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Dans ce tableau, les premiers noms de pays de chaque colonne sont ceux qui méritent le plus d'attention, parce qu'ils reposent sur des chiffres un peu élevés, ayant par conséquent plus de valeur statistique. L'ordre des derniers pays aurait souvent changé si l un des titulaires de la liste était mort un peu plus tôt, ou avait été nommé un peu plus tard, aussi remarque-t-on plus de variations dans les derniers pays de chaque colonne que dans les premiers.
La vue du tableau IX et celle du tableau VI, p. 373, font naître plusieurs réflexions.
1° Sur les listes du tableau IX, A, de l'Académie de Paris (oii par conséquent les savants français ne figurent pas), le premier nom est l'Italie, dans le XVIIl"^^ siècle, et l'Allemagne dans le XIX'"^ En d'autres termes, c'était, hors de France et dans l'opinion des savants français considérés comme juges impartiaux, l'Italie qui jouait autrefois le plus grand rôle scientifique ; l'Allemagne a pris ensuite sa place.
Dans les listes de Londres, IX, B, où les Français sont comparés avec d'autres et oii les exclus sont les savants anglais, le premier rang a été jusqu'au milieu du siècle actuel aux Français ; maintenant il est aux Allemands.
Sur les listes de Berlin IX, C, où les Allemands ne sont pas compris et sont considérés comme juges des autres, la France occupe et a toujours occupé le premier rang.
Ainsi, dans l'opinion combinée et réciproque des trois pays, le premier rang aurait été, dans leXVII^^ siècle et encore en i 829, pour la France ; depuis quelques années il aurait passé à l'Allemagne, ce qui est confirmé par le tableau IX, D, tiré des nominations de l'Académie de
Saint-Pétersbourg, dans lequel les li'ois grands pays se trouvent comparés probablement d'une manière impartiale. Du reste, la population de l'Allemagne est la olus considérable des irois. Comme elle a augmenté plus que celle de la France, nous verrons bientôt qu'à proportion des populations, la France a conservé sa place.
Le second rang était disputé dansleXVIIl""' siècle, sur les listes françaises, par la Suisse et l'Angleterre, mais l'Angleterre l'a occupé constamment au XIX'"^, l'Italie et la Suisse ayant décliné relativement.
Sur les listes de la Société royale de Londres, le second rang a été disputé d'abord entre l'Allemagne et l'Italie, puis il a été à l'Allemagne et enfin à la France, l'Allemagne ayant passé au premier rang.
Sur les listes de Berlin, où les Allemands n'entrent pas, le second rang a été, dans leXVIII™« siècle cà la Suisse, dans le XIX™« à l'Italie d'abord, ensuite à l'Angleterre.
Sur la liste de Saint-Pétersbourg, en 1869, oii se trouvent à la fois les trois grands pays, le second rang est à la France.
2° La Suisse occupait dans le XVIII™« siècle et occupe encore au XIX™^ mais à un degré moindre, une position qu'on n'aurait pas devinée, d'après la faiblesse de son chiffre de population. Il faut l'attribuer en grande partie, aux descendants des protestants expulsés des pays catholiques, ainsi que je l'ai expliqué ci-dessus (p. 328, 339).
3° Au milieu des fluctuations d'une époque à l'autre et des diversités inévitables qui résultent de ce que les savants tantôt de France, tantôt d'Allemagne, tantôt d'Angleterre, n'entrent pas en concurrence avec les autres, on remarque certains faits assez caractérisés. La France et la Suisse ont conservé généralement leur position. L'Italie, la Hollande et la Péninsule ibérique ont décliné du
XVIII'"'' au XIX""» siècle. Au contraire, l'Allemagne s'est élevée notablement. Enfin. l'Angleterre, qui avait baissé en 1789, a repris l'une des premières positions.
Pour obtenir une expression des valeurs scientifiques des populations de divers pays sur un nombre déterminé d'habitanis, il m'a fallu d'abord réunir les chitTres des populations, tels qu'on peut les avoir, par les recensements dans le X1X™<= siècle et par des évaluations dans le XVIII'"». C'est ce que j'ai fait dans 1« tableau suivant (n° X), où je me suis contenté d'indiquer pour les plus fortes populations les millions et demi-millions d'àmes et pour les plus petites les millions et quarts de millions. Une précision plus grande était inutile dans un pareil sujet et d'ailleurs elle est impossible à atteindre pour les années du XVIII™« siècle. Les races autres que celles d'Europe, n'ayant jamais fourni de savants affiliés comme étrangers à l'une des trois Académies, je n'avais pas à en parler. J'indique seulement les Européens et les populations qui en descendent, mais ce dernier élément est très incertain pour beaucoup de pays étrangers à l'Europe, à cause du mélange des races. Du reste, ce chiffre augmente les totaux de la population européenne et d'origine européenne, sans affecter les considérations relatives à chaque pays, puisque les savants associés aux Académies, comme membres étrangers, manquaient aux populations coloniales et à toute l'Amérique espagnole ou portugaise.