‹ Histoire des Romains: depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des AntoninsChapitre 13 sur 40 · Lampr., HeL, 19. — 2. Ibid.j 22. — 3. Hérod., V · texte numérisé non relu

Lampr., HeL, 19. — 2. Ibid.j 22. — 3. Hérod., V

douze ans, et le père adoptif en comptait seize ; mais le nouveau césar avait déjà révélé sa douce et heureuse nature, de sorte que Taïeule et la mère mettaient en lui l'espérance de leur maison. Sa bonne grâce, sa retenue, les maîtres sévères qui Tentouraient, les périls qu'on le vit bientôt courir et les secrètes largesses de Mammée aux prétoriens lui firent une popularité dont Élagabal s'irrita. Il chercha divers moyens de le faire disparaître sans bruit. Mais Mammée ne laissait son fils goûter aucune boisson, aucun mets envoyés par l'empereur ; elle l'entourait de serviteurs éprouvés, et la légèreté d'Élagabal, qui permettait de pénétrer tous ses desseins, permettait aussi de les prévenir. Un jour enfin il se décida à une attaque ouverte. Il envoya l'ordre aux sénateurs et aux soldats de retirer à son cousin le titre de césar, en môme temps que des meurtriers cherchaient l'enfant pour le tuer. Cet ordre causa une sédition où l'empereur faillit périr. 11 fut obligé de se rendre avec Alexandre au camp des prétoriens, qui exigèrent, en se chargeant de l'exécution, la mort ou le renvoi de ses mignons, commandèrent au prince de changer de vie, à leurs préfets, d'y veiller, surtout d'empêcher qu'Alexandre n'imitât son cousin. On dirait nos cabochiens de 1413 faisant de la morale au dauphin, chassant de l'hôtel Saint-Pol musiciens et danseurs trop longtemps attardés dans la nuit, même les conseillers qui leur déplaisent et qu'ils conduisent au Parlement pour y être jugés ou qu'ils égorgent chemin faisant. 11 y a toutefois une différence : en 1413, Paris était en révolution, et à Rome, en 221, les ordres donnés par la soldatesque au prince devenaient chose d'habitude.

Au l'^ janvier 222, les deux enfants devaient aller au sénat prendre possession de la dignité consulaire. Il faP lut toutes les instances de Msesa et la menace d'une nouvelle sédition, pour décider Élagabal à se laisser accompagner par son fils adoptif. Mais il refusa absolument d'accomplir avec lui, au Gapitole, les cérémonies ac-

coutumées. Un autre jour, il répandit le bruit de la mort d'Alexandre, pour juger, d'après ce que feraient les soldats, s'il pouvait le tuer sans courir trop de risques. Ceux-ci, secrètement avertis que le jeune prince vivait, réclamèrent à grands cris sa présence, rappelèrent la garde qu'ils envoyaient chaque matin au palais et s'enfermèrent dans leur camp. L'épreuve tournait mal ; Élagabal courut les apaiser en leur montrant le césar. Sa mère et Mammée l'avaient suivi, chacune excitant le soldat contre l'autre. Mammée, à la fin, l'emporta. De violentes clameurs s'élevèrent, puis on en vint aux coups; les amis, les minisires d'Élagabal, Soaemias elle-même, furent égorgés. Le voluptueux efféminé, qu'un pli de feuille de rose gênait, s'était caché dans les latrines du camp. On l'y tua, et son cadavre, traîné par les rues, n'ayant pu passer par un trou d'égout, fut jeté dans le Tibre, où le dieu d'Émèse faillit suivre son pontife. Le sénat voua sa mémoire à l'infamie et l'histoire fait comme le sénat (il mars 222).

Son cousin, âgé de treize ans et demi», fut proclamé auguste et prit le nom de Marc-Aurèle Alexandre, auxquels les soldats ajoutèrent, en souvenir de celui que quelques-uns lui donnaient pour aïeul, le nom de Sévère *.

Pour bien marquer que l'orgie orientale était finie et que les anciennes déités dépossédées par l'idole syrienne retrouvaient leur empire, Alexandre fit graver sur ses monnaies le titre de prêtre de Rome, sacerdos Urbis\

1. Hérodien (V, 7) dit qu'il entrait dans sa douzième année quand Élagabal Tadopta. On lui donne généralement trois ans de plus. Voy. p. 223, n. 5. — 2. Marcus Aurelius Severus Alexander (Eckh., Vil, 281). J'ai cité (t. V, p. 245) la séance du sénat, où Alexandre refusa les autres noms que les Pères lui voulaient donner. — 3. Eckh., Vil, 270.

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