Sénèq. , de Tranq. an
le corrompant par l'orgueil dont vos bassesses Font gonflé. Aussi tout cela me donne à penser que je n'ai rien de bon à attendre de vous. » Le discours se terminait par l'inévitable prosopopée qu'enseignait l'École, et que les rhéteurs exigeaient. Tibère lui-même intervenait: «Tu as raison, mon iils, et tu dis vrai; aussi point d'amitié, point de compassion pour aucun d'eux. Tous te haïssent, et s'ils le peuvent, ils te tueront. Ne t'inquiète pas de leur être agréable, et ne te soucie point de leurs propos. Ton plaisir et ta sécurité, voilà la mesure de toute justice. Assure l'un et l'autre, et tu verras ces hommes t'honorer. Si tu agis différemment, tu recueilleras en apparence une vaine gloire, et tu périras certainement victime de leurs complots. Celui qui commande est craint et révéré tant qu'il est fort, menacé et entouré de poignards quand on le croit faible. » De peur que cette page d'éloquence ne fût perdue pour la postérité, Gains la fit aussitôt graver sur une plaque de bronze.
Le sénat se croyait arrivé à sa dernière heure. Sous le coup de ces outrageantes paroles et de ces menaces, allait-il se résoudre à quelque acte viril? Le lendemain il se réunît. Les orateurs se répandent en éloges sur la franchise de Gains, sur sa piété envers Tibère, sur son indulgence à l'égard du sénat Les Pères lui décernent l'ovation pour avoir vaincu ses justes ressentiments ; et afin de célébrer à jamais sa magnanimité, décrètent qu'à l'anniversaire de la séance où la mémorable harangue leur avait été lue, ainsi qu'aux fêtes du Palatin, des sacrifices seraient oflerts à « Sa Clémence », pendant que sa statue en or serait conduite au Capitole, entourée des chœurs de jeunes enfants des plus hautes familles qui chanteraient des hymnes en l'honneur du prince.
Ces gens-là étaient dignes les uns des autres; les sujets valaient le maître ; toui méritaient de subir l'éternelle et inexorable loi d'expiation qui domine l'histoire et en fait la moralité ; les victimes payaient pour leur lâcheté et leurs vices, comme le bourreau payera bientôt pour sa cruauté.
La force d'un pouvoir ne se mesure pas à sa violence. Malgré tant de sang versé, ce règne malheureux avait détendu les ressorts du gouvernement, abaissé la dignité de l'empire et compromis la paix publique. Pour que l'administration fût plus uniforme, Tibère saisissait toute occasion de réduire en provinces les royaumes alliés ; Caligula ne se donnait point de pareils soucis ; il fit présent d'une partie de la Palestine à Agrippa et rendit la Comagène à Antioclîus, ajoutant pour ce dernier, en dédommagement des dixneuf ans de royauté qu'il avait perdus, une partie de la Cilicie et une grosse somme d'argent. Il est vrai qu'il les lui reprit peu de temps après. Artaban avait chassé Mithridate de l'Arménie; au lieu de soutenir le roi exilé, Caïus l'emprisonna et laissa l'Arménie aux Parthes. Il appela à sa cour Ptolémée, roi de Mauritanie, puis, irrité de la curiosité dont il était l'objet, il le fit tuer. Les sujets de Ptolémée se révoltèrent, et il fallut une longue guerre pour les réduire.
Tibère était sévère pour tout le monde; il aVait rompu à l'obéissance les grands aussi bien que les soldats, le peuple et les provinces : chacun était tenu à sa place. Gains remplaça cette discipline nécessaire par la plus capricieuse tyrannie et une confusion désordonnée. Au théâtre, il aimait à voir pêle-mêle nobles, mendiants et chevaliers, fidèle image du chaos de son esprit et de ses volontés contraires. Aujourd'hui il faisait sabrer la foule, à laquelle demain il jettera des millions. Il lui distribuait des fruits, des oiseaux rares, et il laissait Rome sans un sac de blé, mais avec des fêtes et des jeux pour chaque jour. Ses soldats recevaient des largesses pour de ridicules exploits et il voulait décimer des armées entières. Il flattait les prétoriens, leur laissait toute licence, et s'entourait d'une légion celtique formée de germains grossiers et violents qui avaient toute sa faveur. Les provinces lui adressaient-elles des députés, il les recevait au milieu de ses architectes et les faisait courir à sa suite à travers ses palais et ses jardins, écoutant les ouvriers en même temps que les orateurs,
CAUGULA (37-41). 507
mêlant ses ordres pour les maçons à ses réponses aux envoyés. De sorte que rien ne se faisait plus et que, sans quelques hommes formés à Técole de Tibère, des troubles auraient éclaté sur divers points*.
Durant près de quatre années, personne dans le peuple, l'armée ou les provinces ne protesta contre ces saturnales du pouvoir. Tout Tempire était comme Thomme de Lyon, il regardait étonné, stupéfiait, cette grande extravagance. Cependant, lorsque Câius revint de la Gaule à Rome avec des menaces pour les sénateurs qu'il refusa de laisser accourir à sa rencontre, pour le peuple même, à qui il souhaitait de n'avoir qu'une tête afin qu'il pût l'abattre d'un coup, des conspirations se formèrent contre ce furieux « que la nature avait enfanté pour l'opprobre et la ruine du genre humain ^. » Deux de ces complots furent découverts; le troisième réussit. Un tribun des prétoriens, Chéréas, qu'il traitait de lâche et d'efféminé, réclama le droit de frapper le premier coup. Le 24 janvier 41, Chéréas suivit le prince avec plusieurs conjurés, sous prétexte de lui demander le mot d'ordre, dans une galerie écartée du palais qui conduisait au théâtre et le frappa de son épée. Caligula voulut fuir, mais il tomba et fut aussitôt percé de trente coups*.
Nous avons vu ce que le pouvoir absolu avait fait des deux premiers successeurs d'Auguste ; comment il avait dans les dernières années troublé et corrompu la ferme intel-
1. Jos., A. J., XIX, 4; Dion, LX. Il n'y avait plus de blé dans la ville à sa mort que pour sept ou huit jours. Les seules choses utiles qu'il ait faites furent deux aqueducs à Rome et quelques havres piôa de Rhégium et en Sicile pour If s vaisseaux qui amenaient le blé d'Egypte : encore ne les achevât- il pas. Suét., Calig,, 21; Jos., A. J., XIX, 1; Fionlin., de Aquasd.llûi placer dans le cirque du Vatican le grand obélisque. Plin., XVI, 40; XXXVI, 9; Snét., Claud., 20.— 2. Sén., Cons. ad Poî., 36.- 3. Le sénat voulut noter Caius d'infamie, Claude s'y opposa, mais fit, en une nuit, disparaître ses statues. Caliguia, comme Tibère, ne fut donc pas déclaré tyran, mais leur nom fut supprimé de la liste des empereurs, ■ et, rapporte Dion (LX, 4), nous ne fai-ons mention d'eux ni dans nos serments, ni dans nos prières. »
ligence de Tibère et, dès les premiers jours, perverti dans Galigula un esprit faible et emporté, qui trébucha sous la double ivresse d une autorité sans limites et de passions sans frein. Cet empire, qui à vrai dire n'a pas d'institutions, ira ainsi, au hasard des circonstances, d'un tyran à un fou, et s'il rencontre par aventure un bon prince, il pourra en remercier les dieux, car ce ne sera pas la sagesse des hommes qui aura préparé une domination bienfaisante.
A la nouvelle que Galigula venait d'être tué, ses soldats germains s'étaient précipités dans le palais et avaient égorgé tous, ceux qu'ils y avaient trouvés : trois sénateurs périrent ainsi ; puis, revenant au théâtre d'où Gains sortait quand il rencontra Ghéréas, ils l'entourèrent et pénétrèrent dans l'enceinte l'épée à la main, le visage menaçant. Le sénat, les chevaliers, le peuple même s'attendaient à un massacre; à chaque instant on apportait des blessés et l'on entassait sur un autel les têtes de ceux qui étaient tombés sous les coups des Germains. Mais un crieur public étant venu annoncer que l'empereur, au lieu d'être, comme on le croyait, légèrement atteint, était mort, le zèle des soldats, qui ne pouvaient plus compter sur ses largesses, tomba, et ils se retirèrent. Le sénat délivré s'assembla aussitôt et, comme la populace, criait autour de la curie : Vengeam;e! vengeance! Il la fît haranguer par Valérius Asiaticus qui loua hautement le coup. « Plût aux dieux, disait-il, que je l'eusse moi-même frappé M
Les républicains trouvaient enfin une situation selon leurs vœux. Il leur semblait qu'après Gains l'expérience d'un gouvernement monarchique souhaité par plusieurs devait être jugée; et comme il ne laissait ni fils, ni collègue de sa puissance tribunitienne, l'avenir n'était point engagé. Rien donc n'empêchait de revenir à la république. Ghéréas le disait; ses complices ne voyaient de salut que dans la suppression du principat ; on parlait d'abolir la mémoire des Gésars, de renverser leurs temples, et le sénat s'aban-
1. Chéréas envoya tuer Césonia, la veuve de Galigula, et leur fille âgée de deux ans. Jos., A. J., XIX, 2.
donnait à la douce espérance de reprendre son pouvoir. Il essaya de s'emparer du mouvement pour faire une révolution, mais cette fois à son profit. Un décret honora Ghéréas et ses amis du titre de restaurateurs de la liberté ; un autre condamna la mémoire de Gains et ordonna aux citoyens de se retirer dans leurs maisons, aux soldats de regagner leurs quartiers, sous promesse, pour les uns, d'un dégrèvement d'impôt, pour les autres, de gratifications. Ghéréas s'était assuré des soldats de quatre cohortes* ; le soir venu, il fit ce qui ne s'était pas fait depuis près d'un siècle : il alla demander le mot d'ordre aux consuls, qui lui donnèrent celui de liberté; et plusieurs applaudirent à ce retour vers les usages et les idées de la république.
Gomme aux ides de mars, les conjurés n'avaient point fait de plan pour le moment qui suivrait le meurtre et on perdait le temps, quand une minute bien employée pouvait décider le succès. Mais où était la force, depuis que les armes ne se mêlaient plus à la toge? Brisé par un siècle de servilité, le sénat ne savait plus prendre une résolution, et en face de cette décrépitude se dressait un pouvoir confiant, fier, et décidé : les prétoriens, qui avaient une forteresse aux portes de Rome, des armes, la discipline et un intérêt évidente ne pas laisser l'État retourner aux jours où tout se faisait à la curie et au forum, rien à l'armée. Pendant que le sénat délibérait, ils agirent. Ne connaissant, ne voulant d'autre gouvernement que celui d'un seul, ils étaient allés chercher au palais un oncle de Galigula, Claude, le frère, si longtemps méprisé, de Germanicus. Il était avec son neveu quelques moments avant que celui-ci fût tué ; effrayé du tumulte et des cris de mort dont le palais retentissait, il s'était caché en un coin obscur; un soldat le découvrit et le montra à ses camarades. Claude leur demandait grâce de la vie. « Sois notre empereur, » répondirent-ils. Et comme il tremblait à ne pouvoir marcher, ils l'emportèrent à leur camp. Le sénat
1. Josèpbe n'indique pas s'ils*agit de quatre cohortes prétoriennes. Il est probable que Ghéréas avait entraîné un certam nombre de prétoriens.
y envoya quelques-uns de ses membres pour reprocher à Claude cette usurpation de la tyrannie et lui commander d'attendre les décisions du conseil suprême de la république, en l'invitant à venir délibérer avec eux. Après un assez ferme discours, les députés comprirent que les quatre cohortes de Chéréas, et les esclaves que les grands menaçaient d'armer, et l'autorité consulaire , et les décrets des Pères seraient un bien faible obstacle pour ces vieux soldats. Ils se jetèrent aux genoux de Claude et le conjurèrent d'éviter une guerre civile, ajoutant plus bas que, s'il voulait l'empire, il le demandât du moins au sénat. Claude répondit d'abord à mots couverts ; puis, entraîné par les conseils du roi juif Agrippa et par les instances des gens de guerre, il ne donna plus à une seconde députation que la promesse d'un gouvernement modéré où le sénat aurait une grande part d'influence. Enfin, avec une décision qu'il n'avait pas encore montrée, il harangua les troupes, leur fit prêter serment, leur distribua de 1 argent* et en promit à leurs camarades des légions (donativum). C'était le prix de l'empire qu'il leur payait, innovation malheureuse que les soldats érigeront en loi et qui un jour fera de l'empire un domaine à vendre au plus fort enchérisseur.
Les consuls, qui devaient hériter les premiers du pouvoir rendu au sénat, ne renonçaient pas encore à l'espoir de réussir. Durant la nuit, ils disposèrent, dans les lieux propres à prévenir une surprise, les cohortes urbaines toujours jalouses des prétoriens et par conséquent dévouées au sénat, et ils réunirent autour du Capitole un grand nombre de gladiateurs, les soldats de marine, les cohortes des vigiles et ceux des prétoriens que Chéréas avaient entraînés. Ces précautions prises, et avant que le jour parût, ils convoquèrent le sénat dans le temple de Jupiter. Mais la situation devenait périlleuse ; la peur arrêta les timides :
1. 15 000 sesterces, environ 3750 francs par tête. Suét., 10. Josèphe dit 5000 drachmes, ou un quart en plus. Malgré une légère différence de poids, la drachme était regardée comme équivalente au denier romain, qui était toujours le quadruple du sesterce.
cent membres à peine répondirent à Tappel des consuls. Ceux-là du moins semblaient bien décidés à courir tous les risques; en réponse à un message pacifique de Claude, ils s'écrièrent que jamais ils ne rentreraient volontairement en servitude : c'étcit une déclaration de guerre. Claude leur fit dire par Agrippa que , puisqu'ils voulaient combattre , ils n'avaient qu'à choisir un lieu hors de la ville pour que Rome au moins et les temples ne fussent pas souillés du sang des citoyens. Cette assurance et les désertions qui d'un instant à l'autre se multipliaient parmi leurs défenseurs, ébranlaient déjà la confiance des plus résolus, lorsqu'un grand tumulte se fit aux portes de la curie : les soldats sur lesquels on avait compté demandaient à leur tour un empereur, ne laissant au sénat que le soin de choisir le plus digne. Aussitôt, dans l'assemblée, les partisans de la république se turent et les ambitions éclatèrent. Un beau-frère de Caius, Minutianus, offrit de se charger du fardeau de l'empire; Valérius Asiaticus réclama Thonneur de ce dévouement; Scribonianus, d'autres encore se mirent sur les rangs. Pendant que les consuls discutaient leurs titres, Chéréas haranguait les soldats, pour leur faire honte d'aimer si peu la liberté : « Vous demandez un empereur, leur disait-il, je vous en donnerai un, quand vous m'apporterez un ordre d'Eutrychus. » C'était un cocher du cirque, favori de Caius, et naguère tout-puissant. Et comme ils criaient le nom de Claude, « Après un fou, vous voulez un idiot; mais prenez-garde, j'irai vous chercher sa tête. » Ce discours réussit mal. « Pourquoi combattre, dit un soldat, contre nos amis et nos frères, quand nous avons un empereur? » Et tirant son épée, il prit la route du camp des prétoriens; tous ses compagnons le suivirent. La populace les y avait déjà précédés pour mendier, elle aussi, quelque don de joyeux avènement. Les sénateurs, restés seuls, se reprochèrent les uns aux autres leur folle témérité; puis, laissant là le Capitole et leurs rêves républicains , ils coururent au-devant de celui que tout à Theure ils proscrivaient. Plusieurs furent blessés par les prétoriens furieux, et beaucoup
eussent été tués sans Tintervention de Claude. Chéréas avait donné un exemple dangereux ; le nouveau prince, rentré au palais, l'envoya au supplice; il y marcha courageusement. « Sais-tu tuer? demanda-t-il au soldat chargé de l'exécution. Ton épée n'est peut-être pas bien affilée; celle dont je me suis servi pour Caligula valait mieux; * et il voulut qu'on le frappât du même glaive. Quelques jours après, on célébrait les parentalia, fêteS funèbres où chacun faisait des libations en l'honneur des ancêtres. Beaucoup de citoyens mêlèrent Chéréas à ces sacrifices domestiques; ils le suppliaient de leur être propice ; ils lui demandaient d'oublier leur lâche résignation. Quelques-uns de ses complices périrent avec lui. Un d'eux, Sabinus, que Claude voulait s'associer, refusa la vie; il se jeta sur son épée avec tant de violence que la poignée de l'arme entra dans la blessure *. Telle fut cette révolution avortée. Elle montra ce que nous savions déjà : les espérances républicaines ou ambitieuses de quelques nobles ; la servilité du plus grand nombre des sénateurs , l'indifférence égoïste des citoyens qui ne sont plus que des bourgeois de Rome, à qui, par conséquent, les affaires de l'empire sont indifférentes , surtout elle prouva la faiblesse du pouvoir civil qui ne put se faire respecter même de quelques cohortes. Ce n'était pas l'armée, ce n'étaient pas les vingt-cinq légions, mais moins de dix mille prétoriens qui avaient vendu l'empire et vaincu le sénat sans tirer l'épée, sans sortir de leur camp! Gomme les voiles habilement jetés par le premier prince sur la constitution impériale sont rapidement tombés ! Le quatrième empereur n'est plus que l'élu d'une poignée d'hommes armés auxquels s'est jointe la tourbe de Rome. Il avait suffi des vingt-sept ans écoulés depuis la mort d'Auguste pour sceller l'alliance de la soldatesque et de la populace, que nous avons montrée comme le terme inévitable de l'institution césarienne, et l'empire entier accepte en silence ce qu'il plaît à ces gens-là de décider.
1. Sur tout cela voir Jos., À, J., XIX, 1-4, etB. J., II, 18.
On voit donc ce qui se trouvait à la base de Tempire : une cause permanente de révolution ; Claude nous montre ce qu'il y avait au sommet : une perpétuelle terreur. Toute sa vie il eut présent à l'esprit le souvenir du meurtre de Gains. Il s'entoura de gardes , non-seulement au palais, mais au sénat et jusque dans les.festins , où des soldats le servaient au lieu d'esclaves, tandis que d'autres, la lance à la main, veillaient autour de lui*. Personne ne l'approchait, même une femme, un enfant, sans qu'on se fût assuré, en les fouillant 2, quils ne portaient point d'armes cachées, et, chez ses amis, il n'entrait qu'après avoir fait sonder tous les recoins de la chambre, jusqu'aux matelas des lits. Précautions inutiles: il se garde contre Tépée et le poignard, c'est par le poison qu'il périra; il redoute et surveille tout le monde, et sa femme le tuera !
Claude avait alors cinquante ans*. Presque toujours malade dans son enfance, il était longtemps resté entre les mains des femmes et des affranchis, auprès de Livie son aïeule, et, plus tard, de sa mère Antonia, qui traitèrent durement le pauvre enfant qu'on n'osait montrer au peuple ni aux soldats *.Toutle monde finit par l'oublier; à quarante-six ans, il n'était même pas sénateur. On n'avait trouvé qu'une fonction à lui donner, celle d'augure , et l'on chargea de prévoir l'avenir l'homme qu'on jugeait incapable de comprendre le présent. Tibère lui envoya cependant les ornements consulaires. Il se consola par le travail, écrivit divers ouvrages, quelques-uns en grec, entre autres les Annales des Carthaginois et des Étrusques, deux histoires que Rome a effacées, comme elle avait rayé les deux peuples du rang des nations. Il voulut même introduire dans l'alphabet la-
1. Dion, LX, 3. Cet ordre resta depuis Claude l'étiquette de la cour impériale. — 2. Suét., Claud., 35. L'habitude de fouiller ceux qui paraissaient devant l'empereur cessa sous Vesp^sien. — 3. Il n'appartenait pas même par l'adoption à la famille des Jules qui, à l'aide de cette fiction légale, s'était perpétuée au pouvoir jusque-là. Il était petit-fils d'Antoine et d'Octavie par sa mère Antonia, et de Livie par son père Drusus, le frère de Tibère. — 4. Auguste seul eut pour lui quelques bons sentiments, comme on le voit par ses fragments de lettres. Suét., Claud.j 4.
tin trois lettres qui lui manquaient, et Quintilien tenait la réforme pour nécessaire*. Ces patientes études en l'honneur de populations étrangères dissipèrent en lui plus d'un préjugé romain et lui donnèrent assez de lumières pour voir souvent juste dans les. affaires publiques ^ mais pas assez de volonté pour gouverner, même sa maison. Gomme il n'avait pas une nature capable de se redresser, au moins en secret , sous les affronts , il resta durant tout son règne ce qu'il avait été dans sa jeunesse, quand il tremblait devant Livie et Antonia, sans tenue ni dignité, parce qu'il était sans caractère, irrésolu, faible et timide, parce qu'il avait pris l'habitude d'obéir, de sorte qu'avec de bonnes intentions, il fît autant de mal qu'un prince détestable. Les tyrans de Rome peuvent se caractériser par leur genre de cruauté: Tibère Tavait froide et calculée; Galigula, féroce; Claude l'eut peureuse et bête. Le premier il donna aux Romains l'étrange spectacle d'un gouvernement de sérail où les femmes et les esclaves sont tout-puissants. Ceux qui alors le dirigeaient étaient sa femme Messaline, dont le nom est resté celui même de l'impudicité, et les serviteurs qui avaient vieilli dans sa maison.
Dans l'ancienne Rome, la constitution et les mœurs étaient contraires aux affranchis , parce que tout se faisait en public et par les citoyens. Au déclin de la république, chaque famille riche en comptait cependant un certain nombre, et comme c'étaient les plus intelligents de ses esclaves que le patron affranchissait, souvent, après les avoir fait soigneusement instruire, ils restaient dans la maison à titre de scribes, de grammairiens, de précepteurs, d'artistes, de médecins, ou même d'hommes de confiance pour gérer la fortune de leur ancien maître. On ne voit pas agir ceux de César; Auguste aussi retint les siens dans l'ombre. Mais c'est un trait et une nécessité des gouvernements despotiques d'aimer à se servir de petites gens. Nos rois n'accordaient les grandes charges civiles dans le gouvernement
1. Suét., Claud.y 41-2; cf. Tac, Ann,, XI, 13; Jos., -i./., XIX, 2. Quintilien, XII, 10. — 2. Oùx àliya xai Siovtw; IrtpaTxev. Dion, LX, 3.
qu'à des hommes nouveaux, et Louis XIV en excluait systématiquement la haute noblesse. Par des raisons semblables, les empereurs romains agirent de même quand la réalité cachée par Auguste fut mise à nu par ses successeurs, et que l'État devint la maison du prince. Le seul ministre qu'ait eu Tibère, fut un chevalier; sous Claude, ses domestiques régnèrent; c'étaient quatre affranchis : Calliste, qui prétendait l'avoir sauvé du poison sous Caligula; Polybe, son lecteur; Narcisse, son secrétaire, et Pallas, son intendant. Celui-ci se disait descendant des rois d'Arcadie, généalogie acceptée du sénat, où un Scipion vantait le désintéressement du noble affranchi qui, en vue de l'utilité publique, daignait se laisser compter parmi les serviteurs du prince*. Ces hommes étaient avides, mais dévoués et fidèles : « Narcisse, dit Tacite, eût donné sa vie pour son maître*. » Claude, qui venait de voir le sénat proclamer la république, ne pouvait, conmie Auguste, l'associer à son gouvernement, ni prendre pour conseillers ces grands qui tout à l'heure se disputaient l'empire, qui, cinq ou six fois, conspireront contre lui'? Des affranchis étaient < plus sûrs > ; il se livra à eux tout entier « et fut, dit Suétone, bien plutôt leur ministre que leur prince, n'ayant, ajoute Tacite, ni affection ni haines que celles qui lui étaient commandées par eux \ » Au reste, pour ceux qui regardent ailleurs qu'à Rome, ce gouvernement des affranchis ne manqua ni d'activité ni même de gloire.
Claude débuta sagement. Après s'être fait donner par le sénat la plupart des titres qu'avaient eus ses prédécesseurs, il proclama une amnistie générale. Il sut que Galba, en Gaule, avait été sollicité de prendre l'empire, et il le mit au nombre de ses meilleurs amis * ; on a vu qu'il avait voulu sauver Sabinus. Il cassa tous les actes de Caligula,
1. Tac, Ann., XII, 53. — % Ann., XH, 65, et Dion, LX, 34. Pour leur avidité, leur pouToir sur Claude, etc.. Cf. Tac, Ann., XII, 3; XIII, 4; PL, XXXin, 53; Suét., Claud., 28; Juvén., 1 , 108 et les Césars de Julien.
— 3. Suét, Claud,, 13. — 4. Suét., 29; Tac, Ann., XII, 3 nui indUa
et jussa. — 5. Suét., Galda, 7.
516 l'empire romain DE TIBÈRE A NERVA (14-96).
mais lit jurer robservation des lois d'Auguste. Il abolit les nouveaux impôts, rappela les bannis, rendit les biens injustement confisqués et restitua aux villes les statues que Caius leur avait enlevées*. Il interdit l'action de lèse -majesté et livra à leurs maîtres ou fit combattre dans l'arène les esclaves qui avaient servi de délateurs. Naturellement débonnaire, ennemi du faste qu'il n'avait jamais connu, il prenait sans trop de peine ces façons qui avaient tant servi à la popularité d'Auguste, mais en perdait le bénéfice par d'étranges inconséquences. Ainsi, il visitait ses amis malades avec une nombreuse et bruyante escorte; il se levait devant les magistrats , sollicitait les consuls , le sénat , comme s'il n'eût compté que sur leur faveur, et les Pères étaient obligés de délibérer comme sous la surveillance du préfet du prétoire et de ses tribuns admis en armes dans la curie. Il aimait à juger et souvent jugeait bien, contrairement au droit, mais suivant l'équité, au grand scandale des jurisconsultes , qui ne voyaient que les textes et les formules. Une femme refusait de reconnaître son fils; les preuves étaient douteuses; il lui ordonne d'épouser le jeune homme et la force d'avouer sa maternité ; c'était presque le jugement de Salomon. Sa tenue sans dignité, sa tête branlante , ses mains agitées d'un tremblement convulsif, son bégaiement , et parfois des sentences ridicules ou des plaisanteries de bas étage, le déconsidéraient. « J'ai ouï dire à des vieillards, raconte Suétone, que les avocats abusaient de sa patience au point de le rappeler quand il descendait de son tribunal et de le retenir par le pan de sa toge. Un plaideur grec osa lui dire : « Et toi aussi , tu es vieux et * imbécile. » Un chevalier romain, après lui avoir reproché sa sottise et sa cruauté, lui lança au visage un poinçon et des tablettes qui lui firent à la joue une blessure profonde. » Pour que les greniers de Rome fussent toujours remplis, il fit, dans l'intérêt du commerce des grains, des règlements qui subsistaient un siècle après lui, et il prenait
i. Dion, LX, 3-4.
à sa charge les pertes causées aux fournisseurs par les tempêtes; mais il laissait sa femme et ses affranchis gagner sur les marchés et causer des famines, de sorte qu'une année on fut obligé d'établir un maximum. Il envoyait au supplice ceux qui usurpaient le titre de citoyen, il Tôtaità tous ceux, même des provinces orientales, qui ne parlaient pas latin, et Messaline , Pallas, vendaient ce titre au plus offrant. Auguste avait aboli la censure, il la rétablit et Fexerça plutôt avec le goût d'un antiquaire amoureux des vieux usages qu'avec la conscience des besoins réels de l'empire. Il n'accepta point de défense présentée par des avocats et nota des citoyens pour être sortis d'Italie sans sa permission; il fît briser chez le vendeur un char d'argent d'un travail précieux, et publia en un seul jour vingt édits pour avertir de bien goudronner les tonneaux, attendu que les vendanges seraient bonnes ; pour recommander le suc d'if contre les morsures des vipères, etc., etc.*.
La populace, qui se reconnaissait dans ce vieillard peureux et bavard, sensuel et gourmand, grand amateur de jeux^ de procès et de bons mots à gros sel, cruel sans méchanceté, grondeur sans colère, moraliste de petites choses, très-paterne et bonhomme au fond*, malgré son goût pour les spectacles de mort et sa facilité à tuer, la populace l'aimait, et, un jour qu'elle le crut assassiné, elle fit presque une émeute. Je suis même forcé d'ajouter que , n'eussent été les travers et la honteuse faiblesse du prince, les scandaleux exemples d'avidité, d'infamie et de crimes donnés par son entourage , ce règne n'eut pas compté parmi les plus déplorables.
Les affranchis, qu'un long pouvoir n'avait pas encore
l. Il fit, durant cette censure quMl partagea avec son grand ami Vitellius, le père du futur empereur, une révision du sénat. Au lieu de punir les indignes, il se contenta, à l'exemple d'Auguste, d'obtenir leur démission volontaire. Tac, Ànn. XI, 25. — 2. Il restait au théâtre môme pendant que le peuple allait dîner. Suét., 33. — 3. Un de ses convives lui dérobe une coupe d'or, il l'invite le lendemain et lui fait donner un vase d'argile. 7bid., 32, cf. 38.
gâtés et qui se sentaient, comme leur maître, entourés de périls , répondirent aux conspirations par des supplices , mais aussi cherchèrent à justifier, par des services, leur influence. L'on vit ce que sans doute on n'attendait guère : à l'intérieur, quelques sages mesures et d'utiles travaux; dans les provinces, une administration libérale ; au dehors, une politique ferme et que le succès récompensa.
La législation civile de Claude est remarquable; depuis Auguste il ne s'était point fait d'innovations aussi importantes.
Les esclaves malades étaient tués ou abandonnés par leurs maîtres; les plus heureux étaient portés dans l'île du Tibre, auprès du temple d'Esculape: mais qu'ils y guérissent ou mourussent , cela regardait le dieu ; Claude décida que l'abandon équivaudrait au don de la liberté, et que le maître qui tuerait son esclave serait puni comme homicide*. Cette loi atteste le mouvement qui s'opérait dans les idées , et dont Sénèque est alors dans la société païenne le plus illustre représentant. Les esclaves ne sont pas encore tout à fait des hommes, mais ils cessent d'être des choses dont le propriétaire use et abuse à son gré. Toutefois les affranchis qui entouraient le prince ne demandaient pas qu'on relâchât les liens du patronage : une constitution défendit d'admettre en justice l'affranchi à témoigner contre son patron et menaça d'être rendus à leur maître ceux qui, après avoir reçu de lui la liberté, l'obligeraient à se plaindï*e de leur ingratitude.
La protection accordée par le gouvernement aux esclaves s'étendit aux membres de la famille romaine que l'ancienne loi sacrifiait aux pater-familias. Le sénatus-consulte Velléien défendit les femmes contre leur ignorance des subtilités du droit relativement aux obligations *, et la mère qui avait perdu ses enfants obtint par une constitution impériale la
1. Suét., Claud,y1b; Dion, LX, 29. On a déjà tu une amélioration en eur faveur, sous Tibère, p. 449, n. 1. — 2. Au sujet de ce sénatus-consulte Ulpien dit : {Dig,, XVI, 1, fr. 2, § 2) .... providentia omplissimi ordinis laudata : quia opem tulit mulierihus....
faculté de leur succéder comme les autres agnats, ad sola^ Hum liberorum amissorum.
D'après l'ancienne législation, le fils de famille ne pouvait rien acquérir qui lui appartînt en propre. Cette incapacité fut peu à peu détruite par la théorie des pécules^ surtout par celle du castrense peciUium, établi par Auguste, et qui donnait au fils la propriété de ce qu'il acquérait au service militaire. Claude développa ce droit nouveau et essaya de protéger les fils de famille contre eux-mêmes et contre les usuriers. Ceux-ci reçurent défense de prêter à intérêt aux enfants durant la vie des pères. Tacite pense que cette loi arrêta leurs brigandages. J'en doute; cependant en interdisant aux créanciers d'intenter une action au fils, même après la mort du père, le sénatus-consulte macédonien* leur enlevait une garantie qui devait rendre les prêts plus rares, mais aussi plus onéreux pour le débiteur de bonne foi.
Auguste avait attaqué la doctrine si rigoureuse de l'ancien droit à l'égard des legs, en donnant force obligatoire aux codicilles, et les fidéicommis étaient ainsi devenus de véritables dispositions testamentaires ; mais la juridiction des fidéicommis n'avait été déléguée jusqu'alors aux magistrats de Rome que comme une commission annuelle, elle leur fut attribuée par Claude à perpétuité ; il la concéda même aux autorités provinciales * : c'était encore un pas dans une voie libérale.
Les avocats faisaient des gains énormes; un plaideur malheureux et trompé était venu se tuer chez l'un d'eux ; Claude, qui eût voulu les supprimer, réduisit du moins leurs honoraires à dix mille sesterces au plus'. J'ai peur que leurs exigences n'en soient devenues que plus grandes, car ces sortes de lois produisent habituellement le contraire de ce que le législateur en attend. Les fêtes prenaient une partie de l'année et diminuaient le travail ; le nombre des
1. Dig., XIV, 6, 1. — 2. Suét., Claud,, 23. — 3. Tac, Ann., XI, 6,7.
jours fériés fut réduit*; mais Toisiveté le fut-elle? Toutes ces mesures n*en étaient pas moins l'indice d'une bonne volonté honorable.
Ces affranchis , ces parvenus qui gouvernaient sous le nom de l'empereur, tinrent aussi la main au maintien de la distinction des ordres. On ne put devenir sénateur si l'on n'était au moins petit-fils d'un citoyen romain', chevalier si l'on n'était affranchi, citoyen si l'on ne parlait facilement latin , iût-on un des premiers de sa province. Une femme libre qui avait conmierce avec un esclave tombait elle-même en servitude ^ Ils firent aussi bonne police dans Rome. Les Juifs troublaient de nouveau la ville*, et les bannis des provinces y accouraient tous ; on chassa les uns et les autres.
L'aristocratie, dépouillée à Rome, gardait à l'armée les premiers grades ; Claude les lui laissa. Un règlement militaire détermina l'avancement des chevaliers, qui débutaient par le commandement d'une cohorte , puis d'une aile de cavalerie et n'arrivaient qu'ensuite au tribunat légionnaire. On ne voulait cependant pas que Tarmée conservât un trop long souvenir de ses nobles chefs : défense fut imposée aux soldats de remplir à l'égard des sénateurs le devoir des clients et d'aller les saluer dans leurs maisons *. Claude montra la même défiance lorsqu'il s'attribua le droit, jusqu'alors réservé au sénat, d'accorder les congés pour voyager hors d'Italie, et qu'il interdit toute érection de statue dans Rome sans permission expresse. Le peuple même ne vit point respecter les derniers droits qui lui
1. Dion, LX, 17. — 2. Suétone ne parle que d'une seule exception, 24. — 3. Ce fut Pallas qui fit proposer cette loi ; le sénat l'en remercia en lui donnant les ornements de la préture et 15 millions de sesterces. Il refusa l'argent. Il est yrai que, suivant Tacite, il possédait 300 millions de sesterces ou près
de 80 millions de francs (Ann.y XII, 53). —4. Suét., Ci., 25 Impulsore
Chiesto, Ce Chrestus était un grec converti au judaïsme. Cf. Juste lipse, ad Tae.y Ann,y XV , 44 et Bingham, Orig, eccles.j l, 1, § 10. Suivant Dion, LX, 6, les Juifs étant trop nombreux à Rome pour qu'on pût les chasser sans occasionner des troubles , Claude se contenta de défendre leurs assemblées. — ô. 11 donna aux soldats, qui légalement ne pouvaient pas se marier, ri tdv YtYaiiYjxoTwv 6txai(o(&aTa. Dion, LX, 24. Voy. ci-dessus, p. 215, la loi Julia.
restassent, sa royauté au théâtre; de sévères édits le punirent d'avoir insulté un consulaire et quelques nobles matrones * .
Dans les fonctions publiques il fit peu de changements. Le droit, jusqu'alors exercé par les préteurs, de donner des tuteurs aux pupilles, passa aux consuls, et les procurateurs du prince obtinrent que leurs jugements auraient la même force que les siens ^ La première mesure était bonne : on ne pouvait aller chercher trop haut une protection impartiale pour les orphelins ; la seconde était mauvaise, parce qu'elle donnait aux agents financiers une importance dont ils abuseront, et qu*ei\ rendant le fisc juge et partie dans sa cause , elle renouvelait les inconvénients des tribunaux autrefois confiés aux chevaliers. Il chargea trois anciens préteurs de recouvrer les créances de l'État, et quelques administrateurs du Trésor public ayant été accusés de malversation, il ne les punit point, mais il examina leurs livres, cassa des baux, des ventes, et s'imposa l'obligation de veiller avec sollicitude à la bonne gestion de leurs successeurs *.
Claude, dit son biographe , entreprit de grands travaux, mais il s'attacha moins au nombre qu'à l'utilité. Il acheva un aqueduc commencé par Caligula, qui amenait d'une distance de quarante milles l'eau de plusieurs sources, et la distribuait dans les quartiers les plus élevés de Rome* ; il fit un port à Ostie, avec deux jetées précédées d'un môle, que surmontait une tour semblable au phare d'Alexandrie, pour guider la nuit la marche des vaisseaux*. Ce travail était de la plus haute importance pour Rome et
l.Tac, Ànn, XI, 13. — 2. Tac, Ann,, XII, 60. Il donna môme les ornements consulaires procuratorihus ducenariis. Suét., Cl., 24. — 3. Kai toOto xal aSÔi; «oXXàxic èicoCyidev. Dion, LX, 10. Il ôta aux questeurs leurs préfectures d'Italie qu'il abolit; mais leur rendit Tadministration du trésor, /btd., 24. — 4. Cf. Tac, Ànn., XI, 13, et surtout PI. , XXXVI, 24. Tous les aqueducs antérieurs, dit cet écrivain, le cèdent à celui de Claude. Il coûta 55 millions 500 000 sesterces. C'est une des merveilles du monde. — 5. 'EveÔUjj.TiOyj npâyiia xal xoû çpoviQ|i.aTo; xai xou iteYÉÔou; toû •ni; *P«|i.Ti; àÇiov. Dion, LX, 11.
méritait la reconnaissance publique, car depuis Pouzzoles jusqu'à l'embouchure du Tibre il n*y avait pas un port où pussent arriver les navires chargés des grains de l'Afrique, et la vieille rade d'Ostie, comblée par les alluvions du fleuve, n'était qu'un dangereux mouillage. Les ingénieurs ne croyaient pas au succès de l'entreprise; Claude tint bon, et l'approvisionnement de Rome se fit plus aisément. Il aurait aussi fallu améliorer la navigation du Tibre , et pour cela creuser son lit ou y faire arriver des eaux plus abondantes ; cette idée conduisit à reprendre un ancien projet proposé à Auguste, le dessèchement du lac Pucin. Ce lac, qui couvre une surface de quinze mille hectares, mais dont la plus grande profondeur n'a que vingt mètres, est entouré de montagnes et manque d'écoulement naturel; aussi les pluies et la fonte des neiges causaient des crues subites et des inondations désastreuses, car on a vu les eaux monter plus d'une fois de quinze mètres. Les Marses demandaient en vain depuis longtemps qu'on exécutât cet ouvrage, qui eût rendu des terres fertiles 4 Tagriculture. Claude l'entreprit; contraint de renoncer au projet primitif d'ouvrir une communication avec le. Tibre, il sedécida à jeter les eaux du lac dans le Liris Durant onze années, trente mille hommes travaillèrent sans relâche à creuser, au travers de roches très-dures et d'argiles mouvantes, un souterrain long de cinq mille six cents mètres, avec une section moyenne de huit â neuf mètres carrés, et où les ouvriers arrivaient par trente-deux puits de vingt à cent trente mètres de profondeur ; un même nombre de petites galeries inclinées servaient à la sortie des matériaux ^ Quand cette œuvre colossale approcha de sa fin,
1. Dion, LX, 11, dit que les eaux devaient s'écouler dans le Tibre, Tacite, Ann,, Xll, 56 et Pline, XXXVl, 15, dans le Liris. Fabretti, dans le Syntagma de columna Traj,y p. 398 et sqq, soutient, contrairement à Gluvier, qu'il n'y a pas erreur de la part de Dion, mais que deux tentatives furent faites, Tune pour jeter les eaux du lac dans le Tibre, Fautre pour les conduire au Liris. C'est aussi l'opinion du géographe Sickler qui a si bien étudié les environs de Rome : « Dm dem Tiberis bei Rom mehr wasser zu zufûhren, untemabmesder K. Claudius durch ciu mit dem kleinem fl.lmole
dix-neuf mille hommes montés sur vingt-quatre trirèmes donnèrent sur le lac la représentation d'un combat naval. De peur que cette armée condamnée à périr pour le plaisir du peuple ne tentât quelque coup désespéré, une autre, formée des prétoriens et des cavaliers de l'empereur, bordait le lac sur des esquifs couverts par un rempart où des catapultes et des balistes étaient dressées. Les combattants défilèrent devant le prince en lui jetant le cri des gladiateurs dans l'arène : t Salut, empereur, nous te saluons , nous qui allons mourir! » Claude, tout joyeux des bonnes dispositions de ces braves gens à bien faire les honneurs de sa fête , ne voulut pas être en reste avec eux : « Salutà vousl » répondit-il. Mais, à cette parole, ils jettent leurs armes, ils refusent de combattre. « L'empereur, disent-ils, a prononcé leur grâce. » Et l'on vit Claude courir, dans son magnifique costume, le long du lac, menaçant les uns , suppliant les autres, et les décidant enfin à s'égorger. Quelle société, quels temps, que ceux où l'on réunissait sans peine, en un même lieu, dix-neuf mille criminels pour mourir dans une fête ! Évidemment nous ne pouvons juger ces hommes avec la rigueur de nos idées modernes sur les droits de la vie.
L'administration provinciale fut, comme sous Auguste et Tibère, vigilante, avec des intentions encore plus libérales. Des concussionnaires furent punis ^ et, pour qu'on pût accuser toujours un gouverneur au sortir de charge, Claude se fit une loi de ne jamais donner de nouvelles fonctions qu'après un intervalle de plusieurs mois. Sou-
in verbinduDg gesetztes emissarium..,, > (I, p. 352). Tillemont, si exact, a commis la singulière erreur de parler d'un canal qui conduit depuis ce lac jusqu'à Rome, ouvrage d'une structure admirable et dont on voit encore aujourd'hui les restes (I, p. 209). Des éboulements empêchèrent l'émissaire • de fonctionner et Néron abandonna l'ouvrage successoris odio (PI., XXX VI, 24). Une compagnie française a repris, en 1855, Toeuvre de Claude, en donnant à la galerie une section de 20 mètres carrés. Le canal Claudierij ouvert le 9 août 1862, ne fonctionne pas avec régularité, ce qui a donné lieu, entre le gouvernement et la maison Torlonia, dernier adjudicataire de l'entreprise, i un procès qui est encore à cette heure pendant devant le conseil d'État (août 1871). — l. Dion, LX, 24-25; Tac, Ann., XII, 22; Jos., A, J., XX, 5.
vent il répéta dans le sénat qu'une bonne gestion était un service à lui personnellement rendu. « Ne me remerciez pas, disait-il à ceux qu'il nommait, ce n'est point une grâce que je vous ai accordée; nous partagerons ensemble le poids de l'empire, et je serai encore votre obligé si vous administrez bien *. »
Auguste avait voulu constituer, au milieu des nations soumises, une minorité romaine qui fût le point d'appui du gouvernement , minorité assez forte pour faire partout respecter Tordre et que par ses lois il essayait de rendre digne de sa mission. Mais , avec ce système , on ne gouvernait encore que dans l'intérêt de Rome, de Rome pacifiée, je le veux bien, et ramenée, Auguste du moins l'espérait, aux antiques vertus. Effort inutile I car il ne prétendait à rien moins qu'à arrêter le mouvement du monde , comme si les empereurs eussent pu continuer l'aristocratie républicaine contre laquelle ils achevaient, par les supplices, les batailles de Pharsale, de Thapsus et de Philippes. Représentants malgré eux-mêmes d'intérêts nouveaux, ils remplissaient , à leur insu , le rôle que les circonstances leur imposaient et, tout en croyant ne veiller qu'à la paix publique, ils favorisaient une des grandes évolutions du monde. Auguste avait conseillé d'être avare des privilèges de la cité romaine; et, dans le court espace de trentequatre ans, le nombre des citoyens avait presque doublé : au recensement de l'an 13, ils n'étaient que 4937 000, plus de 17 000000 d'âmes; lorsque Claude ferma le lustre, il en annonça 5984072, qui représentaient une population de près de 260C0000*, et un accroissement moyen annuel de 28000 citoyens, soit moins d'un demi pour cent par an. Ainsi, l'œuvre d'assimilation avançait, mais très-lentement, et toujours au hasard, sans l'organisation qui eût formé de cette nation nouvelle une masse homogène. Même en établissant de temps à autre quelque colonie , en faisant çà et là quelques citoyens, on cédait à une nécessité qu'on
1. Dion, LX, 11. — 2. Euscbe et Tacite ne sont pas d'accord sur ce chiflre.
ne comprenait point, et l'on ne savait pas, ce qui est le grand art des politiques* faire d'une force, qu'il était si facile de produire et de discipliner, un élément tout à la fois de progrès et de conservation. Claude en eut le vague sentiment; en plein sénat, à la face de ces nobles qui oubliaient que leur laticlave cachait tant d'Italiens et d'étrangers, il rappela, avec une rare intelligence de Thistoire, comment Rome s'était formée ; il montra que la même loi d'extension continue et d'assimilation progressive qui avait fait la fortune de la république devait être le salut de Tempire. Cette question fut agitée, en Tan 48, à propos d'une pétition des principaux habitants de la Gaule chevelue qui, depuis longtemps alliés et citoyens, sollicitaient le droit de posséder aussi les dignités romaines. Beaucoup s'y opposaient ; Claude appuya vivement leur demande, et la faculté d'entrer au sénat fut d'abord concédée aux Édues ; elle devait bientôt s'étendre aux notables de la Gaule entière*. L'aristocratie en garda rancune à Claude, et après sa mort exprima par la bouche de Sénèque sa haine contre l'ami des provinciaux. « Par Hercule, dit la Parque, je voulais ajouter quelques jours à sa vie pour qu'il fît citoyens ce peu de gens qui restent à lêtre; car il s'était mis en tête de les voir tous en toge, Grecs, Gaulois, Espagnols, Bretons même. Mais puisqu'il faut bien laisser quelques étrangers pour graine, qu'il soit fait comme tu l'ordonnes. » Ailleurs, il lui reproche « de n'être qu'un bourgeois du municipe de Plancus, né à Lyon, à seize milles de Vienne, un franc Gaulois. Aussi, comme il convenait à un Gaulois, a-t-il pris Rome ^ » Sénèque voulait dire : pris les droits et les honneurs de Rome pour les donner aux Transalpins.
A l'égard des autres provinces les textes manquent ; sans prendre à la lettre les exagérations haineuses de Sénèque, on peut cependant affirmer que, dans une mesure un peu
1. Tac , Ann.j XI, 23-25, et les fragments du discours de Claude trouvés à Lyon en 1528. Il faut reconnaître que le discours refait par Tacite ne reproduit que d'assez loin l'original. — 2. ApokolokyntosiSf 3.
différente, la même conduite fut partout suivie. D'après ce que nous rapporte Thistorien Josèphe, Claude fut plus favorable encore aux juifs qu'à ses compatriotes des bords du Rhône. Ceux-là, moins ambitieux, n'enviaient pas l'honneur du laticlave ; mais, déjà répandus dans toutes les provinces orientales, ils s'y faisaient donner, malgré leur turbulence à Rome, le libre exercice de leur religion et de leurs coutumes, même l'exemption du service militaire. « Il est juste, leur écrivait-il, que chacun vive dans la religion de son pays*.» Mais lorsqu'ils voulaient consacrer l'or que de tous les points de l'empire ils envoyaient pour leur temple à augmenter les fortifications de Jérusalem, l'empereur arrêtait ces travaux, qui laissaient trop voir l'éternelle espérance de ce peuple indestructible ^ Les dieux des Grecs furent aussi honorés ; Claude fit reconstruire en Sicile le temple de Vénus Érycine et tâcha d'introduire à Rome les mystères d'Eleusis. Il persécuta une seule religion provinciale, celle des druides. ^ Cette aristocratie sacerdotale, qui cachait ses divinités et ses doctrines au fond des bois, n'avait pas accepté la paix qu'Auguste lui avait offerte, à condition de revenir au grand jour, sous l'œil des magistrats romains, et de faire asseoir ses dieux dans l'olympe de Rome. Le polythéisme donnait dans les cités une place trop modeste à ses prêtres pour que l'orgueilleuse caste des druides s'en pût contenter. Elle préféra la lutte; cette lutte sous Claude fut cruelle, car il n'eut point de pitié pour cette opposition qui troublait si mal à propos les discours qu'il préparait en faveur de la Gaule. Il abolit le culte druidique; il proscrivit ses prêtres; la mort les frappa, eux et leurs adhérents ; et ce devint un crime de porter même un signe qui rappelât leurs doctrines (43 de J. C.)- Un chevalier de la Narbonaise périt à Rome de la main du bourreau, parce qu'on trouva sur lui le talisman druidique de l'œuf du serpent *.
1. Jos., A. /., XX, 1.— 2. Jos., A. /., XIX, 7. — 3. Suét., Cl., 25. — 4. PI., XXIX, 3; XXX, 1; Suét, Ctottd., 25.
Cette lutte en entraîna une autre. Puisque Rome se prenait corps à corps avec le druidisme pour le déraciner de la Gaule, il fallait qu'elle allât aussi l'abattre dans la Bretagne. Avec le système de tolérance habile suivi par Auguste , la conquête de Fîle des Bretons n'était pas nécessaire. Mais les druides maintenant soumis à une persécution sanglante passaient en foule le détroit, et de là envoyaient à leurs anciens disciples de continuelles provocations. L'île devenait un foyer d'intrigues et de menaces que, pour la tranquillité de la Gaule, il fallait éteindre. Un transfuge montrait d'ailleurs cette expédition comme facile par les querelles intestines des tribus insulaires. Claude se décida à l'entreprendre (43). Les légions de la basse Germanie, effrayées d'une guerre qui depuis César avait mauvais renom, refusaient de partir. Narcisse vint de Rome les haranguer. Mais l'affranchi parut à peine sur le tribunal, que les soldats indignés lui crièrent : « Ah, voici donc les saturnales où les esclaves sont maîtres I » Et saisissant leurs enseignes, ils suivirent leur général'. Plautius les partagea en trois divisions pour débarquer plus aisément. La côte ne fut pas même défendue. Les Bretons croyaient qu'ils n'avaient, comme leurs pères, qu'à harceler les Romains et à gagner du temps pour les forcer à fuir; mais la Gaule aujourd'hui soumise, et non armée comme elle l'était contre César, aidait à la conquête au lieu de la rendre impossible. Plautius suivit patiemment les Bretons au travers de leurs marais, au fond de leurs bois, dispersa leurs détachements, les poussa jusqu'à la Saverné, et gagna au bord de ce fleuve une bataille qui dura deux jours. Puis il tourna vers la Tamise, derrière laquelle les insulaires réunirent toutes leurs forces sous le commandement de Caractac, chef puissant et renommé.
Tout le sud de l'île était soumis ; c'était la première fois depuis Auguste que le dieu Terme avançait. Plautius réserva au prince l'honneur d'achever cette conquête. Sous
l.DioD, LX, 19.
528 l'empire ROMAIN DE TIBÈRE A NERVA (14-96).
prétexte de difficultés qui nécessitaient sa présence, il l'invita à passer dans File. Claude s'y rendit, franchit la Tamise avec les légions, qui battirent le chef breton et prirent sa capitale, Camulodunum (Colchester). Les insulaires n'étaient point de force à tenir tête à un empereur romain; ils demandèrent la paix, livrèrent leurs armes et, au bout de seize jours, Claude repassait en Gaule avec le surnom de Britannicus^,
Plautius , resté en Bretagne , y organisa une nouvelle province ^ Mais la domination romaine n'avait pas encore franchi cette barrière du pays de Galles où se sont toujours arrêtées les invasions victorieusement faites sur la côte orientale, et le successeur de Plautius, Ostorius Scapula, trouva en 50 aux prises avec un soulèvement général des peuples de l'ouest. Les druides de l'îie de Mona réunirent autour du drapeau de lindépendance politique et religieuse toutes les tribus établies derrière les montagnes qui traversent l'Angleterre du nord au sud. Le héros de la première guerre et le plus brave des chefs bretons, Garactac, qui avait préféré l'exil aux bienfaits de l'étranger, eut encore le commandement suprême. Au même moment, les Icènes, au sud de THumber, prirent les armes, et les Brigantes, peuple puissant ({ui dominait plus au nord, de l'un à l'autre rivage, préparèrent une défection. La province était enveloppée d'ennemis. Heureusement, il n'y eut point de concert dans cette triple attaque et les Icènes, forcés par les seules cohortes auxiliaires dans un camp qu'ils croyaient inexpugnable, les Brigantes soumis par un mélange de douceur et de sévérité, rentrèrent en repos. Une colonie de vétérans fut établie, pour veiller sur les tribus du nord, à Camulodunum, à proximité de la Gaule, afin d'être facilement secourue, et Ostorius put enfin aller chercher les peuples de l'ouest, dans les âpres montagnes des
1. Dion, LX, 20-21. Suivant Suétone, Claude n'eut pas à combattre. — 2. l' Dtre TA von et la Saverne , Claude décerna à Plautius l'ovation, alla audevant de lui jusque hors de la ville et raccompagna en marchant à sa gauche. DioD, LX. Suét., Claud.j 24.
Ordoviques (le centre du pays de Galles). Garactac harcela quelque temps rennemi, mais des deux côtés on souhaitait une action générale. Les Romains acceptèrent le champ de bataille choisi par les Bretons , un terrain descendant en pente douce de hautes montagnes et dont les approches étaient défendues par une rivière encaissée. Tant qu'on se battit de loin, les insulaires eurent l'avantage ; mais lorsque les légionnaires, couverts par la tortue, eurent joint l'ennemi, le javelot et Tépée ouvrirent de larges brèches dans les rangs des Bretons qui n'avaient ni casques, ni cuirasses. Ils tombèrent en foule; leur chef, moins heureux, put fuir. Il alla demander asile à la reine des Brigantes, Cartismandua , qui le livra aux Romains. Le Vercingétorix breton conduit à Rome avec sa femme, sa fille et ses frères, y entra au milieu d'une fête pompeuse où l'on étalait ses dépouilles; il demanda sans lâcheté la vie, et, chose nouvelle à Rome, l'obtint*. Plus tard, quand il çut visité toutes les merveilles entassées au bord du Tibre, il s'étonnait de l'ambition de Rome. « Comment, disait-H, vous avez de si magnifiques palais et vous enviez nos pauvres cabanes î » (51 de J. C.)
Pendant qu'on triomphait à Rome, les Silures continuaient une guerre de surprises et d'embuscades qui coûtait beaucoup de monde aux Romains. Un jour ils enveloppèrent un corps laissé dans leur pays pour y construire des forteresses, et ils l'eussent écrasé, si Ostorius n'était accouru avec toutes ses forces. Une autre fois ils enlevèrent deux cohortes auxiliaires et distribuèrent à leurs voisins le butin et les prisonniers, qui allèrent rougir de leur sang les autels druidiques toujours debout dans l'île de Mona ; une légion même fut battue. Mais A. Didius, le successeur d'Ostorius, qui était mort dans sa charge, rendit le calme à la province, sans toutefois en étendre les limites; il se contenta, pour protéger les conquêtes de ses prédécesseurs dans le sud-est de l'île,