'Angleterre, ne négligea pas d'aller voir, dans la compagnie de Pinder lui-même, le renégat, qu'il trouva entouré d'une forte suite de coreligionnaires. A son retour,. Lithgow fut dépouillé par les brigands au cours de son passage de Transylvanie en Moldavie, où il trouva un ami dans le boïar de religion réformée qu'il nomme , ,1e baron Starhoudt" : le prince du pays, Etienne Tomsa, ancien vétéran des guerres franco-espagnoles, était aussi une des connaissances que l'Écossais avait faites dans la maison de l'ambassadeur anglais, et il dut à ces relations d'être conduit honorablement jusqu'au delà du Dniester, en Podolie.
Avec le départ de Glover finit la première période des relations entre l'Angleterre et les pays du Danube ; il n'y aura plus désormais de marchands-diplomates, avides de gain, mêlés à la foule des emprunteurs qui devenaient, par ce fait même les protecteurs infatigables de leurs débiteurs de lignée princière ; la ni;; 'mhassrjdeurs ne sera
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commerce anglais, l'influence anglaise ne se rencontrent plus pendant presque deux siècles 'sur le Danube, à Constantinople, le représentant mal payé d'une Compagnie de commerce deviendra bientôt un véritable ambassadeur d'État et jouera un rôle décisif dans la politique de l'Orient.
II faut ajouter cependant quela Moldavie, mentionnée dans les ouvrages géographiques populaires, comme le „ Microcosme" de Pierre Heylyn, en 1625, était suffisamment connue, grâce à l'aventurier même dont nous venons d'esquisser la carrière, pour que des „princes de Moldavie", des. „rois de Moldavie" aussi, parussent dans les comédies de Ben Jenson et de Beaumont et Fletcher^.
1, M. Bezaj dans VEnglish Historkal Review, loe. cit., pp. 277-278.