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dogme hérétique, ne donneront plus le nom d'église à leurs conciliabules et, en attendant la vengeance divine, ils seront frappés de la notre1. » Une loi du même jour précisait celte menace : « Qui par ignorance ou négligence offensera la sainteté de la loi divine commettra un sacrilège2; » et la peine du sacrilège était la mort par le bûcher, les hèles ou la croix". On doit s'affliger de cette intolérance, on ne peut s'en étonner, car le monde a vu rarement des gouvernements assez sages pour ne pas prétendre à régler la conscience religieuse ou politique des gouvernés.
Autant qu'il est possible de faire sortir la vérité d'un chaos de renseignements confus, il parait qu'une nouvelle invasion aurait eu lieu en cette année 580; les uns parlent, pour les Romains, de défaites, les autres de victoires, et tous doivent avoir raison. Il est probable que le gros de la nation gothique ne remua pas. Mais de grands mouvements de peuples troublaient encore la Germanie. Les
Langobards, descendus du Nord, avaient refoulé L'empereur Théodose diadème. s \tn , î -\t i i • • < i • ' (Médaillon d'argent.)
a I Ouest les Vandales, qui arrivèrent jusqu aux ( B '
confins de la Gaule. Quelques peuplades, poussées vers le Sud, franchirent le Danube, entraînant avec elles des bandes isolées de Golhs, et la Thrace, la Macédoine, la Thessalie, l'Épire, furent de nouveau saccagées par Fritigern avec ses Visigoths, la Pannonie par Alathcus et Saphrax avec les Ostrogoths. Les troupes romaines se heurtèrent contre les pillards, ici victorieusement, ailleurs sans succès : un jour, Théodosc manqua d'être pris et n'échappa que par une fuite rapide. Ce revers et un nouvel accès de son mal le décidèrent à réclamer le secours de Gratien ; mais l'Occident était menacé d'avoir comme l'Orient son invasion : les Vandales voulaient chercher en Gaule la fortune que les Goths avaient trouvée en Thrace. Gratien se débarrassa d'eux en leur cédant la haute Pannonie. Moyennant ce sacrifice, il put envoyer à son collègue quelques troupes commandées par des chefs francs, Arbogast et Bauto, deux vaillants hommes de
1 Code Théod., XVI, 1, 2. — Cunctos popidos in tali volumus religione versari — De
celte même année 580 sont datées neuf lois contre les concussions et les vols des juges et des puissants. Cf. Godefroy, au Code Théod., t. Ier, p. 108. Le mal que nous avons si souvent signalé ne diminuait donc pas.
2 Code Théod., XVI, 2. 25.
3 Dlpien au Dig., XLVIII, 15, 6.
guerre, dont le dernier fut père de l'impératrice Eudoxie. Barbares contre Barbares, la victoire resta aux mieux disciplinés : la Thrace et la Macédoine furent de nouveau délivrées. Graticn acheva la pacification de ces provinces en traitant avec les Goths. Ces Barbares, dont les instincts destructeurs se réveillaient dans les expéditions de pillage, étaient encore tout étonnés de leur victoire. Avec le bu lin de la Thrace, ils avaient emporté, dans leur retraite, une
/És/^^^s. très-haute idée de l'empire qu'ils avaient vaincu. Ils lk ^Ipf *Û comparaient leurs buttes de boue, leurs villages 011-
w* ifr M verts et leurs sentiers fangeux à ces villes assises der- ^^s^Ss^v rière de puissants remparts, sur un sol assaini, à ces
Revers d'une mon- p0nts ic[és sur les HeilVCS, h CCS routes illdestrucli-
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Utc des succès de blés qui sillonnaient les plaines ou traversaient les
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montagnes; et ils ressentaient pour une civilisation qu'ils étaient déjà capables de comprendre, sans pouvoir encore l'imiter, l'admiration naïve que le successeur de Fritigern exprimait quelques mois plus tard. Appelé à Gonstantinople par Théodose, le roi Athanaric s'écriait, en traversant la ville impériale : « Je vois à présent ce que je n'avais pas voulu croire, la splendeur de cette grande cité. Ali! l'empereur est un dieu sur terre; quiconque osera lever la main contre lui périra'. » Cette première impression ne s'effacera pas ; la nation gothique gardera le respect de l'empire et, tout en dévastant ses provinces, elle se proposera de le faire vivre, du inoins à son profit : Ataulf dans la Gaule, Tliéodoric en Italie, parleront ou penseront comme Athanaric. Les vainqueurs d'Andrinoplc étaient donc disposés à revenir aux conditions stipulées avec Yalcns : obtenir des terres dans l'empire et combattre pour lui. Gratien pensa que la perte de provinces désolées ne serait pas un dommage sérieux et que les Goths défendraient mieux le passage du Danube que ne le pourraient faire les rares et faibles garnisons envoyées en ces lieux déserts5. 11 acheta les chefs par des présents et des pensions, le peuple en lui promettant des vivres, sans doute jusqu'à la moisson prochaine, et il leur abandonna, libres de tout impôt, les terres fertiles qui des-
1 GLORIA XOVI SAECVLI. L'empereur deboul, tenant le labarum et un globe surmontés l'un et l'autre de Victoires qui tiennent une palme au-dessus de la tète de l'empereur. (Médaillon d'or.)
2 Jordanès, 28.
3 Zosime (IV, 54) dit que tous les Goths venus à Constantinople avec Athanaric s'en allèrent garder les passages du Danube : t-jî ira o'/Oïi; ç'jXaxvi TrfCGe-papTcfnfiaavTaî Itù tti/.ù xwXùaai rà; xarà Puuxicov s<po5su;.
cendent des Balkans au grand fleuve1. Théodose, tenu au couranl de ces négociations qui intéressaient ses provinces, s'empressa de ratifier la convention et reçut, en échange, des recrues si nombreuses, que ses troupes parurent n'être plus composées que de Barbares2. « On rétablit, dit Jordanès, en égal nombre et sous le même nom, les fédérés de Constantin. » C'était un péril; Théodose essaya de le diminuer en expédiant bon nombre de ces dangereuses recrues dans les provinces d'où il retira de vieilles troupes romaines. Ainsi le fils du prince persan Ilormisdas conduisit en Egypte un corps de Goths qui remplaça, Bans danger pour l'empire, mais non sans dommages pour les habita n I s , la légion d'Alexandrie. Le long du chemin, ils commirent mille violences. Dans une ville de Lydie, les citoyens se soulevèrent contre ces pillards et en tuèrent deux cents5. On ne nous dit ni la perte des citadins dans cette mêlée, ni combien de fois pareilles scènes se renouvelèrent. Mais nous sommes assuré que cette façon de recruter l'armée romaine a fait cruellement expier au gouvernement son ineptie, aux populations leur lâche abandon du service militaire.
Princes et peuples, au contraire, se félicitaient de cette politique dont ils ne voyaient pas les désastreuses conséquences. Ils avaient tous, avec l'orgueil des souvenirs, une vanité facile à satisfaire. Ces Barbares, qui allaient être leurs maîtres, ils les disaient asservis à l'empire : Bomano serriebant imperio. Aussi, lorsque, après la paix qui sanctionnait un premier démembrement, Théodosc se rendit, le 14 novembre 580, à Constantinople, il y entra en triomphateur4. L'arrivée, six semaines plus tard, d'un juge des Goths fut l'occasion de nouveaux cris de victoire. Athanaric semble avoir été rappelé par son peuple, à la mort de Fritigern, et ce fut sans doute pour confirmer le traité récent qu'il se rendit à Constantinople5. L'empereur le reçut avec magnificence; il sortit à sa rencontre, le combla de présents, et, le vieux chef étant mort quelques jours après (janvier 581), il lui lit de royales funérailles dont on parla, chez les Barbares. Cette conduite attira d'autres chefs, heureux d'échanger une vie inquiète et rude, au
1 Jordanès, 27; Prosper. Citron., anno 580: ....procurante Gratiano, co quod Tlteodosiits warotaret pax formata cum Gothis.
â ,...5Ù£è 'Puu-aîo'j tS'ioujiai; tq fjapêâeou (Zosime, IV, 50). 5 Zosime, IV, 50.
4 Zosime, IV, 55; Philostorge, IX, 10; Marcellini comilis Chronicon, anno 580.
5 Jordanès dit qu'il succéda comme chef d;'s Visigoths à Friligern. Celui-ci, qui avait été son rival et son ennemi, disparaît en effet de l'histoire à ce moment, et les honneurs rendus parThéodose à Athanaric continuent l'assertion de Jordanès.
milieu de leurs turbulents compatriotes, contre les profits, les tranquilles honneurs et les plaisirs de la vie romaine.
La convention faite avec le gros de la nation n'empêcha pas des bandes de courir le pays pendant près de deux années encore1. Le général Saturninus réussit à négocier avec elles, aux mêmes conditions, un traité qui, le 5 octobre 582, mit fin à la grande guerre Gothique. « Mauvaise paix, » écrit Idace, infida pace. L'empire, en effet, y perdait plusieurs provinces, et les Barbares, qui gardaient leurs chefs nationaux et leurs coutumes, ne se soumettaient, sur les terres qu'on leur avait cédées, ni aux lois ni aux magistrats de Rome : ils étaient ses alliés et n'étaient point ses sujets2. Ils avaient promis d'aider l'empereur dans toutes ses guerres et ils lui fournirent des engagés volontaires qui reçurent une solde supérieure. On les reconnaissait à leurs colliers et à leurs bracelets d'or, surtout à leur turbulence, car ces protecteurs de l'empire n'étaient pas éloignés de se croire en pays conquis, et n'avaient que du mépris pour la
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naiede Tomi\ toute lunule des provinciaux. On a vu les desordres causés par ceux que Théodose envoya en Egypte; d'autres essayèrent de piller la ville de Tomi, où commandait, un brave général, le comte Gerontius. Quand il voulut repousser ces bandits, les soldats très-effrayés refusèrent de le suivre. Pour les entraîner, il fallut qu'il se jetât seul au milieu des ennemis. Il réussit à délivrer ce coin de !a Thrace; mais, au lieu de l'en récompenser, Théodose le punit. Menacé d'une sentence de mort, Gerontius n'échappa au supplice qu'en abandonnant tous ses biens aux eunuques du palais4. Un jour, à Constantinoplc, les Goths montrèrent tant d'insolence, que le peuple ameuté tua l'un d'eux. Théodose, pour prévenir la colère des Goths, punit la ville entière, en la privant de la moitié d'une de ses distributions journalières8. Quelques années plus
1 Zosime (IV, 54) parle, pour cotte année 581, de Scyres, de Carpodaces et de Huns, qui lurent rejetés au delà du Danube.
2 Themistius, Disc, XVI, p. 210; Claudien, in Eatropuim, H, vers 155 et 194. Cf. Wietersheim, II, p. 08. Il est inutile d'ajouter que cet écrivain allemand trouve excellente la politique qui ouvrait l'empire aux Germains et qu'il reproche à un contemporain, Synesius, de la blâmer. Tout ce qui peut être dit en faveur de Gratien et de Théodose, c'est qu'ils étaient les héritiers nécessaires d'une politique malheureuse dont j'ai vingt fois signalé les dangers.
3 TO M EITON. Hercule debout, coiffé de la dépouille du lion, appuyé sur sa massue. (Monnaie de bronze.)
" Zosime, IV, 40.
3 Libanius, Disc, XII. p. 594, édit. Morel.
tard, pour venger la mort d'un de leurs officiers tué dans Thessaloni(|iie, il ordonnera le massacre des habitants de celle ville. A sa table même ils échangeaient de violentes paroles; souvent les épées étaient tirées et le sang coulait \ Dans les guerres civiles, ils rendirent de bons services, parce que des expéditions au milieu des provinces promettaient du butin; mais, plus d'une fois aussi, Théodose reconnut combien était chancelante la foi de ces hommes qui, tout en admirant le grand Etat civilisé, se sentaient des étrangers dans l'empire et croyaient avoir, sur ses richesses, les droits du plus fort. Lorsque Théodose marcha contre Maxime, beaucoup de fédérés désertèrent pour piller la Macédoine et la ïhessalie; et durant son séjour en Italie, ou après qu'il fut rentré à Constantinople (10 novembre 591), d'autres tuèrent un de ses meilleurs généraux, Promotus. Le Vandale Stilichon, ami de cet officier, essaya de le venger. 11 réussit à enfermer leurs bandes dans une vallée étroite où il aurait pu les tailler en pièces, si Théodose n'avait mieux aimé traiter avec eux 2. 11 était bien, comme Jordanès l'appelle, le grand ami des Golhsr' : amitié funeste à l'empire, mais imposée par les circonstances. C'est la détestable organisation militaire de l'État romain, au quatrième siècle, et non pas les seules préférences de Théodose, qui avait fait la menaçante fortune des Goths. En songeant à tous ces Barbares, Synesius s'écriait : « Le rocher de Sisyphe est suspendu au-dessus de nos têtes*. »
II. — GRATIEN ET THEODOSE, DEPUIS LA PAIX AVEC LES COTI1S JUSQU'A LA MORT