‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosphie;Chapitre 41 sur 45 · IV. Éléments de ses oui^rages · texte numérisé non relu

IV. Éléments de ses oui^rages

C'est ainsi que les circonstances dans lesquelles il est né, s'est développé, a étudié et pratiqué, ont conduit Galien à la médecine par la vraie voie, la voie philosophiqae« Ces mêmes circonstances vont noua donner la clef de ses ouvrages; mais, avant d'en venir è hmr

35a ECOLE d'alisxaindrie.

examen y il convient de jeter un coup d'œîl sur les moyens qu'il eut à sa disposition. Us sont de trois sortes : les écrits de ses prédécesseurs , les leçons de ses contemporains, et ses propres observations.

Nous ne reviendrons pas sur Hippocrale, Platon et Aristote, bien que le premier ait servi de base à plusieurs des travaux de Galien, que le second lui ait fourni un enseignement philosophique , et qu'Aristote enfin lui ait donné le plan véritable de ses travaux. Mais, depuis, la science avait, dans sa direction pratique, agrandi le nombre des matériaux et des éléments nécessaires au complément et au progrès du cercle naédical, par l'anatomie qui, sortie des mains d' Aristote, devint plus spéciale et plus profonde sous le scalpel d'Hérophile, d'Érasistrate, de Rufus et de Marinus, de Quintus, Lycus, Satyrus et Numisianus, qui furent tous médecins anatomistes.

Galien a donc puisé:

I® Dans les écrits de ses prédécesseurs chez les Grecs : Hérophilej savant médecin de l'école d'Aristote, naquit en Chalcédoine , petite ville de Bithynie , dans l'Asie Mineure. Il eut pour maître Praxagoras, successeur d'Hippocrate, et de Cos comme lui. Cette île paraît avoir été alors encore le centre de la médecine. Dans un âge déjà avancé, Hérophile vint habiter Alexandrie, attiré par la protection de Ptolémée-Soter; il y exerça pendant quelques années l'art de guérir et l'enseignement. Son école y fut bientôt très - fréquétitée , et il jeta sans doute les bases de la science médicale à Alexandrie. 11 créa l'étude spéciale de l'anatomie , qui se perpétua jusqu'au temps de Galien dans cette école, où l'on affluait de toutes parts dans le dessein de connaître cette science.

Les titres des ouvrages d'Hërophile sont: i^Des Causes. C'était, à ce qu'il parait , un ouvrage d'anatomie, de physiologie , de pathologie et de thérapeutique.

a^ Jnatomie^ qui parait être le principal ouvrage d'Hérophile, Galien en a cité le second et le troisième livre, en a extrait de longs passages, et s'en est sans doute beaucoup servi dans ses livres de l'administration anatomique.

3° Recherches sur le pouls, Galien en cite le livre premier et troisième ; il l'avait combattu dans un traité sur le même sujet et qui n'existe plus.

4° Des Cures; ^^ des Yeux; 6^ Diététique; 'j^ Explication des vieux mots d' Hippocrate j encore cité par Galien ; 8** Commentaire sur les aphorismes dHippocrate , ouvrage que l'on dit toujours exister en manuscrit dans la bibliothèque ambrosienne de Milan.

Hérophile et Érasistrate, son contemporain, se firent une guerre scientifique, continuée par leurs disciples, et qui dura jusque vers le temps de Galien. C'est par ce dernier lui-même que nous connaissons un peu Hérophile; il ne le cite pourtant qu'avec réserve dans les faits anatomiques qu'il a lui-même observés, et il le critique avec un peu d'amertume dans ses opinions médicales. Cependant Hérophile avait touché à tous les points de la science médicale ; il s'était surlout appliqué à en établir les Fondements sur l'anatomie et la séméiotique ; il passe chez les anciens pour avoir jeté les bases de l'anatomie, et Galien le loue comme suffisamment instruit dans toutes les parties qui tiennent à l'art, mais particulièrement pour être parvenu à la connaissance la plus exquise de la dissection ^ Aussi sage

■ Gai., de Uteri dissecU, ch. lY.

354 ^coLH d'alexa.ndrie.

observateur qu'Aristote, Galien le loue encore d'avoir composé ses livres avec autant de soin et de succès que le Stagirite, quoiqu'il en eût moins écrit'. Il dis^ séqua certainement des cadavres humains, et non plus, dit Galien, simplement des animaux, comme ses prédécesseurs^. On a même été jusqu'à dire qu'il avait disséqué vivants des criminels que les rois d'Egypte lui remettaient entre les mains. Cette accusation parait produite pour la première fois par Celse , dans son livre premier de la Médecine , et elle a été répétée par TertuUien, dans le chapitre dixième de son livre de l'Ame. Malgré ces témoignages , trop postérieurs à l'époque où vivait l'accusé pour être admis sans doute aucun, il est difficile de prononcer sur ce fait.

Quoi qu'il en soit , il n'en est pas moins certain qu'Hérophile avait tracé la voie à Galien ; les fragments qui nous restent de lui en sont la preuve. Eu anatomie, il commença par exposer la méthode de dissection et les instruments dont on devait se servir^; il avait aussi traité des vivisections. Il avait étudié la peau, et, parmi les organes des sens, il avait composé un livre sur l'œil , sa structure et ses maladies. Nous ne connaissons rien de lui sur les muscles; mais il a été cité sur les os particulièrement pour l'os hyoïde, et le tibia. Nous ne connaissons rien non plus de ce qu'il avait pu écrire sur le système de la digestion , si ce n'est qu'il donna le nom au duodénum. Mais^ dans le système vasculaire , il avait distingué les artères des veines , et même défini la diiRférence d'épaisseur qui existe entre la tunique artérielle et la tunique veineuse , celle-là étant , dit-il.

' Be Usupart,, 1. I, ch. VIII.

^ De Uteri dissecLy ch. V.

^ Gai., Administ, anat., 1. III, cb. II.

six fois plus épaisse que celle-ci. Il connut et nomma la veine artérielle, distingua les oreillettes du cœur, et poursuivit le système vasculaire jusque dans les vaisseaux lactés \ Le système des sécrétions fut étudié par Hérophile dans les glandes salivaires, le pancréas et le foie, dont il décrit les formes et la position, et qu'il compat»e dans l'homme et les animaux *.

Sur l'appareil de la génération, il établit les vaisseaux sanguins qui se readent aux testicules, qui y apportent selon lui la semence, laquelle, des testicules, est portée aux épididymes, de ceux-ci dans le canal séminifère, puis dans les vésicules séminales. 11 avait rapproché et décrit ensemble les organes de la génération mâles et femelles, nommé les ovaires testicules femelles, décrit leur place, leur structure, et les artères et les veines qui s'y rendent. Il paraît avoir connu les trompes; il a exposé la place, la forme de l'utérus, et le système Tasculaire qui s'y rend ; enfin , il avait étudié ces organes, nonseulement dans les animaux , mais etïcore dans l'espèce humaine^.

Dans le système nerveux, Hérophile avait distingué le cerveau du cervelet, étudié les ventricules, qu'il regardait, plus spécialement le quatrième, comme le siège dé râme.'Le cerveau et la moelle étaient les centres d'où partaient les nerfs du sentiment et de la volonté. 11 avait étudié les membranes du cerveau, et le système vasculaire, dont la réunion dans un certain point du vertex, a reçu le nom de pressoir d'Hérophile. Le nom d'arach-

' Gai,, de AnaU admin,^ 1. VII, ch. II; de Usu part,, 1. IV, ch. XÏX.

* Gai., de Fenar, dissect, ch. I; deSemine^ ch.V.

^ Gai., de Semine ^ 1. I, ch. XVI, XV, etc.; de Uteri. dissect^ ch.V.

3Ô6 icott l>*AtEÎtAJ^i)ttlK.

noïde est de lui; mais il l'appliquait à l'une des membranes de l'œil ^

Tels sont les débris qui nous restent de l'anatomie d'Héropbile. En physiologie, il plaçait, comme nous l'avons dit, le siège de l'âme dans le quatrième ventricule surtout; elle dirigeait les fonctions du corps pendant la veille. Les songes viennent de Dieu ou sont naturels; les nerfs sont les conducteurs de la faculté sensitive et volontaire; le mouvement des corps appartient aux nerfs, aux artères et aux muscles. La vie animale est gouvernée par quatre puissances : la puissance nutritive, qui a sa racine dans le foie; la puissance de chaleur, qui a sa source dans le cœur ; la puissance pensante, dont le siège est dans le cerveau; la puissance sentante , qui a pour cause les nerfs. Ses idées sur la respiration sont fausses, et il ignorait la circulation. Il eut quelques vues un peu plusjustes, mais incomplètes, sur la génération.

11 définit la médecine l'art conservateur de la santé *; définition incomplète, puisqu'elle ne comprend que l'hygiène ; mais il en donna une autre plus large : la médecine est la science des salubres, des insalubres et des neutres; ce qui comprend la constitution normale du corps humain, les salubres; ses lésions ou dérangements, les insalubres; les secours curateurs, les neutres. Sa définition du pouls a été reçue : Le pouls, dit-il, est le mouvement naturel des artères et du cœur ^. Il parait avoir embrassé, dans sa médecine, la pathologie et la thérapeutique générales et spéciales, la diététique, la

' Gai., dcAnat, admin.y 1. IX, ch. Iliade Usu parL, 1. IX, ch. VI; 1. VllI, ch. Xï, etc.

» Gai., Définit, med,^ IX.

3 Gai., de Puis, differ., 1. I, ch. II.

GALIKN. 357

séméiotique, la malière médicale, la chirurgie et l'art des accouchements; par conséquent, le cercle médical était h peu près tracé, et Galien n'eut plus qu'à le compléter et à le formuler. C'est d'Hérophile qu'il faut dater en médecine la secte des humoristes. En effet, la maladie était pour lui l'altération des humeurs, ou bien, suivant Galien, il établit que les commencements et les éléments , tant des choses qui consistent dans la nature que des causes des maladies, étaient contenus dans les humeurs '•

Érasistrate y de Cos, était, croit-on, petit-fils d'Aristote et disciple de Chrysippe ; il fut aussi professeur à Alexandrie, où il disséqua, comme Hérophile, des cadavres humains. Nous n'avons que les titres de plusieurs de ses ouvrages, qui nous ont été conservés par Galien. D'après celui-ci , Érasistrate avait observé les vaisseaux lactés du mésentère, l'usage des nerfs avec Hérophile. C'est à lui qu'est due la première distinction des nerfs en sensoriaux et en locomoteurs. Il a connu les ventricules du cerveau et les valvules du cœur. Il fil aussi avancer la thérapeutique.

Rufus d'ÉphèsCj sous Trajan , 1 12 ans après J. C. , a écrit sur les noms des parties un livre que nous possédons, et que cite Galien. Il a décrit ou découvert les trompes utérines, dites de Fallope, dans son traité de Utero.

Marinas j sous Néron, premier siècle de J. C. Il fut le professeur de Quintus, qui le fut lui-même de la plupart des médecins sous lesquels étudia Galien. Marinus avait composé vingt livres de commentaires anatomiques, trois livres sur les choses ignorées de Lycus, un livre sur

* Cels., 1. 1| p. 4 ; Gai., Introd., ch. IX; Defin, med,, ch. CLI.

358 ÉCOLE d'alexandrie.

les muscles. Galien le place au rang des; meilleurs anato-

mistesji et lui attribue d'avoir senti l'usage des glandes.

Tels sont les auteurs grecs où Galien a principalement puisé, et qu'il cite assez fréquemment. Mais il est trèsremarquable qu'il n'a rien pris chez les Romains, et quoiqu'il ait longtemps travaillé et même enseigné à Rome, il n^a jamais cité ni Pline, ni Celse. Le premier devait même, ce semble, inspirer de l'antipathie à l'esprit si éminemment philosophique de Galien; et le second, bien que? décoré du titre d'Hippocrate des Latins, était, sans doutCj trop entaché du caractère empirique de la médecine romaine pour mériter, malgré ce qu'il aurait pu recueillir de bon dsms ses ouvrages, la confiance de l'ennemi déclaré de l'empirisme, ennemi qui avait plqs d'une fois encouru la haine de ses fanatiques sectateurs. C'est donc uniquement chez les Grecs que Galien a trouvé des éléments, puisque les Romains n'avaieut rien fait pour la science,

2° L^s leçons de ses maîtres sont la seconde source où Galien a puisé, Parmi eux, Quintus et Pélops seuls s'étaient spécialement occupés d'anatomie. Mais c'est dans l'école d'Alexandrie qu'il a trouvé le plus de secours et le plus grand nombre de matériaux en tout genre; c'est là qu'il s'est formé.

Cette école est un des phénomènes les plus remarquables dans l*histoire des progrés des sciences. Créée par Ptolémée Lagus, dans la direction d'Alexandre, elle a été près de mille ans le centre des sciences et de toutes les connaissances humaines. L'Orient et l'Occident unis s'étaient rencontrés dans ce lieu, que le doigt d^Alexandre leur avait marqué. La science des mages, des gymnosophistes de l'Inde, et des sages de la Chaldée, vint s'ajouter aux sciences sacrées des prêtres de l'Egypte et aux théo-

6ALIEK. 35^

ries philosophiques delà Grèce. De là naquit un nouvel élan pour l'ensemble des connaissances humaines, dont presque toutes les parties furent remaniées et reçurent quelque agrandissement. Les idées philosophiques s'y développèrent, et préparèrent, pour ainsi dire, soit en les réveillant, soit en les fatiguant, les esprits à la doctrine chrétienne, qui allait venir niveler toutes les doctrines, en chassant Terreur et élevant l'esprit humain audessus de lui-même. Cependant, l'Inde et la Perse y apportèrent peu de chose, si ce n'est la connaissance de peupleséloignés, qui, ayant travaillé en dehorsde la Grèce, étaient arrivés, par une autre voie, la contemplation abstraite, aux théories les plus ardues du panthéisme. La Grèce était bien plus avancée relie avait conduit de front toutes les branches des connaissances humaines; elle était parla même plus civiliséeetplus puissante; elle ne pouvait revenir sur ses pas. Tout au plus si les doctrines indiennes, peu nombreuses alors, occupèrent quelques, esprits, à titre de curiosités historiques; leur influence dut être et fut bien moindre qu'on ne l'a prétendu. La Grèce domina seule dans l'école d'Alexandrie. Mais si Aristote y fut le maître dans les sciences d'observation, Platon y domina dans les hautes régions de la philosophie. Cependant, faut-il s'étonner encore qu'au milieu de cet immense amas de doctrines, l'éclectisme ait conduit une foule d'esprits, trop faibles pour démêler et embrasser l'ensemble de leurs vérités, aux systèmes les plus faux et les plus absurdes même; faut-il s'étonner qu'abordant le christianisme avec ces dispositions préalables, ces esprits se soient jetés dans cette foule d'hérésies, que l'on peut comprendre sous le nom général de gnosticisme, qui n'était autre chose au fond que l'incompatible combinaison des vagues idées philosophiques indo-persanes

36o jicOLE D* ALEXANDRIE.

et grëco-égyptiennes sur les plus hautes questions, avec la rigueur et l'inflexible clarté des vérités chrétiennes. Mais récole d'Alexandrie ne nourrit pas seulement des hérétiques; il se trouva parmi ses disciples des génies plus élevés qui comprirent la valeur de la science unie et soumise au christianisme; et c'est pour cela qu'ils combattirent les sectaires avec tant de force et une raison si puissante, qu'il leur fut impossible de résister. Outre ces premiers Pères de l'Église , les sciences des Arabes sont encore sorties de cette école, qui a existé jusqu'à la conquête d'Alexandrie par ces derniers, en 64o.

Sa constitution, ses statuts, élaient remarquables; c'était une école libre ; il y avait deux grands collèges dédiés, l'un àSérapis, l'autre à Isis; les élèves y affluaient de toutes parts, attirés par la réputation et les leçons des maîtres savants qui y enseignaient, et dans l'espoir d'y jouir des facilités qu'elle leur offrait pour l'étude. Elle possédait en effet la plus considérable de toutes les bibliothèques de l'antiquité. On a évalué le nombre de ses volumes jusqu'à deux ou trois millions; mais il est plus probable qu'elle n'avait que le nombre, déjà assez immense, de quatre cent mille volumes; et bien entendu qu'il ne faut pas comprendre, sous ce nom, ce que nous entendons : un volume (volumen) était un rouleau plus ou moins considérable, et dont il fallait quelquefois un très-grand nombre pour composer un ouvrage. Cette célèbre bibliothèque fut brûlée lorsque César fit mettre le feu à la flotte des Alexandrins révoltés, dans le port de celte ville. Ce fut Antoine qui la rétablit en donnant, à sa maîtresse Cléopâtre, la bibliothèque de Pergame.

Outre cette bibliothèque, Alexandrie possédait encore très-probablement des collections d'histoire naturelle; cependant, nous ne le savons positivement que

GÀLIEN. 36 1

pour les squelettes humains ; c'est Galien qui nous l'apprend. Nous savons par Pline qu'on employait^ en Egypte, le miel pour conserver au moins les animaux rares.

Ces immenses collections de livres et d'autres choses étaient tout à fait à l'usage des professeurs qui se retiraient à Alexandrie soit pour y enseigner, soit pour y approfondir leurs études. Les élèves qui s'y rendaient étaient absolument libres et en grand nombre; ils pouvaient, à ce qu'il parait par le conseil que Galien donne à ses disciples d'aller à Alexandrie dans ce but, profiter des collections scientifiques.

Dans cette école , l'enseignement s'étendait à toutes les parties des sciences; mais l'astronomie, l'astrologie, l'anatomie et l'art de guérir y prédominèrent, bien que la philosophie y ait aussi jeté un vif éclat. Les maîtres étaient les plus célèbres et les meilleurs de l'école de Platon et d'Aristote , car celle de Socrâte n'y était pas représentée. Le principe dominant de l'école d'Alexandrie, bien qu'infiniment supérieur au principe romain, était pourtant aussi l'application immédiate des sciences à l'utilité, mais des sciences approfondies et nullement dépouillées, comme à Rome, de leur caractère philosophique. Dans cette direction même, se rencontra la cause de l'influence de l'école alexandrique. C'est là que Galien s'est formé; c'est là qu'il a puisé le fond de sa doctrine.

3° Enfin, il nous reste à jeter un coup d'œil sur la troisième et dernière source» des éléments des écrits de Galien, ses propres observations. Il a beaucoup observé par lui-même, et la plus grande preuve qu'il était doué du génie observateur, ce sont les nombreux et pénibles voyages qu'il entreprit uniquement pour connaître

36a ^COLE d'\lexandrie.

et examiner sur les lieux mêmes, toutes les substances qui tenaient à son art.

Au renouvellement des sciences, du quinzième aq seizième siècle , il s'est élevé une grande discussioq pour savoir si Galien avait disséqué des cadavres humains, ou s'il s'était borné à ceux de certains animaux, et surtout des singes. Ce dernier sentiment a été admis par Vésale et Haller, M. Kùhn pense également que Galien a seulement disséqué les animaux les plus voisins de l'homme, entre autres des singes, du moins pour les viscères ; que pour les os, il a pu voir des squelettes à Alexandrie, et quelques viscères par les plaies du ventre des gladiateurs. Galien dit positivement qu'on faisait à Alexandrie des leçons publiques d'anatomie sur des cadavres humains, et qu'il y avait des squelettes; par conséquent, il a pu observer là. Cependant, il ne parait pas qu'il ait disséqué lui-même des cadavres humains; ^t parmi les singes, la description qu'il donne des muscles prouve qu'il n'a connu, comme Aristote, que le magot et non l'orang-outang, ainsi qu'on l'a prétendu. Pour l'homme, il a puisé dans des auteurs qui l'avaient disséqué; voilà pourquoi on trouve dans ses ouvrages des détails d'anatomie humaine. Il est même le premier qui ait donné à l'ensemble des os le nom de squelette. Il recommandait spécialement cette étude à ses élèves, et, après leur avoir indiqué plusieurs moyens d'observer des os, soit dans les ravins où de vieux tombeaux avaient pu crouler, soit dans les bois où les cadavres des brigands ou des suppliciés avaient laissé leur squelette, déchiqueté par les animaux, il finit, à défaut de ces moyens plus à leur portée, par les engager à aller à Alexandrie pour y faire cette étude, car, dit-il, cela en vaut bien la peine.

GAUEN. 363

Lui-même, dans ses leçons, faisait des dissections publiques, et il cite comme témoins de ses opérations à Rome, Eudème le péripatéticien, Alexandre Damascène, le consul Boétliius. Il disséqua un assez grand nombre d'animaux, et même des éléphants; il fit des expériences sur les animaux vivants; il cite la section des nerfs intercostaux, et c^le des nerfs récurrents.

Il n'y avait point encore d'hôpitaux où l'on pût suivre les maladies; ils seront un fruit de la charité chrétienne. Mî|is il avait sans doute quelque chose d'analogue dans le collège des gladiateurs de la ville de Pergame, qui lui fournit l'occasion de faire des remarques qu'un esprit de sa trempe ne pouvait laisser échapper.

Galien fit sortir la médecine de sa véritable source, en la tirant immédiatement de la philosophie, sans laquelle il est, dit-il lui-même, impossible de faire de bonne médecine. Aussi avait il commencé p?ir se livrer à l'étude de la logique et de la dialectique, puis des sciences philosophiques proprement dites; il nous apprend que , dès l'âge de quinze ans, son père l'avait fortement exercé à la discussion; cela même l'a rendu essentiellement critique, comme on doit l'être, en examinant et observant par soi-même, pour arriver, par l'application de ses observations, à une pratique rationnelle. Et c'est dans ses mains qu'a commencé cette belle idée des moyens d'indication, sur lesquels repose la médecine scientifique, qui seule a pu rendre les moyens thérapeutiques rationnels, lorsqu'ils en étaient susceptibles. Pour faire la philosophie des sciences comme Aristole,il suffisait de connaître et de comparer entre eux, par exemple, les gouvernements de son temps, afin d'arriver aux principes du gouvernement général de la société, dernier but qu'il se proposait ; ou bien, dans

364 icOLE d' ALEXANDRIE.

toute autre partie de la science, il suffisait de généraliser de la même manière les travaux et les découvertes des autres; tandis qu'il faut avoir observé soi-même pour faire de la médecine rationnelle, dont le but ultérieur est l'individu.

Ainsi, les études de Galien et les circonstances dans lesquelles il a vécu , celles où il a exercé son art , avaient puissamment porté son caractère vers la discussion et la saine critique , tout en le rendant propre à envisager la la science dans tout son ensemble , et c'est dans ces dispositions qu'il sut employer les éléments que lui fournirent les écrits de ses prédécesseurs, les leçons de ses maîtres et ses propres observations.

V. Histoire des écrits de Galien , et comment ils nous sont parvenus.

L'histoire des écrits de Galien est assez facile; ayant en effet joui presque immédiatement de sa plus haute "réputation et obtenu les plus grands succès , ses ouvrages devinrent sur-le-champ comme une espèce de manuel, que tous les médecins durent avoir entre les mains. Ce fait est très -remarquable pour son art médical ( TéyvTj laTptj^Yf )• Les Arabes , les Latins barbares, le moyen âge tout entier, jusqu'aux temps modernes, ont fait le plus grand cas de cet ouvrage; les médecins devaient le lire comme le plus authentique des livres de Galien ; tous devaient , comme spécimen de leur capacité, en expliquer quelques parties avant d'obtenir la licence d'exercer la médecine. Le même empressement accueillit, dès l'origine, les autres ouvrages de Galien : il s'en fit une multitude d'extraits aussi bien en grec qu'en latin ; ils se répandirent bientôt dans tout l'empire romain , dans la partie latine et dans

la partie grecque, et, de là, ils passèrent, des mains des juifs et des chrétiens, dans celles des Arabes. Un grand nombre de ses principaux écrits furent traduits en hébreu et en arabe; on en trouve encore des manuscrits dans ces deux langues , dans plusieurs bibliothèques/C'est une chose remarquable que presque tous les Arabes aient suivi Galien, surtout dans cette partie de la médecine qui traite des maladies internes, dans la partie théorique qui traite de l'explication de l'origine et des causes des maladies, et dans l'anatomie. Il faut en dire autant de tous ceux qui ont suivi les Arabes. Cette grande vogue de tous les temps a donc rendu les ouvrages de Galien beaucoup plus faciles à recueillir que ceux d'Hippôcrate et même d'Aristote.

Nous savons qu'il a composé un certain nombre de ses livres à Smyrne, dans sa jeunesse; c'étaient comme des résumés des leçons de ses maîtres. Les autres ont été composés à Rome dans son âge mûr; et ceux de sa vieillesse à Rome, à Pergame ou ailleurs, puisqu'on ignore où il mourut. Leur nombre s'élève à plus de mille volumes, ce qui pourtant serait loin de faire les cinq cents ouvrages sur la médecine seule dont parle Suidas '. On peut dire que Galien a écrit pendant toute sa vie. Ses derniers écrits, bien authentiques , sont les deux qu'il a intitulés, l'un de Propriis libriSy et l'autre, de Ordine librorum meorum. Dans le premier, non-seulement il énumère ses ouvrages, mais encore il donne l'histoire et l'analyse des principaux , et surtout de ceux qui ont trait à l'anatomie et à la physiologie; dans le second, il indique dans quel ordre on doit les lire. C'est déjà un grand

' Nous avoDS déjà fait remarquer la différence qu'il y avait entre un volume et un ouvrage ; il fallait quelquefois un très-grand nombre de volumes pour faire un ouvrage.

366 ÉCOLE d'alexandrie.

progrès que ces deux livres; ils nous donnent une idée de l'encyclopédie médicale , telle qu'il l'avait conçue, soit qu'il n'ait eu cette conception que dans sa plus grande maturité, soit qu'elle ait présidéàla composition de ses écrits. Il nous dit lui-même qu'il ne signait jamais ses livres; il les déposait, comme on le faisait alors volontiers, dans les bibliothèques publiques. A Rome, c'était le temple de la Paix qui servait de bibliothèque , et les savants s'y réunissaient pour disserter entre eux et se faire part de leur science. C'est là que Galien déposa une partie de ses œuvres, entre autres son grand XTOXié de JIdrninistratione anatomicd. Le temple de la Paix ayant été la proie d'un affreux incendie, sous Commode, les ouvrages de Galien furent avec bien d'autres dévorés par les flammes, ce qui l'obligea à les recomposer en partie, en y apportant des modifications et de nombreux perfectionnements; mais plusieurs furent entièrement perdus.

T3u reste, il n'avait souvent d'autre motif, dans la publication de ses travaux , que de satisfaire aux désirs et aux instances de certaines personnes , soit des consulaires, comme Boéthius, qui le pria de publier par écrit ses cours d'anatomie, auxquels il avait assisté à Rome; soit de ses élèves, qui, en s'éloignant de lui, étaient bien aises d'emporter sa doctrine avec eux; plusieurs de ses ouvrages ont même été publiés par ses élèves, qui recueillaient ses leçons et les soumettaient à sa révision.

Tous ont été écrits en grec; mais ils ne nous sont pas tous parvenus en cette langue; plusieurs n'existent plus qu'en latin.

Il attachait très^peu d'importance au style; il a même fait un traité intitulé : Contre ceux qui reprennent les so^

lécismes de paroles. Dans un autre endroit, il ridiculise l'affectation du style attique, et prétend qu'il \aut mieux faire des barbarismes de mots que des barbarismes de choses dans le raisonnement ou la conduite de la vie. Il semble qu'il ait voulu par là se justifier; il est, en effet, d'une grande lâcheté de style, verbeux, diffus, d'une lecture pesante et ennuyeuse.

Ses manuscrits ont été fracturés en mille pièces, par la raison que la séparation des diverses branches de la médecine ayant été de bonne heure irrationnellement acceptée, chacun ne rechercha, dans la totalité de ses écrits, que ce qui avait trait à sa spécialité. Le seul grand manuscrit du Vatican est celui qui contient la plus grande partie de ses œuvres réunies. Ses ouvrages nous sont parvenus avec beaucoup moins d'erreurs que ceux de Pline et même d'Aristote; caria pratique s'en était emparée, et ce fut un des premiers auteurs imprimés. Un grand nombre d'hommes remarquables ont travaillé sur Galienj les uns pour le défendre, les autres pour le réfuter ; les uns ont écrit des commentaires ou sur tous, ou seulement sur plusieurs de ses livres, les autres ont travaillé à la rectification du texte. Conrard Gesner, qui avait travaillé sur le même objet, a donné le catalogue de tous les auteurs qui ont écrit, et ce qu'ils ont écrit sur Galien. Les principaux auteurs qui s'en sont occupés, depuis Gesner, sont Vésale, le restaurateur de l'anatomie dans les temps modernes; Leclerc, qui a donné la vie et le système de Galien mieux conçu ; Barchusen , qui a mieux exposé la doctrine de Galien , et enfin ^ Haller, qui l'a mieux appréciée sous le rapport littéraire.

La plupart des livres de Galien ont été traduits en latin, beaucoup en arabe, et uh certain nombre le

368 icoLÈ D^ALÈXANDRlË.

furent aussi en hébreu , avec des commentaires dans ces diverses langues; très -peu ont été traduits en français.

La première édition de Galien est de 1/190. C'est dans le seizième siècle que les éditions de Galien furent plus nombreuses. I^ meilleure édition grecque est celle de Bâle, i538, 5 vol. in-P, chez Andr. Crataud, à laquelle travaillèrent les hommes les plus instruits de cette époque, Léon Fuchs, Joach. Camérarius. Les nombreuses éditions latines chez les Juntes, à Venise, sont toutes de i54o à i635. Une seule édition grecque et latine a été donnée par René Charlier, médecin professeur à la faculté de Paris, sous Louis XIV, de 1639 à 1679 , chez Jacq. Villery ; elle ne fut terminée qu'après la mort de Chartier; plusieurs livres, qui n'étaient pas dans celle de Bâle, ont été ajoutés à celle-ci. La dernière édition est celle de Leipsick, en 21 vol. in-8^, commencée en 1821 et terminée en i83o. Elle est excellente et de la plus haute importance , sous le rapport de l'érudition approfondie, et de la science mieux connue et plus sainement appréciée ; elle contient une vie et une histoire littéraire de Galien, fort intéressantes, quoique hérissées d'érudition allemande ; elle a été donnée par Charles Gotlob Kùhn , professeur de physiologie et de pathologie à l'Université de Leipsick.

VL É numération méthodique et plan de ses ouif rages.

De même qu'Aristote avait entrepris le cercle philosophique, de même Galien a entrepris le cercle médical, depuis la grammaire, pour ainsi dire, jusqu'à l'applica^ tion du bandage et à la thérapeutique. Pour bien saisir son plan , il nous faut une mesure qui nous en montre les proportions et l'étendue. Dans Aristote, le terme de

la science, c'est la société, pour laquelle tout existe, et vers le bien-être de laquelle tout doit converger; le terme du médecin se raccourcit et se borne àFindividu, qu'il faut maintenir ensanté, ou y ramener lorsqu'il est malade. La est toute la différence entre le cercle philosophique et le cercle médical. Nous avons vu Àristote embrasser la science dans toute son étendue, et créer la philosophie, dont le but est social. Déjà Galien va rétrécir son cercle à un but individuel, et le réduire à n'être plus que médical. Il y a ici une preuve de progrès dans les sciences et la civilisation , mais aussi une preuve d'arrêt et de stationnement, une preuve de débilitation sociale et d'abus de la civilisation arrivée à son terme; car l'égoïsme règne , le bien-être et la volupté de l'individu ne prisent plus les sciences que pour ce qu*elles valent à réparer ses excès et à prolonger ses jouissances à lui, aux dépens de tous les êtres qui l'entourent, même de ses semblables, dont la dépouille perdra de son mystérieux respect, pour montrer, par sa structure, où il faut appliquer le remède dans la lésion de tel ou tel organe; et le cadavre ne suffisant même plus à la science, pressée de satisfaire l'avidité de la vie, nonseulement l'animal, mais l'homme même, inconcevable et horrible cruauté, sera disséqué vivant! Excès qui ne servirent jamais les progrès de la science, et qui sont opposés à l'esprit de la médecine, science admirable dans son but social, le bien-être et le soulagement de l'humanité. Cependant , l'isolement de la médecine en appelait les progrès. Pour concevoir ceux que Galien lui a fait faire, jetons un coup d'œil sur le cercle médi- <;al, tel que nous le concevons.

La médecine est une partie de lu science de Vhomme et des animaux^ dirigée spécialement comme science T. I. a4

^j6. ÉCOLE oUlBXANDRIE.

vers là connaissance^ comme art vers la guérison des altérations dont l'organisme est susceptible j à Paide de procédés de différente nature. En adoptant cette définition, il y a deux choses à envisager, des préliminaires et des parties essentielles.

L Lés préliminaires sont nécessairement la partie philosophique par laquelle on apprend à diriger et à exprimer ses pensées, pour les coordonner d'abord et s'en rendre compte à soi-même, puis pour les commua Biquer aux autres. Vient ensuite l'art d'analyser les phénomènes dans leurs causes et leurs effets ; il conduit à l'art de l'observation , qui consiste à fixer son attention sur un fait ou sur plusieurs, pour en découvrir la loi et les rapports ; et ainsi l'observation des faita mène à leur généralisation, qui est Tart de classer , dd distribuer les étires observés dans l'ordre le plus propre à les comparer entre eux, et, par là, montrer d'ud même coup d'œil la science de l'ensemble. Vient enfin l'art de nommer les objets, d'établir une nomenclature en rapport avec la classification, condition de la plus haute importance; car, comme une chose est perdue si elle n'est nommée , de même aussi une idée, un fait sont perdus s'ils ne sont nommés. Tels sont les prélimi-» naires largement traités par Aristote dans les points es» seatiels; ils étaient nécessairement moins étendus pour lui que pour nous, puisqu'il y avait moins da Ëâts ob» servés et connus»

Une autre partie préliminaire, c'est la connaissance des milieux où doit vivre l'animal , l'être qui est le but de l'ob&ervation. Me embrasse l'étude des lois générales de la physique et de la chimie , l'étude du sol^ dont la ccmn^i&sance est surtout nécessairi^ a\i médecin. Ce sont là deux parties prolégoméniques qui constituent (k$ instruments propres à résoudre.

GA^LiBir. 37 £

IIi Ces itlstrdments connus ^ il faut étudier à l'état normal les êtres auxquels on se propose d'appliquer Fart de la médecine; chercher d'abord le^ milieux pro** près à leur organisation ^ ce qui conduit à l'étude de cette organisation, l'anatomie; k l'étude de ses fonctions^ la physiologie; et enfit)^ à l'histoire naturelle ou étude des habitudes et des mœura de l'être organisé; trois choses qu'il faut étudier dans l'animal à l'état norraaif afin de pouvoir l'y ramener ^ lorsqu'il en sera sorti par quelque altération.

IIL Suit l'application de ces connaissances^ à l'aide dés signes ou symptômes^ à la distinction des maladies ^^ à leur définition ^ pour arriver à en saisir les lois et la marche^ ce qui constitue la pàthogriomonique , qui^ comme toute science naturelle et d'observation, aura fttteifit sa perfection quand elle sera arrivée a une méthode ou classification naturelle des maladie»; cette idée féconde du docteur français Pinel, inspirera à Bichat son admirable traité des membranes.

Alors l'étude comparative^ devenue facile^ nous mène directement à l'histoire naturelle des maladies^ c'est-à^ire^ à l'étude et à la connaissance des causes et delà marche naturelle de la maladie^ d'où restort le pr6gtiostic qui en est une conséquence rigoureuse; et il est d'autant plus certain que Taction pertubatrice a moins co&trarié les lois de cette marche ilaturelle* C'est à 6e point dé ia science qu'Hippocrate nous avait amenés* >

IV. Et par là^ il était conduit à placer le sujet dans ce qui lui est bon pour le bie»*étre de sa nature; ainsi est constituée l'hygiène^ ddnt le but est de prévenir les man ladieSy et qui comprend les règles ou préceptes qui gou^ vernent le physique , le moral et rinlellectueh

y. Mais quant à la malacfie elle-même, on a pu la pré^

S'JÙk EGOLB d^alëxandbiï:.

venir ou non ; dans ce dernier cas, arrive l'application de ces connaissances à sa guérison plus ou moins complète, suivant des règles naturelles, par le régime, la diététique, due encore à Hippocrate, et la seule médecine des animaux; ou, suivant les règles deTart, le traitement thérapeutique, considéré dans ses indications ou d'une manière générale, dans ses moyens ou procédés, qui sont ou extérieurs, ce qui constitue la chirurgie, ou intérieurs, la pharmaceutique, de laquelle découlent l'histoire naturelle des substances médicamenteuses , et Fart de les disposer et de les combiner selon les diverses circonstances de la maladie, de l'âge, du sexe, etc. La pharmacie vient ainsi clore le cercle médical, créé et en partie développé par Galien^ dans l'ensemble de ses travaux.

11 avait lui-même si bien senti le but et le plan de ses ouvrages, qu'il en a publié un sur l'ordre dans lequel les autres devaient être lus.

I. Préliminaires. Le premier ouvrage qu'il veut qu'on lise est celui sur la rectitude des mots, qui n'est autre chose que la science grammaticale ; il y blâme le trop d'importance que certaines gens attachent à la pureté du style. Àristote avait aussi commencé par le langage; c'est en efîet la base de toute science comme de toute société.

Il veut qu'ensuite on attache de l'importance à son ouvrage de Dernonstratione ^ où l'art de la logique et de la dialectique, qui apprennent d'abord à diriger et à coordonner ses idées pour se convaincre soi-même, et puis à présenter ses idées de la manière la plus favorable et la plus propre à les faire adopter des autres. Là , il renferme sous un seul titre ce qu'Âristote avait traité sous plu$ieurs«

GA.LIEir« 373

Son disciple doit, après cela, former son esprit à la philosophie y en étudiant ses livres de Philosophicd spe* culationey où il parait qu'il avait réuni les connaissances philosophiques de son temps«

L'esprit ainsi préparé à juger par lui-même, doit choisir la secte à laquelle il veut appartenir, et Galien conseille son traité de la meilleure secte, de Optimd sectd. Il y avait de son temps plusieurs sectes ou systèmes opposés dans la médecine; après les avoir passés en revue et combattus, il choisit la secte d'Hippocrate, perfectionnée par la science, pour laquelle Hippocrate n'avait fait, à proprement parler, que de l'histoire naturelle. Résumant cet ouvrage pour les élèves, de Seclis ad t/-rones, il traite du meilleur système à leur enseigner ; il réfute toujours les sectes des empiriques et des mé-. thodistes, et défend la secte des dogmatiques.

IL Anatomie et physiologie. Après avoir muni Tin telligence de ces connaissances instrumentales préliminaires, il entre en matière, et veut qu'on étudie d'abord l'organisation et ses fonctions , l'anatomie et la physiologie ; car il est important avant tout de connaître l'organisme aux lésions duquel on doit remédier. Dans une foule d'endroits, il s'appuie sur les maux et les accidents qui arrivaient de son temps, par suite de l'ignorance des médecins, ses contemporains, en anatomie; et il ne veut pas d'une anatomie superficielle, mais une science approfondie et faite sur la nature même, et non dans les livres. Cependant, il ne suffit pas de connaître les organes, il faut encore savoir leurs fonctions, qui souvent peuvent fournir des signes ou des symptômes. C'est pour remplir ces divers buts qu'il conseille d'étudier :

i' Ses deux traités de Pulsibus ad tyronesj et de Os^

3^4 liCOLE J^VuS^^iNDRIE.

^ibus ad eo^ qm introducuntur ^ traitas qu'il r^arde comme le fondement de l'anatomie, car,dHr}l, ce qu« ^ont les pieu)( dans une tente , lesjnur^ dans une maison, les os le sont dans les animaux. Il appelle Tensem'* ble des os squelette j et il regarde le ^uelette comme un tout Qontinu qui se développe au milieu des muscles, et est recouvert par eui^. Il démontre que, de la forme et du npmbre des os, on peut toujours conclore k 1* forme et au nombre des muscles.

a"* Après avoir, dans le traité précédent, parfaitement décrit tout le squelette, non pas sur un original humain, mais sur un singe, ce qui est évident par la description qu'il donne des os du coccyx, H veut qu'on passe à Fétude de la myologie, par laquelle il commence son grand traité, de ^dmmistratione anatomicd; il y enseigne comment on doit tuer l'animal sous l'eau, afin qu'il soit convenablement préparé pour la dissection} Û montre de quelle manière il fpiut s'y prendre pour trouver toutes les parties qu'il indique. De la myologie, dans laquelle il cite un grand nombre de muscles qu'il a le premier démontrés^ il passe aux organes de la nu* trition , dont il fait dépendre ceux de la sécrétion ; de là au cœur, aux organes de la respiration, et au système cérébral, qui termine la partie qui nous reste du neuvième livre. On retrouve dans ces neuf livres une foule de choses parfaitement décrites, que la postérité s'est attribuées. Le reste du neuvième livre, qui a péri, était consacré à l'anatomîe de la moelle épinière. Les livres qui traitaient de Fœil , de la langue^ du pharynx, du larynx , de l'os hyoïde, de l'histoire des veines et des artères , des nerfs du cerveau , des nerfs de la moelle épinière, et des parties de la génération, que Galîen cite dans cet ordre, dans l'Histoire dp ses propres livr^Sj^ ont 'également péri.

. 3^ Il propose d'étudier ensuite son traité ds Natwrali^ hus faculiatihus y qu'il écrivit à la prière de BoéthiuS| après ses livres de la dissection des artères et des veines; jl y traite toutes les questions de physiologie générale ^ telles que celles de la vie, de la nutrition^ de la sécré* tion, des éléments , etc.

^ Il revient ensuite à Tanatomie, de Anatome mortuurum. Après l'avoir étudiée à l'état statique , à l'état d^ mort, il conseille de lire son traité d'anatomie à l'état dynamique, à l'état de vie , de Jnatome vivoruni , pour joindre toujours ainsi l'étude de la fonction avec celle de l'organe. Il prescrit ensuite le traité de Disseruione anatomicdj où il expose les discussions et les opinions diverses des anatomistes de son temps , et ici , il est, oq ne peut le dissimuler^ très-acerbe pour ses confrères. Ensuite de ces études^ il veut qu'on passe à celle des parties du corps, et il propose ses Traités du thorax, des j>ownonsy des causes de la respiration^ de la voix^ du mour vement des muscles. Là se trouve un traité de Nomirdbusy qui n'est pas à sa place , soit par oubli 1 ou parce qu'il se trouvait sur le même rouleau.

III. Une fois l'anatomie et la physiologie étudiées, il envisage l'histoire naturelle en général, pour l'appliquer à la médecine; il la divise en plusieurs chapitres, et commence par les éléments, de Elementorum demonstralione; exposant d'abord les sentiments des médecins et des philosophes, touchant les éléments des choses; il en disserte ensuite à sa manière, et défend les quatre humeurs comme éléments propres des animaux doués de sang.

Passant à l'histoire naturelle hygiénique, il traite des tempéraments divers, de Temperamentis ; de la vertu des remèdes simples et de la composition des médicaments; des animaux et des divers caractères propres à

376 ÉCOLE D^ALEXAICDRIE.

chacun d*eux, de animalihus cumpropriis cujusque nO" tis. Il passe ensuite à l'étude plus spéciale de rhomme, et traite de la meilleure constitution du corps, de optimd corporis constitutione; des bonnes habitudes , de bono habita; il y parle aussi des mauvaises, de inœquali in^ temperie; du soin de conserver et de rétablir sa santé^ de sanilate tuendd ; de la différence de constitution suivant l'âge, les sexes, etc.

Viennent ensuite ses Commentaires sur Hippocrate, dont il promet un plus grand nombre si sa vie se pro* longe.

Voilà le plan de Galien, tel qu'il résulte de l'ordre dans lequel il veut qu'on étudie ses ouvrages. Il était donc philosophique et non dogmatique, et il avait bien positivement conçu le cercle médical complet. Il nous reste à voir comment il en a rempli les parties essentielles, celles qui appartiennent à la science générale de la nature, et qui par suite, reviennent à notre domaine; c'est ce que nous allons faire par l'analyse de ses deux |)rincipaux ouvrages : de. l'Administration anatomique et de l'Usage des parties*

Page 1