‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des Antonins (volume 5)Chapitre 2 sur 44 · LIBRAIRIE HACHETTE ET C · texte numérisé non relu

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DOULEVAHD SAINT-GERMAIN, 79

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Au moment où ce troisième volume va paraître, je dois avertir qu'il était depuis longtemps à peu près terminé; que certaines parties en ont été publiées à diverses époques; qu'enfin si, dans l'intervalle, les travaux de nos érudits m'ont servi pour l'améliorer, les événements contemporains, qui sont un enseignement même pour les historiens du passé, loin de m'en faire changer le caractère, m'ont conduit à l'affirmer davantage.

Deux points sont restés pour moi invariables : aujourd'hui, comme alors, je crois que le gouvernement oligarchique, qu'on appelait la république romaine, est justement tombé; mais je pense encore que l'empire, tel qu'Auguste crut l'organiser, était incapable de vivre, j'entends de la vie pleine et régulière que les circonstances lui promettaient, que le génie d'un

homme aurait pu lui donner, et que les tragédies du palais, les intrigues de la curie, les émeutes de caserne lui refusèrent.

Ces récits d'une bien vieille histoire sont peut-être moins inopportuns que leur Jitre ne semble l'indiquer, parce que le lecteur, frappé de la grandeur de l'empire romain et de la faiblesse de ses adversaires, se demandera nécessairement comment tant de force a pu être si facilement brisé.

En regardant de près l'existence presque toujours troublée et souvent honteuse de la Rome impériale, en voyant, au milieu de ces désordres, les esprits qui s'abaissent, la civilisation qui recule, les barbares qui avancent, on reconnaîtra aisément, si l'on sait échapper aux énervantes et commodes doctrines du fatalisme, que le mal vint des hommes, et que d'autres hommes plus habiles ou plus sages auraient pu le prévenir.

A l'inverse de la république, l'empire manqua de tout lien dans Tordre moral, comme dans l'ordre politique. Il n'eut ni les institutions générales qui auraient rapproché et uni les citoyens, ni le patriotisme qui, en donnant une seule âme à tant de millions d'hommes, les eût rendus invincibles.

Ces liens, la France les a-t-elle et sont-ils assez forts?

Nous venons d'être écrasés par une organisation militaire supérieure que servait une haine implacable habilement entretenue depuis soixante années. Pour que la France se relève de cette grande chute, une des premières conditions de salut est qu'elle sache bien

pourquoi elle est tombée. Elle l'apprendra de ses malheurs; mais il ne lui serait pas inutile de fortifier cette expérience si douloureusement acquise, en étudiant certaines causes dont les effets ne changent pas, et qui ont fait écrouler, il y et quinze siècles, le plus vaste empire de la terre.

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