PROCÉDÉ RÉGULIER D'OBSERVATION
§ 1. Nature de la méthode statistique.
Toutes les fois qu'on peut énumérer des faits de même catégorie et les comparer, par groupes, on fait un travail de statistique. La méthode est applicable à des objets très différents. On peut l'employer pour des phénomènes physiques, naturels, médicaux, etc.; pour les mouvements de la population, la fréquence et la nature des délits, des procès civils, etc. On peut même faire la statistique des peintres, de la valeur de leurs ouvrages, etc. Ces applications très différentes montrent que la statistique n'est pas une science, mais une méthode. C'est une des formes de la méthode d'observation. Des faits ayant été constatés, on les présente sous une forme qui élimine des causes d'erreur et facilite les déductions.
Puisque dans les travaux de statistique on part des faits réels, c'est quelque chose de très différent des mathématiques où l'on procède de données conçues dans la tête du calculateur. Le résultat est aussi différent que le point de départ. Le mathématicien termine ses raisonne-
LA STATISTIQUE, PROCÉDÉ D 'OBSERVATION . lo
ments par une concliisioii certaine tirée d'une donnée initiale arbitraire ; en statistique on arrive seulement k des probabilités, attendu que les faits ne sont pas également certains et que rarement ils peuvent être tous constatés.
L'appréciation des faits, sous le rapport de leur qualité et de leur nombre à côté de l'ensemble des faits analogues ou contradictoires, joue donc nécessairement un grand rôle dans la méthode. C'est pour cela que les travaux publiés ont une valeur si différente. L'aspect des colonnes de chiffres étant le même, le mérite intrinsèque et la probabilité des déductions peuvent différer du tout au tout. Le public s'y trompe, et souvent, par des motifs intéressés ou passionnés, on le trompe.
Trois qualités sont indispensables pour un bon travail de statistique : l'amour pur et absolu de la vérité, un esprit méthodique, et du bon sens, aidé de sagacité. L'amour de la vérité suppose de la précision. Il exige aussi qu'on se mette dans les conditions du doute philosophique en abordant une question, c'est-à-dire qu'on se prépare à tous les résultats favorables ou défavorables aux opinions que l'on préfère ou qui paraissent le plus vraisemblables. L'esprit méthodique fait qu'on groupe les objets véritablement analogues. Le bon sens permet de les comparer judicieusement et d'en tirer des déductions probables.
La réunion de ces qualités est assez rare, puisque les mauvais travaux en statistique sont si nombreux. Heureusement beaucoup de personnes qui ne comprennent pas la méthode s'abstiennent de l'employer. C'est une justice à rendre aux femmes. Elles font quelquefois de bonnes observations sur des faits isolés, mais je n'en connais guère qui aient groupé les faits pour en tirer des moyennes et des conclusions générales.