I. — DÉFAITE ET MORT DE MAXENCE ET DE MAXIM1N DAZA
Deux empereurs ont donc disparu de la scène: il en reste quatre; mais ce n'est plus la tétrarchie de Dioclétien : tous portent le titre d'auguste, et il n'y a entre eux aucune subordination. L'empire est déchiré en quatre royaumes ennemis, même en cinq, car le vicaire du diocèse d'Afrique, Alexandre, a été proclamé auguste par l'armée et reconnu par les villes de ce diocèse qui avaient refusé de recevoir les images de Maxence (308). Comme les Barbares ne sont pas encore revenus du salutaire L'usurpateur Alexandre.
• . (Monnaie de bronze.)
eltroi que Dioclétien leur avait cause, les nouveaux
princes vont être libres de tourner leurs forces contre eux-mêmes,
et pendant douze années la guerre civile ensanglantera les provinces.
Elle fut d'abord sur le point de commencer entre Licinius et Maximin Daza au sujet de la succession de Galère. Une convention acceptée par le premier laissa au second toute l'Asie : le Bosphore sépara les deux empires. Mais, presque aussitôt, la guerre, évitée en Orient, éclata dans l'Occident.
La jeunesse franque, fatiguée de paix, s'était jetée sur la Gaule; Constantin battit facilement ces aventuriers et exposa aux bêtes, dans l'amphithéâtre de Trêves, ses prisonniers avec leurs deux rois, Astarich et Gaiso. Cette exécution suscita la formation d'une ligue de plusieurs tribus franques et alamanniques; une attaque impétueuse des Romains rompit ce lien fragile. Tous les cantons des Bructères furent livrés à la dévastation, les villages brûlés, les troupeaux enlevés, les captifs vendus ou jetés aux bêtes : cruautés qui ne semblaient point pro-
1 Laclance, de Morte pus., 20.
mettre un néophyte à l'Église, pas plus que les jeux Franciques, solennité toute païenne, que Constantin institua en souvenir de ses succès et qui se célébrèrent longtemps1. La flottille du Rhin réorganisée et un pont permanent construit sur le fleuve annoncèrent aux Barbares que Constantin était résolu à avoir toujours libre entrée chez eux2. Dans l'intérieur des provinces, son administration était habile, bienfaisante ; les chrétiens n'étaient point inquiétés, et, en 510, il avait dignement fêté ses quinquennalia, en faisant remise aux peuples
Ruines de l'amphithéâtre de Trêves.
de son gouvernement des rcliqua dus sur les impôts depuis son avènement. Eumène lui avait dit : « Les terres ne rendent plus ce qu'elles coûtent, et les cultivateurs, lassés de travailler inutilement, les abandonnent. » Sur les instances de l'orateur éduen, il réduisit de 52 000 à 25 000 les unités imposables du territoire d'Autuu, capita*, ce qui équivalait à une diminution de près d'un quart, sur la contribution foncière. 11 a dû agir de même eu d'autres cités, car le succès qu'avait eu la demande d'Eumèue a certainement excité la verve des rhéteurs sortis des écoles Méniennes*. A Trêves, il releva les mu-
1 Ludorum celcbrationes dcorum festa sunt (Lactance, Inst. dit., VI, 20).
2 On pense que ce pont, étalili près de Cologne, subsista jusqu'au règne de l'empereur Otlion I". (Wietersheim, Yôlkerwandcruncj, 1. 111, p. 175.) Des restes de piles se voient au fond du Rhin, en face de Mayence. Est-ce une œuvre des Romains ou de Chariernagne?
3 Pan. vet., VI11. 10, Voy, t. VI, p. 579.
* Nom des écoles d'Aulun dirigées par Eumène.
railles, construisit un cirque, des basiliques, un forum, un prétoire1: libéralités monumentales qui flattaient le peuple et lui donnaient du travail, mais qui ont dû être complétées par quelques libéralités financières.
En Italie, au contraire, Maxence parait avoir rappelé les tyrans des plus mauvais jours. Le vaincu de Constantin est accusé par les courtisans du vainqueur de tous les vices : débauche, violence, cruauté ; et nous n'avons pas de motif pour ne pas les croire, puisque des païens comme Zosiine, Eutrope et Victor le condamnent et que Julien l'exclut du banquet des Césars2. Il réprima durement la révolte d'Afrique : Alexandre périt étranglé (511); Carthage, Cirla, furent saccagées, le pays abandonné au pillage, beaucoup de citoyens exécutés, plus encore privés de leurs biens. A Rome, l'orgie : de nobles matrones déshonorées; les sénateurs mis à contribution5, quelquefois à mort, comme criminels de majesté, pour que leur fortune entière pût être confisquée; mais aux soldats toute licence, jusqu'à leur laisser faire main basse un jour sur la populace*. Aussi de secrètes sollicitations arrivèrent bientôt d'Italie à Constantin, qui, de son côté, avait des griefs personnels à venger5.
Après le meurtre de Maximien, Maxence avait affecté un grand zèle pour la mémoire de son père : il avait abattu les statues de Constantin, conclu alliance avec l'auguste d'Egypte6, ce qui avait engagé celui des Gaules à se rapprocher de Licinius auquel il fiança sa sœur Constantia. Enfin Maxence faisait de grands préparatifs; il réunissait une puissante armée, qui allait, disait-il, lui soumettre la Gaule et l'Illyrie. On
1 Pan. vet., VIII, 22.
- Zosiine (II, 15) dit de Maxence : ....y.i-.à. t.xck à{*.o'mro; ts *at àaû,^i[%%. Toutefois Lampride, en promettant à Constantin d'écrire l'histoire de Licinius, de Sévère, d'Alexandre (l'usurpateur africain) et de Maxence, dit qu'il fera ila ut niliil eorum virtute deroejatur (Heliog., 55).
5 Aur. Victor (Cœs., 40) semble attribuer à Maxence l'établissement du follis senalorius, impôt payé par les sénateurs, indépendamment de leur contribution foncière, et que Constantin régularisa. Le prince, étant sénateur, paya aussi le follis senatoiius. C'était une ridicule affectation d'égalité sénatoriale; au fond, il ne payait rien, puisque ce qu'il donnait pour le follis revenait à son fisc.
4 Eusèbe, Hist. eccl., VIII, 14; Pan. veL, IX, 4 et 14 ut prœlorianis cœdem vulgi quondam
annuerit (Aur. Victor, Cœs., 40). D'après Zosime (II, 13), tandis qu'un incendie détruisait le temple de la Fortune, la populace tua un soldat, parce qu'il se moquait tout haut de la déesse qui brûlait. Ses camarades, pour le venger, se ruèrent sur les citoyens, dont un grand nombre périrent, et « ils auraient détruit la ville si Maxence n'avait arrêté leur fureur ».
5 Eusèbe félicite Constantin d'avoir provoqué cette guerre (Vie de Const., I, 2G), et Eutrope donne à entendre qu'il la recliercha, .... bellum civile commovit (X, 4).
G On a des médailles attestant l'union de ces deux augustes, appelés par Eusèbe (Hisl. ecei, VIII, 14) des frères en scélératesse.
lui donne près do 200 000 hommes et moitié moins à Constantin1 : oe sont do bien gros chiffres, les armées romaines n'étaient pas
Constantin3.
d'ordinaire si nombreuses. Après avoir pourvu à la défense du Rhin et de la Bretagne, Constantin franchit le mont Ccnis3 avec 25 000 hommes
' Zosime, II, 15. L'auteur du neuvième panégyrique (§5), qui, pour bien remplir son office, a dû montrer l'armée italienne comme formidable et celle des Gaules comme peu nombreuse, donne à Maxence centum millia hominum, et à Constantin, vix quarta parte. « Tu avais, ajoute-t-il, moins de soldais qu'Alexandre n'en conduisit contre les Perses. » (Ibicl., 5.) L'armée d'Alexandre avait compté 50 000 fantassins et 4500 chevaux.
s Buste d'agate, de 9 centimètres et demi, avec la monture d'argent doré de 17 centimètres de hauteur. (Cabinet de France, n° 287.) Le travail de ce curieux monument en fixe la date au quatrième siècle. Avant la révolution de 1789, il ornait l'extrémité du bâton de chœur du chantre de la Sainte-Chapelle, et il a successivement passé pour représenter saint Louis, Titus et Valentinien III. L'attribution à Constantin le Grand est maintenant adoptée. Cf. Chabouillet, Catal. général, etc., p. 55.
3 C'est par le mont Cenis que passait la grande route de Lyon en Italie; Constantin arrivant
de vieilles troupes et des auxiliaires barbares. Cette armée avait, quelques chrétiens, qui, dans le fils de Constance, devinaient un protecteur, et beaucoup de païens dont L'unique religion était la victoire; un chef jusqu'alors heureux pouvait compter sur leur dévouement. Constantin leur avait donné du butin, ce qu'on appelle de la gloire, et parfois il avait pour eux de mâles paroles qui allaient au cœur des belliqueux. Elle est de lui cette disposition législative qui permet au soldat mourant dans une expédition de faire son testament, « comme il voudra et comme il pourra, fût-ce sur le champ de bataille, et en écrivant ses volontés, avec son sang, literis sanguine mo rutilant Unis, sur son bouclier et le fourreau de son glaive, ou sur le sable avec la pointe de son épée1 ». Les officiers ne partageaient pas la confiance de leur chef; ils redoutaient cette guerre; ils rappelaient les deux expéditions malheureuses de Sévère et de Galère; et les réponses desaruspices étaient contraires2. Mais Constantin comptait mieux conduire la sienne; il était sûr de ses soldats, et les intelligences qu'il avait en Italie lui promettaient, de la part des populations, une assistance qui avait manqué aux deux augustes.
Suse fut enlevée par un rapide coup de main; un combat de cavalerie lui livra Turin et Milan; un autre, près de Brescia, acheva de lui donner toute la plaine lombarde. La seconde porte de l'Italie, celle qui ouvrait la route d'Illyrie par les Alpes Juliennes, était mieux gardée; Maxence avait craint une attaque de Licinius, et, la jugeant plus redoutable que celle de Constantin, il avait envoyé des troupes dans la Vénétie, avec son préfet du prétoire, le brave Pompeianus, qui prit position à Vérone. L'Adige, fleuve rapide et profond, défendait cette place; Constantin en surprit le passage et enveloppa la ville. Avant que toutes les issues fussent fermées, le préfet s'échappa, réunit les forces éparses dans la province et revint livrer bataille ; il fut vaincu et tué; Vérone, Aquilée, Modène, ouvrirent leurs portes5. Au bout de quelques jours, il ne restait plus un ennemi dans la vallée du Pô, et de là Constantin pouvait tendre la main à Licinius ou l'appeler à l'aide. Son armée,
du nord a dû la suivre; de là il put tomber sur Suse, puis sur Turin. Il n'eût choisi la route par les Alpes Cottiennes, que lui t'ont prendre certains auteurs, que si son armée était venue du midi de la Gaule.
1 Code, VI, 21, 15, anno 3ô4. Les paroles sont de Constantin, mais le droit de tester ainsi avait été établi par les anciens princes, car le texte est précédé de ces mots : sicut juris rationibus licuit. Voy. Hist. des Romains, t. V, p. 297.
* Contra haruspicum monita (Panég. de Constantin).
s Pan. tel., X, 10-27.
rendue confiante par le succès, reposée et bien nourrie dans ces plantureuses provinces, était prête à le suivre partout. Avec une rare sagacité militaire, il n'avait pas cédé à la tentation de courir droit à Rome dès que la roule lui en avait été ouverte; il s'était donné, dans le nord de la péninsule, une base solide d'opérations, comme fera quinze siècles plus tard Bonaparte, lorsqu'il ira de Montenotte à Vérone, en
Ruines du cirque de Maxence.
écrivant au Directoire que l'Italie doit être conquise dans la vallée du Pô et de l'Adige.
Pendant celte marche victorieuse, Maxence restait à Rome, consultant les livres sibyllins, qui lui répondaient, avec la prudence habituelle aux oracles, que l'ennemi de Rome périrait certainement. Trompé par l'insuccès des deux invasions précédentes, il croyait que la campagne romaine serait le tombeau de l'armée gauloise, comme elle l'avait été de l'armée illyrienne, et que ses troupes, couvertes par le Tibre, appuyées au mur d'Àurélien, nourries par de fertiles provinces, recevraient le choc dans une position inexpugnable. Mais il tourna contre lui-même ces avantages en allant au-devant de son ad-
vcrsaire. Il jeta un pont de bateaux à côté du pont Milvius, puis vint offrir la bataille, ayant le Tibre à dos et, pour retraite, deux issues très-étroites. Quand une charge furieuse de la cavalerie gauloise eut jeté l'effroi dans ces légions improvisées, un désordre immense se produisit; tous coururent aux ponts et s'y écrasèrent; celui de pierre n'avait que la largeur d'une chaussée romaine et l'on s'y étouffait; l'autre, de bois, se brisa, et ceux qui s'y trouvaient furent engloutis, avec eux Maxencc, que le poids de ses armes ou les étreintes des soldats qui se noyaient entraînèrent au fond du fleuve (28 oct. 512). Les mois ordinaires ne suffisent pas à Eusèbe pour raconter le succès de Constantin; il lui faut les paroles brûlantes de Moïse contre le pharaon d'Egypte : « Tu as envoyé ton souffle, ô Seigneur! et la mer s'est répandue sur lui ; comme le plomb, il s'est enfoncé dans les eaux rapides; et les femmes d'Jsraël dansaient en chantant: « Célébrez « l'Éternel; il a précipité dans la mer le cheval et son cavalier. »
Le vainqueur fit dans Rome une entrée triomphale : derrière son char, on portait en guise de trophée la tète livide de Maxencc, qui, après la cérémonie, fut envoyée en Afrique pour être montrée aux populations1. Dans l'action, les prétoriens avaient seuls bravement combattu; c'était leur cause qu'ils défendaient. Constantin cassa cette garde séditieuse ; il démantela sa caserne, qui était une forteresse, et il envoya les survivants dans les légions du Rhin. Les amis, les conseillers de Maxence, le fils qui lui restait, furent mis à mort 2. Mais, homme de gouvernement, Constantin ne permit pas que la guerre civile continuât après ces exécutions et que les particuliers eussent leurs victimes, comme il avait pris les siennes. Une loi arrêta les délations3, toujours si promptes à se produire à la suite des changements de régime, pour faire passer à des hommes nouveaux la fortune et les honneurs que possédaient les vaincus.
Au peuple, il donna les jeux et fit les libéralités qui terminaient
1 .... Sequebaiur laine comilalum suum iijranni ipsius teterrimum caput (Pan. vcl., X, 51).
'* Zosime, II, 17, et Pan. vet., X, G : ....seelestos persequeris. Constituta enim et in perpeluum Huma fundala est, omnibus qui statum ejus labefaclare poterant, cum slirpe delelis. Le iils aîné de Maxence, Romulus, qu'il avait nommé césar et fait deux fois consul, était mort avant lui. (Eckhel, t. VIII, p. 59, et l'inscription : Divo Romulo nobilissimo viro, bis consuli.)
3 Une loi de 515 contre les délateurs rappelle une loi antérieure, qui est perdue. Celle-ci fut confirmée par deux autres de 519 et de 555. (Code Théod., X, 1, 2 et 5.) Les développements donnés à l'organisation judiciaire, celle surtout des agents du fisc officiellement chargés de sauvegarder les droits de l'Etat, rendaient inutile le delator autrefois nécessaire, puisque la plupart des États grecs et romains n'avaient jamais eu ce que nous appelons le ministère public. On verra cependant Constantin provoquer lui-même, en 525, des délations.
toujours les tragédies romaines; dans le sénat, il parla modestement de ses services, promit aux pères conscrits d'écouter avec déférence leurs conseils et de rendre à l'assemblée ses prérogatives. Elles étaient à jamais perdues; mais le sénat, flatté que le prince parût s'en souvenir, usa de son vieux droit, un moment retrouvé, pour assigner à Constantin le premier rang parmi les augustes, lui voter un arc triomphal qu'on décora des dépouilles d'un arc de Trajan, et inscrire
PiSS?
Tombeau du iils aine de Maxence sur la voie Appienne. (Restauration d'après Canina.)
son nom sur un temple et une basilique que Maxence avait bâtis1. 11 appela dans la curie un grand nombre de provinciaux2, et il créa ou régularisa le follis senatorius, impôt à la fois personnel et réel, puisque les sénateurs payaient pour leur dignité et pour leurs biens-fonds7'. Cette double mesure devait leur déplaire, mais au fond Constantin n'était pas plus disposé que Diocléticn à rechercher la faveur de ces anciens mai très de l'empire.
1 Cet arc de Trajan a disparu. Les bas-reliefs qu'on lui prit sont à la partie supérieure de l'arc de Constantin. Voyez plus loin, l'arc de Constantin et les bas-reliefs ainsi que les statues qui le décorent. Quant, à la basilique commencée par Maxence, c'était un édifice conçu dans des proportions colossales que l'on a pris longtemps pour un temple de la Paix construit par Vespasien. Voyez, t. IV, p. 649, un essai de restauration tout à fait conventionnel de ce temple de la Paix dont il ne reste rien.
- Pan. vet.. X, 55.
5 Zosime, II, 58.
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CONSTANTIN, MAXENGE ET LICLMUS (506-524). 25
Dans les services administratifs, point de réaction : la plupart des
fonctionnaires de Maxence furent continués dans leurs charges ; son préfet du prétoire reçut même le gouvernement le pins important de l'empire occidental, celui de l'Afrique, avec la mission d'y effacer les traces de la guerre civile. Cirta, relevée de ses ruines, prit, du vainqueur, le nom qu'elle garde encore, Constantine. Tout empereur devait à Rome un monument : il fit réparer à ses frais YAqua Virgo1, et sans doute commencer, sur le Quirinal, les thermes qui portèrent son nom.
11 ne resta que deux mois dans cette ville, d'où il se rendit à Milan ; il y rencontra Licinius; il aurait voulu y faire venir Dioclétien et il y publia l'édit fameux dont nous parlerons plus tard. Mieux vaut, pour la clarté du récit, suivre les événements politiques jusqu'au moment où l'unité de l'empire sera rétablie. Nous serons plus libre, alors, d'étudier, dans ses phases successives, la grande révolution qui s'accomplira sous la direction de l'homme devenu le seul maître du monde romain.
D'année en année, le nombre des empereurs avait diminué; déjà Maximien, Galère, Maxence et Dioclétien ont disparu. Il en reste trois, Constantin, Licinius et Maximin Daza. Celui-ci, païen convaincu, comme son oncle Galère, et toujours entouré de prêtres, de magiciens et de charlatans qui se disaient prophètes, avait continue d'une manière intermittente la persécution. Il combattait l'Église de deux manières, par des condamnations2 et en essayant de donner au paganisme, par une organisation calquée sur celle des chrétiens, la discipline qui lui avait toujours manqué. Dans chaque ville, il fortifia l'autorité du prêtre établi pour veiller sur le culte de la cité, et, dans chaque province, celle du pontife suprême, qui eut sous sa juridiction tout le clergé provincial3. Afin d'assurer à ces pontifes
1 Aur. Victor, C;vs., 41. La gravure donnée hors texte représente une mosaïque trouvée en 1876 au village de l'Oued Atmenia, sur la route de Constantine à Sétif, et publiée par la Société archéologique de cette ville. Nous en avons donné, au tome V, page 475, un fragment représentant un cheval numide. Voy. les Mémoires de la Société arch. de Constantine, t. XIX.
- 11 favorisait dans les villes les émeutes contre les chrétiens trop zélés et il les condamnait aux mines après leur avoir fait crever un œil et brûler le jarret. Voyez la réponse de Maximin à la requête des habitants de Tyr, lui demandant d'éloigner les chrétiens de leur ville. (Eusèbe, Hist. eccl., IX, 7.) Eusèbe parle d'exécutions à moii ; Lactance (de Morte pers., 30) ne mentionne que des mutilations : .... Occidi servos Dei vetnit, debilitari jiissit. Itaque confessoribus effodiebantur oculi, amputabanlur manus, pedes detruncabantur, nares vcl auriculw desccabantur. Mais ces mutilations ont pu entraîner la mort de ceux qui les avaient souffertes. On peint ses mœurs des mêmes couleurs que celles de Galère et de Maxence, comme on peindra encore celles de Licinius, malgré son âge, quand il sera devenu l'adversaire de Constantin. Lactance (ibid., 58) va jusqu'à imputer à Licinius d'avoir interdit qu'on se mariât sans sa permission : ut ipse in omnibus nupliis prwgustator esset.
3 Eusèbe, Hist. eccl.. VIII, 14, et IX, 4; Lactance, ibid., 56.
Vil. - 4
une grande autorité, il les choisissait parmi les personnages les plus considérables et faisait d'eux presque les égaux des gouverneurs de la province. Ses démêlés avec Licinius, qui avait été contraint de lui céder l'Asie Mineure jusqu'au Bosphore, et les relations qu'il avait nouées avec Maxcnce, le rendaient l'ennemi des deux augustes de L'Occident. En 515, quand Licinius était encore avec Constantin à Milan, il crut l'occasion bonne pour surprendre son adversaire par une invasion inattendue. Une nombreuse armée, secrètement réunie
Carte pour la guerre entre Licinius et Maximin.
derrière le Taurus, traversa rapidement la presqu'île asiatique et franchit les détroits; en quelques jours, elle enleva la forte place de Byzance, puis Héracléc, et pénétra jusqu'aux environs d'Andrinople. Licinius l'y attendait. Ses troupes étaient inférieures en nombre; mais le vieux et habile général les avait tirées de ces garnisons du Danube où le voisinage des Barbares entretenait la discipline et le courage. Il eut facilement raison des légions syriennes, sans que les miracles racontés par Lactance aient été nécessaires (1er mai 515). Maximin vaincu s'enfuit jusqu'à Tarse en Cilicic, où il mourut1. Sa femme fut jetée dans l'Oronte ; ses enfants, un fils de huit ans, une fille de sept, et ses principaux officiers furent égorgés. Le vainqueur dont on avait fait le protégé des anges à la bataille d'Andrinople n'était pas plus clément que le beau-frère de Maxcnce ne l'avait été, à Rome, après l'apparition de la croix miraculeuse. Quel-
1 Le récit de sa mort ressemble naturellement, dans Lactance, à celui de la mort de Galère. Tous deux méritaient de finir mal, à cause de leur cruauté à l'égard des chrétiens. Mais c'est être de composition trop facile que d'accepter pour historiques ces légendes qui, à force de se répéter, n'ont plus même l'intérêt dramatique qu'on avait voulu leur donner. Eusèbe (Hist. ceci., IX, 8) mentionne une guerre de Maximin contre l'Arménie, dont nous ne savons rien.
ques mois plus lard, il tua un lils de Galère, la femme, la fille de Dioclétien et le jeune Severianus, qui paya d'une morl prématurée le triste honneur qu'avait eu son père de porter, moins de deux ans, la pourpre impériale. Dans le même temps, Constantin, à la suite de quelques succès sur les Francs, envoyait encore ses captifs aux bêtes de l'amphithéâtre, pour divertir le peuple de Trêves. Malgré les visions célestes et les songes merveilleux, ces hommes étaient
Le triomphe de Licinius1
sans cœur, et leur foi, s'ils en avaient une, sans influence sur leur conduite2. Les mœurs politiques redevenaient atroces; en face de tous ces meurtres, le précepteur chrétien d'un fils de Constantin jetait un cri de triomphe5. L'inspiration du doux maître de Galilée faisait place à celle du Jéhovah implacable de la loi mosaïque.
1 Camée du cabinet de France, n° 255. Licinius, debout dans le quadrige triomphal, tient d'une main un javelot et de l'autre le globe, symbole de la souveraineté. Les chevaux du quadrige foulent aux pieds des ennemis terrassés. Deux Victoires ailées tiennent les rênes des chevaux; celle de droite porte un trophée; celle de gauche une enseigne sur laquelle se voient les images des deux empereurs. Les deux figures qui présentent chacune un globe à l'empereur personnifient le Soleil et la Lune. (Sardonyx à 5 couches de 55 millimètres de haut sur 70 de large.) La rareté des camées iconographiques du quatrième siècle donne une importance particulière à celui que nous publions et qui a été l'objet d'un mémoire de M. Chabouillet, Revue archéologique, ix année.
- Malala (XII, p. 514) parle d'un massacre de 2000 habitants d'Antioche dans le cirque de cette ville par ordre de Licinius, pour des plaisanteries qui avaient couru la ville sur son compte(?).
5 Bestias malaa dclcvit Dominus et erasit de terra. Celebremus igitur triumphum Dci cum czsultaiione (Laclance, de Morte pers., 52-5).