‹ Histoire des Roumains et de leur civilisationChapitre 19 sur 62 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Vie politique des Roumains dans les Principautés avant la fornnation d une civilisation nationale

La PRINCIPAl"rt DE « TOl'TE LA RoV MANIE ». — CcS N.

..1.,...»;,.,,^ autonomes \ivant sous leurs juges et leurs s jouissuient d'une civilisation très ancienne, 'I)le (le déterminer ii elle seule une organi- ^.ùi. .. j>u.;lique supérieure. I*eut-^tre la suzeraineté tatare elle-même, amenée par les nécessités pratiques " des ■ s entre maîtres et sujets à concentrer la

vie li .....c russe entre les mains du cnéze de Moscou qui était destiné à faire souche d'empereurs, I !-■ !l.- ]>ler les forces roumaines

dans la i . .... lu territoire; car, au Nord,

les textes ne connaissent que la |>opalation fixée près

un nom de j * "»c^ sur les

pa^rs de l'histoire. Il est bien possible que ce rassemi ' d'cner^'l * où

i Toktai ,1 ^ i»les

vivant sous la menace de leurs camps guerriers. Car ce fut le Voévode de l'Kst qiii î à résoudre le

problème historique. Litovoiu. < l'Ouest, s'était

maintenu pendant plus de \ingt ans iorsqu'éclata un conflit avec ses voisins; ce conflit fut provoqué, à ce

61 HISTOIRE DBS ROt MAINS

qu'il parait, non par le sort de ce pays de Hateg. sur les ruines de Sannisagcthusa, que le roi arpadien voulait lui arracher, mais par la réunion momentanée de Sevcrin et de sa province aux possessions du Voévode.

Pans une bataille malheureuse contre un de ces « magistri », de ces « bans « de Transylvanie qui fourmillaient à cette époque au milieu de l'anarchie générale, le vieux prince roumain succomba; les vainqueurs se saisirent aussi d'un de ses frères, Bàrbat, dont le nom survit peut-être dans ce village dit Riul-lui-Bàrbat qui se trouve de l'autre côté, tout près de la frontière. Seneslav d'Arges ou bien son héritier, Tugomir ou Tilhomir, que les sources slaves des Balcans nomment aussi, parait-il, Ivanco (le nom roumain est lancu), réussit donc, dans ces circonstances exceptionnelles, à réunir les deux Voévodats. situés h la droite et à la gauche de l'Oit. On n'a pas d'autres renseignements sur lui. mais son fils Basarab était déjà « Grand- Voévode de tout le pays roumain », de la Roumanie entière, c'est-à-dire de tout le territoire que n'avait pas atteint encore la colonisation étrangère et qui n'avait d'autres limites que les conditions géographiques elles-mêmes.

Cette principauté réclamait pour son chef non seulement les anciens revenus de la dime des grains, du vin, des troupeaux et des amendes (gloate), mais aussi ceux des douanes, car pour la première fols la frontière gagnait un sens plus précis, et tout ce qui se rattachait aux prérogatives traditionnelles d'un dnmn, n'aurait fait cependant que végéter dans la montagne sans les nécessités de cette vie économique dont les bases avaient été posées par les Tatars un demi-siècle auparavant.

Une voie de commerce existait déjà qui menait à

TIE POUTIQUE DBS HOl'MAINS 65

Braila. et les Tatars qui l'avaient créée en avaient profité les premiers avant de se retirer (1).

Elle aurait dû servir dès Tabord aux Roumains réunis en un seul Etat, si la vie politique de la Hongrie n'avait pas été renouvelée, à ce moment même, par l'énergie et l'esprit d'initiative, par la ver\e che- ▼akresque de la nouvelle dynastie angevine: ce but aurait été atteint sans l'apparition au-delà du Danube, où la Bulgarie se mourait et où la Serbie, après avoir jeté, sous le règne de I' • empereur >> Etienne Douchan, un si grand éclat, allait sombrer dans les misérables querelles entre les prétendants et les seigneurs locaux, d'an nouveau concurrent k la domination du monde; je veux parler des Turcs qui, avec Mourad I*, Bajézid et 8cn flls. joignaient à l'esprit d'aventure communs aux <• Francs > et aux » Sarrasins » pendant leur conflit séculaire en Asie au temps des croisades, un ordre parfait et une discipline de fer, hénté des Tatars.

Désormais, pendant un siècle et demi, les Roumains seront morcelés, mutilés, rejetés d'une frontière à Tautre, des Carpathes au Danube, par l'incessant conflit entre ces deux forces, dont la rivalité assura sans doute leur existence, mais les empêcha de tirer tout l'avantage que pouvaient fournir, à cette fin du moyen Age, un territoire bien défini, une race nouvelle pour la guerre et pour la civilisation supérieure. Ils laissèrent se perdre la précieuse tradition populaire, qui avait permis aux premiers Voévodes d'opposer aux fantômes impériaux shnret des Balcans et aux féodalités agonissantes des autres frontières ce sain réalisme à base géographique et à caractère national

(1) Lear retraite • dû m prodvir» dès Im praBièrm ■waéti du XIV* «iècle; Icar dernier priac*. Démétrias (et qui slfBlis Démir. Timour). mmcmmvt 44dn de Nogal et de Toktal, vIt»talt encore ver» IJM d« cMé da Daoube ioférfear et d'Aliker-

9^ ilivTniitv ti»'N iint'MAlSv

qui uTaH anené h Tihooiir ti ! < il> > - ;i- '-n* •comme princes indigènes d« i iui le p.i>s luuiii.im . dt Blême que Louis XI entendait être roi de tout son pays français.

DéTACMBMiSST I>£S PAYS RUtlMAINS DR LA HoNORfC.

Char les- Roliert entreprit de refaire, sur le modèle de rOceident, ou de simples liens de vassalité qai nnisaaient. par exemple, dans une seule vie |H>litique les rois d'Angleterre et de France sans que le premier se fût senti, dans ses propres provinces, inférieur à son suzerain, l'ancien royaume des Arpadiens, éteudtt jusqu'au Danube; il voulait même employer ce fleuve coinme une base nécessaire pour renouveler en Orient les jours de l'Empire latin. Basarab ayant refusé le tribut, — car il se sentait souverain de droit moderne sur un territoire défini, habité par sa seule nation. — il fut attaqué par Quirles-Robert en personne d tagnes de Muscel, où l'avaient conduit cerlu... ... . ..-

vodes traîtres à leur prince par intérêt personnel. A Sevcrin, uni à la principauté roumaine depuis quelques années déjà, le Véovode de Transylvanie réussit à établir pour un moment Nicolas, fllsd' « Ivanco »•. mais, dans un des cirques que forment les montagnes valaques, l'armée royale fut complètement cernée par les troupes de celui qui, dans la conception des envahisseurs était un simple rel>elle. un « pâtre valais qu'il s'agissait de " tirer par la barbe de son repai Une miniature contemporaiae, dans la chronique officielle, présente, après la scène où uu envoyé de Basarab vient offrir huntblemeul les conditions d'une paix simulée, deux moments du combat de Posada, au Nord de Ctmpulung: on voit la briUante chevalerie du roi défilant hâtiTcment au-dessoas des pics que garnissent des pa)*sans roumains; ceux-ci portent de longues jaquettes de peau, de longs manteaux de laine.

des braies étroites, collant sur le pied; iU ont de hauts bonnets pointus de fourrure par-dessus les loogues boucles de leurs chevelures; les uns travaillent à jeter l'effroi au n !cs ennemis, qui seront écrasés bien-

tôt par le ; - r^erres détachées du rocher pro-

tecteur ou til à coups (le inassne. Charles-

Roh 12 novembre 1330) dif! ni à

la 11..U ...uque ; le sceau royal, é^j..^ - 1»

confusion de la déroute, ne fut pas retrouvé.

Mais le ur. quoiqu'il eût fait venir l'évc-

que grec de u sur le Danube pour en faire le premier Métro|>olite du pays, n'entendait pas changer Toi du coté de l'Orient: pendant

celi '», dans les discordes qui déchi-

raient la péninsule des Balcans. ses troupes, qui soutenaien roi serb<

été coiiK . ^ la cat;i

tendii). On voit Alexandre ou Nicolas- Alexandre, fils

de Basarub, saluer à la f

Charles- Hobert. ce roi 1

par une ambition fiévreuse, devait être enc*ore plus rem ' ' vicissit: ' -;. "de son père. Peut-

êti< le tribu! d'argent dont il est

parlé en 13d0 fut-il ollerl au jeune prince, bien qu'aucune sourc- - -mentionne ce détail. A ce moment, I>ouchan w l de l'autre côté du Danube, et

Alexandre, prcMiio parent du Tzar bulgare qui porte le même nom, pouvait craindre les prétentions de celui qui donnait W Danube pour limite ù son empire t gréco-serbe . s'appuyait sur V.\ : • et tendait

à Ih '"■--"•ssicm de Constantiuopic. 4.. ^ >,ucrrcs civiles, au les premières bandes turques avaient été

niclccs, M'^isHaicnt dans 1' byzantin in

de reprendre lu tradition t.... . ..,..;pue par le^ i.,.....^-

des. Clapitainr d'une nouvelle expédition sacrée, le roi Louis croyait pouvoir placer au-dessus de ce chaos

68 HISTOIRB on ROUMAINS

son autorité personnelle, soutenue par la bénédiction du Pape et par les sympathies de l'Occident latin. Il >ivait, du reste, dans des idées tout k fait difTérentes de celles des Arpadiens. qui avaient gardé avec opiniâtreté les tendances conquérantes de l'époque barbare. C'était un roi à la manière française, un Angevin de Naples; il réussit à s'entourer de brillants vassaux et de braves chevaliers, retenus auprès de lui par l'hommage et le devoir féodal. Il tolérait que ce Voévode de « sa terre transalpine ", ce roitelet des Carpathes, établit solidement son pouvoir sur les vallées de la montagne roumaine et l'étendlt à travers la plaine jusqu'à la ligne du Danube, pourvu qu'il observât les règles strictes de la féodalité occidentale.

Dans la Transylvanie même et dans les territoires voisins, le fils de Charles-Robert ne chercha guère à établir une domination royale à la manière moderne sur les ruines des anciens privilèges. Au contraire, personne ne respecta plus que lui tout ce qui tenait à ce moyen âge dont il fut un des plus splendides représentants. Il chercha même à ressusciter des formes en décadence, des initiatives déjà end — ' . des élans paralysés par la décadence. Les V(. les cnèzes roumains surgissent sur tous les points de ce territoire, à la place des « magistri » et des •< bans '> officiels de la dernière phase arpadienne. Surtout dans le Marmoros et dans les comtés voisins, où les conditions rurales n'étaient pas encore consolidées autour des quelques villes de colonisation germanique et des couvents latins, les Voévodes roumains, élus, selon la tradition, par la << communauté des Valaques », détiennent, malgré la présence du comte nommé par le roi, le pouvoir entier sur les villages du patrimoine national. Le Banat, autre territoire de frontière, est rempli aussi de ces chefs indigènes, qui déchurent rapidement pour devenir bientôt de simples juges de

VIE POUTIOrE nES BOUMAINS 69

village. Des chevaliers roumains combattront ainsi aux côtés du roi, avec les descendants des Voévodes écartés par le prince d'Arges. et certaines familles, comme celle des Doboka (Dobacescul), jouèrent un rôle important dans la vie du royaume, ayant des attaches avec le prince valaque. Enfin, pour faire entrer maintenant ce prince dans le cercle des vassaux de race roumaine. Louis n'hésita pas à lui créer, dans le sens des ;i: prétentions de sa famille, un

grand fief traii.. ..u..i dans la région de TOIt, entre cette rivière et les Carpathes. De même que le roi de France, .lean, son proche parent, avait constitué à Taide des terres de la Gjuronne. des apanages en faveur de ses fils, le roi de Hongrie érigea cette région en duché, le duché de Fagaras (Fogaras), d'après le nom du château qui le dominait; peu après, 1360, Vladislav ou Lalco (Vlaicu), fils d'Alexandre le Valaque, en était le maître: ses successeurs y aj- ' !<^

villages roumains des environs de Sibiiu, dr

l'Amlas (Omlas), ainsi nommé d'après un de ses cen- Ip- IX. Le Roumain s'empressa d'y envoyer ses

ÏH}\ -c leurs esclaves tziganes qu'avaient appor-

tés les invasions Tatares pour coloniser sa « nouvel! ' ^ition ».

1 I résista facilement à cette menace; mais,

lorsque le Tzar Alexandre vint à mourir, Louis se présenta de nouveau comme héritier de droit historique. Il conquit Vidin sur celui des fils de » l'empereur » bulgare qui y avait établi sa résidence, Strachimir. L'autre, Alexandre d'Arges, qui avait vécu dans la dépendance de son voisin, épousant même en secondes noces une catholique de Hongrie. Claire, dont les filles, chargées d'une mission de propagande religieuse, régnèrent en Bulgarie et en Serbie, était déjà mort le 16 novembre 1.164, après avoir étendu les limites de la Prinripauté jusr|u*;'i firaila et à Nicopolis, sur

70 UltTOlAK DM HOUMAIMS

tout le cours du Danube Inférieur. Son fils Laâco, déjà mentionna plus haut, n'était guère disposé à voir le

î lis de Bude, cet étranger, dont les drr ••' îTpaf-

t à la plus pure des fantaisies li. ,ues,

prendre dans l'Orient orthodoxe une place qui lui revenait par la communauté de religion, par le» lien^ de famille noués pur son père et son grand-père, auxquels étaient venus s'ajouter peut-être ceux qui lui venaient d'une mère balcaniquc. Lorsque Louis, qui avait fait mine d'attaquer d'abord le prince valaque lui-même, rut fait de Vidin la capitule d'un Banat qui surveillait aussi la frontière valaque, il se leva en armes pour échapper à l'étreinte. La garnison de Vidin ne résista pas, et la rhroni(|Ue franciscaine de cette ville mentionne la courte domination du prince orthodoxe, beau-frère de Strachimir, du « roi » roumain qui faisait sa première apparition dans les Balcans. où il devait avoir bientôt la possession de Nicopoli». Nicolas de Gara, commandant des troupes royales, ne réu^ sser les envahisseurs, qui s'ap-

puy: in.

Lorsque maintenant l'armée du \'oévode de Tran« sylvanie entra dans la Valachie par le «1 " ' pour écarter ce prince d'une si entrcition. elle trouve sur la ligne de la lalomita des fortill- « des fortins, des trancbi' ^is-

l < seconde ligne défendait ude,

qui d'Arges était descendue déjà, par Ompulung. où r ' ilu couvi ' ■ nier abrite les restes du prince lie, à 'l ie, dans la plaine. l>ragomir,

capitaine de cette ville, rassembla les paysans pour défendre la résidence de leurs Voév.V • Xtr • Voévodc transylvain et le châtelain de ;• . int

tues dans cette défaite décisùve de \'M)'à. qui. renouvelant la leçon de 1330, montrait ù l'ennemi l'Impossibilité d'occuper cette ^ Transalpina ». à travers la-

VIE POUTfQVB DBS ROUMAINS 71

quelle, au commencement de ion rlgnc. I« roi Louis aecordait des privilèges de commerce aux Saxons de Kronstadt comme sMI s'était agi d'une simple province sans mattre. Il fallvl se résigner à reconnaître une frontière dénnitive, en (ortifAant le défilé de Bran, où fut •'* ' ,]ç Torzburg. et celui de la

Tour H I la Landskrone. Quant à

Severin. il rentra bientM sous la dwatwHIon des Roumains.

F N o't'NE secoffoe phinopauté hoi-maine

EN .M .^ II., — Au moment oè, de ce o6té. disparaissait tout espoir de maintenir pour la G>ttroniie la pos^ session de ces défilés des Carpatiies. Louis perdait aussi la possession du versant oriental, bien que les princes d'Arges. obligés dans le même temps de conquérir 1 'lu DaMibe, ' ' ~ ,• leur indépendance Ci A Hoagrie et iler les mouvements des Turcs déjà mattres d'Andrinople, n*eûs- ' rché à faire mie réalité des prétent i>ays roumain ».

A une époque plus ancienne les Hongrois avaient ir !c versant oriental des points d'appui

ix :>n du Séreth, entre autres, ainsi que

nous l'avons dit, pour s'assurer la possession des mines de sel d'Ocna. I/idée de refaire à Milcov, qui cependant ne fut jamais rebâtie, un évéché des Cnmans. ne fut pas de sitAt abandonnée, et la ville voisine de r hablemt' ' oonuBe >tus aus

nom, paraissait pouvoir abriter le prélat latin; en 1332 Oi ' it demandait an pape la n<

tion à t >.>n propre dMpelain. Guy. I •

de Kaia. dan» l'angle du Nord-Ouest de cette région, entre les Carpatbet et le S«^^ 's anciens établissements saaana destlnéfl à r* >on des mines sub-

72 mSTOIRB DES ROUMAINS

sistaient encore, bien qu'ayant perdu toute leur importanrc au profit de Rodna. leur rivale tran'-^"

Le nouveau roi de Hongrie créa d'abord un<orientale de la Transylvanie, réunissant entre les mains de son fidèle André, fils de î " '. '> o), probablement d'origine roumaine, i lion du Marmoros, des Szekler et du comté de Kronstadt, ainsi que la dignité de comte de Szatmar, dans l'Ou-st de la Transylvanie, et celle de Voévode même de cette province. Il était appelé à résister, non pas h une tentative des Roumains pour former un second Etat indépendant, mais aux dernières invasions des Tatars, plus ou moins soutenus par les éléments chrétiens à leur disposition, qui atteignirent, en 1352, la frontière de Transylvanie, sur la lisière des Szekler. Le roi luimême dut intervenir pour briser les efforts des barbares, qu'avait encouragés l'anarchie galicienne, pendant les combats incessants entre les Lithuaniens du Nord et les Polonais de l'Est pour la possession des débris de l'ancien royaume de la Russie Rouge, si puissant au siècle précédent. Lorsque la victoire définitive éloigna ces fragments de la Horde, André confia la garde du territoire récemment occupé, aux environs de Baia jusqu'au cours de la rivière Moldova. à un subalterne, simple capitaine royal, choisi parmi les VoéTodes roumains du Marmoros, Sasul, fils de Dragos. Une « terre moldave » avait été créée ainsi pour les seuls intérêts de la Couronne, pour servir de digue contre de nouvelles tentatives du côté de l'Orient. Or, aussitôt après, un autre Voévode roumain du même Marmoros, Bogdan, du village de Cuhea, qui depuis longtemps s'était fait connaître par son esprit de rébellion, par sa hardiesse et le caractère indomptable de sa résistance, s'avisa de 5ul\Te l'exemple (les Valaques Tihomir et Basarab qui avaient conquis, contre tous les efforts de la Hongrie, une in-

YIE POUT1QUE DBS ROUMAIWS 7S

dépendance plén'ure et victorieuse. A la mort de Sasui. la révolte éclata parmi les Roumains de la nouvelle province, et Bogdan s'empressa d'accourir pour arracher l'héritage aux fils du défunt, Raie ou Ralita et Dragul, qui furent plus tard les successeurs d'André dans la fonction difficile de défendre cette frontièr' ' \\e que le succès de 1* « usurpateur *' avait

de n 1 arrêtée aux Carpathes (1365).

Cette pro\ince, dont les princes ne prirent que l'"i (1 le titre national de « princes roumains de la

If '>, serait restée confinée pour toujours à ces vallées des Carpathes. et le roi aurait pu s'en saisir k la première occasion favorable, car de nombreuses attaques hongroises montrent bien qu'il ne s'était pas résigné à sa perte, si une seconde voie de commerce, ouverte au delà du Séreth, n'avait rendu nécessaire la fondation d'une grande et puissante principauté, dont l'indépendance eut dès le début ce caractère royal qu'implique la qualité souveraine du domn.

L'ancienne Russie Rouge n'avait jamais possédé en fait les territoires entre le Séreth et le Pruth, et moins encore celle des plaines ondulées de collines qui s'étendent entre cette dernière rivière et le Dniester. Sur ce territoire des anciens «< brodnici », les Tatars restèrent les maîtres jusque fort avant dans le xi\'* siècle: ils prélevaient encore vers 1360 les droits de ' et les revenus du Khan à Akkerman. et

leur :. sions ne cessèrent, ainsi qu'on l'a déjà vu,

qu'après cette date. Sons l'ombre de l'autorité des souv ns de la steppe, les seigneurs fonciers

»e i< t les vallées: on trouvera leurs noms,

avec l'indication du territoire qu'ils représentaient, dans les diplômes délivrés par les successeurs de Bogdan. auxquels ils se rallièrent, les soutenant de toute leur puissance guerrière.

Mais ce qui donna à ce |Niyi une importance excep-

74 mirquui mis nmniArfii

tionnrlle, ce fut le dévetoppenu'ui ui- la ligne di- cutamené. Ci^ée déjà par les Taiara. elle menait de la Rvnie Rouge, dey eau c lithuanienne et iKilonaise. à ces poKs tatars de la Crimée où 5i'étaient «tabli» les riches et entreprenants Génois, mallreft, depuis le rét»- MiiifiBcat de l'Kmpire byzantin k Con«tautinople. de la mer Noire, sans compter le port de Moncastro- Akkernian. resté latar jusqu'au dernier moment, où les Génois s'établireoi pour quelques années, et Licoslomo-Kilia, colonie génoise située an milieu même des lioucbes du fleuve pour servir d'escale an coniraerce des grains danubiens, que la Répn blique disputait avec acharnen^nl, v<>ro 1!U>0, à Venise, sa rivale.

Déjà ica derniers prinees rasses, (| tagé l'héritage de letMtt prédécesseurs :..u .. : i at fondé des colonies d'Allemands, d'Arméniens, puis aussi de Juifs, put le territoire de Halitsch. T Lvov en russe, porte le nom du prince ru^- Mais celui qui lui donna, ainsi qu'à la cité rivale de Cracovie, la grande importance commerciale que l'on sait, ce fut le roi polonais Casimir, qui y établit le « droit de Magdebourg , le pur droit germanique, que ne devait contrecarrer amonne « ootttmne rulhiM Lorsque Loab de Hongrie hérita, à la mort de Cas u... son oncle, du royaume de Pologne tout entier et qu'il établit ses officiers dans la Gaiicc, que plus d'une fois ses prédécesseurs hongrois du moyen âge avaient dominée, il y eut entre ces villes allemandes de nouvelle création et les \illes. plus anciennes, de la Hongrie Supérieure, des relations qui contribuèrent aussi à fortifier ce commerce continental du Lovant qwk venait de naître sur la base des privilèges de Casansir.

Ce commerce avait amené, Ters cette même «époque, le détnchoment, comme formation indépendante correspondant en quelque aorte aux limites das posaes-

VTK POLmQVe DBS 1IOV«AINS 75

sions In^antines d« la m^r Noire, de la partie maritime de l'héritage du Tzar bulgare Alexandre. Un cer- I ' '' ï *i. héritier de Baliea. «eigneor roa-

ni ; fit à Cavama, s'iroproxisa prince <tu

littoral habité par des races difTérentes, des Grecs en première ligne. Une ' " 'les terres, *?' " »s-

qu'alors jmr Démètn- le Talar, Un tte

formation territoriale, correspondant uniquement à une ! * ■ • du commerce, a eonserré

dans ^. ^p^ rompiérants, le nom de

son fondateur. (Dobrogea en roo-

main).

Cette ligne de communication entre l'Occident d'une part et. de l'autre. l'Orient tatar et turc de\'ait amener k Hon tour l'établissement d'un ordre politique con- «wHdé dons les vallées du Soreth. du Pruth et du Dniester. Alors que la région moldave proprement dite vivotait, sous le rapport économique, dans la dépendance de la Transylvanie, de la ville de Krons- *' ^o\ et. dans le voisinage même, dans celle,

m importante, de Bistritz (Bistrita), centre saxon

du Nord-Est de la province, des villes noovelles surgi' M'a rimproviste. comme relais pour les c;i itns la vallée du Séreth d'abord, où il y eut une ville de ce nom: dans celle de son premier 0^ Suceava, destinée à devenir une p' - capitale de la principauté moldave; dans le voisinage du Pruth. Tetina. dont hérita II" ' ■ '^'.•rnauti cl itaux fn-

ment du xv* siècle: puis, sur le Dniester, Hotin (Choczim' ' "• " ufUe-

ment dis].. <nfin

la ville de Tighinea (• Teghm » on • Tehin » pour les voisins), qui servait déjii sans doute, comme pince de péage aux Tatars. Alors que. entre 4e Sérefli «t les

76 iitsToine des roumains

Carpathes. il n'y avait que Baia. simple bourg élevé P«.ur un moment à 1 M' d'év^rî " ■ i • volt

tiKMirc les beaux ic une catli pie),

que la citadelle de Neamt dans la montagne, et que V * ' ii^rois du Sud. Ocna. Slanir, Bacau (la

<»pale ayant disp:^ru sans presque laisser de traces), l'autre région, qui dépendait du commerce galicien, vers Moncastro et CafTa, appelait par les nécessités profondes de la situation géographique et économique l'établissement d'un maître respecté, d'un vigoureux soldat capable d'assurer à coups d'épée la libre circulation des marchands de toutes les nations, jusqu'aux Italiens de Crimée qui apprirent bientôt le chemin de Suceava.

Les influences occidentales menacèrent dès le début l'indépendance de cet Etat. Des moines allemands amenèrent sous Latco, fils de Bogdan et mari d'une princesse orthodoxe, probablement russe, l'établissement d'un évêché latin, correspondant à celui d'Arges. dans la ville de Séreth, où les Dominicains disputaient le terrain à leurs frères, les Franciscains. La fille et héritière de Latco. Musata, avait adopté le culte catholique, se faisant appeler Marguerite. Entre temps, un des Koriatovitsch de Galicie, princes podoliens qui se créèrent aussi un fief dans le Marmoros, Yourg, fut. pour quelques mois, lui aussi, prince moldave. Mais les descendants de Bogdan, les fils et les neveux de Marguerite, restèrent des princes roumains orthodoxes.

Ce fut même aux dépens de la Pologne que le nouvel Etat trouva ses limites définitives vers le Nord. Pierre, fils aîné de Marguerite, profita des difficultés où se trouva Jagellon, le grand-prince lithuanien qui avait épousé Hedvige. fille et héritière du roi I^ouis, dans sa lutte contre son beau-frère et concurrent Sigismond de Luxembourg, roi de Hongrie, pour s'em-

VIE POUTIQtJE DES ROUMAINS 77

parer du district de Szepenic (en roumain Sipint), avec le» forteresses de Hotin, de Tctina (Czeczyn) et de <' Chmielow ". Knrlchi par le produit de ses douanes, de système abs<.lunient tatar, Pierre « prêta » à son voisin une somme de 3.000 « roubles franques », c'est-à-dire de pièces d'argent génoises de CafTa, que l'emprunteur comptait bien ne plus jamais restituer. Il eut en échange, à titre de gage, une première promesse vague concernant le « territoire de Halitsch », puis le terriloire qu'il avait convoité, et occupé même avec des droits reconnus formellement, par un traité conclu, en 1411, sur la Pocutie, à 1* " angle » galicien du c'^té des Carpathes, contenant les places importantes de Kolomea et de Sniatyn. où l'on rencontra bientôt un staroste moldave. Respectant le lien féodal, Pierre se rendit à Lemberg pour prêter personnellement le serment au » Grand Prince et héritier de la Russie ». auquel il promit aussi le contingent de ses troupes: mais il n'agissait ainsi que pour arrondir ses possessions et obtenir les frontières nécessaires à toute fondation politicfUe.

Rl\\iiiK r..Sânr. i.A \Al.\t.HIK KT LA MOLDAVIK AL

XV* SIÈCLE. — La V^alachie fut diminuée par l'établissement de cette nouvelle force. Elle n'essaya pas de la soumettre par les armes: une seule fois des troupes valaques entrèrent en Moldavie pour changer un prince ennemi. La région située au Nord du Danube, appelée Bessarabie, parce qu'elle avait appartenu à la dynastie de Basarab, devint bientôt une terre moldave: le prince Roman s'intitulait en 1392 » seigneur des montagnes à la Mer ». Les deux fondations politiques de la race roumaine coexistèrent désormais, leur fruiitière étant flxée au Nord du Milcov et du district de l'utna. puis sur le Séreth inférieur.

La .Moldavie, de fondation plus récente, atteignit

78 MUTOOtB DM JtOVMAlHS

beaucoup ptat rapidement «es frontières luili »ur le Pnkirter et le Dtiuriie: «a Kilt -uHfre

lut permit de réaHaer (plas <<*>> on- .un>i<v

un développciiient prosptee.

Les Carpathes «or lesqiii-ls it- la Valaciiie

«ont traversés par un gnmd nu.i.i . . de déAJ^ d'un accès plutAt facile: les rois de Hongrie, avec les fortercaaca ^pi'iis y avaient élevées, étaient les UMdtres dn pataage depuis Landskrone jusqu'à la vallée supérieure de Buzau. Après eux, vinrent les snccesseors de €h«rles-Robert et fh ~ Sigtemond*

<|tti parut en Valurhie ( > : ^ ice légitteie

et comme ennemi des usurpateurs envo>'és par le Sultan, en 1304, contre l'intrus Vlad, < ' ' '" ilre Radu-le-Cfaauve, autre client des Tu pin rintervention, en 1420, du Voévodc de Transylvanie <i mina par une ' " . Plus tard Jean I }»rand guerriei n qui fixa les destinées de la Hongrie, put intervenir à son ^é dans les afTaires de la Valachic qu'il aymii soi ' ^ sa tutelle beaucoup plus que l'autre priMoipab us la suite encore, cette Transylvanie décida du sort de la Valacbie voisine, bien qu'une invasion valaque au-delà des montagnes fût encore plus facile pour tout Véovode entreprenant; tel ce Vlad Dracul qui, en 1438, guidait les troupes du Sultan, son maître: tels encore les successeurs de Vlad au XVI* siècle, jusqu'il MirheMe- Hrave, qui y pénétraient seulement pour inler>*enir dans les querelles intérieures de cette province, ou même dans le but de poursuivre instinctivement les buts supérieurs de leur race. Mais le grand danger ne pouvait pas venir de ce c<Mé, car la royauté hongroise, qui avait d'abord représenté la foi catholique et l'impérial i«nne occidental en Orien, puis «ontinui' les traditions de la féodalité française, en était arrivée, avec Sigismond, le pompeux César germa-

VIB POUTIQUB HBS iMvinuxs 79

nique, à servir uniqneraeni «ne ainbitioii penameHe, qui n'était p9n même celle d'une dynastie. Lor8i|iie, après la mort préniaturée d'Aibert (!' ' he. genéM

de Sigisniond. uprè» la ratastxx>plic •< la. où Vla-

dislas Jagellon, roi de Hon^e et de Fologoe, SMeconiba «ous les covps des Turcs victorieux, Hnnysdy, le N'oévodr trans3rHaiE, comte des Ssekier, gouverneur du royaume, capitaine de croisade, prit dans sa main gantée de fer la ooadnite des affaires, il apparut non cmiime le manésdalre d'une Hongrie moderne avide de territoire, mais bien comme le chef illustre et puissant d'une confédéraiion chrétienne. Dans cette confédération, à cAté au despote serbe Georges Brancovitch. Le plus sou>'ent perfide ou rebelle, les princes du Danulie et des Carpatbes louèrent le premier rôle: ils n'avaient d'aillMMV qm'k se prései^er, au moment de toute nouvelle entreprise contre le Sultan, ù la tète de leurs chevaliers, de leurs boiars, de leurs genéwrmfs mercenaires et de leurs pa>'sans U-

...s défilés moldaves sont beaucoup moins nombreux et ils étaient seMÉbleaMat plus difficiles à tra- ^ •' époque oà une partie da pa3r8 des Scak-

i' . lendne de « deux comtés entiers », selon

une déclaration efSeMIe de rAutrlcfae qui l'a usurpée, app;< û la priaclpaalé. Après les efforts laila

par I ouis lui-mêaM po«r rétablir son aatorUé

dans la région de Raia. il n'y eut qu'une seule grande

rMmvei Btat: celle dn

ê le Sérelb, s'avança

jusqu'à Hftriau. une des résidences du Voéwode

T' 1 de Jaavy. et lai imposa an traité de

il avidt éU maintenu, aarait créé «se

) nouvelle au puys. Si Hunyady eot sur la

- ne InfltteMoe délarminaais qae snr la

. si des frtnaes «MBDe Bogdan H,

80 HISTOtRB DBS ROUMAINS

comme Pierre Aaron. vert le milieu du XV* tiède, conclurent des conventions qui en faisaient ses bons amis et ses dépendants, si Chilia. la nouvelle forteresse moldave en face de Llcostomo en décadence, lui fut cédée personnellement, pour ainsi dire, dans le but d'y faire un point d'appui de la croisade, elle n'exerça pas cette influence d'une manière aussi impérieuse que dans l'autre principauté, où le pr' *":ld Dracul. homme d'une grande énergie (< ^ it,

qui avait pris part à la bataille de Varna aux côtés des chrétiens, fut pris à l'improviste par le gouverneur de la Hongrie et tué, de même que son fils aîné, sur sa propre terre valaque.

En fait, les prétentions féodales du roi Louis avaient passé à la Pologne, héritière de ses droits en Galicie. Ce fut, en effet, en cette qualité que Jagellon le païen, devenu, sous le nom de Vladislav, « roi de Pologne et de Hongrie », formula des projets de suzeraineté sur la Moldavie; il cherchait en même temps à conclure avec la Valachie du prince Mircea, neveu de Laîco, des traités dirigés contre son concurrent, comme celui qui fut conclu, par la médiation du Moldave Pierre, en 1389. Roman, successeur de Pierre, disparut après la bataille de la Worskla, où les troupes de Jagellon affrontèrent^ celles de son cousin lithuanien Witold, qui voulut, pendant une trentaine d'années, être le roi d'un nouvel Etat indépendant. Pendant le long règne d'AIexandre-le-Bon, fils et deuxième successeur de Roman, ce fut le souci det territoires pocutiens qui domina les relations entre Vladislav et son voisin moldave. Alexandre se présenta même devant le roi dans cette Pocutic sur laquelle il voulait affirmer ainsi encore une fois set droits dérivant de l'ancien « emprunt » : après la mort de la princesse Anne, cette cousine lithuanienne de son allié et « suzerain », il épousa Ryngalla pour la-

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