‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosphie;Chapitre 40 sur 45 · III. Biographie de Gaiien · texte numérisé non relu

III. Biographie de Gaiien

. Pergame était la capitale du royaume de Pont, dé« membrement du grand empire d'Alexandre. Les Eumè«nes et les Âttales y avaient rassemblé une bibHotfaèque qui pouvait le disputer à celle des Ptolémées, dont ils s'étaient faits les émules pour la protection des sciences; elle contenait deux cent cinquante mille volumes, qu*An*> toine, d'un trait déplume^ livra plus tard à son amante Cléopâtre, Cette ville possédait un temple dédié à Ës*^ culape, qui jouissait d'une très-haute réputation; elle était, par conséquent, favorable à la science. C'est là que naquit Gaiien , vers l'an i3i après J. C.^ ce qu'on ne peut déterminer que d'après ce qu'il dit lui-même, qu'il avait trente-huit ans quand il vint à Rome, après la mort de Lucius Vérus, arrivée l'an 169.

Sa famille était dans une assez grande aisance, et distinguée; son père, nommé Nicon, était très-savant non*seulement en géométrie et en architecture, mais encore en astronomie, dans toutes les sciences mathématiques et les lettres. 11 était donc en état de commencer l'éducation de son fils sur un plan vaste, et quand elle sera arrivée à un certain degré de développement, Gaiien lui-même la dirigera suivant ses goûts. Au rapport de Gaiien, son père n'épargna rien pour l'instruire et lui donner les meilleurs maîtres , ce qui l'enflamma dès sa jeunesse d'un grand amour pour la philosophie, à laquelle il fut appliqué de bonne heure. Dès l'âge de dix-sept ans, à l'aide d'une instruction si large , il commença l'étude de la médecine dans sa pa-

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trie, où il eut pour maitre§ plusieurs médecins de différentes sectes-; mais il ne se contenta pas de leurs leçons : ses richesses, dont il jouit de bonne heure, ayant perdu son père à dix-neuf ans, lui permirent de voyager et d'étudier sous tous les célèbres médecins du périple de la Méditerranée. Car il est remarquable que la protection et la faveur des princes attiraient les hommes célèbres de l'art dans toutes les villes un peu considérables. La marche des sciences d'application dut aussi en accroître le nombre; ces sciences s'individualisent à mesure que la civilisation fait des progrès, et, à celte époque, les sciences naturelles et l'astronomie étaient descendues de leur haute position philosophique, et devenues astrologie et médecine. Galien cite donc dix ou douze médecins sous lesquels il a étudié dans les différentes villes, depuis Pergame jusqu'à Alexandrie, le long des rivages de la mer; et il dit en avoir quitté un, parce qu'il n'attachait pas assez d'importance à la logique; expression qui nous donne la mesure de son esprit, comme le mépris de Pline pour la philosophie nous l'a fait juger et connaître.

Tous ces médecins, si répandus dans le versant delà Méditerranée, étaient, pour la plupart, élèves de Quintus, très-célèbre parce qu'il était fort savant en anatomie. De là cette belle et excellente direction imprimée à la médecine, qui devait lui faire faire de si grands progrès, et qui consiste dans la connaissance des rouages de la machiné à laquelle on doit remédier. Galien formula cette direction, et pour cela même, comme aussi pour s'être élevé à la conception du cercle encyclopédique médical, que nous verrons qu'il a tracé, il mérite de donner son nom à cette époque.

Voyageant donc en s'essayant ainsi successivement

SOUS chacun de ses maîtres , il fut conduit jusqu'à Alexandrie, où il trouva cette direction vraiment philo-» sophique du progrès; en effet c'était encore dans cette ville seulement qu'on disséquait le corps de l'homme. Il y resta cinq ans, et y termina ses études médicales et phi* losophiques. Toujours dans le même but d'observer par lui-même et de se fortifier dans son art par l'étude de tout ce qui y tenait, il visita, en s'en retournant dans sa patrie, la Palestine et la Syrie, pour y voir le baume renommé, les bitumes et les autres productions; l'ile de Chypre, pour observer ses métaux; Lemnos, pour examiner et connaître par lui-même la célèbre terre de Lemnos. Plus tard , en se rendant de l'Asie à Rome, il parcourut à pied la Thrace et la Macédoine , et , en revenant de Rome, il repassa par Lemnos et côtoya tous les rivages de la Lycie pour examiner le jayet, qui y fut découvert pour la première fois sur les bords du fleuve Gagates^ ce qui lui fit donner le nom de gagates par les anciens.

Ces observations , cette étude des remèdes dans les pays mêmes qui les fournissaient, le conduisirent à manier assez bien la pharmacie pour être jugé capable de composer pour les empereurs Marc-Aurèle, Antonin et Sévère, la fameuse thériaque, remède alors impérial, et dont les grands seuls pouvaient, à cause de son prix, se permettre l'usage.

A l'âge de vingt-huit ans, Galien retourna d'Alexandrie à Pergame, où il commença à pratiquer l'art de guérir par la chirurgie, spécialement en soignant les plaies des tendons, sur les gladiateurs que lui avait confiés le grand prêtre. Il est probable que déjà Galien avait la connaissance de cette manière de guérir de telles plaies, par la position du membre, sans le secours des emplâtres. Il remplit y avec le plus grand succès, cette charge pendant

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cinq ou six ans, et alla ensuite à Rome, où il s'acquitune grande réputation , par rbeyireux succès de sa science. Sa haute supériorité, jointe à la confiance qu'il avait en son savoir, lui attira la jalousie de ses confrères, peut-être parfois molestés de sa critique, ce qui Toblige^ d'abandonner Home à trente-^sept ans, non pas même sans quelque crainte pour sa vie.

Il retourna à Pergame, mais il n'y demeura pas long* temps; car, après l'expédition de Lucius Vérus contt^ les Parthes , pendant que ce prince et Marc-Aurèle fai«saient à Aquilée tous les préparatifs nécessaires pour la guerre de Germanie, il fut appelé pour donner ses soins aux pestiférés de cette ville, et pour soigner Lucius, qu'il eut la douleur de voir mourir entre ses mains. Malgré ce mauvais succès , il revint à Rome avec Maro^ Âurèle, et jouit toujours de la confiance de ce prince. Quand cet empereur partit pour la guerre de Germanie, Galien refusa de le suivre, craignant de s'exposer aux périls d'une telle expédition, et il allégua un songe, dans lequel il avait reçu un avertissement d'Ësculape, lui conseillant de demeurer à Rome. L'empereur lui confia son fils Commode à traiter, et il se retira avec lui à la cam* pagne, toujours dans la crainte des jaloux.

On ne sait plus au juste le temps qu'il demeura à Rome, mais il y séjourna assez longtemps, puisqu'il parait que , pendant cette période de sa vie, il y enseigna la médecine, et composa la plupart de ses ouvrages, qui furent brûlés, sous le règne de Commode, avec le temple de la Paix, dans lequel il les avait déposés; ce qui l'obligea à les refaire de nouveau. Il vécut sous Commode, Pertinax et Sévère, et mourut à l'âge de soixantedix-«n». Il s'était vanté de n'être jamais malade, et d'à* vcHr mi régime propre à conserver sa sanlé; assertion ,

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du reste, assez probable pour u n homme qui, comme lui , toujours occupé de lamour de la science, dut mener une vie sobre et paisible. On ignore au juste le lieu où il est mort.

On voit , par ses écrits , que Galien avait beaucoup de confiance en lui-même, et qu'il se montrait très*dif« fîcile à croire ce qu'on lui disait, quand il n'avait pas vu. Nous savons, d'ailleurs, qu'il était très^superstitieux; cela tenait, sans doute, à cette sorte de divination du génie, qui lui faisait prendre les résultats de ses raisonnements pressés et rapides,pourdes avis du dieu Esculape, dans les miracles duquel il avait grande confiance. U était d'un esprit actif, laborieux, mais d'une critique acerbe, et peu facile pour ses confrères dans la consultation.]] est dans la nature des choses que le génie qui a approfondi la science et en a acquis la démonstration y se voyant quelquefois obsédé par une ignorance incapable de s'élever à sa hauteur, et qui pourtant veut le dominer, tombe sur elle de tout le poids de l'indignation de sa puissance, ne pouvant vaincre auti*ement son présomptueux et importun aveuglement. Faut-il s'étonner alors que cette démonstration que Galien s'était faite de la science, lui donnât cette confiance en lui-ménie et en ses propres forces, qui le rendait un peu méprisant pour les médecins romains, tous empiriques et gens d'emplâtres ?

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