‹ Histoire des Romains, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des Antonins (volume 4)Chapitre 20 sur 47 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

LES DERNIÈRES ANNEES d'aUGUSTE ET LA SUCCESSION A l'empire.

Comme Louis XIV, Auguste finit son règne dans le deuil et l'isolement : c'est le sort des trop longues existences. Il avait vu mourir l'un après l'autre tous ceux qui lui étaient chers par les liens du sang, de l'amitié ou de la gloire, tous ceux qui étaient l'appui ou l'honneur de son gouvernement : sa sœur Octavie (11 av. J. C), Marcellus (23), à la fois son neveu et son gendre; Virgile (19), Agrippa (12), Drusus, Mécène (8), Horace (8). Huit ans avant notre ère, il ne lui restait que les enfants nés du second mariage de sa fille Julie avec Agrippa, ceux de Drusus et Tibère.

L'empereur avait pour ses petits-fils une tendre affection. Des soins donnés par lui-même à leur éducation et des honneurs prématurés révélèrent ses desseins sur eux. Dans sa pensée, il leur réservait son pouvoir. Cette grave question de la succession au principat n'avait pas encore été publiquement traitée. Cependant, après avoir fondé le gouvernement impérial, par la concentration aux mains d'un seul homme de toute l'autorité, il fallait désigner à l'avance celui qui hériterait des droits impériaux ; car un empire si vaste, qui avait des lois et point d'institutions, des habitants et pas de citoyens, des mœurs municipales et pas de patriotisme en dehors de la cité, ne pouvait retomber périodiquement dans les incertitudes et les troubles d'une élection. Auguste reconnaissait bien cette nécessité, mais le désintéres-

306 l'empire sous AUGUSTE.

sèment aflecté de sa vie entière l'empêchait de décréter ouvertement riiérédité, et son esprit ne fut ni assez libre, ni assez fort pour trouver et établir un autre système. Fidèle à ses habitudes de temporisation, il attendit les événements pour régler sur eux sa conduite, au lieu de les dominer. On ne voulut donc prévoir ni les minorités, ni l'extinction de la famille impériale, pas même la maladie ou la mort du premier empereur. Tout fut remis au hasard, à la Fortune du joiu\ cette grande divinité des Romains et de leur chef. Ce fut une faute qui pesa trois cents ans sur l'empire, et l'on doit en demander compte à Auguste, car il était assez sûr, dans la seconde moitié de son principal, de la docilité des Romains, pour renoncer enfin aux hypocrites ménagements.

Ce qu'il n'osait fonder en droit, il tâcha de l'établir en fait. Gomme César, il n'avait pas eu de fils. Il adopta d'abord son neveu Marcellus, et à la mort de ce jeune prince, donna Julie, sa veuve, à Agrippa. Prendre le vieux soldat pour gendre, c'était presque l'associer à son pouvoir et le désigner une seconde fois pour la succession à l'empire. Auguste confirma les Romains dans cette pensée, en partageant, l'an 19, la puissance tribunitienne* avec lui, et en adoptant plus tard ses deux lils. Gains et Lucius César.

La mort d' Agrippa ayant tout remis en question, il se décida à faire enfin dans le gouvernement et dans sa maison une grande place au fils de Livie. Tibère fut obligé d'épouser la veuve d'Agrippa et de Marcellus, bien que sa femme Yipsania, qu'il aimait, lui eût déjà donné un fils et commençât alors une seconde grossesse, L'empereui comptait que l'ambition satisfaite de Tibère laisserait aux fils de Julie le temps de grandir et de s'approcher peu à peu du pouvoir qu'il leur destinait. Dès qu'ils furent sortis de la première enfance, il reprit pour eux le système qui lui avait si bien réussi, de l'occupation des magistratures républicaines. Dès sa quatorzième année, Lucius était au-

1. Agrippam sociuin ejus poteslalis..,, delegit, ne successor in incerto foret. Tac, Ànn., lU, 36.

gure; Caius, d'un an plus âgé, avait un sacerdoce, l'entrée au sénat, le droit de siéger dans les jeux et les banquets publics, avec le laticlave, au rang des sénateurs; tous deux étaient consuls désignés pour entrer en charge cinq ans après; en attendant, ils prenaient le titre de Princes de la jeunesse. Dans le sénat, dans la ville, personne ne réclama : on eût accepté bien plus si Auguste avait osé davantage; on ne s'indigna que dans la famille impériale. Malgré sa dissimulation profonde, Tibère ne put voir sans dépit qu'il fût accordé moins à ses longs services qu'à la naissance de ces deux enfants, qui ne ménageaient point son orgueil. Gâtés par des honneurs prématurés et par les adulations , ils vivaient dans la débauche avec la présomption de leur âge, l'arrogance de leur fortune, et ils ne cachèrent pas leur mécontentement quand Auguste, afin de tenir en bride leur turbulente ambition, donna à Tibère la puissance tribunitîenne pour cinq ans. Il ne fallait pas beaucoup de clairvoyance à un homme qui était disposé à en trop avoir, pour sentir dans ces deux jeunes gens de futurs et implacables ennemis. Les débauches de sa femme Julie pesaient aussi à la fierté de celui qui était le chef de la plus noble des maisons romaines. Il ne pouvait répudier la fille de l'empereur, et il se voyait enlever la récompense qu'il avait attendue de ce mariage odieux. Avec sa décision nabituelle et la ténacité des Claude, il se résolut à quitter la cour, Rome, l'Italie même pour aller vivre en Orient dans une condition privée. Cette retraite était une sorte d'accusation publique contre les faiblesses paternelles d'Auguste. L'empereur le comprit et cliargea Livie de retenir son fils ; luimême alla jusqu'à se plaindre dans le sénat d'être abandonné. Tout fut inutile; plutôt que décéder, Tibère déclara qu'il se laisserait mourir de faim , et, de fait, il resta plusieurs jours sans manger. Lorsque Auguste eut autorisé son voyage, il partit modestement, ne se plaignant pas, n'expliquant rien, et alla se fixer à Rhodes. Agrippa avait agi ainsi, au moment de l'élévation de Marcellus. Tibère se croyait autant que lui nécessaire, et pensait être rappelé

comme lui, de façon à être tiré de pair d'avec les jeunes Césars. Auguste, vivement blessé, le prit au m.ot sur son dégoût des affaires publi((ues, feignit de l'oublier à Rhodes et l'y laissa sept ans. 11 se trouvait délivré par cet exil volontaire de la gêne qu'imposaient à ses affections la présence de ce fils de Livie, dans la maturité de l'âge et l'éclat des services. Mais c'est alors qu'il est frappé dans tous les siens, comme si le génie du mal planait sur sa maison, pour y jeter le deuil et la honte. D'abord, Julie s'abandonne aux plus scandaleux excès. Pendant longtemps on cache tout à l'empereur, pour que l'impunité entraîne sa fille à d'irrémédiables imprudences, et quand on lui ouvre les yeux, le père ne peut reculer, le réformateur des mœurs doit punir : Julie est exilée dans l'île de Pandataria, et Auguste, la poursuivant jusque dans la mort, défendit que son corps fût jamais rapporté au tombeau de la famille impériale. La mère de Julie, Scribonia, voulut partager sa captivité. Était-ce une protestation contre un éclat imprudent et une condamnation trop sévère (2 av. J. C,)^?

Livie espérait peut-être faire rejaillir sur les enfants la honte de la mère. Ce calcul, s'il a été fait, fut trompé. L'empereur, pressé de montrer l'héritier de son pouvoir aux peuples et aux légions, investit Caius César de l'autorité proconsulaire sur tout l'Orient et l'envoya en grand appareil dans ces provinces, où se faisaient vite les renommées retentissantes. Ce fut au milieu d'une cour formée par tous les rois vassaux de l'empire que le jeune prince prit, à Antioche, le 1" janvier de l'an 1 de J. C, possession du consulat. Phrahatacès, venu à sa rencontre, eut avec lui une conférence sur les bords de l'Euphrate, et Tigrane, roi d'Arménie, lui demanda en suppliant la couronne. Tibère comprit qu'il avait fait fausse route : on l'oubliait à Rome, et on le menaçait en Asie. Un des familiers de Gains avait proposé au jeune prince, dans un festin, de partir à l'instant pour Rhodes et de lui rapporter la tête de « l'exilé ».

1 . Beaucoup de nobles personnages ses complices furent punis avec elle. Suét.,64, 5; Dion., LV, 10 et 13.

Le séjour de Rhodes devenait plus dangereux que celui du Palatin , où sa mère du moins pouvait veiller sur lui. D'humbles soumissions à Gains et à l'empereur lui permirent de rentrer dans la ville, à la condition d'y vivre loin des affaires. Les événements le ramenèrent bientôt au pouvoir.

Durant une expédition en Arménie, Gains, en écoutant le gouverneur de la ville d'Artagira, qui prétendait avoir d'importants secrets à lui révéler, avait été frappé par le traître d'un coup de poignard ; la blessure ne semblait pas mortelle, mais le fer sans doute était empoisonné; une incurable mélancolie saisit le malade, qui traîna quelque temps et mourut en Gilicie (4deJ. G.)\ Dix-huit mois plus tôt, son frère, Lucius, envoyé par Auguste aux légions d'Espagne, avait succombé à Marseille. Gette double mort, amenée sans doute par de précoces excès, ne parut pas naturelle, quoique toute preuve de crime manquât, et, comme il arrive toujours, bien des voix accusaient ceux à qui elle donnait l'empire ^

Un fils de Julie vivait encore, Agrippa Posthume ; mais il n'avait que quatorze ans. Auguste, qui sentait la vieillesse peser sur lui, crut devoir à l'État le sacrifice de ses préventions; il adopta à la fois Agrippa et Tibère. « Je le fais, disait-il amèrement, pour le bien de la Républiques » Et il força Tibère, bien qu'il eût lui-même des enfants, d'adopter son neveu Germanicus. Auguste reportait sur ce jeune homme l'affection qu'il avait eue pour Drusus, son père, et il voulait s'en faire au besoin une ressource et un appui contre son impatient héritier (4 de J. G.).

Gette succession, qui avait déjà reposé sur tant de têtes, était donc réglée. Car, malgré le mensonge officiel des droits du sénat et du peuple, malgré la prorogation décennale des

1. Dion représente Caius comme étant d'une faible raison et d'une pauvre

santé : \i-y\'ji Oyieivè; rjv yç' ouTtep xal triv Siâvoiav s^e/éX'jto, 7io>.)ài

(jLàXXov à7i7i[Ao)>'J\6ri, LV, 11. — 2. Tacite se contente de dire : Mors fato propera, vel novercœ Livix dolus abstulit. {Ann., ï, 3). Je m'étonne qu'il n'ait pas ajouté que Séjan était un des familiers de C. César {Ann., IV, 1.) — 3. Voyez les premiers mots de son testament. Suét., Tib., 23.

pouv.oirs impériaux, tous acceptaient d'avance l'hérédité. Une conspiration faillit cependant renverser et l'empereur et l'iiérilage. l'n petit-fils de Pompée, Cinna, forma le projet de poignarder l'empereur au milieu d'un sacrifice. Le complot découvert, Auguste voulait punir; Livie, plus habile, conseilla de placer cette fois la clémence entre lui et de nouveaux coupables. L'empereur appela Cinna, lui dévoila ses plans, lui nomma ses complices et l'accabla d'un magnifique pardon; plus tard, il lui donna le consulats

Rien n'était terminé pour la succession impériale tant qu'il restait deux héritiers. Agrippa avait les mêmes droits que Tibère. On se débarrassa de ce rival, en lui faisant le sort de sa mère. Auguste cassa son adoption et le relégua dans l'île de Planasia. Pour celui-là, l'exil suffisait; ses débauches, sa grossièreté et le dégoût public rendaient tout retour impossible (7 de J. C.)-. Auguste n'en avait pas encore fini avec ses malheurs domestiques : l'année d'après, la seconde Julie, accusée des mêmes crimes que sa mère, fut comme elle exilée dans une île de l'Adriatique'. Auguste, par un cruel abus de la puissance paternelle, défendit même qu'on nourrît l'enfant qu'elle avait mis au monde, et le vieil empereur, juge impitoyable de tous les siens, se trouva seul, dans sa maison désolée, entre Livie et Tibère.

Vers le même temps, Ovide, le poëte aimé de la haute société romaine, reçut l'ordre de quitter l'Italie et même l'Empire, puisqu'il fut relégué à son extrême frontière, vers les bouches du Danube, dans la pestilentielle région de la Dobrutcha. Je n'ajouterai pas une conjecture nouvelle à celles qu'on a faites pour soulever le voile de cette mystérieuse affaire. Je me borne à remarquer que, pour priver un citoyen, un chevalier de sa liberté, et, en réalité, de sa fortune et de ses droits, bien que la relégation n'impliquât

1. Sénèque de Clem , I, 9, 10 et Corneille. Cependant il y eut encore une

dernière conspiration, celle de Paulus et de Rufus. On ne sait pas leur sort.

— 2. Rudem sane bonarum artium et robore corporis stolide fcroccm. Tac,

nn.,1, 3; Velleius, II, 112 et Suétone, Oct., G5, parlent de même. —

P; ne "".'II, 46

ni la confiscation de l'une ni la suppression des autres, il suffit de la volonté du prince, sans jugement public ni décret da sénat, et que personne, pas même la victime, ne réclama au nom des lois. Malgré sa réserve habituelle, le maître absolu s'était montré. Ovide mourut à Tomes (Kustendjé) trois ans après Auguste *.

Les services que Tibère rendit à l'empire dans les terribles années où l'on vit avec effroi Marbod menaçant, la Pannonie rebelle et 30 000 soldats romains égorgés, effacèrent peu à peu les préventions du prince, et, en l'an 13, sentant sa fin approcher, il le prît pour collègue. En vertu d'un sénatus-consulte et d'une loi des centuries, il partagea avec lui les plus importantes prérogatives de l'autorité impériale : la puissance tribunitienne, le pouvoir proconsulaire dans les provinces, le commandement des armées et le droit de faire le cens. Lorsqu'il ferma le lustre, il fit prononcer par Tibère les vœux accoutumés pour la prospérité de l'empire. « Je ne dois pas, disait-il, faire des vœux dont je ne verrai pas l'accomplissement. » Ce n'est pas qu'aucun mal le menaçât; il avait toujours eu une de ces santés chancelantes avec lesquelles on vit l'âge de Nestor. Mais le corps était épuisé et la vie allait s'éteindre. Tibère partant pour l'Illyrie, il voulut le conduire jusqu'à Bénévent, afin d'échapper aux ennuis de Rome et aux affaires. Il alla par terre à Astura, s'embarqua dans cette ville et parcourut lentement les beaux rivages de la Campanie et les îles voisines, heureux de son oisiveté, faisant des bons mots, de mauvais vers, se plaisant à voir les jeux des matelots ou les luttes des jeunes Grecs de Gaprée, qu'il récompensait par un festin dont le dessert était livré au

1. Dion (LVI, 27) rapporte un règlement d'Auguste relatif aux exilés, a II défendit à tous ceux à qui l'on avait interdit le feu et l'eau, de séjourner sur le continent ou dnns les îles qui en étaient éloignées de moins de 400 stades, à l'exception de Cos, Rhodes, Lesbos et la Sardaigne. Ils ne purent changer de domicile, posséder plus d'un vaisseau de transport de la capacité de mille amphores, ni plus de deux bâtiments à rames, avoir à leur service plus de vingt esclaves ou affranchis et conserver une fortune supérieure à 185 000 drachmes. »

pillage. De Bénévent il revint à Noie. Là de vives douleurs l'arrêtèrent II y reconnut les atteintes de la mort, et lit aussitôt revenir Tibère, avec lequel il s'enferma longtemps. « Le jour de sa mort, il s'enquit plusieurs fois si son état ne causait aucun tumulte, et, ayant demandé un miroir, il se fit arranger les cheveux. Quand ses amis entrèrent: « Eli « bien, leur dit-il, trouvez-vous que j'aie assez bien joué « cette farce de la vie?» et il ajouta en grec la formule qui termine les pièces de théâtre : « Si vous êtes contents, applaudissez.... » Quelque temps après, il expira dans les bras de Livie (19 août 14)^

On a voulu croire, avec l'auteur qui rapporte ce passage tant cité, que l'empereur, à son dernier jour, ôta ce masque qu'il avait porté quarante-quatre ans. Quand la pièce dure si longtemps, il n'y a plus d'acteur; le rôle passe dans la vie, et l'on devient à peu près ce que l'on veut paraître. Ce n'est pas le sceptique badin, mais le grave politique qui s'entretient à ses derniers moments avec son successeur, qui s'inquiète si la tranquillité n'est pas troublée; et je le vois mourir comme il a vécu, avec cette pensée si nécessaire au monde romain, de l'ordre public.

Il était âgé de soixante-seize ans moins trente-cinq jours. Son corps fut apporté de Noie à Bovilles par les décurions des municipes et des colonies. On ne marchait que la nuit, à cause de l'extrême chaleur; le jour, le corps était déposé dans les édifices publics ou dans les temples A Bovilles, les chevaliers vinrent le recevoir et le portèrent à Rome, au Palatin, dans le vestibule de la maison impériale, où il fut exposé sept jours sur un lit d'or et d'ivoire. Le cadavre restait caché sous des draperies brochées de pourpre et d'or, mais on voyait une statue de cire faite à la complète

1. Comparez avec ce récit de Suétone ]e tableau que trace l'imagination sombre de Tacite (.Inn., I, 4) et la ridicule accusation formée contre Livie d'avoir hâté la fin de ce vieillard de 76 ans. Je doute aussi beaucoup de la visite faite à cet Agrippa odieux au peuple : trucem ... non ;itale neque rerum L'x-perientia tantœ moli parem (T&c. ,Ann., I, 4) ; dans quel butl'eût-il faite, puisqu'elle ne devait pas avoir de résultat, et qu'il donnait à celte heure même à Tibère de grandes marques deslime?

ressemblance d'Auguste, qui était couchée sur le haut du Ht et semblait dormir. Un jeune et bel esclave agitait doucement, au-dessus de la ligure du mort, un éventail en plumes de paon, pour protéger son éternel sommeil; à gauche venaient successivement s'asseoir tous les sénateurs en habits de deuil; à droite, les matrones vêtues de la longue stole blanche, sans colliers ni parures. En avant du lit, on avait placé la statue d'or de la Victoire comme si la déesse était de la famille Julienne.

Cependant Tibère avait convoqué le sénat pour délibérer sur les honneurs à rendre à son père. Les Vestales, qui avaient reçu en dépôt le testament d'Auguste, l'apportèrent à la curie: il l'avait écrit seize mois auparavant, et instituait pour héritiers Tibère et Livie ; à leur défaut, Drusus, fils de Tibère, pour un tiers, Germanicus et ses trois fils pour le reste. Par une disposition singulière, il adoptait Livie, qui devait prendre le nom de Julia Augusta. Il léguait au peuple romain, c'est-à-dire au trésor public, 40 millions de sesterces; à la plèbe de la ville, 3 millions 500 000; à chaque prétorien, 1000 sesterces; à chaque soldat des cohortes urbaines, 500; à chaque légioimaire, 300. Quatre livres qu'il avait composés, furent lus par Drusus* : l'un réglait l'ordre de ses funérailles, le second renfermait divers conseils à Tibère et à la république : ne point étendre les frontières de l'empire, restreindre les affranchissements, être avare du droit de cité -, et, ce qui. était étrange de sa part mais conforme à toute sa conduite, probablement même à sa conviction, ne point accumuler tout le pouvoir sur une seule tête^ Le troisième livre, que nous avons perdu, était un état des forces et des ressources de l'empire; le quatrième, un précis de sa vie destiné à être gravé sur des tables d'airain devant son mausolée '. Celui-là nous l'avons

1. Dio., LVI, 32; Suét., 102 et Tac, Ann., I, 11 ne parlent que de trois livres. — 2 ïva 7tt/).ù 16 oiàaopov àutoï; 7if>ô; toîi; viTcr,x6oy; ri. Dio.,

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