XII , NOTICE
On présage sa ruine dès que, maîtresse du monde entier , toutes les richesses de l'univers coulent dans son sein.
Cet ouvrage est regardé comme le chefd'œuvre de l'auteur. La chaleur de son style n'est point factice comme celle de quelques historiens modernes. A l'exemple des bons écrivains de l'antiquité, il peint ses personnages, non en traçant des portraits détachés, mais en les faisant agir. On voit les patriciens , cherchant sans cesse à étendre leur domination , écraser les plébéiens sous le poids de leur orgueil; les tribuns flatter bassement la multitude, et proposer impérieusement des lois que sanctionne le sénat effrayé de leur audace; enfin on voit le peuple toujours victime de l'avarice et de la cupidité des grands et des riches ainsi que de l'ambition des magistrats qu'il s'est donnés pour le protéger.
«Je regarde Ver tôt, disoitMably, comme « celui de nos écrivains qui a été le plus râpait blc d'écrire l'histoire. Il a lame élevée et « généreuse. Son imagination ne le domine « point, et ne lui sert qu'à donner aux objets « qu'il traite les ornements qui leur sont conve- « nables. Ses peintures sont dessinées avec har-
a diesse, ses réflexions courtes, sa marche ra- <■ pide. Son style brillant et léger, sa narration « vive et ingénieuse, son art d'attacher etd'ini téresser , peuvent le faire comparer à Quinte- « Curce. »
Les annales de Malte, où l'on trouve tant d'actions vraiment romaines, nedemandoïent pas une plume moins exercée à les décrire :
mais la piété y consacre l'héroïsme , et c'est à ce point que Vertot ramené tout ce qu'il dit d'un ordre que la charité fit naître, et qui, toujours en butte aux efforts des Barbaresque s , sut allier les vertus paisibles de la religion à la plus haute valeur dans les combats. La vérité oblige de dire que l'on remarque dans les Annaics de Malte un style plus languissant, moins pur, moins naturel que celui de ses autres ouvrages, et qu'il n'es t pas exempt du reproche d'inexactitude qu'on lui a fait.
Quand Vertot lisoit des parties détachées de ses ouvrages , on découvroit bientôt une autre source de leur force et de leur beauté. A peine avoit-U lu quelques pages que, s'unissant insensiblement à son sujet, il prenoit enfin réellement la placedu héros , s'abandonnoi t à toute l'impétuosité de son courage, et alloit
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jusqu'à perdie ia respiration. On l'a vu s'attendrir et verser des larmes avec la mère de Coriolan aux pieds de son fils. Or s'il est aisé de surprendre la tendresse et la confiance des hommes par un tissu d'aventures ingénieusement imaginées et agréablement rendues, quelle impression ne doit point faire sur eux le récit des faits importants généralement reconnus pour vrais, et encore plus de cette espèce de vie qu'un auteur bien pénétré est seul capable de leur conserver!
Cet écrivain célèbre , qui appartient au beau siècle de Louis XIV, mourut au Palais royal, le 1 5 juin 17^5, âgé de près de quatre- vingt-
PRÉFACE
DE LA PREMIERE ÉDITION (1689), Sons le tilre de Conjuration de Portugal.
Entre les événements les plus considérables rie notre siècle , la révolution arrivée en Portugal en 1640 m'a toujours paru digne d'une attention particulière. On n'a peut-être jamais vu dans l'histoire d'autre conjuration qu'on puisse nommer juste, soït que l'on regarde les droits du prince, l'intérêt de l'état, l'inclination du peuple , ou même les motifs de la plupart des conjurés. On n'en a point vu qui ait été confiée à un si grand nombre de personnes de tout âge, de tout sexe, de toutes conditions, et d'un tempérament si plein de feu, et par conséquent si peu propres au secret ; qui ait eu enfin un succès aussi entier , et qui ait si peu coûté de sang.
Ces considérations m'ont inspiré le désir de m'instruire à fond des causes de cet évène-
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ment. Le loisir dont on jouît souvent malgré soi à la campagne m'a fait nâître l'envie d'en écrire l'histoire; et j'avoue que des raisons assez ordinaires aux auteurs, et qui ont après tout leur solidité, m'obligent présentement à la donner au public. J'ai à dire en sa faveur que c'est la première fois qu'elle a paru en notre langue dans une juste étendue, et comme un morceau détaché du corps de l'histoire générale; et je voudrois bien parla lui procurer quelque petit air de nouveauté que l'on démand . à tous les livres, et que l'on a raison de demander.
Pour les mémoires dont je me suis servi, ce ne sont ni manuscrits rares, ni originaux précieux qui m'aient été communiqués par des personnes qui aient exigé de moi de ne les point citer : ce sont des livres assez communs (i), et quelques uns même assez mal
(i) Portugal restau.ra.do de Mentirs ; Cact. Passa- Ttl ; Luiitania réparai,, de M ace do ; Mercw* français