‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'invasion des Barbares (volume 2)Chapitre 32 sur 112 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

CONSTANCE (25 MAI .rw>7-5 NOV. 561). 255

monde', avec le souvenir toujours présent des égorgeraents de 557 el

la crainte de voir, pour eux aussi, arriver le bourreau. On essayait

d'assoupir la nature ardente de Gallus et l'austérité précoce de Julien

par des exercices multipliés de religion : pèlerinages

et prières aux tombeaux des martyrs, chants sacrés à

l'église, lectures par-devant le peuple de textes des

Écritures, les princes servant eux-mêmes de lecteurs2.

Constance, qui ordonnait ces mesures, semble déjà

un Mérovingien se préparant à faire tonsurer ceux de Ga"™ ^/L 1?:J f-

sa race dont il ne veut pas se débarrasser par le poi- ivn; nob.). (Mon-

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gnard. L usurpation de Magnence et la stérilité de 1 impératrice Eusebia turent cause que leur condition changea. Gallus, alors âgé de vingt-cinq à vingt-six ans, fut nommé césar et investi du gouvernement des provinces orientales (15 mars 551). La précaution de lui faire jurer sur les Evangiles qu'il n'entreprendrait rien contre l'empereur ne parut pas à Constance d'une efficacité sérieuse : il donna à Gallus, pour guide et pour surveillant, un habile homme de guerre, Lueillianus, pour femme sa sœur Constantina, dans l'espoir que Yaugmta, dont l'orgueil serait enfin satisfait, garantirait la fidélité de son époux, et il se réserva la nomination des officiers de l'armée asiatique, celle du préfet du prétoire et du comte d'Orient, qui reçurent des instructions particulières. Aucune exécution capitale ne put être ordonnée par le césar sans l'autorisation du comte qui, un jour, montra aux peuples quelle était la puissance de celui qu'ils appelaient leur prince, en ouvrant les portes d'une prison où Gallus avait jeté les magistrats d'une ville3. Au palais même, le

1 Julien, Lettre aux Athéniens, 5, et Socrate, Ht, 1.

- Un évêque, Eusèbe de Xicomédie, avait été directeur de la première éducation de Julien, que saint Cyrille assure avoir été baptisé, ce qui est peu probable, l'usage étant alors, même pour des chrétiens qui n'étaient pas princes, comme saint Ambroise, saint Augustin, Eusèbe de Césarée en Cappadoce, Synesius, etc., de recevoir le baptême très-tard. Grégoire de Xazianze (Invcct., I, 50) raconte qu'on voulut faire bâtir une église par les deux frères, chacun ' devant en construire la moitié; que la part de Gallus s'acheva, mais qu'un tremblement de terre fit écrouler celle de Julien. La terre ne fut pas si coupable: Julien avait été, à dessein, négligent. (Sozomène, V, 2.)

3 Amm. Marcellin, XIV, 1. Voyez ce qu'il raconte des procédés du préfet Thalassius, qui prenait à tâche d'irriter Gallus. A l'origine, le nom de César, cognomen héréditaire de la gens Julia, appartenait à tous les agnats de cette maison; aussi notre IXe période a pu èlre dite celle des Césars (t. IV, p. 271). Verus, fils adoptif d'Hadrien, prit ce nom, qui désigna désormais l'héritier présomptif, mais ne conféra aucun pouvoir. Les césars de Dioclétien (t. VI, p. 545), héritiers nécessaires des augustes, étaient investis de pouvoirs étendus; ils avaient chacun leur capitale, leur armée, leur trésor ; ils administraient, jugeaient et combattaient. Sous Constantin, les césars sont des enfants désignés pour l'empire; sous

234 L'EMPIRE CHRÉTIEN (nOC-395).

questeur, qui, à titre de secrétaire du gouvernement, assistait à tous les conseils et donnait la suite à toutes les décisions, était l'agent de l'empereur, bien plus que du césar. Celui-ci n'avait donc, en réalité, qu'un titre sans pouvoir. Retenu dans les provinces occidentales, Constance avait voulu que la première place, en Orient, parût occupée, afin que personne n'eût la tentation de la prendre. Dans l'organisation politique de Dioclétien, le césar était un lieutenant de l'auguste; Constance revenait à ce régime, mais en l'exagérant. Ses trop habiles combinaisons allèrent contre leur but; elles irritèrent un jeune homme fougueux, que plus de confiance aurait peut-être retenu dans le devoir et qui d'ailleurs ne méritait point pareille fortune.

Heureux d'avoir échangé sa prison contre un trône, qu'il ne sentit pas d'abord chanceler sous lui, Gallus s'était jeté avec fureur dans le plaisir, jusqu'à scandaliser les frivoles habitants d'Antioche. Mais, pour ces plaisirs, il avait besoin d'or; il s'en procura par des exactions et des iniquités. Constantina, elle-même très-avide, le secondait à l'aide d'une police qu'elle avait dressée à surprendre les paroles imprudentes et les secrets entretiens des familles '. Elle vendait tout, la justice, les grâces, les places, pour se faire ce que les princes de ce temps regardaient comme la garantie la plus sûre : un trésor. Nous sommes, jusqu'à présent, condamnés à ne pas trouver dans cette race royale, Constance Chlore excepté, un seul personnage que nous puissions estimer.

En 554, une disette causa, dans Antioche, une émotion populaire. La foule vint au palais demander du pain. « Adressez-vous au gouverneur de la province, répondit Gallus; les vivres ne manquent que parce qu'il le veut bien. » C'était l'aveu de son impuissance, mais c'était aussi une lâcheté : le malheureux consulaire de la Syrie, ainsi désigné à la colère du peuple, fut mis en pièces. Voilà donc la capitale de l'Orient dans le désordre ; les brigands de l'Isaurie ravageaient plusieurs provinces; les Arabes pillaient les pays voisins de leur désert; les Perses recommençaient leurs courses dans la Mésopotamie, et le césar n'arrêtait rien2. Constance, qui ne lui avait laissé aucune

Constance, des lieutenants très-surveillés et contenus. Après Julien, ce titre et cette situation disparaissent.

1 Amra, Marcellin (XIV, 1) dit d'elle : Mcgœra quœdam morlalis, inflammalrix sxvienlis assidua.

- En 352, l'éternelle querelle entre les Juifs et les Samaritains avait encore une fois mis la Palestine en feu. Les lieutenants de Gallus avaient réprimé ce mouvement avec la cruauté habituelle aux Romains quand ils étouffaient une insurrection juive.

liberté, s'irrita de son inaction et se résolut à briser cet instrument qui avait été rendu inutile, autant par les défiances du chef que par ie caractère du lieutenant. Il chargea le préfet d'Orient, Doinitianus, d'inviter le prince à venir le rejoindre en Italie, et comme Gallus hésitait : « Ne voyez-vous pas, lui dit rudement le préfet, que c'est un ordre? Si vous n'obéissez pas, j'arrêterai les approvisionnements du palais. » Le questeur parlait de même. Gallus les lit massacrer par ses gardes, qui traînèrent les deux cadavres dans les rues d'Antiochc; puis il supposa un complot contre sa vie qui lui permit d'égorger, après une formalité de jugement, ceux qui lui étaient suspects1. Ce n'était pas une révolte, puisque aucun ordre ne fut donné pour une prise d'armes; mais c'était un sanglant outrage fait à l'empereur2.

Constance feignit de croire au complot dirigé contre Gallus et ne fut que plus empressé d'attirer à portée de ses coups le césar pour qui, disait-on, un manteau royal était secrètement fabriqué dans la ville de Tyr. Il lui envoya de bonnes paroles; il insista sur la nécessité pour tous deux de s'entendre, dans une cordiale entrevue, touchant les grands intérêts de l'empire; il lui réitéra l'invitation de se rendre auprès de lui avec sa femme, « cette sœur chérie qu'il désirait ardemment revoir ». En même temps, il changeait les officiers qui paraissaient dévoués à Gallus; il lui retirait des troupes, sous prétexte que les soldats inoccupés oubliaient la discipline; le malheureux prince était enveloppé par les trames de cet habile chasseur à l'homme. Constantina « savait bien de quoi son frère était capable » et elle ne se faisait pas d'illusion sur la tendresse que l'auguste avait pour elle; mais son intervention était le seul moyen qui restât de conjurer le péril : elle partit et mourut en chemin. Gallus n'avait plus qu'à obéir. A Andrinople, il trouva l'ordre de congédier son train royal; à Pœtovium, on lui enleva les ornements césariens; à Pola. en Istrie, après un procès dérisoire, on lui trancha la tète : il n'avait que vingt-neuf ans (fin de l'an 354). Constance proscrivit jusqu'à son cadavre, qu'il ne fut pas permis de porter au tombeau des Flaviens. Plusieurs de ses conseillers périrent avec lui; le meilleur général de l'armée d'Orient, Ursicinus, fut condamné à mort dans un conseil secret. Mais avant.

1 Sur les cruautés de Gallus, voyez Amm. Marcellin, XIV, 7, et en particulier au § 8 les tortures et le supplice d'Eusèbe, un innocent.

2 Amm. Marcellin (XXI, 15) fait dire par Constance que la justice fut méconnue par Gallus et que des actes détestables attirèrent sur sa tête la vengeance des lois.

l'exécution on eut besoin de ses services : il fut épargné '. Triste condition des serviteurs de ce gouvernement, exposés déjà aux accusations sans contrôle et aux arrêts mystérieux.

Quelques mois plus tard, une nouvelle tragédie eut lieu. Le Franc

Arc de triomphe ou Porte de Pola.

Sylvanus, en récompense de ses succès dans la campagne de Pannonie, avait été chargé d'arrêter en Gaule les courses des Barbares. Julien lui reproche de n'y avoir réussi qu'en achetant leur retraite avec l'or arraché aux villes. Mais Julien, qui venait d'être nommé

1 Julien, Lettre aux Athéniens, 5; A mm. Marcclliti, XV. 2.

césar, écrivait alors un éloge du meurtrier de tous les siens, où il eut le tort de répéter les calomnies des eunuques et des courtisans contre le fidèle général qu'il allait remplacer. Dans les cours despotiques, la

La création de l'homme sur une coupe en verre trouvée à Cologne'.

valetaille maintient son crédit en affichant, pour la sûreté du prince, un zèle qui se montre par des soupçons habilement éveillés dans son esprit, par des calomnies qui circulent, grossissent et reviennent au

1 Promëthée façonne une statue; Épiméthée lui tend une masse d'argile. Un autre lapétide, sans doute Atlas, contemple l'opération. Au-dessous de la bordure, un homme étendu sur le dos, peut-être le quatrième lapétide, Menoetios, foudroyé par Jupiter. Du côté opposé, un enfant joue près d'une femme à demi couchée qui personnitie la Terre. Légende : tll'OMHoevc Ai\0PnnoroMA. mOMH©EVC. Cf. Robert Mownt, Revue archéol., nov. 1882, p. 291.

LEMPIRE CHRÉTIEN (50.6-395).

maître, toujours disposé à voir, dans un accusé politique, un coupable. On fabriqua de fausses lettres de Sylvanus. Aussitôt ses amis furent arrêtés, et un officier impérial, envoyé en Gaule avec la mission de ramener le général en Italie, agit avec tant d'emportement, que Sylvanus, se croyant perdu, chercha son salut dans l'usurpation. Il se lit proclamer auguste à Cologne, dans le temps même où, à Milan, Malaric, le chef des Francs de la garde ', réussissait à prouver son

innocence. Ursicinus fut expédié vers lui, porteur de lettres flatteuses de Constance, qui conservaient à Sylvanus tous ses titres, mais avec l'ordre secret de prendre sa place à la tête de l'armée des Gaules et de le faire partir pour Milan, où la cour résidait. Ursicinus excita un mouvement parmi les troupes, qui égorgèrent celui que, vingt-huit jours auparavant, elles avaient revêtu de la pourpre (août 555). Tous ceux qu'on soupçonna d'avoir été ses partisans périrent, parmi eux les deux comtes Lutto et Maudio dont les noms indiquent l'origine.

Coupe en verre trouvée à Cologne.

(Musée de Berlin.)

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