II. — CONSTANCE SEUL EMPEREUR; GALLUS ET JULIEN; SYLVANUS
L'empire se trouvait donc encore une fois réuni tout entier sous la même main. Mais quel prince que ce monarque ombrageux, entouré d'eunuques auxquels il obéissait1 et de courtisans qui exploitaient sa peur, en excitant ses soupçons2, pour profiter de la condamnation des victimes ! « Il est sans exemple, dit Ammien Marcellin5, que, sur la liste des condamnations à mort qui, selon l'usage, lui était soumise, il ait jamais rayé un nom. » Sous son règne, les plus habituelles formalités de la justice furent omises. Des accusés étaient condamnés à la suite d'une instruction secrète ; un aveu arraché par la torture menait au supplice ; celui qui n'avouait pas y allait encore.
On ne mène sûrement les hommes qu'en les prenant par les sentiments élevés de leur nature, et Constance n'eut jamais la franchise généreuse qui assure la fidélité ou l'énergie de caractère qui l'impose. 11 aimait les moyens bas de gouvernement, l'espionnage, la délation, les trames artificieusement tissées, même autour de ceux qui n'auraient demandé qu'à bien servir et qui, blessés des lacs dont il les enveloppait, cherchaient à les briser. Aussi restera-t-il écrasé sous le poids d'une grandeur qu'il dut aux circonstances et qu'il ne put porter.
Il était dans la Pannonie, attendant l'attaque de Magnence, lorsque les nouvelles qui arrivaient d'Orient le décidèrent à constituer, dans cette partie de l'empire, un commandement supérieur qui donnât de l'unité à la défense des provinces. Ce lieutenant pouvait devenir redoutable, mais il était nécessaire. Constance crut que le moins à craindre serait le fils d'une de ses victimes, son cousin Gallus. Les deux derniers rejetons de la race flavienne avaient d'abord été relégués l'un à Éphèse, l'autre à Nicomédie. En 544, on les avait réunis, mais pour les mieux surveiller, dans un château de la Cappadoce, Macellum, au pied du mont Àrgée; ils y vécurent séquestrés du
1 Amm. Marcellin (XVIII, A) dit ironiquement de l'un d'eux, Eusèbe, que l'empereur avait beaucoup de crédit auprès de lui. Julien appelle Constance « un endormi qui se laisse duper sans cesse ». (Disc, VII, § 18.)
2 .... impendio timidus, semper se feriri sperabat (Amm. Marcellin, XVI, 8). Voyez en cet endroit les procès iniques intentés à des innocents.