L. VI, C.V
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191 iSPOQUS GBSGQUB.
avec défiance; ainsi, au liv, VIII de THistoire des animaux, c. a8, il avertit qu'il ne faut pas avoir une grande confiance en ce qu'il dit, et qu'il n'est pas digne de foi.
Platon a cité Hippocrate dans un certain nombre d'endroits, entre autres dans le Phédon; Aristote ne l'a pas cité, et cependant Dulaurens a osé dire que presque tout ce qu'Âristote avait dit de la nature des animaux, il l'avait appris d'un seul homme, Hippocrate, quoique celui-ci ait fort peu parlé des animaux, et qu'Aristote ne le cite jamais.
Ainsi donc, Aristote n'a presque rien pris de ses prédécesseurs pour l'histoire naturelle, par une raison toute simple : il n'y avait que fort peu de chose à prendre, en fait d'observations exactes et sérieuses. Pour les choses dont il n'était pas sûr et dont il ne parlait que par tradition, il emploie la formule on dit j on prétend. Schneider se demande si Aristote a employé les observations qui furent rapportées par les compagnons d'Alexandre, comme Théophraste l'a fait pour les plantes; il regarde comme certain que les récits des compagnons d'Alexandre furent publiés après la mort du roi , sans qu'il puisse fixer l'époque de cette publication d'une manière positive; mais il ajoute qu'aucun passage ne peut lui prouver qu'Aristote ait rien recueilli d'une telle source.
a® Auteurs étrangers. Phéniciens. Si des compatriotes nous passons aux étrangers, nous ne trouvons que des assertions sans fondment. On a dit qu'il avait emprunté aux Phéniciens ,- un des peuples les plus civilisés de l'antiquité; mais cette nation, entièrement livrée au commerce, a peu prisé la philosophie et la science, et n'a pu par conséquent rien fournir à celui qui donna des bases solides à l'une et à l'autre.
Juifs. Dans l'ouvrage de Josèphc contre Appîon% on cite un passage de Cléarque, disciple d'Âristote, sur les relations qui auraient existé entre le Stagirite et un juif dont il aurait beaucoup appris; Meiners a prouvé que cet. ouvrage était certainement controuvé et d'un juif moins ancien. Aristote d'ailleurs n'a point voyagé en Judée et ne parle d'aucun animal de ce pays.
Arabes. Les anciens Arabes n'ont pas été pour lui une sourceplus féconde; rien ne le prouve, ni dans sa vie, ni dans ses écrits, ni dans l'histoire même des Arabes, qui ne paraissent guère avoir connu les sciences que postérieurement à Aristote, et par son moyen.
Égyptiens. Les Égyptiens sont le peuple chez lequel on pourrait, avec plus de probabilité, trouver quelquesuns des éléments mis en oeuvre par Aristote. 11 a connu les animaux de la haute Egypte d'après des voyageurs, en particulier d'après Hérodote qu'il cite à leur sujet. La même voie a pu lui faire connaître encore plusieurs animaux de l'Afrique, apportés en Egypte soit par le commerce, soit par les bateleurs, qui faisaient dès lors métier d'amuser le public des grandes villes avec leurs ménageries ambulantes. Les animaux qu'il a ainsi connus sont, entre autres, l'hippopotame, la girafe, le crocodile et diverses espèces de singes. D'ailleurs ils pouvaient aborder jusqu'à Athènes :1a position commerciale de cette ville , son zèle pour les sciences et Tornement de ses monuments, son amour des aises de la vie en facilitaient le transport.
Perses, Hindous. Quant aux Persans et aux Hindous, les classifications d'êtres naturels qu'on leur attribue^ loin d'être antérieures à Aristote, paraissent plutôt faites
* Ch. vra.
194 J^POQtm GRECQUE.
sur ce qu'était la science à Tëpoque des Grecs et des Arabes, leurs successeurs. Les compagnons d'Alexandre, ni Alexandre lui-même^ n'ont rien apporte de leurs expéditions à Aristote, qui n'a décrit aucun animal de l'Inde, sauf des perroquets.
3** Ses propres observations. Quand on étudie ses ouvrages , on s'aperçoit bientôt qu'une grande partie de ses observations portent sur les poissons; et si l'on en umère les espèces mentionnées dans ses livres, on y trouve un très-grand nombre de poissons qui habitent les mers de la Grèce, ou que l'émigration y conduit. Les oiseaux sont le second type dont Aristote ait plus longuement traité; or, ses observations sur les oiseaux, et surtout sur leurs migrations^ peuvent toutes avoir été faites dans la Grèce et la Macédoine. La Grèce est le lieu d'émigration d'une foule d'oiseaux de tous les pays du ïiord et de nos climats mêmes ^ et nous avons vu que la patrie d' Aristote était, deux fois par année, pour l'allée et le retour, le point où se croisent ces immenses légions de voyageurs aériens.
Parmi les mammifères dont il parle , il n*y a que le lion et quelques autres qui n'appartiennent plus à la Grèce; et lui-même a soin de faire la remarque qu'ils y étaient déjà rares de son temps; tous les autres sont les mêmes que l'on trouve encore aujourd'hui dans ces contrées. On peut donc assurer que les observations directes d' Aristote portaient uniquement sur des animaux de son pays^ et que les sources les plus fécondes de ses ouvrages ont été ses propres observations et son génie; que le peu qu'il a puisé dans d'autres auteurs appartenait à la Grèce, et que, par conséquent, le véritable point de départ de la science européenne est la Grèce,
▲RiSTon, igS
IV. Histoire des oui>rages dAristote; comment ils nous sont pari>enus ; quel degré de confiance méritent-ils ?
Les ouvrages des philosophes grecs se distinguaient en ésoteriqués et exotériques : les uns étaient ^ns doute rendus publics par les auteurs eux->mémes ou par leurs disciples; les autres restaient dans le secret de récole.
Il en fut de même pour les écrits d'Aristote ; un certain nombre de ses ouvrages exotériques avaient été pu* bliés de son vivant, soit par lui, soit par ses élèves sous ses yeux. Ce que nous savons de leur histoire depuis leur composition jusqu'à leur première publication à Rome y nous est fourni par Strabon , à l'occasion de la ville de Sepse, en Phrygie , patrie de Nélée.
Aulu-Gelle dit qu'à Fa mort d^Aristote , ses ouvrages avec toute sa bibliothèque furent légués à Théophraste, son disciple et son ami. Théophraste en mourant les légua , avec sa bibliothèque et celle d'Aristote , à Nélée , disciple d'Aristote et de Théophraste. Ce fait nous est connu par le testament de Théophraste dans Diogène Laërce.
Au rapport de Strabon , les parents de Nélée, hommes ignorants, les reçurent en héritage et les transportèrent dans leur patrie. Ils les enfermèrent sans beaucoup de soin ; mais craignant qu'ils ne leur fussent enlevés pour enrichir I4 bibliothèque que les Attales, rois de Pergame , formaient alors à grands frais , il les déposèrent dans une cachette sous terre, où ils restèrent assez longtemps pour être fortement altérés en plusieurs endroits. Cependant ils consentirent à les vendre à grand prix à un c^taiq Apellicon, bibliophile d'Athènes, qui recueillait une bibliothèque dans cette ville.
ig6 EPOQUE GRECQUE.
Pour réparer les altérations que ces manuscrits avaient éprouvées^ Apellicon les transcrivit de nouveau^ corrigea du [mieux qu'il put les fautes , et remplit les lacunes par des interpolations qui ne furent pas toujours heureuses. Il parait assez probable que ces altérations et ces interpolations n'eurent lieu que pour les livres ésotériques qui n'avaient point été publiés , et non pour les livres exotériques, qui l'avaient été du vivant mémed'Aristote^ publication qu'il rappelle lu i-méme dans sa Poétique , pour l'Étbique ; que Théophraste confirme pour la Physique; et que Plutarque semble ^ d'après Schneider , indiquer pour tous les exotériques: par conséquent, les livres des animaux, qui font partie de ces derniers, n'auraient pas été altérés.
A la prise d'Athènes par Sylla , celui-ci acheta les œuvres d'Aristote de ceux qui s'étaient emparés de la bibliothèque d'Apellicon après sa mort , et il les transporta à Rome; suivapt d'autres , Apellicon lui-même aurait vendu sa bibliothèque à Sylla, à l'époque où l'on fabriquait beaucoup de livres supposés en Grèce; et cette bibliothèque aurait été apportée à Rome*
Un grammairien nommé Tyrannion , tombé au pou* voir de Lucullus lors de la guerre de Pont , et vendu par lui àMuréna, qui l'affranchit, fut chaîné de revoir les écrits d'Aristote. Tyrannion était très-instruit et jouissait de la confiance des grandes familles de Rome, dont il élevait les enfants. A l'aide de la fortune qu'il acquit, il se composa une bibliothèque très-considérable. Aristotélicien zélé, on convient généralement qu'il apporta beaucoup de soin à la révision des œuvres de son maître.
Après cette révision, les écrits d'Aristote furent placés dans la première bibliothèque publique qui fut ouverte à Rome par Asinius PoUion, sous un grand portique, à c6té du temple de la Liberté.
ARlSTOT£. ig-y
Ândronicus de Rhodes les rendit ensuite publics. Les libraires de Rome se hâtèrent d'en faire des copies avec si peu de soin que» suivant Strabon , la corruption des œuvres d'Aristote ne put qu'en être augmentée, parce que les copies ne furent pas confrontées avec l'original.
Ainsi les ouvrages d'Aristote ne furent véritablement publiés que 200 ans environ après sa mort j et pour tous autres que pour ses disciples. ;Dès lors, il y avait déjà trois sources de fautes, d'erreurs et de variantes dans ces écrits: 1^ celles du fait d'ApelIicon; a^ celles d'Andronicus ; 3^ celles des copistes de Rome. Tel était, à l'époque où Plutarque, copiste de Strabon, écrivait, l'état des ouvrages d'Aristote. Malheureusement le catalogue, ni même peut-être le titre d'aucun de ces ouvrages, ne nous est donné par Strabon. Nous ne trouvons de catalogue que dans DiogèneLaërce, qui ne dit cependant rien de tout ce que nous apprend Strabon. Ce catalogue est du reste sans ordre , tout y est pêle-mêle , et Diogène ne dit nullement la source où il l'a puisé. Une chose certaine, c'est qu'il indique même, sur le sujet qui nous occupe, des ouvrages que nous n'avons plus, et qu'au contraire il en est un certain nombre que nous avons sous le nom d'Aristote et qu'il ne cite pas.
L'étude de la philosophie ne commença véritablement à Rome que quand la république eut épuisé sa force dans les discordes civiles; et dès lors cette étude même fut toute d'emprunt. Les écrits d'Aristote arrivèrent fort à propos, car, comme ils contenaient les opinions des anciens philosophes, ils furent nécessairement accueillis. Cicéron, retiré des affaires, fut forcé d'employer l'activité de son esprit à des spéculations moins dangereuses que celles du Forum; il est le premier qui ait étudié Aristote pour le citer dans ses écrits.
198 iPOQUB GRECQUE.
Maië cW dans Pline que doit surtout se remarquer l'influetice des écrits d'Aristote à cette époque : lui^^-même dit, livi yill^ ch. XVI, qu'il donne le précis des cinquante Tolumes admirables qu'Aristote nous a laissés sur lesadimaux. Il se iervit également de plusieurs au*tres livres d'Aristote^
Sénèque a fait ses Questions naturelles à l'imitation du philosophe de Stagire.
Cependant, les œuvres aristotéliciennes ne firent guère à Rome que montrer, à certains esprits élevés, quelque autre chose au-dessus de la gloire des armes et dé la Boietice du gouvernement.
Il n'eh fut pas de même chez les Grecs de l'école d'A*iexandrie^ bientôt puissante dans le nouvel âsile ouvert par les Ptolémées aux sciences et aux lettres. Là, Aristote fut étudié, et trouva des continuateurs que nous verrons se grouper autour de Galien.
C'est dans cette célèbre école d'Alexandrie que la science va devenir chrétienne, malgré les égarements de la raison quien sortirent pour lutter contre TÉ vangile.
Les premiers Pères de l'Église étaient Grecs. La religion chrétienne détrônait le matérialisme régnant, pour mettre à sa place les réalités spirituelles. On comprend alors comment le spiritualisme dut dominer dans la philosophie, et pourquoi Platon devint le philosophe par excellence, à l'exclusion d'Aristote, dont les écrits furent peu considérés des premiers Pères. Il put en résulter, en dehors de la foi , une réaction d'où naquirent les premières hérésies. Le besoin de les combattre appela dans l'arène Aristote avec les armes de la logique,* puis la nécessité défaire tout rentrer dans le cercle catholique conduisit à l'étude des livres sur l'histoire naturelle, afin de démontrer les perfections de Dieu par ses
œuvres, ce que fît, entre autres ^ saint Basile dans son admirable Hexaëméron.
Parmi les Pères latins , saint Augustin a traduit roU"* vrage sur les prédicaments.
Cassiodore travailla aussi sur plusieurs livres. Mais Boêce parait être celui qui s'en soit occupé d'une manière plus étendue; ses versions d'Aristote étaient assez connues dans les XV et XII^ siècles. Il est néanmoins probable qu'elles se bornaient seulement aux livres dephi-» losophie rationnelle.
Les œuvres d'Aristote avaient été traduites en syro* chaldaïque et en syriaque, quand les nestoriens et les philosophes d'Alexandrie les emportèrent en Mésopotamie et en Perse, fuyant devant les persécutions des empereurs de Constantinople. Dans les écoles qu'ils élevèrent, sous la protection des princes persans, la doctrine d'Aristote ne tarda pas à dominer^ suivant toute apparence*
Les enfants d'Abbas et d'Aly, chassés par les Ommiades, se réfugièrent dans les mêmes contrées, et s'y livrèrent aux goûts de la paix. En revenant vainqueurs à Bagdad, ils y ramenèrent les sciences et Aristote ; de là ses écrits se répandirent dans toutes les universités fondées par les Arabes, en Afrique et en Espagne.
Almanzor fit traduire en arabe plusieurs ouvrages des Grecs. Ses successeurs, Aroun-al-Raschid, Mahmoud, firent de même. Bientôt parut Avicennes, qui embrassa le plan d'Aristote , et détermina sa fortune parmi les Arabes. Averroès, autre philosophe arabe, écrivit ses commentaires sur ce plan, vers ii5o. Le plus grand nombre de ces traductions arabes furent faites sur le texte grec , et quelques-unes sur le syriaque.
Enfin, le moyen âge reçut les écrits d'Aristote par deux voies, Rome et l'Arabie. Albert le Grand fut le
aOO ifPOQUE GRECQUE.
premier qui embrassa Fencyclopédie aristotëlicienDe dans son intégrité. Plus tard, en appréciant leur influence, nous reviendrons sur cette histoire des écrits d'Aristote; mais il était nécessaire d'indiquer au moins ici comment ils nous furent transmis.
En résultat donc, les ouvrages d'Aristote ont passé des mains de Théophraste à celles de Nélée ; les héritiers de Nélée , après les avoir négligés , les vendirent à Apellicon d'Athènes, qui commença les interpolations des livres esotériques. Sylla les ayant transportés à Kome^ ils furent revus avec soin par Tyrannîon ; mais de' nouvelles erreurs s'y glissèrent, par l'incurie des copistes romains. Les livres de philosophie rationnelle furent étudiés et cités par Cicéron, quelques-uns traduits par saint Augustin et Cassiodore, un plus grand nombre par Boëce; les livres exotériques, qui avaient moins souffert, furent résumés par Pline en totalité, et en partie assez minime par Sénèque. Mieux appréciés dans l'école d'Alexandrie, ces livres furent traduits en syro-chal-^ daïque et en syriaque , et passèrent ensuite en Perse avec les nestoriens. Revenus avec les Abassides chez les Arabes, ceux-ci les traduisirent en totalité, les transmirent au moyen âge, duquel nous les avons reçus.
Les œuvres d'Aristote, en tout ou en partie, ont été traduites dans toutes les langues , d^abord en syro-chaldaïque, en syriaque, en arabe, en latin, en castillan, en français, etc.; mais très-souvent, dans les premiers temps, les versions latines n'étaient que la traduction des versions arabes , qui elles-mêmes avaient été faites en partie sur le syriaque ou l'hébreu. La première version complète, faite immédiatement sur le grec, est due au zèle de saint Thomas d'Aquin et du pape Eugène IV; elle parut de ia6o à 1270 environ. Depuis il s'en est
ARI8TOTE. lOI
fait un grand nombre , dont il nous est impossible de parler.
Sa Rhétorique a été traduite en français par Cassandre ; sa Poétique, par Dacier et le Batteux ; ses Politiques, par Champagne, ^7979 par Millon, i8o3, et plus anciennement par L. Leroî, RegiuSj Paris, 1600, in-folio; FHistoire des animaux a été traduite avec le texte grec à c6té et des notes, 1783, in-4*; le traité de Muncb, attribué à Aristote, se trouve en grec et en français dans l'Histoire des causes premières de le Batteux, Paris, 1765, in-8^; la première version française est due à la protection de Charles V pour les lettres.
I>es œuvres d'Âristote ont eu un très-grand nombre d'éditions; mais les plus estimées sont: i^ celle que Frédéric Sylburge a donnée à Francfort , in-4''^ chez les héritiers d'André Welhel, de i584 à 1 696 ; elle contient : Organon; Rhetorica et Poetica; Ethica ad Nicoma^ chwn; Ethica magna; Politica et JEconomica; Anima- Uum Historia ; de Partibus Anitnalium; Phyrsicce-Auscul'tationis lib. FUI; et alia opéra; de Cœh lib. IV; de Generatione et Corruptione; de Meteoris Ub. IV; de Mundo^ de Animât parva Naturalia^ varia Opuscula^ Aristotelis j Alexandrii et Cassii problemata^ Aristotelis et Theophrasti metaphysica.
a^ Celle d'Tsaac Casaubon, en Suisse^ chez Samuel Crispin, en i6o5, i vol. in-foL, grec-latin; elle renferme tout ce qui nous reste d'Aristote et de Théophraste, et la Vie d'Aristote, par Diogène Laërce.
3** Ceile de Paris, au Louvre, 16 10, donnée par Duval , en 1 vol. in-fol., grec-latin.
4*" On a imprimé , il y a quelques années, à Leipsick, l'Histoire des animaux; le texte grec, revu avec soin; la version latine de Scaliger, considérablen^ent et très»
aoa ]époQUÊ grbgque.
heureusement amendée , avec plusieurs questions ixn* portantes sur Aristote, et 2 vol. de notes, par M. Schneider ; en tout 4 vol. in-/|°. C'est ce qu'il y a de mieux pour ce traité spécial ; nous nous en sommes servis presque uniquement, sauf que quelquefois nous nous sommes tenus à l'édition de Casaubon.
Nous avons prouvé, dans le chapitre précédent^ qu'Âristote n'avait rien puisé à l'étranger, et très-peu chez les Grecs ; que ses observation^ avaient été la source principale de ses écrits. Nous venons de voir, dans ce chapitre, quelle confiance on peut avoir aux divers écrits d'Aristote. Nous nous sommes convaincus de l'authenticité de ses livres exotériques, en général, et, en particulier, de sa Philosophie rationnelle^ sur laquelle ont travaillé saint Augustin, Cassiodore et Boëce; de sa Rhétorique , citée par Cicéron ; de son £thi«> que , citée par lui-même et par Cicéron ; de sa Métaphy* sique et de sa Physique, citées parXhéophraste; de ses livres sur l'histoire naturelle, résumés par Pline, Se* nèque, et suivis par Galien; enfin, le catalogue de Diogène Laêrce peut encore nous servir à constater l'authenticité de plusieurs autres. Nous avons vu ces écrits passer en Perse et en revenir ; il n'est fait mention d'aucune traduction en persan. Toutes ces cir« constances nous fournissent donc une seconde preuve que Tencyclopédie aristotélicienne est uniquement due à la Grèce , et qu'il n'y a aucun emprunt fait à l'Orienti
V. Éhumération méthodique des ouvrages attribués à Aristote; conception encyclopédique de ces ouvrages.
Après avoir analysé la manière dont les livres d'Aristote nous sont parvenus , afin de mesurer le degré de confiance que chacun d'eux mérite^ nous allons main<>
▲RI8TOTE* ao3
tenant jeter un coup d'œil sur leUr ensemblei et montrer toute la puissance encyclopédique du péripatéticien* Lorsqu'on examine l'ensemble de ses œuvres, on voit que son génie avait eu la force de concevoir une eiv* cyclopédie des connaissances humaines de son temps ^ dans Tordre le plus naturel. La plupart de ses ouvrages portent la preuve qu'ils étaieht le résumé de leçons faites à ses élèves ^ et répétées après un certain nombre d'années , sans doute quand il avait parcouru son plan^ avec de nouveaux développements; c'est même là ce qui explique les redites et les variantes.
Le plan y la couleur générale des œuvres d'Aristote sont anti-platoniciens. Platon avait vanté la Inéthode géométrique, et défini Dieu : le grand géomètre. En appelant à priori à la conviction intérieure , qui fuit l'expérience et échappe à l'analyse, il cherchait le principe de toute connaissance dans les idées.
Aristote essaya une voie toute contraire; il s'adressa à l'expérience , et prit pour point de départ les perceptions des sens. L'observation fut peu de chose pour Platon; il créait les républiques dans les livres, tandis qu' Aristote composait des livres sur les républiques. Platon écrivait sa pensée, et basait la science sur ses conceptions; Aristote écrivait des faits^ et basait les sciences sur l'observation de la naluré»
C'est à tort qu'on l'a rangé parmi les athées, à cause de sa méthode, qui ne faisait réellement que remonter des œuvres à l'ouvrier. Sa voie différait de celle de son maître^ mais, en dernier résultat , elle aboutissait au même but, à la cause suprême, au premier moteur y auquel l'analyse de la nature le conduisit directement et par degrés.
L Sciences instrumentales. — Grammaire ^ logique. Akisl donc Platon avait préconisé la méthode mathé*
OROAiroir.
ao4 ' EPOQUE GREGQUB.
matique ; Aristote clibisit un autre instrument, il adopta la méthode rationnelle, et] créa la grammaire générale et la logique , sciences qui renferment les lois absolues de la pensée, qui sont comme les instruments de toutes les recherches scientifiques, à Taide desquels On distingue le vrai du faux. Voilà pourquoi les anciens commentateurs d'Aristote donnaient à cette partie de ses œuvres le nom d! Otganon {insivument). Cette classe renferme :
Catégories.
I( Périherménias. ) C'est une sorte de grammaire dans laquelle il définit le nom, le verbcyle discours, etc.
Analytiques I*». 1 ^" ^®"* *^^"*» appelés par Aris- ( tote : Traité du syllogisme.
TofHaues. j ^° ^^^^ livres , appelés par Aris-
( tote : Traité de la dialecOque.
f Traité de la démanS' l Ou les dernières Analytiques , en tration. \ deux livres.
Ias réfutations des sophistes. Rhétorique.
Problèmes de Mécanique.
Les autres ouvrages sur le même sujet ne sont qu'une répétition ou des compléments de ceux-ci.
Aristote fut le premier à analyser la pensée humaine jusque dans ses moindres détails, à en marquer les moindres mouvements, et à en formuler les lois ; le syllogisme, dont il est le créateur, n'est que la marche naturelle de la pensée humaine analysée. Nous prouverons que l'Indien Gotama ne Ta jamais connu, qu'il n'a même jamais su ce qu'était la logique rigoureuse; d'ailleurs, il vivait très-probablement plus de sept à huit cents ans après Aristote. Au Stagirite donc appartient toute la gloire ; et l'on peut dire que depuis
ARI8TOTJS. ao5
lui , la Ic^que n'a pas fait un pas dans son dëveloppement fondamental.
Dialectique. La logique est Part de se démon Irer la vëritë à soi-même y mais il fallait encore trouver Tart de démontrer aux autres ses propres convictions ^ et Aristote créa la dialectique et la rhétorique, qui sont surtout l'objet de ses Démonstrations sophistiques, d'une partie de ses Analytiques et de sa Rhétorique, dernier sujet qu'il a traité à fond. N'eût-il pas été plus loin, il en avait fait assez pour l'immortalité. L'admirable théorie du syllogisme, qui a eu tant d'influence sur l'histoire de l'esprit humain, était achevée. Par là était fournie à toutes les sciences une méthode non moins sûre, non moins rigoureuse que la méthode mathématique, et elle avait Vimmense avantage d'être basée sur le développement de la raison humaine ; ce n'était même , à proprement parler, que cette raison se révélant à elle-même sa propre puissance. — Mathématiques. Cependant Aristote ne négligea pas tout à fait la méthode mathématique; il en traite quelques points dans ses Problèmes.
L'esprit humain avait produit le beau , en Grèce , quand vint Aristote; il le suivit pas à pas , généralisa ses productions, en démontra les lois, et créa la poétique^ qui a eu tant d'influence sur l'art dans la suite.
IL Sciences â! application. La création des instruments en appelait l'emploi, pour arriver à la science des êtres, qui est l'aliment de l'intelligence. Aristote va lui-même nousdonner la raison de sa marche : «Comme dans toute doctrine la perception des principes , des causes et des éléments constitue la connaissance et la science , puisqu'en effet nous croyotis savoir une chose lorsque nous en connaissons les causes premières, les premiers prin- <^ipes et jusqu'aux éléments, il est évident que nous
ao6 iPOQVC dSXQQUE.
deyoBS nouf efforcer de déterminei* d'abevd ce qui appartient aux principes de la science de la nature. Mais c'est une voie naturelle en nous de partir de ce qui nous est le plus connu et le plus clairement démontré. .. . C'est pourquoi il faut que nous marchions de i'uniyersel au particulier 5 car l'universel lui-même est plus connu par les sens '. p
Métaphysique. Aristote commence donc par traiter de la métaphysique, ou des principes ^ des parties, des causes, des qualités et des actions. Cet ouvrage est très-obscur : on discute son authenticité; mais il y a des raisons de croire qu'il est d'Arîstote.
Il commence par énumérer brièvement et par réfuter les opinions des anciens sur les principes des choses, puis il développe son propre système sur la nature, les causes, l'espace, le vide, le temps, le mouvement. Il n'admet que deux ou trois principes des choses. Il définit le nature *, et montre en quoi diffère l'étude du naturaliste de celle du mathématicien. Le mathématicien ne considère les choses que dans l'abstraction de leur nature , tandis que le naturaliste les considère dans leur nature et leurs formes^. Il attachait donc la plus haute importance à l'étude de la forme dans les corps naturels, puisqu'il en fait une des bases de la science.
En traitant des causes, il les énumère et les définit : « Mais,ajoute-t-il, il faut toujours chercher (dans la nature) la cause suprême, comme dans tout le restée.
* Aristote, Prwm., Ub, phy$»
> liib IL DeAuscidt^ phys. ^ Id,,id,
4 ÀeT 8i icei xj alnov îxàaxou to dcxpoxaTOV C^JTeîv, id., îd.^ cap, de cousis.
▲RISTOTI!. a07
Ainsi, l'homme bâtit y parce qu'il est àrchiteete; mais il est architecte par l'art de bâtir. C'est donc là la cause première y et il en est de même pour tout : le statuaire est la cause de la statue ^ l'architecte celle de la maison . • . . La fortune et le hasard ne désignent que des causes inconnues. 2>
Il expose et définit le mouvement , examine s'il réside dans le moteur ou la chose mue. Il parle de Finfini et de l'opinion des anciens^ qui, tous, l'ont posé comme un principe des choses existantes. Il traite de l'espace, de la matière et de la forme du temps , toutes questions dont la solution scientifique n'est pas plus avancée aujourd'hui qu'alors. Énumérant ensuite les diverses sortes de mouvements et leurs propriétés , îl démontre qu'il n'y en a point d'éternel , et que le mouvement exige nécessairement un moteur.
La métaphysique d'Aristote n'est donc point, comme on a pu le croire, ce qu'on entend aujourd'hui dans l'École ; elle n'a trait qu'aux hautes questions des principes des choses dans l'ordre physique; elle s'élève jusqu'à la dernière limite du monde matériel, et est conduite, par la nécessité de ses déductions, à admettre un premier moteur distinct de la matière ; mais là s'arrête, et devait nécessairement s'arrêter, cette métaphysique, uniquement basée sur l'observation. Jointe à la physique générale, dont elle n'est au fond qu'une partie , elle renferme tout ce qu'Aristote avait à dire de Ja nature en général.
Physique. Ayant traité des grands prîn cîpes de la nature et du mouvement , on voit comment, après avoir cherché à définir celui-ci un changement, il est conduit à étudier la naissance des choses et leur corruption , ce qui comprend la physiologie physique et générale de tous les
2à08 ÉPOQOE GRECQUE.
corps naturels, de generatio^e et corruptions Et d'abord, les éléments des corps naturels , qu'il détermine ici au nombre de quatre : la terre, l'eau, le feu et l'air, division qui a si longtemps subsisté dans nos écoles, et qui n'a disparu sans retour que devant les analyses quantitatives si remarquables de Wenzel, en 1777, les grandes découvertes -de Lavoisier, et, pour ainsi dire, ces créations d'éléments dont Scheele et Prietsley enrichissaient la science à la même époque à peu près, mais surtout devant l'admirable précision du Suédois Berzélius. Alors la nature ayant déchiré son voile et laissé pénétrer dans son sanctuaire, on y a vu que les quatre corps élémentaires étaient eux-mêmes composés, et qu'il y avait dans la matière universelle un plus grand nombre d'éléments primitifs, quoique aujourd'hui même on puisse encore élever des doutes très-légitimes sur la simplicité chimique de plusieurs des cinquante-quatre corps nommés élémentaires.
Cela n'empêchait pas la doctrine d'Âristote d'être en progrès , ni sa cosmologie d'être établie sur des bases bien plus raisonnables que celle de la plupart de ses prédécesseurs, dont il a soin de réfuter les opinions. Traitant donc de l'essence et des qualités des corps naturels, en huit livres, quatre ont pour titre: cfe Cœlo et Mundo^ et constituent la cosmologie, où il parle des astres, des sphères célestes, de leur mouvement autour de la terre immobile , leur centre commun , des causes de ce mouvement, etc.
Météorologie y Minéralogie. Viennent ensuite les spécialités : d'abord la matière inorganique, dans les quatre livres de météorologie, avec laquelle il place la minéralogie et la géologie pure, c'est-à-dire, des eaux, des terres et des métaux. Il traite des météores, des comètes,
ARisTOTE. aog
delà voie lactée^ de la température, de la mer, des vents, «t, en général, de toute la géographie physique. Pour plusieurs phénomènes météorologiques, il en avait l'étiologie tout aussi bien que les physiciens modernes ; s'il parle des causes de la pluie, « L'eau et l'humidité de la terre, dit-il , se vaporisent par la chaleur du soleil ou autre chaleur, et celte vapeur se résout en eau.» Il explique assez bien, pour son temps, la formation du givre et de la rosée , et comment un vent violent empêche cette formation. Il parle ensuite de la neige, de la grêle et des vents.
Géologie. — La production de l'eau dans l'atmosphère le conduit à parler de son état à la surface et dans l'intérieur deja terre, de sa réunion dans les fleuves et les sources, de ses effets dans les cataclysmes, et des causes qui font que des fleuves coulent perpétuellement, tandis que d'autres se tarissent, se dessèchent et comblent leur lit. Partant de ces mêmes causes et de ces faits, il arrive absolument, pour la formation des terrains neptuniens, à la même théorie que l'on admet aujourd'hui en géologie positive, et qui tend à se confirmer de plus en plus : « Or, dit-il, les mêmes lieux de la terre ne sont pas toujours mis à sec ou toujours inondés; mais ils éprouvent des mutations par la naissance et le tarissement des fleuves: c'est pourquoi les parties voisines des continents, et celles qui avoisinent la mer, ont coutume de permuter. Celles-ci n'ont pas toujours été terre, et celles-là n'ont pas toujours été mer. Mais là où était la terre, là naît maintenant la mer; et là où est maintenant la mer, sera un jour la terre. . . . Caries terres voisines de la mer sont envahies par elle, et d'autres mises à sec; des fleuves se tarissent, et d'autres naissent. Beaucoup de lieux autrefois couverts d'eau sont réunis aux T. I. i4
aïO EPOQUB GRECQUE.
continents y et, si Ton veut y faire attention, on verra que, dans Un grand nombre d'endroits, la mer a occupé la terre. La cause de tout cela doit être attribuée à de grandes pluies d'hiver, à de grands débordements, et gux mêmes causes qui comblent le lit de certains fleuves, tandis que d'autres sont perpétuels ^.»
Dans le livre second, il parle de la mer, de sa place, pourquoi elle n'augmente pas par les fleuves, de la salure de la mer; des vents, de leurs causes et de leur génération. .. .; des tremblements de terre et de leurs causes, qu'il trouve dans les eaux souterraines et les vapeurs qui se forment dans le sein de la terre. Il finit par le tonnerre et la foudre; et il consacre le livre troisième à quelques autres phénomènes, particulièrement à l'arci^n^ciel. Dans le quatrième, il pose quelques questions qui ne tiennent pas directement à la météorologie, et dont la plupart seraient mieux placées dans la physiologie générale.
A ces écrits d'Aristote se rattachent quelques autres traités moins importants , tels que le livre de Mundo^ dédié à Alexandre, mais dont l'authenticité est sus* pecte ; les trente-huit sections de problèmes, qui, pour la plupart , se rapportent à la physique.
fiègne organique. — Des corps inorganiques il passe aux corps organisés, et, comme il Ta fait pour le règne inorganique , il traite d'abord en général des végétaux et des animaux , puis il vient aux spécialités. Ses traités curies végétaux sont perdus; les deux livres des plantes que nous retrouvons dans ses œuvres, et qui sont sans doute le fond de sa doctrine, appartiennent à son disciple Théophra&te.
ARISTOTE. an
YieDDent ensuite les animaux , et enfin l'homme. Traité de la vie engénéraL — Et d'abord un traité général sur la vie; ce sont ses trois livres de ^nima^. A.ristote traite dans cet ouvrage des forces vitales dans les végétaux comme dans les animaux ^ et nous devons remarquer, dès à présent, combien c'est à tort qu'on a jusqu'ici prétendu y trouver un traité sur l'âme, telle que nous l'entendons maintenant. Car, plus on approfondit les oeuvres d'Aristote, et plus on se convainc qu'il n'avait voulu, ainsi qu'il le dit lui-même, traiter que des choses périssables, de la nature sensible, laissant comme au-dessus de noqs, comme inaccessible, le monde spirituel : il arrivait bien jusqu'à sa limite, il en admettait la nécessité; mais il n'en donnait point et ne pouvait en donner la science; en un mot, la théologie était et devait être nulle pour Aristote. Cette lacune dans la science humaine avait besoin d'être comblée par une intelligence au-dessus de l'homme, créé pour apprendre et non pour inventoria vérité, qui est toujours.
Il a donc traité de la vie dans tous les êtres organisés, ce qui le conduit aux végétaux, et puis aux animaux. Des êtres organisés. Animaux. — H les considère physiologiquement d'abord, dans les livres de Sensu , de Memoria , de Somno et vigilia, de Divinatione ex sornnis^ de Incessu animalium^de Causa motus communis^ de Respiratione^ de Spiritu^ de Generatione ammalium; puis anatomiqqement, dans les quatre livres de Partibus ammalium^el daQ$ les neuf livres de l'histoire des animaux, où il les envisage aussi sous le rapport d'histoire naturelle, de classification, et même de zoonomie. Il faut encore rattacher à l'histoii^e naturelle les traités de Ju-
2ia EPOQUE GRECQUE.
ventute et senectuie^ de Longiiudine et hrentate 'vitœ^ de Vitd et morte.
C'est surtout ici qu'apparaît le gënie organisateur du grand Stagirite. Les sciences naturelles sont celles qui doivent le plus à Aristote. Son plan était vaste et lumineux , il a introduit dans la science des bases qui ne périront jamais.
De V homme,— Enfin , de l'étude de la nature il passe à rétude de l'homme, qu'il considère en corps de nation, en famille et en lui-même; et il traite de la politique en huit livres, de l'économique et de l'éthique: OEconomica^ Ethica ad Nicomachum^ magna Moralia^ et termine par l'homme prévu dans sa physionomie, Physiognomia.
Ainsi, après avoir créé les instruments,» Aristote s'en sert pour établir les sciences. La direction morale avait élé donnée à la philosophie par Socrate; la direction religieuse , dogmatique , par Platon : Aristote descend à l'étude des êtres qui se trouvent à la surface de la terre, donne une direction d'observation, et arrive à constituer la philosophie à posteriori. Il part de la matière en général, la considère à l'état moléculaire, à l'état d'agrégation, d'abord inorganique; puis, en s'élevant toujours vers le plus compliqué et le plus parfait, il arrive au monde organisé vivant, qu'il embrasse dans tout son ensemble, et termine par l'homme, le sommet de la perfection créée ; il en fait la mesure, le modèle qui doit lui servir à juger du degré de perfection de tous les autres êtres. L'homme n'est donc pas un animal, il possède en lui quelque chose de divin ; seul, entre les animaux , il marche debout ; ses membres et tout son corps ne sont que des instruments du mens^ de l'âme, de la raison , qui est l'essence de l'homme et le
véritable but de son organisation. Seul, l'homme est un être moral ; seul, il est destiné à \ivre en famille, et enfin en nation y le plus haut degré de la raison et de l'intelligence , dans lequel le bien de Tindividu est sacrifié au bien et à l'intérêt de la famille, l'inlérêl de la famille à celui de la nation; en deux mots, l'individu pour la famille, et la famille pour l'État. Il ne manque plus que les rapports des créatures au Créateur, et ceux des créatures entre elles, qui dépendent des premiers, ou sont perfectionnés par eux. C'est l'objet de la théologie naturelle qui prépare à la théologie positive, et, par là, serait enfin constituée la philosophie, qui est , selon Platon , l'ensemble des connaissances divines et humaines. Définition qu'Aristote a, comme nous venons de le voir, acceptée, mais qu'il n'a pu embrasser dans sa dernière partie, ce qui Fa empêché de pouvoir clore le cercle des connaissances humaines, tracé par sa puissante intelligence. Le tableau suivant résume d'un coup d'œil celte encyclopédie.
I*' Tableau.
PLAN METHODIQUE DES CttUVEES ATTRIBUEES A A&ISTOTS '•
I Grammaire.
Logique.
Dialectique.
„„.. «« , Rhétorique.
( mathématiques ( I^ "goes non secabies.
( Problèmes de mécaniq.
, > y ( Métaphysique.
6^"^'*^ i Physique générale.
' de la I en particu- j inorganisés j Miléraîigie!'
Appliqués à la connaissance
nature ijer dans
les corps (organisés.
végétaux [Botanique, rAnatomie.
/ en corps de nation. . . .
de l'homme j «» ^aV"*^«
1 en lui-même
J / particu-
( Physiologie | Hère.
\ générale.
i prévu .
Politique.
Économique.
Éthique.
Physionomie.
' Ensemble des ouvrages d'Aristote, ou qui lui sont attribués: i^ Instruments. Xej Catégories^ VHermeneiayles premières Analyti"
ai4 liPOQUË GRBOQUE.
Vi. Analyse et disposition des ouvrages dAristote qui ont trait à t histoire naturelle et surtout à la zoologie : 1^ dans leur ensemble; a<> dans chacun en particulier.
Nous avons exposé au chapitre précédent le plan encyclopédique d'Aristote dans sa généralité ; il s*agît
ques^ a livres : c'est le traité du syllogisme; les dernières Analyti^ ques, % livres : c'est le traité de la démoDstration ; les Topiques, en 8 livres , traité de dialectique ; les Réfutations des sophistes. Tous ces traitée sont compris sous le nom A^Organon.^^L'Jrt de la rhétorique, en 3 livrés, suivi de la Bhétorique m Aleaiandre, qui est apocryphe ; le Traité de la poétique ; ce n'est qu'un fragment. — Problèmes^ ou Traité de mécanique; Traité des lignes insécables,
a** La Métaphysique y en i4 livres ; on peut peut-être mettre à la suite le petit et .trè-sobscur ouvrage, suivant B. Saint-Hilaire, ^urXènophànèy Zérion et Gorgidi.
, Z"* Physique : i^ La Physique, ou les leçons de physique, en 8 livres; a® le Traité du ciel, en 4 livres; 3" /c Traité de la génération et de la destruction, en â livres ; 4** le petit Jraité du monde, à Alexandre, apocryphe ; 5® la Météorologie, en 4 livres ; 6° les Positions et les rioms des vents, fragment d'un ouvrage plus considérable sur les signes des saisons ; "7** te Traité d^acoustique^ extrait ; 8** le Traité des couleurs,
!^ Sciences de l'organisation, i® Botanique : le Traité des plantes, en a livres, dont le texte grec a été refait à Constantinople, d'après le texte arabe et laliti : a® Zoologie : i^ de la Sensation et des choses sensibles; a° de la Mémoire et de la réminiscence ; 3* du Sommeil et dé la veille; 4** des Rêves et de la diçination par les songes* :^ 6>^ de la Brièveté de la vie et de ta longévité; 6** de la Jeunesse et de la vieillesse; f]^ de la P^ie et de la tnort; 8® de la Respiration, Qe% huit petits traités ont été appelés Parva naturalia; on pourrait peut-être y joindre: 9** le petit Recueil des récits surprenants ; io° le recueil immense de toutes sortes de faits, sous forme de questions, intitulé: les Problèmes^ eh cinquante-sept sections, — Viennent ensuite les grands traités :
* M. B. Saint-Hilaire, sans donte par oubli, a traduit de la divination par le sommeil: de interpretatione persomnos, Diot. des sciences philosophiques, art. Aristote, p. aoa.
ARISTOTBi ai 5
maintenadt de le prouver dans les détails , en démontrant que chacun de ses grands ouvrages comportait un plan tout à fait rationnel et systématique, et que, si on ne l'aperçoit pas au premier abord, c'est qu'on avait intercalé des chapitres plus ou moins longs qui ont été déplacés ou qui ^'appartiennent pas au traité qui les renferme^
Nous trouvons, d'ailleurs, des preuves non doutèu* ses de l'existence de ce plan dans un grand nombre d'endroits où Aristote a coutume de résumer tout ce qu'il a développé avant de passer outre; ce plan parait surtout exposé d'une manière bien évidente au premier livre de la Météorologie, chapitre premier i
« Nous avons, dit-il, parlé des premières causes de (( la nature, de tout le mouvement naturel, de l'admi- « rable disposition des étoiles , et aussi des éléments a des corps, de leur nature et de leur nombre, et de
I** Sur f histoire des anintawt,en lO livres; a° le Traité des parties des animaux ^ en 4 livres ; 3^ le Traité de la génération des animaux^ en 5 livres ; 4"^ ^ Traité de la vie y Ilepi ^^u^vi^y deJnima, en 3 livres.
S^ anthropologie ou la Philosophie des choses humaines ; la-Morale, proprement dite, en trois traités, dont les deux derniers ne sont que des rédactions différentes des élèves d'Aristole ; i* la Morale à Nicomaque, en 10 livres; 2® la grande Morale^ en a livres ; 3° la Morale à JSudême, en 7 livres ; 4** le fragment Sur les vertus et les vices ; 5** la Politique, en 8 livres ; &* l'Économique , en a livres, dont le second est apocryphe ; 7° enfin le Traité de physiognomonie,
« Il faudrait, dit M. B. Saint- Hi lai re, ajouter à tous ces ouvrages : 1° les fragments épars dans les auteurs de l'antiquité, et dont quelques-uns sont assez considérables ; % les poésies; 3° enfin, les lettres, bien qu'elles ne soient pas authentiques. Jusqu'à présent aucune édition, même la plus récente, celle de Berlin, n'a donné complète cette cinquième partie des œuvres d' Aristote ; elle n'est cependant pas sans importance.
ai6 EPOQUE GRECQUE.
f< leurs transformations mutuelles; en outre, de la nais- « sance et de la destruction commune. Il nous reste a encore à considérer une portion de cette science que les « anciens appelaient météorologie , c'est-à-dire , science <c des choses qui se passent dans les régions supérieu- «( res (il y fait entrer la minéralogie , comme nous l'ace \ons Yu) Cette étude terminée, nous examinerons
a si nous pouvons dire quelque chose des animaux et (c des plantes, tant en général qu'en particulier, en suiff vaut toujours la même voie et la même méthode par « où nous avons commencé. Ces choses exposées, toute « l'entreprise que nous nous étions proposée dès le ce commencement sera arrivée à sa fin. »
Tels sont les jalons que lui-même nous trace de son plan général, lequel nous conduit au plan des ouvrages spéciaux sur les sciences naturelles. Ces ouvrages peuvent être disposés suivant qu'ils sont sur certains corps organisés, ou sur tous les corps organisés en général; les premiers comprennent tous les traités spéciaux sur la zoologie et la phytologie; et la seconde catégorie comprend le traité sur la vie en général, Kepi ij;upç.
Les tableaux suivants nous donneront cet ensemble d'une manière claire et nette.
ARISTOTE. ai7
a« Tableau.
d'Aristote gai ont trait à des corps organisés me semblent pouvoir être disposés suivant
de Aaimalium histogénéraux.
Yhomme/
et les
animaux!
•oriale
animale
f pysio- 1 logie
na. de Partibus lium.
de Sensu, de Memoria.
de Somno et vigilia.
de Interpretatione per somnos.
loGomo- 1 de Causa motus corntrice munis.
de Incessa animalium.
spé- / I . ^^ Spiritu.
ciaux \ organique. ... de Respiratione.
de Generatione.
/ de Juventute et senechistoire naturelle.... tute.
> de Brevitate vit».
^ de Yita et morte.
. ^sur les végétaux I de Plantis ?
\8ur tous les corps organisés en général | de Anima:
Nota. £t comme dans le plan du Traite des animaux et dans celui
^ leurs parties, on trouve que chacun de ces ouvrages envisage le
âet sous les rapports de classification, d'organisation, de physiolod'histoire naturelle et même de zoonomieet de zoolàtrie, on peut
Qclure qu'Aristote avait conçu son sujet dans tout son ensemble. ' le titre de l'ouvrage suivant. Le titre ordinaire Ilepl Cômov Istorias, n'est pas exact d'après Maussard , dans ses prolégomènes ad Scaligeri commentarium. — Scaliger Ta intitulé de Animalium histo^ ria, Schneider en a fait autant. — Aristote lui-même, en le citant, eu fait n3pi Ta 2^ou>v ou tov (oov lorTopiaiç.
Athénée Tov icepi tu)v I^v historian laudavit. — Schneider dit que le titre tel qu'il est donné par Scaliger, lui paraît meilleur, melior ad magis , parce qu'il ne traite pas de l'histoire des animaux, mais que leur histoire y est établie dans des lois philosophiques.
Scheiderdit, Préf., p. la, que dans ces neuf livres Aristote lui semble avoir procédé historiquement, et que dans ses autres ou* vrages il Ta fait physiologîquement.
£n effet , il commença par poser toutes les connaissances recueillies sur les animaux connus alors, et les décrivit en ordres, classes^ genres, etc., gênera et species, et ensuite les ordonna: il distingue leurs mcours, leurs actions.
aid
iéPOQUE GR1GQUE.
3* Tableau. • — Aristote.