TABLEAU XIV
Associés ou correspondants étrangers de llcadémie des Lincei de Rome et de l'Académie de Turin,
en janvier 1884'.
Nombres»
Allemagne (Empire d'). Beyrich (E.), Baeyer, Bunsen (R.-G.), Burmeister, Cantor, Clausius, Du Bois- Reymond, Fechner, Fresenius, Fuchs (Laz.), Haeckel, *Gegenbauer, * Hoffmann (A.-G.), *HelmhoUz, Kirchhoff, Klein, Kôrner (W.), Kohlrausch, Kummer, Kronecker (L.), Neumann, Philippi (R.-A.), Rath (von), Rosenbusch, Rûppel, Schwarz (Herm.), Siebold (C.-T. von), Slannius, Slrûver, Weber (W.), * Weierstrass, Will (H.), Zirkel (Ferd.), Ziltel (A.). . 34
Autriche. Hauer (von), Suess (E.), Tschermak 3
A reporter 37
> Transunti déW Accademia dei Lincei, 1884, fasc. I, p. 1. Atti délia Accademia di Torino, 1883, nov. et décembre, p. 10. Le règlement de 1883 des Lincei a supprimé la distinction des associés et correspondants étrangers. Le nombre des élus, à la fin de 1883, était de 68. L'Académie de Turin comptait à la même époque 10 associés étrangers (marqués *) et 43 correspondants non italiens. Les noms communs aux deux académies réduisent la liste à 103.
« Le total étant de 103, il est superflu de donner le tant pour cent de chaque chififre.
Report 37
(Ancienne Confédération germanique, 37 membres).
Angleterre. Adams, Airy, Cayley, Grove, Hooker (sir Joseph), Huggins (W.), Huxley, * Joule, Lockyer, Owen, Ramsay (André), Roberts (W.), Sang, Sorby,
Sylvester (J.-J.), * Thomson (W.), Williamson 17
Belgique. Liagre, Konink (de), Selys (de) 3
Danemark. ïhomsen, Steenstrup 2
Etats-Unis. *Dana (J.), Hayden 2
France. Becquerel (A.-Ed.), Berthelot, Bertrand, Caligny (de), Cornu (M.-A.), *Chevreul, Daubrée, Dausse (J.-B.), Descloizeaux, * Dumas (J.-B.), Fizeau, Friedel, * Hermile, Jamin, Janssen, Lejolis, Liais, Marey, Milne-Edwards, Péligot, Saint- Venant (de), Tulasne,
Wûrtz 23
Hollande. Donders 1
Hongrie. Haynald (cardinal de), Kanilz 2
Russie. Kokscharow (de), Nordenskiold (Ad.)*, Struve
(O.-G.), Tchebichef 4
Suède. Malmsten (C.-G.), Wahlberg 2
Suisse ^ Boissier (Edm.), Gandolle (Alph. de), GoUadon (Daniel), Favre (Alph.), Kôlliker, Marignac (Galissard de), Plantamour (Phil.), Schlaefli, Soret (Louis), Studer (B.) 10
Total 103
Voici les proportions relativement à la population
* Nordenskiold est né en Finlande, d'une famille finlandaise. D'après la règle suivie ailleurs, je l'ai classé parmi les sujets russes, bien qu'il soit devenu suédois.
" J'ai supprimé sur la liste de Turin Emile Plantamour, décédé en 1882, et Schlegel, directeur du musée de Leyde, mort en janvier 1884.
» Les chiffres de population ont été pris dans VAlmanach de Gotha pour 1884. 11 se rapportent aux dénombrements de 1880 ou 1881, suivant les pays.
L'émigration d'Allemagne et du Royaume-Uni de la Grande-
^'^•^ mSTOIHE DES SCIENCES.
Hors de la Grande-Bretagne et l'Irlande, les Sociétés royales de Londres et Édirabourg ont nommé 55 étrangers, soit par pays :
Sar on million
1 Suisse 1^785
2 Danemark 0,500
3 Allemagne (Empire d') 0,489
4 Suède 0,444
5 (Ancienne Confédération germanique) 0,375
6 France 0,368
7 Belgique 0,357
8 (Suède, Norvège, Danemark) 0,353
9 Hollande 0,250
10 Étals-Unis* 0,080
11 Autriche 0,043
12 Italie 0,033
13 Russie d'Europe 0,024
Autres pays 0,000
On remarquera d'assez grandes différences d'avec l'ordre qui résultait des nominations de la Société royale de Londres en 1869 (page 398). Ici, il est vrai, les titulaires ont été choisis par les deux. Sociétés de Londres et Edimbourg.
Pour les 103 nominations des Académies de Rome et de Turin, en 1884, les proportions par pays, hors d'Italie, sont :
Bretagne et l'Irlande ayant été beaucoup plus forte que celle des autres pays, j'ai ajouté deux millions à l'Allemagne et quatre millions au Royaume-Uni. Les titulaires allemands nommés à l'étranger auraient été attribués à leur pays natal s'il y en avait eu.
^ Pour les États-Unis j'ai retranché de la population totale actuelle 13 millions, savoir 6 d'étrangers nés ailleurs, dont les élus auraient été attribués aux pays d'origine s'il y en avait eu, et 6 '/a millions de gens de couleur, dont l'infériorité tient à la race.
Sar un million
1 Suisse 3,570
2 Danemark 1,000
3 Allemagne (Empire d') 0,723
4 France 0,605
5 (Ancienne Confédération germanique) 0,536
6 Belgique 0,535
7 (Suède, Norvège, Danemark) 0,470
8 Suède 0,444
9 Angleterre (les trois royaumes) 0,425
10 Hollande " 0,250
11 Autriche 0,136
12 Hongrie 0,125
13 États-Unis 0,054
14 Russie d'Europe et Finlande 0,047
Autres pays 0,000
Si l'on rapproche ces proportions d'élus par les Sociétés royales de la Grande-Bretagne et les Académies italiennes — pays neutres dans la guerre de 1870 — et si l'on essaie de les comparer avec le résumé du tableau Xn (page 402), on verra que :
i° La Suisse a conservé sa place à la tête de tous les pays pour le nombre des titulaires sur une même population. Les chiffres qui la concernent sont même plus élevés que précédemment. Elle venait cependant de perdre deux savants distingués, Émile Plantamour et Oswald Heer, tous deux correspondants de l'Académie des sciences de Paris et l'un d'eux, Plantamour, de celle de Turin, en 1883.
2° L'ancienne Confédération germanique (Allemagne actuelle et Autriche, sans la Hongrie) s'est élevée dans l'échelle, surtout par le fait de l'Allemagne proprement dite. Cela répond bien à l'opinion que les ouvrages pubhés par les savants allemands dans les 10, 15 ou 20
années qui ont précédé 1884 ont plus d'importance que ceux des 10, 15 ou 20 années antérieurs à 1869. Il ne faut jamais oublier que la réputation des savants se fonde sur des travaux plus ou moins anciens, qu'on a eu le temps d'apprécier.
3° Les trois Etats Scandinaves conservent un rang assez élevé. Le Danemark est même le second sur les deux tableaux de 1884.
4° La Belgique les dépasse. Elle confirme ce que nous avons vu ci -dessus, que les petits pays sont dans des conditions favorables pour le développement de savants distingués.
5° La position de l'Angleterre indiquée par les Académies italiennes seulement, et celle de l'Italie par les Sociétés anglaises, ne sont peut-être pas ce qu'elles devraient être. L'Académie des sciences de Paris, en 1884, est certainement impartiale à l'égard de ces deux pays. Or elle compte sur ses listes d'associés ou correspondants, 5 Italiens et 17 Anglais, sur 66 titulaires non français, c'est-àdire 7 V, y„ d'Italiens et 25 7„ d'Anglais. Les Sociétés royales de la Grande-Bretagne n'ont choisi que 2 7o d'Italiens, et les Académies italiennes que 16 % d'Anglais. Il semble que les savants italiens et anglais ne se sont pas appréciés réciproquement à leur valeur réelle, mais il faut tenir compte de l'oubli fait en France des savants allemands pendant plusieurs années ; d'oiiil résulte qu'on a nommé plus facilement ceux des autres pays.
6° Les pays dans lesquels on a élu des savants étrangers en Angleterre et en Italie sont les mêmes, à peu près, qu'en 1869. L'espace que j'ai appelé (page 478) la région scientifique ne s'est étendu que vers la Hongrie.
Ce qui caractérise de plus en plus la science au XIX™« siècle, c'est l'augmentation du nombre de ceux qui s'en
occupent et la diffusion dans le public des connaissances scientiflques.
On a créé une si grande quantité d'écoles spéciales, de laboratoires, de musées et de sociétés savantes; le nombre des professeurs a si fort augmenté, et il y a tant d'usines dans lesquelles la science est appliquée, que des milliers de personnes concourent aux travaux scientifiques. Plus cette armée de travailleurs augmente, plus il doit y avoir parmi eux d'esprits inventifs, qui perfectionnent les procédés et font occasionnellement des découvertes, La moyenne des hommes scientifiques a maintenant plus de valeur, parce qu'elle a plus d'instruction et plus de pratique, mais il y aura toujours au-dessus de cette moyenne des savants mieux doués, plus actifs, ou plus maîtres de leur temps et de leurs personnes qui seront particulièrement en évidence. Les nominations par les principales Académies les font encore ressortir, bien que les choix soient plus difficiles et les titulaires en nombre insuffisant.
La vulgarisation des connaissances fait des progrès tout aussi évidents. La presse, les conférences, les sociétés et toutes les applications de la science y contribuent. Il ne faudrait pourtant pas s'imaginer que les notions acquises dans le public soient bien réelles. Ce qu'on lit, ce qu'on entend ne pénètre pas beaucoup, et si les connaissances augmentent l'esprit scientifique ne se développe pas en proportion. J'appelle esprit scientifique savoir suspendre son jugement jusqu'à ce qu'on ait vu des preuves, et savoir chercher les faits avec une impartialité complète, sans se laisser détourner par des conséquences possibles. On naît ou on ne naît pas avec ces dispositions. On peut aussi les développer, mais ce n'est pas en restant passif, c'est par le travail, en mettant, comme on dit, « la main à
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la pâte. » Or, il se trouve que la moitié féminine de l'espèce humaine et une grande proportion de la moitié masculine apportent en naissant des dispositions contraires. Il n'est pas probable que l'éducation et les institutions modifient beaucoup un fait de cette nature. L'observation, du reste, le prouve, car dans les villes où depuis un siècle et surtout depuis cinquante ans on prodigue la science, les somnambules, les tireuses de cartes, les charlatans et les sectes les plus absurdes, font leur chemin.
Une comparaison de la diffusion des connaissances scientifiques dans divers pays serait intéressante, si on la faisait par des procédés réguliers. Il faudrait savoir, par exemple, où l'on achète le plus de livres sur les sciences, où se publient le plus de journaux scientifiques, où les sociétés savantes ont le plus de souscripteurs, où les conférences sont nombreuses et roulent sur des sujets scientifiques, etc., en tenant toujours compte du chiffre des populations. Ce genre de recherches est difficile et m'entraînerait bien loin. Je ferai remarquer seulement que sous ces divers rapports les pays protestants sont les plus avancés. En Allemagne on achète beaucoup de livres scientifiques. En Angleterre les ouvrages de Lyell, Darwin et autres ont eu presque autant d'éditions que ceux des romanciers de valeur moyenne, et c'est beaucoup.
Les cantons suisses de Genève, Vaud et Neuchâtel achètent plus de hvres ou de journaux sur les sciences que des populations vingt fois plus nombreuses des pays adjacents. On fait chez eux des conférences scientifiques jusque dans les villages. D'autres cantons protestants de la Suisse allemande, la Hollande, le Danemark, la Suède, la Norvège, quelques-uns des États de l'Union américaine présentent des faits analogues.
C'est un grand avantage pour le progrès général des
sciences, car dans des milieux ainsi disposés les hommes spéciaux font des recrues et trouvent facilement des auxiliaires. Les actions lentes et coûteuses des gouvernements ne valent pas l'impulsion zélée et désintéressée du public. C'est une des raisons pour lesquelles certains pays continuent de marcher en avant dans les sciences, tandis que d'autres s'efforcent de les atteindre et n'y parviennent pas, tout en faisant des progrès.