‹ Histoire des rois d'YvetotChapitre 5 sur 5 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Dans les pages qui précèdent, en traitant du royaume, nous avons été tout naturellement conduits à

tandis qu' Y vetot a possédé jusqu'en 1 553 une justice de dernier ressort, ce qui est un des caractères principaux les plus significatif s du pouvoir souverain, selon tous les anciens feudistes.

parler, au moîns épisodiquement, de quelques-uns de ses rois.

Maintenant, c'est exclusivement à ceux-ci que nous allons consacrer la seconde partie de notre modeste excursion à travers le passé.

Certes, nous aurions la meilleure volonté de faire une large part historique à ces monarques oubliés, de raconter, même par le menu, tous leurs faits et gestes, très-scrupuleusement et sans rien omettre.

Malheureusement ici le fonds est ingrat, car il nous faut bien reconnaître que les rois d'Yvetot ont laissé très -peu de traces de leur passage.

Pour ne rien dissimuler, il faut

même convenir que si plusieurs d'entr'eux n'avaient cumulé avec leur royauté, des fonctions domestiques ou militaires à la cour des rois de France; si presque tous n'avaient soutenu des luttes judiciaires acharnées contre les oflSciers de robe et de finances de ces souverains, nous serions fort empêchés d'en dire quoique ce soit.

Mais grâce surtout à ces luttes de plusieurs siècles, nous pouvons au moins les désigner par leur nom, les classer par dynasties, enfin les faire défiler sous les yeux du lecteur à tour de rôle et sans nous exposer à commettre de regrettables confusions.

Gomme nous l'avons vu déjà, le premier seigneur dTvetot qui prit le titre de roi, titre que lui reconnaît l'arrêt de la cour de l'Échiquier, de l'année 1 392, fut Jean IV.

Ce chiffre IV ainsi placé à la suite de son nom, ne prouve rien autre chose, sinon qu'avant de ceindre la couronne royale, il était le quatrième seigneur d'Yvetot appelé Jean.

Ami du roi de France, attaché

à sa maison, peut-être est-ce à son amitié quMl dut de voir accorder à son fief les dernières immunités qui lui valurent sa transformation en royaume. Nous avons eu en effet occasion de le remarquer précédemment, les seigneurs d'Yvetot dont la terre relevait directement du roi, étaient très-bien vus à la Cour, où plusieurs avaient des emplois.

Parvenus eux-mêmes à la royauté ils n'en paraissent pas plus fiers pour cela et continuent, presque tous du moins, à servir leur puissants protecteurs et frères, comme chambellans , maîtres-d'hotel ou officiers dans leur garde particulière.

Tel fit Jean IV avant de monter sur

le trône, tel fit-il après qu'il y fut monté.

Martin i *% son successeur, si on en juge par une médaille conservée dans l'ancien chartrier d'Yvetot, ne n^ligeait pas la mise en scène.

Ainsi, cette médaille le représente assis sur un trône, sorte de siège à quatre pieds sans dossier, la tête ceinte d'une couronne, mais sans branches ni fleurons ; vêtu d'une cotte d'armes serrée à la ceinture, les cheveux longs, façon mérovingienne, et donnant fraternellement l'accolade à un de ses sujets du nom de Bobé.

Bobé était-il son intendant, son argentier, son ministre général.

avait-il quelque dignité à la cour, quelque office dans l'état ? C'est ce qu'il nous a été impossible de découvrir.

Quoiqu'il en soit, c'était évidemment un personnage. Voici au surplus ce qu'on lit autour de la médaille : Mais t. Yvetoti Bobé E.

Se Set. Eg., et sur le revers : Sic nomen Domini benedictum, 141 4.

Martin i ^"^ battait monnaie. Seulement, s'il faut en croire la tradition, c'était au moyen d'un morceau de cuir taillé portant pour empreinte une tête de clou au milîfeu .

Malheureusement, cette monnaie fidéjussaire n'aurait eu cours que dans ses états, de sorte qu'ayant

iàit des folies, il se trouva dans la nécessité de vendre son royaume.

Ce dernier fait est au moins certain, Martin I«% second roi de la première dynastie, vendit son royaume.

L'acquéreur fut Pierre de Vilaines, dit le Bègue, chambellan de Charles VI, qui l'autorisa.'

Pierre de Vilaines, sans cesser d'être chambellan du roi de France, fut proclamé roi d'Yvetot en vertu de son contrat de vente, et prit le nom de Pierre P^.

Pierre P% dit le Bègue, ne fit que passer sur le trône, étant mort bravement à la bataille d'Azincourt, quelques mois après son avènement.

Pierre II, son fils, lui succéda sans encombre, et mourut pendant l'occupation anglaise, après avoir vu brûler sa capitale.

Quelque temps après, Guillaume Chenu, héritier collatéral de la maison de Vilaines, monta sur le trône et fut proclamé sous le nom de Guillaume I®**.

Il régna d'abord paisiblement, mais après la mort de Charles VII, les gens du roi, c'était alors Louis XI, lui suscitèrent toutes ces tracasseries judiciaires dont nous avons parlé , et qui aboutirent aux lettres patentes de 1441. .

Guillaume P% voyant son autorité affermie, et prenant en consi-

dération les plaintes de ses sujets, qui manquaient absolument d^eau potable, ât creuser un puits dans la cour de son château, puits qui existe encore aujourd'hui et porte la dénomination historique de Puits du Château (i).

Le percement de ce puits fut un des grands événements du règne de Guillaume i®'. Aussi, pour en perpétuer le souvenir, fit-il frapper une médaille représentant le bienheureux puits, avec seau, corde, manivelle, et portant au revers ces mots :

(i) Si le puits est resté, le château a disparu. Les vandales modernes ne veulent rien laisser del^out des choses du

passé.

Haurite aquas, C. V, Gaudio de

Puteo.

Guillaume Chenu laissa deux enfants, dont Taîné, Jacques, lui succéda , le second avait nom Perrot.

Tout ce que nous savons de Jacques i®% c'est qu'il se maria et eut une fille.

Quejît'il ensuite? comme dirait le Ragois dans sa fameuse Histoire de France, en forme de questionnaire.

Ce qu'il fit, nous n'en savons rien. Répondons donc avec le même aplomb que ce grand historien :

// mourut.

Après Jacques I*^ vient Jean Baucher I*^

Comment messire Jehan Baucher, chevalier, conseiller et chambellan du rof, n'étant point de la famille royale d'Yvetot, hérita-t-il du tr&ie de Jacques I^^

Rien de plus simple, Jacques, n'ayant qu^une fille, la lui donna en mariage en 1 484, et passa presque aussitôt de vie à décès. Alors le beau-père mort, le gendre lui succéda, comme étant aux droits de

sa femme, à laquelle son sexe ne permettait pas de monter sur le trône. A la vérité,, transmettre des droits que Ton a pas, cela ne se conçoit guères, mais enfin cette entorse à la loi salique ne souleva aucune tempête, et Baucher fut proclamé roi d'Yvetot, — roi, entendez-vous, et non point mari de la reine.

Quelques érudits affirment et nous n'apercevons aucune raison de les contredire, que précédemment à son mariage avec Madame princesse royale d' Yvetot, le royaume lui avait été engagé par le roi Jacques, soit à titre viager, soit avec faculté de rachat. Mais ce qui

n'est pas douteux, c'est que dans le contrat réglant les conventions matrimoniales des futurs époux, il avait été stipuléj^ue dans le cas où il ne survivrait aucun rejeton de l'alliance projetée, tous les droits des héritiers collatéraux de la maison Chenu au trône, leur étaient réservés (i).

Ainsi, Jacques I®"" mort, Baucher lui succède en i^4y- Son

(i) Parmi ceux de nos confrères de TAcadémie de Rouen qui ont bien voulu apporter à cette partie de notre modeste étude historique, le contingent de leurs recherches personnelles, nous sommes heureux de payer ici un tribut particulier de gratitude à M. Frère, conservateur de la magnifique bibliothèque de- cette ville.

avènement est à ce point un fait accompli, que le 14 juillet de cette année, deux tabellions de Rouen, J. Votier et J. Godefroy, lui donnent dans un acte authentique la qualification de roi.

« Thomas de Congny, escujfer, « seigneur de Lorray, est*il dit « dans cet acte, vend et transporte « à messire Jehan Baucher, che- « valier, roi dTvetot, seigneur de « la For est, un fief de haubert, etc.

En qualité de roi dTvetot, Baucher I *^ n'eut aucune guerre à sounir, et en cela tous les rois dTvetot se ressemblent. Mais, comme lieutenant des cent gentilhommes du

roi de Frai)c«, il prit noblement

part à plusieurs engagements militaires, notamment en Bretagne, à la bataille de Saint- André-du-Gor* mier, puis au siège de Dinan.

C'est là ce qui explique comment dans le Rolle de la Monstre et revue faicte en cette place qui c'était rendue par composition, nous voyons figurer, 3o hommes d'armes et 80 arches du nombre des 40 lances fournies de V ordonnance du roi notre Sire estant sous la charge et conduicte de Messire Jehan Baucher, chevalier, roy d'Yvetot. Sa personne en ce comprise (i).

(i) Archives de Fancienne Cour des Comptes de Paris.

« A Dinan, dit d' Argentré, et «r parce que cette place estait fort «r importante, fut laissé pour chef «c le sieur de Beaumont de Poli- «f gnac, et avec luy, le roi dTve- •t tôt. »

Ce fut de Dinan, que Baucher pr écrivit à la fille de Louis XI, Anne de Beaujeu, alors régente de France, la curieuse lettre suivante :

« A Madame,

ce Madame, j 'envoyé ce pourteur « en court, devers le roy mon sei- « gneur, et vous prie vous remons- « trér les afayres de mon royaume, <( auquel si vous ne mettez la

« main, par ma foy ils sont bien ce au bas.

« Madame, je vous avertis que « si vous recommandez à Notre- « Dame de Haultefaye, en Agenès, (c que, au plaisir de Dieu et de « Notre-Dame, vous serez -bien- « tost grosse, car toutes les faimes « qu'ils s'y reeommandent ne « faulsunt point, ainsi que Ton « m'a dit.

« Madame, je vous suplie m'a- « voir à vous pour recommandé « comme loyal serviteur.

(( Madame, je pris à Dieu et à « Notre-Dame de Haultefaye que « vous doint très-bonne vie et « longue.

(f Escript à Dinan le XV« jour « de janvier 1490.

« Votre très-humble et obéissant serviteur,

« Le Roi d'Yvetot (i). »

Par suite de quelles circonstances les afayres du royaume d'Yvetot étaient-elles bien au bas en 1490 ?

probablement par suite des entreprises de quelques seigneurs voisins qui avaient mis à profit l'absence du roi. Rien déplus vraisemblable en effet que la reine auquel le

(i) Nous empruntons cette précieuse lettre, ainsi qu^une grande partie de ce qui concerne Jean Baucher, à une brochure publiée à Rouen en 1859, par M. Auguste Guilmeth.

prince avait confié la régence, pendant qu'il guerroyait en Bretagne pour le compte de Charles VIII, se soit trouvée impuissante à protéger ses états. Cependant sMl en fut ainsi et on n'en saurait douter d'après la lettre que nous venons de reproduire, si la fille de Jacques V^ faiblit dans son administration, ce ne fut certes pas fautedes recommandations de son royal époux. A peu près dans le temps qu'il écrit de Dinan à la régente de France, il ne mapque pas en effet d'écrire à la régente d'Yvetot. Mais laissons ici la parole au Nouvelliste de Rouen du 6 septembre 1859.

« Un rapport fait dans une des « dernières séances du Conseil « général, mentionne sur les indica- « tions fournies par M. de Beaure- « paire, archiviste, d'intéressantes « découvertes concernant notre his- « toire locale. Des pièces curieuses « avaient été exhumées, et on citait a particulièrement une lettre adres- « sée par un roi d'Yvetot à sa « femme, à laquelle il avait laissé « le soin d'administrer son domaine « pendant un voyage qu'il avait dû « faire à Dinan (i).

«♦Ce roi d'Yvetot avait nom « Baucher.

(i) Nous venons de voir en quelles circonstances Baucher !«•• avait fait un voyage à Dinan.

« Cette lettre, qui renferme à « côté de recommandations impor- « tantes concernant les affaires de « rétat, les finances, etc. Certains « détails d^intimité bourgeoise très- « originale, et ce roi d'Yvetot qui « s'enquiert avec autant de sollici- « tude du bonheur de ses sujets c( que de Tétat de santé de la reine, (c alors dans une situation intéres- « santé, représente assez le souve- « rain débonnaire de la légende. »

Cependant le cas prévu par le contrat de mariage de ce prince, s'étant réalisé, c'est-à-dire la reine sa femme étant morte sans laisser d'enfants survivants de son union, la couronne dTvetot fit retour aux Chenu de la branche collatérale en la personne de Perrot-Chenu, frère de Jacques I*^

Néanmoins Jean Baucher continua à porter, mais à titre purement honoraire, la qualification de

roi jusqu'à sa mort qui eut lieu en i5oo. « Au dit an^ disent les chro- « niques de Monstrelet, le jour « 5. Anne, XXVJ® iour de iuillet « trépassa à Lyon le roi d* Yvetot, « et fust enterré à S, Croix, près « S, lende Lyon, »

Les découvertes de M. de Beaurepaire concernant Perrot-Chenu ou plus exactement Pierre P^ ne sont pas moins intéressantes que celles qui ont trait à Baucher P"".

<c II s'agit, dit toujours le Nou-

« velliste de Rouen^ du contrat ^e

<( mariage du Dauphin d'Yvetot,

<c passé devant Robert Ygou et Jac-

« ques Houel, tabellions à Rouen;

« le 26 novembre 1498 , entre

« Jehan Chenu, fils aîné et pré-

« somptif héritier de noble et puis-

« sant seigneur Perrot-Chenu, roi « d'Yvetot, seigneur de Saint-Clair « sur-les-Monts et autres lieux, et « Marion Courault, fille de noble « homme Robert Courault et Isa- « beau sa femme , seigneur de « Saint- Aubin.

« Voici les termes de la dotation « constituée par les père et mère « des deux nobles conjoints :

« Attendu, y est il dit, qu'ils « sont enfants de bas âge,pour les « aider à vivre, le dit sieur Chenu « et ledit sieur Courault consen- « tent et promettent payer et faire « délivrer pour chacun an à son « dit fils et à sa dite fille, la « somme de 200 liv. tournois, et

« en outre leur quérir leur bois, « maison, feu lit et coucher leurs « enfants et serviteurs, ainsi « quil leur appartiendra selon « leur estât, et si a promis etpro- « met icelui Perrot-Ch^u vestir « et atrousteler Jean Chenu et ii ladite Marion Courault, de ro- « bes , habillements, bagues et « joyaux d'or et d'argent. Et s il « était ainsi que ledit Chenu allase a de pie à trépas au devant dudit « sieur Perrot son père, icelui « Perrot consent et accorde que « ladite Marion Courault ait « pour son douaire la somme de « 200 liv. tournois. »

« L'alliance est double entre les

« deux familles. Ainsi par le même « contrat, la sœur du Dauphin « dTvetot, demoiselle Peronne « Chenu, fille aînée du roi, épouse « Jehan Courrault, fils aîné, héri- « tier présomptif de Robert Cour- « rault.

« La jeune princesse apporte en « dot, la terre et seigneurie d'Es- « calles-Alix avec toutes ses appar- « tenantes et la somme de 4,000 « escus d'or, qui est également « constituée en dot à la Dauphine « Marion Courrault, avec le manoir « et terres labourables de Mari- « nasse assis à Quincampoix.

« Le contrat porte cette clause « que, dans le cas ou le jeune

ce prince dTvetot, parvenu à Page « de quatorze ans, refuserait de « ratifier ces épousailles, le roy auc( rait à payer, 2,000 escus d'or à « Mademoiselle Marion pour le « dédommagement et entretene- « ment d'icelle. »

Afin de justifier que le titre de Dauphin qu'il donne au prince héritier dTvetot , est d'une parfaite exactitude, l'auteur ajoute :

« Les rois de France avaient « fort bien conféré aux souverains « du pays de Caux, le droit exclusif « de porter les armes du Dauphiné, « et on raconte à ce sujet l'anec- « dote suivante qui trouve ici na- « turellement sa place.

« Le grand Dauphin de France, « sous Louis XIV passait un jour « sur le Pont Neuf, et il y re- (f marqua un carosse ainsi que le fc sien aux armes du Dauphiné.

« Surpris, il s'arrête et envoyé dece mander au comte d' Albon (alors « roi d'Yvetot), à qui appartenait « la voiture, de quel droit, il por- « tait ses armes. Dites à Monsei- « gneur, répondit le comte, que je « ne porte point ses armes, mais « que c'est lui qui porte les mienne nés. »

Le fiancé de Marion Courault parvenu à Fâge de quatorze ans, ratifia ses fiançailles et loin de passer de vie à trépas avant le roy son père^ Perrot i ^^ il lui survécut et lui succéda sous le nom de Jean V.

Avec lui finit la dynastie mâle des Chenu, car il ne laissa qu'une fille.

A la rigueur, comme il était de principe en Yvetot comme en France que le sceptre ne tombait point en quenouille, Mademoiselle

Isabeau^ ainsi se nommait la princesse royale, ne pouvait pas plus hériter du trône quelle ne pouvait rapporter en dot à son mari. Mais Tacroc que son grand oncle Jacques P*^ avait donné à la loi salique, en faisant Jean Baucher son héritier, parce qu'il avait épousé sa fille, et cela au mépris du droit de Perrot- Chenu son frère, était pour Isabeau un trop encourageant exemple pour ne pas être imité. Aussi se hâta-telle de choisir un époux à qui elle apporta la couronne paternelle qu'elle ne pouvait placer sur sa propre tête. Cet époux fut Martin Dubellay, ambassadeur de François l^^ et gouverneur de Normandie.

A cette époque, comme on le voit, les alliances avec les princesses de la maison royale d'Yvetot étaient déjà recherchées par de grands personnages.

Dubellay devenu roi prit le nom de Martin II.

Sous son règne, les entreprises juridiques sur les droits de la couronne d'Yvetot recommencèrent mieux que jamais.

Il y résista de toutes ses forces,

mais avec moins de bonheur que ses devanciers, quoiqu'il fit plus grande figure qu'eux à la Cour de France.

Le Parlement de Normandie voyait d'ailleurs depuis longtemps d'un œil jaloux, les rois d'Yvetot Jouir du privilège du dernier ressort, et après maintes tentatives vaines, pour les en dépouiller, il finit par obtenir de Henri II en i555, des lettres de Jussion qui leur enlevèrent cette royale immunité.

De ce moment,Tvetot n'est plus un royaume, puisque sans le droit de justice souveraine, il ne saurait y avoir de véritable royauté.

A la vérité, le successeur de

Martin II, se trouvant au couronrement de la reine Marie de Médicis, en vertu de sa charge à la Cour de Henri IV, et celui-ci s'étant aperçu qu'aucune place ne lui avait été réservée, dit bien en le présentant lui-même : « Je veux « que l'on donne une place hono- « rable à mon petit roi d'Yvetot, ce selon la qualité et le rang qu'il (( doit tenir. » Mais cette qualification de roi attribuée à Martin III, n'était dans ce cas de la part du gai et spirituel monarque, qu'une simple et courtoise plaisanterie. La royauté Yvetotaise était, en effet, véritablement morte en i555, le jour ou Henri II avait confirmé

Tarrêt par lequel le Parlement de Normandie s'était attribué le droit de connaître en appel des sentences de sa justice.

Aussi depuis cette époque jusqu'en 1789, les seigneurs dTvetot prennent simplement la qualité de prince dans les actes publics ou privés, encore bien que par habitude on continue à leur donner celle de roi.

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La dynastie des Dubellay se maintînt à Yvetot jusque vers le milieu du XVIP siècle.

Un prince de cette famille Joachim P% qui protégeait efficacement Maître François Rabelais, y recevait souvent la visite de ce penseur de génie qui donna à la philosophie un si singulier accoutrement qu'on a souvent peine à la reconnaître ainsi déguisée.

En 1660, par suite d'alliances,

Tancien royaume redevenu seigneurie, passa dans la maison de Crevant d'Albon.

En 1 7 1 1 , un d' Albon, prince d'Yvetot^ comme il s'intitule, revendique avec opiniâtreté devant le Conseil du roi, les anciens privilèges de sa seigneurie, prétendant que c'était à tort qu'elle avait été imposée à Pimpôl du Dixième denier (i).

Mais depuis longtemps les franchises de la terre d' Yvetot n'étaient plus respectées, le sceptre de Jean IV avait été, à la fin, mis en pièces

(i) Impôt pour la défense de la frontière, ce que nous appelons aujourd'hui le dixième de guerre.

par les gens de loi du roi de France et le prince perdit son procès. Il fut jugé que : le royaume de France servant de barrière à la principauté d'Yvetot, celle-ci devait contribuer au prorata de ses facultés pour la défense de la frontière, puisque les ennemis de la cousonne de France ne respecteraient pas ladite principauté d' Yvetot^ s'ils venaient à pénétrer dans le pays de Caux.

Le dernier prince dTvetot fut Camille III d'Albon. Il était né à Lyon en 1753, et passa sa vie à voyager et à écrire. Ses productions littéraires sont innombrables. Il entretenait des relations avec les encyclopédistes et Voltaire lui écrivit plusieurs lettres.

Camille III dota sa principauté d'une église et d'une halle.

Sur le fronton de l'église, il fit graver :

Deo vivent i C ami lit us III.

Et sur la façade principale de la halle :

Gentium comodo

Camillius III.

Ces deux inscriptions sont encore parfaitement lisibles.

Camille III d'Albon, mourut en 1789, c'est-à-dire dans Tannée même où disparurent les derniers privilèges de l'ancien royaume d'Yvetot. Mais si la principauté n'existe plus, la famille du dernier prince n'est point éteinte ; il a laissé au moins des héritiers de son nom qui appartient de droit à ce petit groupe de noms historiques, patrimoine d'honneur de la grande noblesse française.

Achevé d'imprimer le 16 Août 1871

'B LUZET- G UINIER

Typographe i DoLe

Pour Léon WILLEM, Libraire à Paris

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