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SUR LES DIFFÉRENTS SENS DU MOT NATURE

ET PAR CONSÉQUENT DFj IVIOTS NATUREL, SURNATUREL, ETC.

Le mot nature est pris par les philosophes et les savants dans plusieurs sens.

Il y a d'abord le sens qu'on peut appeler poétique, dans lequel on fait de la nature un être puissant, une sorte de Dieu, qui a la force et la volonté de produire des effets matériels et de les produire d'une certaine manière plutôt que d'une autre. Les poètes font parler cette divinité, comme les fleuves, les arbres ou les rochers, et les hommes les plus positifs, au milieu du XIX"»« siècle, emploient le même langage. Ils personnifient souvent un ensemble de choses ou de phénomènes sous le nom de nature. En voici quelques exemples, tirés d'ouvrages de savants du premier ordre, anglais, allemands ou français.

« Nous devons considérer les variations comme le procédé que la nature a adopté pour peupler le globe de formes diverses » (Hooker fils, Flora Tasman.^ntrod. p. iv). « La nature accorde un long temps pour l'œuvre de la sélection naturelle, cependant elle ne concède pas une période indéfinie » (Darwin, sur l'origine des espèces, éd. 1869, p. 117). — « La nature s'efforce toujours de

distribuer sur des formes distinctes les propriétés accumulées d'abord dans une organisation unique » (Bûchner, conférences, trad. franç. 1869, p. 167). — « Dans les organismes élevés les centres inconscients se forment avant les centres supérieurs et président à des fonctions organiques importantes dont la nature, par prudence, suivant l'expression d'un philosophe allemand, n'a pas voulu confier le soin à la volonté » (Cl. Bernard, discours à l'Académie française, 1869).

Puisque la nature, d'après ces citations, adopte des procédés, accorde quelque chose, s'efforce, ne veut pas, et cela par prudence, il est clair qu'on l'assimile à un être doué de volonté, de force, de discernement et de prévision. C'est une divinité, mais je me hâte d'ajouter une divinité supposée, car si l'on pressait un des savants distingués dont j'ai cité les paroles, il dirait sans aucun doute : j'ai employé des expressions figurées, un langage convenu et commode, tandis que véritablement dans la science nous ne disons plus « la nature a horreur du vide, » et nous la considérons comme un ensemble de choses matérielles et de phénomènes qui se succèdent.

Laissons de côté le sens poétique du mot, auquel les savants ne tiennent guère, tout en l'employant, et cherchons dans les ouvrages scientifiques s'il y en a d'autres qu'on puisse mieux adopter.

J'en vois deux très distincts.

Le sens le plus ancien et le plus répandu consiste à appeler nature un ensemble de choses et de phénomènes dont les causes sont connues, ou au moins présumées avec un certain degré de probabilité. A ce point de vue les phénomènes rares, extraordinaires, dont les causes ne sont ni connues ni même présumées, sont en dehors de la nature. Elles sont extra-naturelles. Si l'on prouve, en outre, qu'elles

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