‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des Antonins (volume 3)Chapitre 32 sur 45 · VI. Questions religieuses · texte numérisé non relu

VI. Questions religieuses

a Peut-on, à Nicomédie, déplacer un temple de Cybèle?

— Oui. Le sol provincial n'est pas capable de recevoir les consécrations romaines. »

« On me demande à transférer des tombeaux. A Rome,

1. Ep. 83 Ceux sans doute que désignaient pour les remplir leur fortune et leur naissance, comme à Rome les fils de sénateurs. — 2. On trouve dans une inscription d'Hadrien (C. J. L, t. III, n*" 586) le nom de defensor, mais avec le sens d'avocat plaidant pour les intérêts de la ville. L'éx$ixoc était du temps de Cicéron l'avocat de la ville [Ad Famil, xiii, 56, 1., et op. Waddington, l'insc. de Cibyra, n. 1212). Le cruvôtxo; était un citoyen envoyé extraordinairement à l'empereur ou au gouverneur pour une affaire spéciale. Dig., L., 4, 18, §13. Dans ce passage il est dit : Defensores quos Graeci syndicos appellant. Cf. Waddington, ad n. 628 et 117&

il faut une décision des pontifes. Que dois-je faire ici? — Accorder ou refuser selon la justice. Il serait par trop dur d'imposer aux provinciaux de venir consulter à ce sujet les pontifes romains. »

« J'ai trouvé une maison en ruines pour y mettre le bain des Prusiens. Le propriétaire avait voulu y bâtir un temple à Claude. Mais il n'en reste rien. — Mettez le bain dans cette maison, à moins que le temple n*ait été construit, car, lors même qu'il aurait disparu, la place demeure consacrée. »

« On dit, seigneur, qu une femme et ses fils ont été ensevelis au même lieu où s'élève votre statue. La statue est dans une bibliothèque, les sépultures dans une grande cour enfermée de galeries. Je vous supplie de m'éclairer dans le jugement de cette affaire. » Elle eût été grave, en effet, sous un autre prince, car une accusation de lèsemajesté en pouvait sortir. Trajan s'irrite qu'on le croie capable de l'autoriser et répond : « Vous ne deviez pas hésiter sur une telle question, car vous savez fort bien que je ne me propose pas de faire respecter mon nom par la terreur et par les jugenients de majesté. Laissez là cette accusation que je ne permettrais pas de recevoir. »

VIL Discipline militaire.

« Faut-il faire garder la prison par des soldats, ou, selon la coutume, par des esclaves publics? J* ai mis des uns et des autres. — Cela ne vaut rien. Il faut s'en tenir à l'usage et ne pas éloigner le soldat du drapeau, »

a Le préfet du littoral pontique qui n'a que douze soldats, en demande davantage. — Non. Tous les chefs veulent étendre leur commandement, et les petites garnisons détruisent l'esprit militaire. »

a Des esclaves ont été trouvés parmi les recrues. Qu'en faut-il faire? — S'ils ont été choisis, la faute est à l'officier recruteur; s'ils ont été donnés comme remplaçants, on s'en prendra aux remplacés; si, connaissant leur condition, ils sont venus s'offrir d'eux-mêmes, punissez-les. »

Vin. Discipline civile.

« Dans beaucoup de villes, des gens condamnés aux mi-

nés ou à combattre comme gladiateurs servent d'esclaves publics, quelques-uns avec des gages. Que faire? — Exécuter les sentences, excepté pour ceux dont la condamnation remonte à plus de vingt ans. »

« Un homme, banni à perpétuité par Bassus, est resté dans la province sans user du droit que lui donnait un sénatus-consulte, après la cassation des actes de Bassus, de réclamer dans les deux ans un nouveau jugement. — Il a désobéi à la loi; en voyez -le aux préfets du prétoire, pour un supplice plus rigoureux. »

a Ceux qui prennent la robe virile, se marient, font l'inauguration d'un ouvrage public, ou entrent en exercice d'une magistrature, ont coutume d'inviter les décurions et beaucoup de monde, quelquefois plus de mille personnes, et de donner à chacune un denier ou deux. Je crains que ces réunions ne soient des assemblées défendues par vos édits. — Vous avez raison. Mais j'ai fait choix de votre prudence pour réformer tous les abus de cette province. »

«Un grand incendie a désolé Nicomédie. Ne serait-il pas bon d'établir un collège de cent cinquante artisans chargés de veiller au feu ? — Non , les corporations ne valent rien, w

Cette correspondance nous gâte Pline : timoré, indécis, hésitant sur tout, il fait, comme gouverneur d'une grande province, la plus triste figure*. Trajan, au contraire, est net, précis ; il répond en maître expérimenté et juste, commande sans phrase, et, en tout, fait respecter la loi. Sous ses paroles affectueuses pour « son très-cher Secundus' », on sent l'impatience de l'homme supérieur qu'un lieutenant incapable dérange chaque jour pour des misères. Mais ce qui résulte surtout de cette correspondance, c'est la preuve de l'omnipotence impériale et des progrès ef-

1. Il a voulu cependant, à Texemple de Cicéron, donner des conseils à un gouverneur. Comparez les deux lettres (PI. VJII, 24, etCic, £p. ad Quint. I, 1), et vous aurez la mesure de la différence des deux hommes. — 2. Pline le jeune s'appelait C. Plinius Cœcilius Secundus.

frayants que faisait le gouvernement central. Il est vrai que sans une forte administration générale, les affaires de l'État ne se font pas et que les affaires locales courent le risque de se faire mal; mais tout envahir, le droit civil, comme le droit pénal des cités, l'administration des finances, comme celle de la voirie et des travaux publics : c'était trop. On pourrait déjà presque dire qu'il ne se remuait pas un pavé dans les provinces sans une requête à Rome, qu'il fût question de couvrir un ruisseau fangeux ou de déplacer un mort dont le tombeau s'était écroulé ; et Ton envoyait un courrier au prince pour lui demander quelle garde on mettrait à la porte d'une prison.

Ainsi l'empereur fait la loi et, par lui-même ou par ses lieutenants , il décide les cas particuliers ; il gouverne l'empire, et Ton pourrait dire qu'il administre les cités, car il n'hésite pas à regarder dans toutes leurs affaires, que ces villes soient simples municipes tombés sous la puissance de Rome par la conquête ou cités alliées et libres, rattachées à Temph'e par un traité. Trajan respecte, il est vrai, leurs lois, leurs privilèges, parce qu'il est habile et sage ; mais son légat ne doute pas que le prince ne puisse tout changer. Après la lecture de cette correspondance officielle, on se fait aisément l'idée de ce que Tempire deviendra, quand l'empereur, au lieu d'être Trajan, sera Commode ou Élagabal. Nous ne sommes encore qu'au second siècle, et nous voyons poindre le mal qui va miner l'empire. Trajan parle de gens que l'on fait entrer malgré eux dans la curie*, et Pline considère déjà les magistrats municipaux comme les serfs de la chose publique.

On dira que Pline avait une mission spéciale", que, comme Libon sous Marc-Aurèle ', il avait obtenu de l'empereur l'autorisation de prendre ses conseils dans les cas douteux; qu'enfin tous les légats n'accablaient pas le prince de lettres aussi nombreuses ; c'est possible, mais nous ne pouvons l'affirmer, puisque ces correspondances

1. ...Çut inviti fiunt decurioneSj PL, Ep., 114, — 2. Borghesi, Œuvr.j V, 407-415. — 3, Se scripturum esse si quid forte duhitaret, Capit. VeruSy 9

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officielles ont péri, une seule exceptée, celle du gouverneur de Bithynie. Dans tous les cas, que l'empereur ou le proconsul décidât, le résultat était le même : la dépendance des provinciaux, et le droit pour Tadministration romaine de se mêler, selon son bon plaisir, des plus petites affaires.

La plus importante de ces lettres de Pline est relative aux chrétiens. Ceux-ci ne justifiaient pas les craintes inspirées d'abord par leur adoration d'un crucifié, qui avait paru à quelques-uns une menace de révolte. Saint Paul avait prêché la soumission aux puissances, « au prince qui est le ministre de Dieu*, » et saint Pierre écrivait : « Rendez à chacun l'honneur qui lui est dû". » L'Église ne travaillait même pas directement à ruiner l'esclavage, cette base de la société païenne. Les fidèles avaient des esclaves, et des esclaves chrétiens, à qui Pierre disait : « Serviteurs, soyez soumis et respectueux envers vos maîtres, non-seulement lorsqu'ils sont doux et bons, mais encore lorsqu'ils sont rudes et fâcheux*. » Ils vivaient donc paisibles et dans l'ombre, multipliant au milieu des humbles parla vertu de cette charité qui leur montrait des frères dans tous les misérables. Mais la condition essentielle de leur culte était la prière en commun. Or Trajan n'aimait point les associations*; on vient de voir qu'il n'en voulait même pas contre les incendies, et que les réunions trop nombreuses, fût-ce pour une fête, lui étaient suspectes. Il sentait, sans pouvoir s'en rendre compte, comme un travail souterrain qui minait la société romaine, et ses lettres portent la trace de l'irritation qu'il éprouvait contre tout ce qui voulait sortir de Tordre établi. Aussi ne faut-il pas

1. Ep, ad Rom., xm, t-7 et la !• Petn, n, 13. — 2. Ep. I, n, 17. —

3. Ibid, 18 et Paul ad Col., m, 22-24. — • 4. Il les interdit toutes 5^

cundum mandata ttta, dit Pline^ hetaerias esse vetueram. Cependant il en réorganisa une à Rome. Mais c'était le collège des boulangers : < Par une prévoyance admirable^ dit Aur. Victor, de Cxs, 13, et afin d'entretenir à Rome une perpétuelle abondance^ il rétablit et consolida le ^istorum coUegium, » Sur le droit d'association et les collèges ou corporations des Romains, voy., ci-dessous, le chap. lvii.

s'étonner si les secrètes agapes des chrétiens lui parurent dangereuses. D'ailleurs on est bien forcé de répéter que, suivant la légalité de ce temps, une attaque contre les dieux de Rome était une insulte à Tempereur, et que, par suite de l'union impie de la politique et de la religion, les incrédules à l'apothéose du prince devenaient des rebelles à son autorité. Il en va toujours ainsi. Le présent et l'avenir sont trop souvent deux mortels ennemis qui, dans l'éternelle transformation des choses, se heurtent et se combattent. Le vieux monde destiné à périr se défend avec colère contre ce qui l'attaque et bientôt le tuera. La ciguë de Socrate, la croix de saint Pierre, le bûcher de Jean Huss, le pilori des puritains, la Bastille des libéraux ont fait des victimes, mais aussi des morts triomphants. Trajan, esprit étroit et dur, comme toute cette race romaine, malgré sa véritable grandeur, était ennemi des nouveautés, et incapable de comprendre celle qui se produisait alors. Ce serait même un sujet d'étonnement profond de voir de belles intelligences, comme Tacite, Trajan, Pline, Suétone, Marc-Aurèle, ne pas s'apercevoir de l'immense révolution qui se préparait, si l'histoire tout entière ne déposait de Tignorance où les puissants du jour s'obstinent à rester touchant les puissances du lendemain.

« Je me fais un devoir, seigneur, écrit Pline à Trajan, de vous exposer tous mes scrupules..., je n'ai jamais pris part au procès d'aucun chrétien et ne sais sur quoi porte Tinformation qu'on fait contre eux ni de quelle peine ils doivent être frappés. Faut-il distinguer entre les âges et pardonner à qui se repent? Est-ce le nom seul qu'on punit en eux ou les crimes qui s'attachent à ce nom ? Voici la règle que j'ai suivie. Je leur demande s'ils sont chrétiens. Ceux qui l'avouent, je les interroge une seconde et une troisième foi$, en les menaçant du supplice. Quand ils ont persisté, je les y ai envoyés; car, de quelque nature que fût ce qu'ils confessaient, ils étaient toujours coupables de désobéissance et d'une inflexible obstination. Parmi ces fous j'ai

réservé ceux qui sont citoyens romains pour les faire conduire à Rome*.

« J'ai reçu des dénonciations anonymes contre de prétendus chrétiens ; mais ces gens ont, en ma présence, invoqué les dieux dans les termes que je leur prescrivais, offert de Tencens et du vin à votre image et, chose à quoi 1 on ne saurait, dit-on, contraindre des chrétiens véritables, ils ont maudit leur Christ. Ceux-là, je les ai absous. D'autres ont reconnu qu'ils avaient été chrétiens, en déclarant qu'ils ne Tétaient plus depuis plusieurs années ; tous ont accompli les rites devant votre image et les statues des dieux ; tous aussi ont maudit Christ.

« Ils prétendaient que toute la faute ou l'erreur consistait pour eux en ceci, qu'à un jour marqué ils s'assemblaient, avant le lever du soleil, pour chanter tour à tour des vers à la louange de Christ, comme s'il eût été dieu ; qu'ils s'engageaient par serment à ne point manquer à leurs promesses, à ne commettre ni vol, ni violence, ni adultère, à ne point nier un dépôt; qu'enfin ils se réunissaient encore pour manger en commun des mets innocents * ; mais qu'ils avaient cessé de le faire depuis l'édit par lequel, selon vos ordres, j'avais interdit toute sorte d'assemblée. Pour m'assurer de la vérité de ces paroles, j'ai mis à la torture deux filles esclaves qu ils disaient attachées au ministère de leur culte et n'ai trouvé qu'une mauvaise superstition poussée à l'excès. Par cette raison, j'ai suspendu l'enquête pour prendre vos ordres.

« L'affaire mérite attention par le nombre de ceux qui se trouvent en péril. Beaucoup de personnes, en eflfet, de tout âge, de tout ordre, de tout sexe sont déjà et devront être impliquées dans l'accusation, car ce mal contagieux a envahi nour seulement les cités, mais les bourgs et les villages. »

En bon courtisan Pline ajoute que le mal peut être ar-

1. Le droit d*en appeler à Tempereur était le plus important des priyiléges qui restât aux citoyens. — 2. Cihum innoxium, pour répondre à l'accusation souyent portée contre les Juifs d'immoler des enfants.

rêté, qu'il l'est déjà, puisque les temples désertés voientla foule revenir, que les sacrifices recommencent, qu'on vend beaucoup de victimes restées auparavant sans acheteurs ; et, en honnête homme qui ne voudrait pas envoyer au supplice des gens inoffensifs, il demande au prince de faire grâce au repentir.

Trajan ne paraît pas s'être beaucoup ému du tableau contradictoire que lui faisait son légat : cette contagion impie qui gagnait les villes et les hameaux, cette vie nouvelle qui se montrait dans les temples; et il refusa de prendre une mesure générale, « On ne saurait, dit-il, établir pour les procès des chrétiens une forme certaine qui puisse être suivie partout. N'en faites pas recherche ; mais s'ils sont accusés et convaincus, punissez-les. Ne recevez pas de dénonciations anonymes et ne condamnez point sur des soupçons. »

De pareils ordres provoqués par de semblables demandes furent sans doute envoyés ailleurs, et ce qui avait lieu en Bithynie a dû se passer en d'autres provinces, même avec plus de rigueur là où se trouvaient des gouverneurs moins humains et des populations moins paisibles, qui croyaient venger leurs dieux en criant dans l'amphithéâtre : « Les chrétiens aux bêtes I » Ainsi la tradition de l'Église place sous ce règne les martyres de saint Ignace, évêque d'Antioche et de saint Siméon, évêque de Jérusalem, martyres que nous ne racontons point, parce que Thistoire intérieure de l'Église ne peut rentrer dans le cadre de cette histoire générale de l'empire *.

Les deux lettres qui viennent d'être citées, mettent plusieurs points en lumière. Pline, né sous Néron avant l'incendie de Rome, avocat, jurisconsulte, sénateur et consulaire, mêlé à toute la vie politique de son temps, savait fort mal, lorsqu'il arriva en Bithynie, ce qu'était un chrétien, preuve qu'il n'y avait pas encore eu contre eux d'information juridique, de décision solennelle ni de persécution

t. Il y a d'ailleurs de grands doutes au sujet des Actes de saint Ignace, qui paraissent avoir été rédigés fort tard : Uhlhom dit au sixième siècle (Cf. C. 1. 1., t. III, p. 103). Quant au martyre de Siméon, il est mis en Tan-

générale*. Il les frappe parce qu'il les regarde comme s'étant mis en révolte contre la loi religieuse de Tempire, en méprisant ses dieux ; contre la loi civile, en faisant des assemblées illicites ; contre Tautorité proconsulaire, en lui refusant obéissance. Et cependant il montre la simplicité de leur foi, la pureté de leur vie, ces agapes fraternelles, ces chants pieux qui étaient alors tout leur culte, et le caractère fondamental de cette religion des pauvres qui mettait dans le sacerdoce, ou du moins dans les honneurs de la naissante Église, deux filles esclaves. C'est qu'eux et lui habitalent en esprit dans deux mondes différents et, tout en parlant la même langue, ne pouvaient se comprendre. Aussi suis-je assuré que Trajan, le gardien rigoureux de la discipline militaire et civile, envoyait un chrétien au supplice sans plus d'hésitation ni de remords que s'il eût été question d'un soldat réfractaire ou d'un esclave fugitif^. Ces cruautés nous révoltent et ces violations des droits de la conscience nous indignent ; mais il faut reconnaître que les contemporains de Trajan pensaient comme lui et ne pouvaient point penser autrement; que pour eux les chrétiens

née 105 par la chronique Paschale et par celle d'Ëusèbe, en l'an 107 par saint Jérôme. La condamnation de l'évoque de Jérusalem par le procurateur de Syrie aurait donc précédé de plusieurs années l'arrivée de Pline en Bithynie. — 1 . On a vu, p. 48 et suiv., ce que fut la persécution sous Néron ; sous Domitien il y eut condamnation légale de quelques citoyens n'appartenant pas à la nation juive y ({nijuddisaient^ c'est-à-(Ûre qui abandonnaient la foi nationale. Trajan fut le premier à retirer aux chrétiens, sans distinction d'origine, le bénéfice de la tolérance légale sous laquelle ils vivaient, comme les autres sectateurs de religions étrangères ; mais il n*y eut pas sous lui de recherche, di inquisition ; on punissait la manifestation publique, qui était, par cela seul, une publique révolte contre la loi et les magistrats. Aussi n'y eut-il qu'un petit nombre de martyrs jusqu'à la grande persécution de Décius (Origen.,adv. Cels., 111, 8). Même alors l'Eglise si florissante d'Alexandrie ne compta que 17 martyrs, 10 hommes et 7 femmes, (Eus., Bist. Secl., VI, 9) et presque en tout temps on put recueillir les restes des victimes. — 2. Le nombre des condamnés doit avoir été bien petit, car ni Tertullieo (ApoLf v), ni Meliton (Euseb., Hist, Eccl., IV, 26), ni l'auteur du De fnorteperseeutorum (ch. 3 et 4) ne comptent Trajan parmi les persécuteurs, et Dante l'a placé dans son Paradis. M. L. Renier, dont l'autorité est si grande en épigraphie, croit que les inscriptions chrétiennes remontant avec certitude au troisième siècle, c'est-à-dire un siècle après Trajan, sont encore trèsrares. Comptes rend, de VAcad, des Inser. et Belles-Lettres, 1867, p. 168.

étaient des rebelles ; et qu'en effet, ces hommes qui allaient briser l'ancienne société, étaient les plus grands révolutionnaires que le monde eût encore vus. Nous sommes avec eux contre leurs persécuteurs, toutefois avec la douloureuse obligation de dire qu'ils ont eu le sort de tous les réformateurs, celui qu'eux-mêmes ont infligé plus tard à quiconque essaya aussi de remplacer l'ancienne loi par une loi nouvelle*. Y a-t-il bien longtemps qu'agir comme les chrétiens de Pline, avec d'autres idées, n'expose plus au même péril? Ah I que la justice est lente à venir et que l'homme marche péniblement à sa propre délivrance I

Trajan qui inscrit au code pénal de Rome un nouveau crime , celui de christianiser , essaye en même temps de consolider les maîtres de l'Olympe sur leurs autels croulants. Dans une longue inscription récemment découverte, nous avons la preuve de sa sollicitude pour rendre aux anciens dieux leurs honneurs et à une vieille institution religieuse son autorité. Du temps de Strabon, Delphes était fort pauvre, quoique le domaine du temple fût trèsriche, puisqu'une seule de ses forêts d'oliviers, sur un des contre-forts du Parnasse, donne aujourd'hui un revenu annuel de soixante-dix mille drachmes. Mais ce domaine avait été envahi de tous côtés par les cités voisines, malgré un jugement solennel des amphictyons qui, cent quatrevingt-dix ans avant notre ère, en avait fixé les limites. Trajan chargea un des grands personnages de l'empire de faire respecter comme loi souveraine la sentence amphictyonique, de rendre au dieu ses biens et de remettre en place les vingt-six bornes sacrées ^ Était-ce de sa part zèle

1. Tertullien dit expressément... Sacnlegii et majestatis rei convenimur. Summa hœc eausaj immo tota est, Apol., x. Il faut ajouter que la loi de majesté n'entraînait pas seulement la peine de mort^ mais aussi les tortures. Paul, Sent, y V, 29, § 2. Du reste Tertullien comprend bien que ces deux sociétés en présence sont absolument incompatibles. « Les empereurs, dit-il, auraient cru au Christ, si les Césars n'étaient pas nécessaires au monde, ou si l'on pouvait ôtre à la fois et chrétien et César... ^t aut Cœsares non estent sœculo necessariif aut si et christiani potuissent esse Cœsares, Apol. xzi . — 2. Wescher, M&m. des Sav. étr, de VAcad. des Inscr., p. 54 et suiv., et C» I. I., m, n» 566. Cf. Additam.j p. 987.

pieux? Nullement. Apollon et ses confrères en divinité lui étaient parfaitement indifférents. Mais, à Texemple d'Auguste et de Vespasien, il considérait la religion officielle comme une nécessité d'ordre public. C'était un conservateur à outrance, et il faut bien reconnaître qu'il ne pouvait pas être autre chose.

Si l'on excepte les mesures contre les chrétiens, Trajan avait bien rempli son rôle de maître du monde romain. L'immense machine gouvernementale, tant de fois dérangée par les intrigues, les complots, la guerre civile, était remontée et marchait régulièrement avec trois forces, bonnes en tous temps, Tordre dans les cités, la justice dans l'administration, le respect dans les sujets pour la loi et pour celui qui la représentait. Au bout de quelques années, Trajan crut avoir gagné, par ces soins pacifiques, le droit de revenir à ses goûts militaires et de rajeunir ses triomphes daciques par de nouvelles victoires. La vieillesse arrivait : il avait cinquante-neuf ans, peut-être soixante-deux; s'il ne reprenait pas à ce moment les armes, il ne les reprendrait jamais, et sa gloire se bornerait à avoir forcé des villes de bois et battu des peuples que de simples légats avaient vus fuir devant eux. La Bretagne était un trop petit théâtre, bon pour Claude ; les Germains ne donnaient prétexte à aucune guerre ; la Dacie se latinisait paisiblement, et des montagnes de la Calédonieaubord de TEuxin, il ne s'offrait pas un champ de bataille où pût s'accomplir quelque exploit retentissant. Sur la rive méridionale de la Méditerranée, l'Empire avait atteint, des cataractes de Syène au détroit d'Hercule, une frontière infranchissable , le désert; donc rien à faire ni en Afrique ni en Europe : du moins il le croyait. Restait TAsie. De ce côté on pouvait trouver à accomplir ce que l'histoire complaisante appelle de grandes choses : par exemple, faire de l'Arménie un poste avancé contre la barbarie asiatique, comme la Dàcie l'était contre la barbarie européenne ; dompter l'Euphrate et le Tigre, comme l'avaient été le Rhin et le Danube; en un mot, achever à Torient l'œuvre de consolida-

tion des frontières de Tempire. C'était la logique du règne de Trajan; mais pour lui la guerre était surtout un ardent désir de gloire*.

Le motif de l'expédition fut un effort des Arsacides pour rétablir leur influence en Arménie. Khosroès leur roi avait fait arriver son neveu Exédarès au trône de ce pays, que les Romains voulaient garder au moins sous leur influence; et Trajan n'avait pas oublié qu'à la cour de Gtésiphon on avait sans doute prêté une oreille complaisante aux ouvertures du Décébale pour former une vaste coalition qui eût menacé l'empire en Asie, tandis que les Daces l'attaqueraient de front en Europe. L'empereur se rendit durant l'hiver (1 13) à Athènes, où Khosroès, inquiet de la grandeur des préparatifs qui le menaçaient, lui envoya une humble ambassade, avec de riches présents, se bornant à demander que le Romain donnât l'investiture du royaume d'Arménie à un autre de ses neveux, Parthamasiris. L'empereur renvoya l'ambassade, les présents, et dit qu*il ferait connaître sa réponse lorsqu'il serait au bord de l'Ëuphrate. Au commencement de Tan U4, il arrivait à Antioche.

Les événements militaires des années 114-117 nous sont fort mal connus. Trajan eut d'abord à rétablir la discipline dans les légions amollies et séditieuses des provinces orientales ; il y mit sa sévérité habituelle, et tout plia bien vite sous cette main énergique. Il entra en campagne au cœur même de l'été et remonta par la vallée de l'Ëuphrate jusqu'à la grande Arménie. Dans une première lettre, Parthamasiris avait pris le titre de roi; elle lui fut renvoyée sans réponse ; dans une seconde, il supprima le titre, mais demanda qu'on lui expédiât, pour traiter, le gouverneur de la Gappadoce. L'empereur le somma de venir lui-même.

1. ... T^ ô* àXiaOeCa, WÇyi; è7ct8uy.Cqt. Dion., LXVIII, 17. Dierauer, Gesch, Traj,, p. 153, combat très-justement les motifs que Mérivale assigne à l'expédition de Trajan en Orient et que l'écrivain anglais tire principalement de la crainte inspirée à ce prince par les chrétiens, dont il ne s'occupait guère, et par les juifs, dont il ne s'occupait pas.

L'Arménien hésitait à se confier à la bonne foi romaine; cependant, les légions avançant toujours^ il vint au camp, salua Tempereur assis sur son tribunal , avec rarmée entière rangée derrière lui, déposa à ses pieds la couronne qu'il avait sur la tète et, debout, silencieux, avec la dignité grave des Orientaux, il attendit que Trajan lui permit de reprendre son diadème. A la vue de cet Arsacide, de Ce roi découronné qui leur semble un captif, les soldats poussent un cri immense, comme à la suite d'une victoire, et proclament leur général imperator. Parthamasiris se croit tombé dans un piège et cherche à fuir : entouré de toutes parts, il demande que l'empereur lui épargne au moins la honte de parler au milieu de cette foule. On le conduit au prétoire, mais le Romain veut savourer Thumiliation d'un descendant de ceux qui portent le titre de roi des rois ; rien ne se conclut au prétoire, et le prince, ramené au milieu du camp, estforcé d'exposer ses demandes. «Je n'ai pas cependant été vaincu, s'écrie-t-il, je n'ai pas été fait prisonnier. C'est volontairement que je suis venu, dans la pensée que mon royaume me serait rendu par vous, comme il l'a été à Tiridate par Néron. » — « L'Arménie, répond Trajan, appartient à Rome et elle aura un gouverneur romain. » Des Arméniens, des Parthes avaient accompagné le prince au camp. Trajan retint les premiers comme étant déjà ses sujets et laissa Parthamasiris emmener les autres, en leur donnant une escorte qui devait les empêcher de communiquer avec personne. Nous ignorons le détail de ce qui se passa ensuite. Eutrope parle du meurtre de Parthamasiris, et dans un fragment retrouvé sur un palimpseste, un ami de Marc- Aurèle disait : « Il est difficile d'excuser Trajan au sujet de la mort de ce roi. Sans doute il périt justement au milieu du tumulte qu'il avait excité ; mais, pour l'honneur de Rome, mieux eût valu que ce suppliant s'en retournât sans dommage, que de souffrir un supplice mérité*. » Parthamasiris

1. .,, Meliore iamen Romanorum fama impune supplex ahisset, quam jure supplicium luisset. Cesi un fragment de Fronton, l'ami de Karc- Aurèle, ap, Principia historiée, p. 209 de ses Œuvres, éd. Naber, 1867.

fut-il tué en essayant d'échapper à son escorte, ou supposat-on une attaque pour avoir une occasion de se défaire de lui? On ne le sait; mais il est clair que s* il ne tomba pas dans un guet-apens au départ, il y était tombé à Tarrivée. Cette façon de renverser un roi n'avait rien d'héroïque, et elle laissait une tache de sang sur la main de Trajan. Ni lui ni personne alors ne la vit. Cet étranger gênait : on Tavait supprimé ; la moralité politique des anciens ne s'en effarouchait pas, et l'ami de Marc-A.urèle était seul peut-être à s'en étonner. On osa même, à Rome, frapper une médaille où Parthamasiris est représenté tète nue et pliant le genou, avec cette brève et dédaigneuse légende : Rex ParthuSf sans même le nom de son royaume ^

Trajan, par sa renommée, par la masse imposante de ses forces, causait un tel effroi que les peuples et les rois, de l'Euphrate au Caucase et de TEuxin à la Caspienne, se soumirent sans combat. Depuis deux siècles, Rome rêvait cette conquête, et avec raison, car elle lui aurait donné les clefs d'une des portes de l'Asie, le Caucase, dont les étroits défilés ' sont si faciles à rendre impraticables, et elle lui aurait assuré en Arménie une position excellente pour l'attaque comme pour la défense. Dans ses mains, les hautes montagnes de ce pays seraient devenues une forteresse inexpugnable, qui aurait couvert l'Asie Mineure, même la Syrie. Bien établis à la tête des vallées du Tigre et de l'Euphrate, les Romains eussent rendu toute attaque contre leurs riches provinces impossible ou du moins fort dangereuse pour l'assaillant.. Avant d'atteindre, en effet, les deux grands passages du fleuve à Thapsaque et à Zeugma, où viennent mourir les dernières coUines de FAmanus', une armée parthique aurait été contrainte de lon-

1. Cohen, II, Traj., n. 207 et 376. — 2. Le Caucase, dont la cime, TElbruz, dépasse de près de mille mètres le Mont Blanc, n'a guère qu'une passe praticable, celle de Dariel, qui atteint au Kreuzberg une altitude de plus de 2500 mètres, et est si étroite que, à l'endroit appelé Portes Caucasiennes, on supposait autrefois qu'elle était fermée par des portes de fer. La chaîne tombe à ses deux extrémités dans la mer Caspienne et la mer Noire. — — 3. Voy. ci-dessus, t. III, p. 102. Le mont Amanus qui court de l'Euphrate

ger le pied des montagnes arméniennes, avec le risque continuel d'être prise de flanc ou tournée. Plus au sud, c'est le désert qui défend la Syrie, et qui la défendit bien jusqu'au jour où le fanatisme religieux fit sortir de ces solitudes un ennemi inattendu.

L'occupation de l'Arménie était donc commandée par de grands intérêts, et Trajan avait bien fait de tranche* une question que Pompée, César, Antoine, Auguste n'avaient point résolue, les uns faute de temps, les autres faute d'habileté ou de résolution. Mais plus cette acquisition étaitimportante, et plus il fallait l'assurer à l'empire, en donnante la nouvelle province une organisation civile et militaire qui la fit promptement romaine, et en employant à cette œuvre de patience les forces, les ressources, le temps que Trajan allait gaspiller dans des expéditions inutiles.

Il passa l'hiver de 114-115 à Antioche, qui, durant son séjour, fut presque détruite par un tremblement de terre : quantité de gens notables y trouvèrent la mort, entre autres le consul VergilianusPedo; Trajan lui-même manqua périra Les païens attribuèrent sans doute ce désastre à la colère des dieux, irrités par l'impiété chrétienne, et saint Ignace,

à la mer ferme absolument TAsie Mineure en ne laissant à ses extrémités que deux étroits passages : sur la mer, les PyUs Synennes; sur l'Euphrate, les Pyles Àmaniques, Ici le fleuve s'ouvre péniblement passage par des cataractes entre TAmanus et le Taurus qui va se relier aux grandes cimes de l'Arménie. Les deux montagnes donnent donc à l'Asie Mineure un rempart formidable. — 1. Plusieurs villes de l'Asie Mineure furent aussi détruites. Cette région est sujette à de fréquents tremblements de terre. En décembre 1869 j'arrivai, à la hauteur de Rhodes, en vue d'une montagne delà cdte d'Asie dont une partie s'était quelques heuresauparavant écroulée dans la mer. On voyait de loin l'immense déchirure qui se détachait en blanc sur le fond sombre de la montagne. Quelques semaines a|)rès, je me trouvais sur les côtes d'Acamanie au moment où la ville de Sainte-Maure était aussi renversée. Il y a comme une traînée de poudre qui s'étend des bords de l'Adriatique jusqu'aux rives de l'Euphrate. Un tremblement de terre vient, le 2 avril 187*2, de détruire encore une grande partie d'Antioche. Francke, Clinton, Noël des Vergers, Borghesi, placent la catastrophe au printemps de 115; Dierauer, Geschichte Trajans, p. 167, la met au 13 déc, 115. Pour la chronologie de cette partie du règne de Trajan, voir aussi Langlois, Numùmatique de l'Arménie dans V antiquité, et surtout de Longpérier, Méfnoires sur la chronologie et Viconographie des rois parthes Arsaddes,

évêque d'Antioche, souffrit, vers ce temps-là, le martyre. On a vu* que Trajan n'hésitait pas à considérer les chrétiens comme des rebelles et, lorsqu'ils faisaient profession publique de leur foi, comme des rebelles qu'il fallait punir. Il n'aura donc éprouvé aucun scrupule, en face d'uHe foule affolée de peur, à satisfaire du même coup ses dieux, la populace et les lois détestables de l'empire ^

Au printemps, il franchit l'Euphrate, sans doute à Zeugma, et se rendit à Édesse, doni le prince fut sauvé par son fils*. De cette ville il poussa, au travers de la Mésopotamie, deux colonnes qui prirent les fortes places de Singara et de Nisibe,et, comme tous les chefs de cette région étaient en guerre entre eux ou en révolte contre Khosroès, il atteignit sans peine les bords du Tigre, en face de TAdiabène. C'est là qu'Alexandre avait vaincu Darius et conquis l'Asie ; Trajan aimait à suivre les traces du héros macédonien dont il espérait la fortune. La contrée manquait de bois, et le Tigre y avait déjà un lit large et profond; mais Trajan avait fait construire, durant l'hiver, dans les forêts deNisibe, des bateaux qui se démontaient et que des chariots portèrent jusqu'aux points où il voulait passer. Les Barbares, étonnés de voir leur fleuve si facilement vaincu et cette barrière tombée, ne résistèrent pas à une vive attaque, qui donna aux Romains la rive gauche. Quoique ce succès ne valût pas la victoire d'Arbelles, il ouvrit, comme elle, la route de Babylone, que les Parthes, affaiblis par leurs divisions, n'osèrent fermer. Trajan y entra avec le surnom de Parthicus, que ses soldats lui donnèrent, et sacrifia aux mânes d'Alexandre dans le palais où le héros avait expiré (116).

L'opinion était éblouie par ces faciles triomphes. Cha-

1. Ci-dessus, p. 292. — 2. D'après les Actes du martyre de saint Ignace, il aurait été condamné à Antioche par l'empereur et envoyé ^e là à Rome pour y être livré aux bêtes : c'est peu probable. On a déjà remarqué l'intention évidente des rédacteurs de ces Actes de donner un pendant au dernier voyage de saint Paul. Cf. Dierauer, p. 169, n. 3. — 3. KaXoû xaî àpaiou ôvxo; xal Ôià toOto TCjp Tpoïavcp fy%iua\Uyo\j, Dion, LXVllI, 21.

que jour le sénat apprenait que de nouveaux peuples s'étaient soumis à sa puissance ; que des rois consentaient à tenir de lui leur couronne ; que des pays portant les grands noms d'Arménie, de Mésopotamie et d'Assyrie, qui rappelaient ceux de Ninus, de Sémiramis, de Xerxès et d'Alexandre, étaient sujets de son empire. Avec le puéril empressement d'un jeune victorieux, Trajan se hâtait de déclarer réunies pour jamais au domaine du peuple romain les régions que traversait son armée. L'Arménie formait déjà une province ; il en fit deux autres : celle de Mésopotamie, entre le Tigre et l'Ëuphrate, au pied des montagnes Arméniennes; celle d'Assyrie, comprenant la vallée orientale du Tigre jusqu'à la chaîne du Zagros, qui la sépare de la Médie. En même temps, de grands préparatifs s'achevaient; toute une flotte, amenée par l'Euphrate, était traînée dans le Tigre, à travers l'isthme qui s'étend entre les deux fleuves, pour attaquer Ctésiphon. Les Parthes ne défendirent pas mieux leur capitale que leurs provinces. Khosroès ou son successeur s'enfuit au fond de la Médie ; la fille du grand roi, son trône d'or massif furent pris à Suses, et Séleucie, l'ancienne capitale grecque, ouvrit ses portes. Maître des principales places de la Babylonie, Trajan descendit le Tigre avec sa flotte, recevant sur son passage la soumission des chefs riverains , et arriva jusqu'au golfe Persîque , où , voyant un navire qui partait pour l'Inde, il s'écria : « Que ne suis-je plus jeune , je donnerais à Rome pour frontière les limites de l'empire d'Alexandre I » Et la ville éternelle, confiante comme son prince, frappait des médailles montrant l'Arménie renversée que l'empereur foulait aux pieds, ou deux Parthes, assis à terre, ayant devant eux un carquois vide et un arc détendu*. Mais ces Parthes allaient se lever, le carquois allait se remplir, Varc résonner encore et le victorieux empereur entendra jusque dans son camp le sifflement aigu de ces flèches qu'il croyait avoir brisées.

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