PolUiquc extérieure du roi Chjrles I. p. 19i et suiv
Berlin, où ce ministre même la représentait, que pour demander et imposer ce qu'il appelait — comme s'il se fût agi d'une ancienne population indigène et asservie — «l'émancipation des Juifs roumains", et elle persista à ne pas reconnaître la Roumanie indépendante avant que le vote des Chambres eût donné une solution de la question, admettant l'entrée individuelle des Juifs dans la cité roumaine. Le nouveau ministre d'Angleterre, White, avait reçu la mission de presser l'exécution, sur ce point aussi, du traité de Berlin i. En échange, lors du conflit avec la Russie pour la délimitation de la Dobroudscha à l'Ouest de Silistrie, le colonel Home, délégué britannique, avait pris partie pour les Roumains, demandant qu'on leur cédât la ville elle-même 2.
Dès le mois de février 1880, donc depuis presque quarante ans, l'Angleterre fut représentée à Bucarest par un envoyé et ministre plénipotentiaire ; la Roumanie envoya à Londres Jean Ghica, dont les fonctions durèrent pendant plus de dix ans. Mais jamais — même après que la princesse Marie, fille du duc d'Edimbourg, eût épousé l'héritier du roi
1. Mission de Démètre BrStianu à Londres dans ce but, au commencement de l'année 1879, ibid., p. 159 et suiv.
2. Audience de BrStianu et Kogâlniceanu chez Beaconsfield, qui se borna à leur dire; „En po'itique l'ingratitude est souvent le prix des meilleurs services"; ibid., IV, pp. 74-75. Cf. ibid., p. 128.
Carol, Ferdinand, ie souverain actuel de la Roumanie,— les relations politiques ne furent trop étroites.
{| fallut attendre les dernières années pour avoir des relations intellectuelles plus étroites. La parte pris3 par M. S^ton-Watson (S:otus Viator) dans la défense des droits nationaux des Roumains de Hongrie l'amena à traiter la question roumaine dans son ensemble, et ses ouvrages ont créé à cette cause une popularité dont jjsque-là elle n'avait pas joui. DiS traductions de la littérature anglaise — notamment de Carlyle — ont été fréquemiî^nt publiées pendant cete dernière époque. M lis tout cela n'est qu'un commencement, La langue anglaise est à peine introduite comme ^facultative** dans l'enseignement secondaire roumain, et il n'y a pas di clnir3 d3 littérature anglaise à nos Universités. 11 n'y a pas mêine encore une traduction coTiplète et satisfaisante de Shakespeare.
L'activité économique elle-même de l'Angleterre SUT le Danube et la Mer Noire ne s'est pas accrue dans la proportion que permettaient des circonstances particulièrement favorables. Le commerce anglais n'a pas suivi, généralement, en Orient la progression qu'on pouvait attendre. Déjà sous le règne de Cuza, C. A. Rosetti parlait de la possibilité de l'intervention du capital anglais, non seulement dans les chemins de fer, mais aussi dans le commerce, dans les affaires de pétrole,— auquel on ne p3nsa que trente ans plus tard, quand le
capital anglais, de beaucoiîp inférieur ru capital allemand et américain, n'a pas eu même la valeur du capital hollandais,— dans l'exploitation des mines — qui devait être presque totalement négligée et abandonnée aux faibles moyens de l'initiative indigène — , dans celle des forêts— «trahies" à l'entreprise austro-magyare—, dars celle de la canalisation des rivières — qui n'est pas mêmic ccmmencée — , dans celle de l'édilité de ces villes roumaines en plein développement. „Ncus scm.mes", disait-il, en développant dès 1£64, sous l'influenCe de ses relations de famille anglaises, ces idées d'avenir, „nous sommes avec l'Angleterre, car l'Angleterre est la liberté, elle est la grande industrie, et nous périssons parce que nos trésors lestent ensevelis »".
Sans parler de cette question du Danube, qui aurait dû être mis „à la disposition du ccm.merce et de l'industrie de la nation la plus libre, — seul grand intérêt des Roumains, matériel et moral", et, pour les Anglais, „la plus grande Californie, une Amérique en Europe" : l'Angleterre allait y céder le pas à l'Autriche comme avant- garde des intérêts allemands! Une tentative de la Roumanie de participer à l'Exposition de Londres, n'étant pas soutenue par le gouvernement anglais, avait succombé, en 1862, à la jalousie turque.
En ce qui concerne les finances, le premier