CHEZ LES ÊTRES ORGANISÉS
On remarque dans les êtres organisés des mouvements de plusieurs sortes.
Indépendamment de ceux que nous appelons volontaires, qui se rattachent au système nerveux, particulier aux animaux, il est aisé de voir, dans l'un et l'autre règne, des mouvements de circulation intérieure, de direction des organes, d'extension des tissus, enfin de formation de parties nouvelles et distinctes, dont quelquesunes se séparent et jouent ensuite un rôle très important.
Plusieurs de ces mouvements peuvent s'expliquer par des causes physiques ou chimiques. La science a fait de grands progrès sur ce point. Ainsi, la perméabilité des membranes et même des liquides, propriété observée dans les substances organiques et inorganiques, a rendu compte de phénomènes jadis très obscurs, par exemple de l'absorption, des sécrétions, et, en général, des transmissions de substances au travers de tissus végétaux ou animaux. La turgescence des cellules, certaines directions des tissus qui en sont l'effet, les accroissements dans les
points OÙ les matières nutritives se réunissent, et les modifications diverses de substances mises en contact, sont autant de faits qui résultent des transports et qui, à leur tour, expliquent d'autres phénomènes.
La physiologie avance tous les jours dans ce sens. Mais, quelque rapides que soient ses progrès, le phénomène de la formation des organes, qui a lieu d'une certaine manière pour chaque individu en raison de ceux qui ont précédé, sera longtemps, et peut-être toujours, une véritable énigme. On expliquera sans doute comment tel tissu augmente par l'addition de nouveaux matériaux. On parvient déjà, en employant le microscope, à voir comment plusieurs cellules dérivent d'une seule et une cellule unique du protoplasma. Bientôt peut-être on découvrira quelque substance antérieure au protoplasma. Inversement, on peut suivre les évolutions du protoplasraa, de la cellule, des agglomérations de cellules et des ramifications de tissus cellulaires, mais tout cela n'explique pas pourquoi les formations et les ramifications ressemblent à celles qui ont existé longtemps auparavant et dont il ne reste plus aucune trace. Voici, par exemple, deux particules de protoplasma, ou même si l'on veut, deux cellules, prises dans le sac embryonnaire de deux plantes phanérogames. Sous le microscope on n'aperçoit aucune différence entre les deux protoplasmas ni entre les deux cellules. L'analyse chimique n'en montre également aucune. Cependant un de ces protoplasmas, ou une de ces cellules, produira, je suppose, un trèfle, et l'autre protoplasma ou cellule, un chêne, selon les origines. Mêmes phénomènes dans l'autre règne. Ainsi l'identité apparente — dans tous les cas, une ressemblance évidente — des particules initiales, conduit à des évolutions très variées, reproduisant les formes antérieures de chaque ligne ascendante.
00b HISTOIRE DES SCIENCES.
Nous voyons donc les résultats d'un mouvement qui produit les formes, mouvement appelé avec raison plastique. Nous voyons aussi, jusqu'à un certain degré, de quelle manière il procède, physiquement ou chimiquement, mais nous ne voyons pas les causes, et nous devons penser qu'elles sont en dehors du champ de notre vision armée des plus puissants microscopes. Nous jugeons de la formation successive d'un être organisé à peu près comme avec une bonne lunette et à quelques lieues de distance nous comprenons la construction d'un édifice. Il sort de terre; il s'élève; il prend certaines formes, et nous apercevons quelques-uns des moyens par lesquels on transporte ou dispose les matériaux ; mais nous ne voyons pas pourquoi l'édifice revêt la forme grecque ou gothique, se divise d'une manière plutôt que d'une autre, prend une certaine dimension, une certaine couleur, etc. Plusieurs causes essentielles nous échappent. De même, dans toute évolution, il y a un point où nous ne pouvons plus voir ni les faits ni les causes antérieures qui les produisent.
Le mouvement plastique est celui qui caractérise le mieux les êtres organisés. On ne voit rien de semblable dans les phénomènes de la matière inorganique. Quelques exemples suffiront pour le prouver, surtout si je les choisis dans les objets ou les phénomènes qui offrent certaines ressemblances avec ceux des règnes organiques : je citerai les cristaux et les machines.
Une substance inorganique se cristallise d'une façon bien déterminée et bien constante. A la suite d'agglomérations successives, elle ressemble à un arbre qui végète, ou même, si l'on veut, à un animal articulé. Mais celte substance ne passe pas d'un état cristallin à un autre. Chacun de ses fragments, mis dans des conditions favo-
rables, ne produit pas d'abord un hexaèdre, celui-ci engendrant un tétraèdre, lequel produirait un dodécaèdre, etc., — toujours dans le même ordre d'évolution, — tel fragment de l'un de ces cristaux pouvant lui-même ensuite répéter l'évolution. Chez un être organisé, les formes nombreuses et variées se répètent indéfiniment et dans un ordre semblable. Ainsi du proloplasma formé dans un ovule de lys produit une cellule, qui engendre d'autres cellules sous une certaine forme propre à l'embryon du lys; cet embryon grandit avec addition de feuilles, fleurs, fruits, etc., dont chaque partie externe ou interne a une position déterminée; ensuite un fragment de la plante beaucoup plus simple (bulbille ou embryon), recommence une évolution de formes presque identiques, et de même à l'infini. On voit à quel degré le mouvement des formations organiques est différent de celui des cristaux.
Les machines que nous construisons ressemblent à des êtres organisés. Il y a chez elles des parties qui servent à un ensemble, comme les organes des végétaux et des animaux. Il se fait des évolutions de formes, de mouvements, et quelquefois de véritables opérations chimiques dans l'intérieur des récipients, ou par élimination de divers matériaux. Telle machine produit une substance déterminée, comme une plante produit de la fécule, ou l'abeille de la cire. Mais on n'a jamais construit une machine dont les éléments ou au moins certains éléments seraient capables de produire une machine à peu près identique, laquelle aurait des parties pouvant reproduire encore la même machine, et ainsi de suite indéfiniment. Peut-on se figurer, par exemple, une montre qui, tout en cheminant, produirait des morceaux de nature à devenir des montres nouvelles de même construction que la précédente, de même forme, ayant les mêmes ornements, les
mêmes lettres, sonnant les heures si la montre génératrice était à répétition, marquant les secondes si elle était à secondes, etc., reproduisant même quelquefois un défaut ou détail particulier d'une des montres antérieures. Aucune machine assurément ne donne, même à peu près, des résultats de cette nature.
Le mouvement plastique des êtres organisés est donc un mouvement dont les elTets sont tout particuliers, qui agit par rénovations, par phases, en suivant des formes variées et en même temps déterminées, dans chaque série d'individus.
Ceci est bien plus caractéristique de l'organisation que telle ou telle propriété chimique. On attache de l'importance quelquefois au fait qu'une membrane végétale ou animale produit tels ou tels effets sur des gaz ou des liquides, mais ce n'est pas plus singulier que les autres spécialités d'action chimique ou physique des substances inorganiques. On insiste aussi sur le fait que les chimistes ne sont pas parvenus à fabriquer une membrane. Ce n'est pas plus étonnant que l'impossibilité où ils sont encore aujourd'hui de fabriquer des diamants. Ils savent qu'un diamant est du carbone et qu'une membrane végétale est formée de telles et telles substances. Par conséquent, d'un jour à l'autre ils peuvent arriver à fabriquer un diamant ou une membrane. Ce sont des difficultés dont la solution ne paraît ni impossible ni improbable. Au contraire, la construction d'une machine douée du mouvement plastique des animaux et végétaux paraît complètement en dehors des moyens dont l'homme dispose. Il ne peut pas même tenter de faire quelque chose de semblable, parce qu'il ne connaît pas l'origine et le mode de transmission d'un mouvement de cette nature.
Je voudrais pourtant aborder les préliminaires de la
MOUVEMENTS. OOXJ
question, et cela sans hypothèses, en partant de l'observation des faits et des principes modernes de la physique. Assurément je cours le risque d'être arrêté assez vite. Ce serait cependant quelque chose de pouvoir indiquer sur quelles bases et dans quel esprit on pourrait proposer des hypothèses, dans le but de lier les faits et d'entrevoir, jusqu'à un certain point, leurs causes.
D'après les physiciens tout mouvement a ponr cause un mouvement antérieur, qui continue d'agir de la même manière ou qui se transforme. Cette loi, très générale, est basée à la fois sur le raisonnement et sur l'expérience. On peut en étudier la démonstration dans les mémoires de Jules Robert Mayer, Joule et autres physiciens.
Il s'agit d'appUquer ce principe au mouvement des êtres organisés, et en particulier au mouvement plastique, le plus distinctif de tous, dont M. J.-R. Mayer n'a pas parlé dans son ouvrage relatif à la nutrition.
Pour y parvenir, je chercherai, dans l'évolution des végétaux et des animaux, les périodes dans lesquelles on peut espérer de saisir l'origine d'un mouvement plastique, lequel doit provenir d'un autre mouvement, continué ou transformé. Les circonstances les plus favorables à l'observation doivent être celles d'une reprise de mouvement après un repos plus ou moins absolu, ou tout au moins après une absence temporaire de mouvement de formation. On doit voir si le mouvement plastique précède ou suit tel autre mouvement, et ce doit être le premier mouvement qui engendre le second, celui-ci le troisième, etc.
Je ne sais si le règne animal présente des faits de suspension de mouvement aussi nombreux et aussi clairs que ceux observés dans le règne végétal. Tout le monde a entendu parler d'animaux pris dans la glace, de sang-
sues, par exemple, qui reprennent leurs mouvements quand la glace est fondue, mais est-on bien sûr que toute circulation intérieure et toute modification chimique cessent pendant l'état de congélation? Je n'oserais l'affirmer. Les œufs, qui sont stationnaires en apparence, subissent en réalité des modifications chimiques, c'est-à-dire des mouvements moléculaires accompagnés d'un développement de l'embryon. Les mouvements pourraient, dans ce cas, avoir été transmis directement du père et de la mère au jeune individu. Le règne végétal, heureusement, offre des cas nombreux, connus et faciles à étudier, de suspensions de tout mouvement chimique, physique ou plastique. Je veux parler des graines, des spores de cryptogames et même de beaucoup de corpuscules analogues qu'on désigne sous les noms de bulbilles, bourgeons, etc. Tous ces corps, producteurs d'organes variés, se forment, sont ensuite stationnaires, et enfin se développent de nouveau. Examinons d'un peu plus près le phénomène.
Certaines cellules contenues dans le sac embryonnaire renferment du protoplasma, augmentent et se divisent. De cette manière, il se forme un embryon, contenu dans les enveloppes plus ou moins nombreuses de la graine. Cet embryon est une petite plante qui végète. Elle offre, dès cette première période, un mouvement plastique, en vertu duquel, s'il s'agit d'un Dicotylédone, par exemple, il se forme une petite tigelle, deux premières feuilles opposées et même fréquemment d'autres feuilles. Tout cela se passe pendant que la graine tient encore à la plante mère. Le mouvement plastique pourrait donc, dans cette période, être la continuation de celui de la plante génératrice. A un certain moment, la graine se sépare de la plante, et si elle tombe dans un milieu qui ne détermine
pas la germination, elle subsiste sans changement apparent pendant plusieurs mois, plusieurs années ou même plusieurs siècles. Si, au contraire, les conditions de la germination se présentent, on voit la petite plante grandir de nouveau et suivre sa longue évolution.
Ainsi, quand la graine manque absolument de l'une des trois conditions de la germination — eau, chaleur, gaz oxygène — l'arrêt de la végétation de la jeune plante est complet, et la suspension du mouvement peut se prolonger beaucoup, sans que la plante cesse pour cela de pouvoir se développer de nouveau lorsque les circonstances deviennent favorables.il suffit de tenir les graines dans un lieu sec, sous une température ordinaire, pour qu'elles se conservent bien. Stratifiées dans du sable, leur durée est encore plus grande, et sous certaines conditions, elle est, pour ainsi dire, illimitée. Je ne parle pas ici de graines tirées des anciens tombeaux de l'Égypte et qui auraient germé, parce que la germination et l'authenticité de ces prétendues graines antiques, n'ont jamais été suffisamment prouvées^ mais une conservation pendant deux ou trois mille ans n'a rien en elle-même d'improbable.
' Le seul cas dans lequel, à ma connaissance, on ait pu croire à une germination de ces graines, est celui de deux grains de blé mentionnés dans le journal allemand Flora, 1835, p. 4. Cependant l'authenticité de l'origine laisse à désirer. Les Arabes se permettent beaucoup de fraudes. Ils introduisent quelquefois des graines modernes dans de vieux cercueils de momies. Les blés dits de momie, qu'on cultive, viennent d'Égypte, mais probablement de l'Égypte moderne, du moins une origine antique n'a pas été démontrée. Outre cette cause d'erreur possible on a des motifs de croire à quelque fraude d'un employé lors du semis des graines en question. C'est du moins l'opinion de personnes bien informées. Depuis cette expérience aucune graine vraiment tirée de momies n'a germé, quoiqu'on ait fait beaucoup d'essais.
Il y c'i des exemples d'une durée aussi longue, peul-clre même plus longue qui sont bien conslalcs. Lorsqu'on ouvre des tranchées dans un sol vierge, pour des travaux do chemins de fer ou autres, il lève quelquefois, en grande abondance, des graines qui étaient enfouies depuis un temps incalculable. Un fait de ce genre a été observé récemment en Suisse, dans le canton de Neuchâtel, par M. L. Favre. Deux plantes des terrains humides, Typha minima et Myricaria gen7tamca,qu\ n'existent pas aujourd'hui dans le voisinage de la localité, sont sorties en abondance d'une couche profonde de terrain glaciaire, formant une pente sèche, au bas de laquelle un petit ruisseau a creusé son lit depuis une longue série de siècles'. Les glaciers doivent avoir disparu de cette parlie du Jura depuis quelques milliers d'années. Dans ces cas de stratification de graines, c'est l'oxygène de l'air qui paraît manquer pour déterminer la germination. Il se forme sans doute, au premier moment, un peu de gaz acide carbonique, à cause de l'air qui existe autour de chaque graine dans le terrain, mais ce gaz ne doit pas s'échapper facilement et sa présence autour de la graine fait obstacle à une continuation des phénomènes d'oxygénation. Les graines qui tombent au fond d'une eau tranquille se trouvent aussi privées d'oxygène. Malgré la pénétration du hquide dans leur tissu, elles ne germent pas. Elles se conservent, comme les bois des anciennes habitations lacustres, comme les vaisseaux submergés à une certaine profondeur, et si le hasard ramène ensuite de pareilles graines au contact de l'air, elles germent quelquefois, après un état stalionnaire dont la durée a pu être extrêmement longue. C'est ce qui est arrivé quand on a desséché la mer d'Haarlem.
» Bull de la Soc. des se. de Neuchâtel, 1870, vol. 8, p. 479.
D;uis une graine qui n'est pas en contact avec l'oxygène el qui n'est ni gonflée par l'humidité, ni travaillée de dilatations et contractions par le calorique, ni même atteinte par les ébranlements que pourrait peut-être déterminer la lumière, on ne voit pas quel mouvement peut exister. Les particules de la matière s'y trouvent dans un é!at d'équilibre stable, et l'expérience démontre que plus cet état est stable, c'est-à-dire plus le repos apparent est complet, plus la jeune plante contenue dans la graine conserve sa faculté de germer. S'il y a quelque mouvement interne, ce ne peut être que le mouvement d'une matière invisible et impondérable, c'est-à-dire d'un élher,tel qu'on le suj)pose exister dans tous les corps afin d'expliquer les phéiioniènes lumineux et électriques. Mais, à ce point de vue môme, le repos des graines en question paraît complet, car aucun phénomène de lumière, d'électricité, de chaleur ou de magnétisme ne s'aperçoit chez elles.
Que he passe-t-il pour qu'un mouvement de formation de tige, feuilles, rameaux, fleurs, fruits, etc., puisse paraître do nouveau sur la jeune plante? Il faut d'abord qu'une absorption de liquide ait lieu par les enveloppes, qui se distendent et se ramollissent, et par la surface même de l'embryon soit jeune plante ~ phénomène purement physique. Il faut aussi que l'oxygène de l'air détermine une sorte de combusiion lente des tissus — phénomène chimique. Enfin, la production de gaz carbonique et l'accès de l'eau liquide dans les cellules de la plante, conjointement avec une certaine chaleur, déterminent des courants dans le protoplasma des cellules, et, en général, des mouvements dans l'intérieur de la plante. Il n'est pas encore (lucstion de lumière : toute cette première phase de la germination se passe parfaitement bien dans un lieu obscur, eu particulier au-dessous de la surface du sol. On
voit que le mouvement plastique, c'est-à-dire de formation de nouveaux tissus et de division en organes, rient après, les mouvements purement physiques et chimiques.
En d'autres termes, le mouvement plastique n'a pas lieu s'il n'a été précédé immédiatement par d'autres mouvements physiques et chimiques, de même que la chaleur causée par le choc de deux corps solides n'existe pas, si auparavant l'un des corps ou tous les deux n'étaient en mouvement. Dans ce dernier exemple, on estime avoir la preuve qu'un mouvement mécanique peut se transformer en chaleur. Donc il faut admettre que des mouvements physiques et chimiques peuvent se transformer en mouvements plastiques. Pour une plante qui a été longtemps stationnaire, il n'est pas possible de supposer une autre origine à ce genre de mouvement.
J'ai cité la jeune plante contenue, pendant des années ou des siècles, dans une graine, mais il y a d'autres exemples de cessation de mouvement, surtout de mouvement plastique, dans le règne végétal. Pendant l'hiver nos arbres ne forment pas de nouveaux organes. Il y a, dans leur intérieur, des transmissions et des modifications de substances, sans évolution. Ici encore les mouvements physiques et chimiques de l'hiver précèdent ceux de développement, qui ont lieu quand la chaleur revient.
Chez les animaux, d'autres catégories de mouvements attirent volontiers notre attention. Il y a des mouvements mécaniques, dont l'origine, d'après plusieurs physiciens modernes\ est bien dans les actions chimiques de la nutrition. Il y a aussi tous les phénomènes qui se rattachent |ilus particulièrement au système nerveux.
' J.-R. Mayer, Mémoire sur le mouvement organique dans ses rapports avec la nutrition, publié en 1842, traduit en français en
Si l'Iiomme ne se fait pas une complète illusion, les phénomènes moraux et inlellectuels ne seraient pas sans quelque ressemblance avec des mouvements. Notre langage ordinaire implique celle idée, car nous disons un moiwement de pitié, de sympathie, d'admiration, de colère, — un bon, un mauvais mouvement, etc. Une idée nous ?raf me l'esprit, etc. Ce qui nous empêche de saisir mieux la nalui-e des phénomènes, c'est leur extrême rapidité. Depuis Platon jusqu'à nos jours, on n'a pas inventé le moindre appareil pour les ralentir, ni le plus petit microscope pour observer les phénomènes intellectuels*. Nous sommes forcés de les voir aussi mal que les anciens, tandis que pour les faits dont on s'occupe dans les sciences physiques et naturelles, on a augmenté énormément l'étendue des recherches, et on les a rendues plus précises, au moyen d'appareils spéciaux.
Quoi qu'il en soit des phénomènes qui dépendent de l'existence du système nerveux des animaux, les mouvements mécaniques suivent évidemment chez eux des mouvements physiques et chimiques de nutrition, et les mouvements plastiques paraissent aussi une conséquence des mouvements physiques et chimiques, comme chez les végétaux. On ne voit pas se développer de nouveaux organes dans un animal, en particuHer, le système nerveux, sans un travail physique et chimique antérieur. Le mouvement plastique se montre premièrement par une extension des tissus et une formation d'organes plus ou moins apparents, ensuite par la formation de germes non fécondés ou d'ovules et spermatozoaires, qui continue après la
^ Je ne 'parle pas de la transmission par les nerfs qu'on a pu étudier, mais des phénomènes qui se passent à l'origine d'une transmission, comme un acte de volonté, de mémoire, etc.
croissance générale de l'individu. S'il y a une interruplion prolongée dans les moiivemenls physiques et chimi(iues de nulrition, le mouvement plasliqne en est arrêté, et les mouvements mécaniques et intellectuels également. Si quelque mouvement mécanique, plastique ou inlellecluel est très fort, l'animal commence à souiïrir, à moins d'un mouvement physique et chimique de nutrition assez énergique pour remplacer le mouvement perdu et au besoin le continuer. Il y a donc un enchahiement de causes et d'eiîets. Dans le règne végétal, les mouvements physiques et chimiques ne produisent que des mouvements plastiques; dans le règne animal, ils se transforment en deux espèces de mouvements : plastique et du système nerveux. Ce dernier est lui-même de deux sortes : mouvement dans l'intérieur du système nerveux et mouvement mécanique. La multiplicité de ces phénomènes dans le règne animal fait qu'd est plus prudent d'étudier l'origine du mouvement plastique dans le règne végétal, où l'on voit sans peine qu'il résulte de mouvements physiques et chimiques.
La transformation de ces mouvements physitjues ou chimiques en mouvements ou plastiques ou du système nerveux, constitue ce que nous appelons ordinairement la vie. Je ne connais pas de définition de ce mol qui soit plus claire et mieux appuyée sur les faits. Du reste, c'est l'usage qui établit le sens des mots, et l'usage, dans le cas actuel, est bien réel. Par exemple, vous douiez qu'une plante soit vivante; mais si vous voyez ses bourgeons sortir, ou des bourgeons déjà foi-més grossir et s'épanouir, vous dites : elle vit. C'est bien à cause d'un mouvement apparent de formation que vous vous exprimez de cette manière. Peut-être direz-vous : ce mouvement n'est que l'indice d'une cause. C'est parfaitement exact; il n'y a pas
de mouvement sans cause, et la cause d'un mouvement doit être un mouvement antérieur. Seulement il y a transformation des mouvements. S'il n'y avait eu que des mouvements physiques ou chimiques, vous n'auriez pas employé le mot vivre. Ainsi, les chimistes prouvent que les bourgeons produisent du gaz acide carbonique, par une combinaison de leur carbone avec l'oxygène de l'air. Cette modification, qui est un mouvement chimique des molécules, se verrait également avec des feuilles desséchées, des copeaux ou de la sciure de bois, mais il n'y a pas de transformation en mouvement plastique, et alors vous ne dites pas que les feuilles sèches, les copeaux, la sciure de bois, les bourgeons sont vivants. Autre exemple. Un animal vous paraît mort. Si cependant vous le voyez remuer, sans impulsion extérieure, vous dites aussitôt : il vit. Dans ce cas, c'est un mouvement mécanique qui a succédé aux mouvements chimiques dont l'animal, en ap[)arence mort, n'était certainement pas exempt. Il y avait chez lui des substances nutritives propres à une transformation en mouvement mécanique, et la transformation ayant eu lieu vous avez constaté la vie.
Le mot de vitaliié s'applique à la possibilité de produire des transformations de mouvemerits physiques ou chimiques en d'autres mouvements, lorsque les circonstances deviennent favorables. Une graine peut conserver sa vitalité, mais pendant ce temps elle n'est pas, à proprement parler, vivante. Quelque changement pourrait survenir qui lui ôterait sa vitalité.
La force vitale, expression scientifique dont on a beaucoup abusé, me paraît une expression supertlue. En efïet, si l'on définit le mot force comme le veut l'illusti-e physicien, Jules-Robert Mayer' : « Tout ce qui peut être con-
* Mémoire déjà cite; trad. franç., p. 5. Voir aussi p. 71.
verti en mouvement, » et si l'on dit avec lui : « Aucun mouvement ne naît par lui-même, il provient d'une cause, la force, » on voit aussitôt que la cause des mouvements plastiques et mécaniques étant un mouvement physique ou chimique, la force dite vitale est simplement la force qui meut d'abord les particules de la matière pour les rapprocher, les éloigner ou les modifier chimiquement, et qui ensuite se transforme. Le mot de mouvement suffît, et il a l'avantage d'être parfaitement clair.
Ces observations sur les mots ne sont qu'une digression. Je reviens à la question essentielle du mouvement.
La transformation, chez les êtres organisés, de mouvements physiques et chimiques en mouvements plastiques et autres, étant reconnue, il n'en résulte pas qu'on comprenne mieux pourquoi le mouvement plastique procède d'une certaine manière, propre à chacune des innombrables séries de formes végétales et animales appelées races, espèces, genres, familles ou classes. Lorsqu'on veut examiner les causes de ce modus operandi, on entre nécessairement dans le domaine des hypothèses, par la raison bien évidente qu'on ne voit pas une formation avant qu'elle ait acquis une certaine dimension, perceptible sous un bon microscope. A un certain degré de petitesse de la matière — environ '/^..oo de millimètre^ — l'observateur a le choix, ou de s'arrêter, ou de s'aventurer dans des théories et des hypothèses.
J'incline assez volontiers vers le premier de ces deux partis ; cependant comme les faits montrent jusqu'à un certain point dans quel sens doivent se diriger les hypo-
^ Un homme doué de bons yeux peut voir, à la vue simple, un organe de '/* de millimètre de diamètre, et sous le microscope il voit, encore assez nettement, ce qui est mille fois plus petit.
lhèses,il n'est peat-êlre pas inutile d'ajouter encore quelques mots.
Si le mouvement plastique formait uniquement des cellules ajoutées à des cellules, on pourrait y voir une simple continuation des phénomènes physiques et chimiques. Cela ressemblerait beaucoup à une cristallisation. Mais, comme je le faisais remarquer tout à l'heure, la formation revêt des formes qui parcourent une espèce de cycle, en procédant par des répétitions successives. Ainsi, des cellules venant à se développer dans la partie supérieure d'une plante, il se trouve que les formes de leurs agglomérations ne sont pas celles de la région inférieure, mais qu'elles imiteront presque complètement ce qui existait une ou plusieurs générations auparavant dans la partie correspondante du végétal. Au point de vue chimique et physique, on comprendrait que du protoplasma contenu dans une cellule A, pût amener, par extension et transmission au travers des membranes, une formation analogue à celle de A, mais il se développe des parties analogues à d'autres, très éloignées au double point de vue du temps et de l'espace! L'étamine, par exemple, se trouve constituée extérieurement et intérieurement d'une autre manière que les feuilles, malgré certaines analogies, et l'ovule, qui se forme plus tard, ne ressemble pas non plus à la feuille, mais l'étamine et l'ovule ont une étroite ressemblance avec les organes de même nature qui avaient existé des années auparavant, sur les individus de générations antérieures. Pourquoi la transformation de mouvements physiques et chimiques semblables, comme l'absorption, la diffusion des hquides, les décompositions chimiques do certains corps en mouvements plastiques, produit-elle tantôt une forme et tantôt une autre? Véritablement, après avoir constaté l'origine de la force plas-
tique dans l'êlro orgaïiisé, il faut avouer que nous ne coïï)[)renons pas du tout sa manière d'opérer.
Je voudrais cependant poser uneiiuestion : les formes si variées, qui se reproduisent dans un ordre si régulier, peuvent-elles venir de la nature du mouvement luimême, ou de la nature des corps qui le reçoivent et le transmettent, au milieu d'obstacles plus ou moins compliqués?
Le mouvement, considéré d'une manière générale résulte d'une notion de notre esprit étroitement lié à celle de l'espace. Un homme ignorant qui n'a aucune idée de l'existence de l'air atmosphérique et de sa composition, peut considérer deux points du ciel et comprendre le transport de l'un à l'autre. Il n'a pas besoin de mesurer la dislance ou devoir passer un objet soutenu par l'air. La notion du mouvement est abstraite, tandis que lescoi ps mis en mouvement sont une réalité palpable. En outre, le mouvement, considéré en lui-même, est une chose très simple : le transport d'un point à l'autre dans l'espace. Mais la nature variée des corps nous oblige à reconnaître, en ce qui les concerne, des mouvements de diverses espèces. Ainsi nous distinguons des mouvements de translation, de rotation, de nutation, d'ondulation, etc., qui découlent des substances mises en mouvement et des corps qu'elles rencontrent.
Cela se comprend bien, si l'on emploie un genre de comparaison souvent usité dans les ouvrages de physique. On parle du jeu de billard, dans lequel une bille lancée contre une autre communique à celle-ci son mouvement. On peut suivre la com[taraison et rappeler qu'un joueur produit et transmet, de bille en bille, des mouvements d'une diversité singulière. Ce joueur ne fait pourtant que donner un coup, mais il frappe un corps sphérique, tan-
tôt sur un point, tantôt sur un autre, et le corps sphérique va frapper, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre ou des obstacles ou un second corps sphérique. Supposez les billes d'une autre forme ou de grandeurs diverses ou ayant un côté plus pesant que l'autre ou quelque autre diversité, supposez aussi des obstacles autres que les bandes rectilignes et le drap horizontal du billard, vous aurez pour la même impulsion donnée, des effets complètement différents. Du reste, les machines nous montrent des résultats excessivement variés produits par un mouvement semblable. Ainsi, la roue que fait tourner un homme, peut appeler un nombre incalculable et illimité d'autres mouvements, selon les agencements, les obstacles et les corps mis en contact, par suite des diverses impulsions qui se succèdent.
D'après ces exemples, et en réfléchissant à ce qu'est le mouvement en théorie, il convient de chercher l'explication de la manière d'opérer du mouvement plastique dans les substances variées qui constituent l'être organisé, aussi bien que dans le mouvement lui-même.
La recherche ne serait pas très difficile, si les corps organisés se composaient uniquement de substances visibles à nos yeux. Mais ce que nous voyons se compose d'agglomérations perceptibles à la vue simple ou avec un fort microscope; ces agglomérations en comprennent d'autres, et celles-ci d'autres encore, indéfiniment, qui sont pour nous invisibles et impondérables. Ces agglomérations diverses jouent sans doute un rôle dans la transmission et la transformation des mouvements. Peutêtre les plus ténues sont-elles les plus importantes dans les actions et réactions qui s'opèrent à notre insu? C'est au milieu de ces choses inconnues, inabordables avec nos moyens d'observation, qu'il faut se hasarder
quand on veut émettre des hypothèses. Elles doivent parth- dti protoplasma, premier objet actuellement perceptible au moyen du mici-oscope, et supposer des matières beaucoup plus ténues, que les mouvements physiques et chimiques mettraient en action pour diriger les courants de protoplasma d'une manière ou d'une autre. Les matières très ténues circuleraient facilement au travers des liquides et des membranes, et porteraient çà et là leurs mouvements, en raison de leur nature propre et de la nature des obstacles qu'elles rencontrent.
Telle doit être la tendance générale des hypothèses, et c'est bien en partie de cette manière que d'illustres philosophes les ont entendues à diverses époques. Les hypothèses groupées par Darwin sous le nom de pangénêse sont les plus récentes, mais comme il le remarque lui-même, elles ne diffèrent pas beaucoup de celles émises autrefois par des savants ingénieux*. Dans cet ordre d'idées rien n'est précisément nouveau, et comme il s'agit de choses invisibles, on peut s'attendre à la même uniformité de conceptions que pour les causes également inabordables des phénomènes moléculaires, en chimie ou en physique, et des phénomènes du système nerveux chez les animaux. On ne voit pas ce qui fait passer les courants de formation des tissus d'une manière plutôt que d'une autre, mais on ne voit pas davantage comment les parties constituantes d'un corps se combinent, comment elles passent de l'état solide à l'état liquide ou vice versa, ni comment une volonté se détermine dans notre tête. Là où l'observation directe et l'expérience ne peuvent rien, l'imagination n'a pas autant de ressources qu'on le suppose.
* Darwin, De la variation des animaux et des plantes, trad. franç. 2, p. 399.
et d'ailleurs des créations purement fantastiques, qui seraient complètement éloignées de la base des faits, n'ont aucune valeur dans la science.
Je disais tout à l'heure que les hypothèses connues répondent en parlie aux bases essentielles fondées sur les faits. Leur défaut est de laisser de côté les obstacles que les mouvements de corpuscules extrêmement petits doivent nécessairement rencontrer. Il n'y a point d'appareil ou de machine où le mouvement ne soit arrêté, dévié ou transformé par des obstacles. C'est même la cause de la grande variété des effets. S'il y a dans les êtres organisés des mouvements de corpuscules impondérables — el ceci est dans toutes les hypothèses — il faut rapprocher les végétaux et les animaux des appareils d'optique et d'électricité, dans lesquels un éther supposé se meut et produit une multitude d'effets. Or, les mouvements de l'éther rencontrent des corps opaques ou transparents, s'il s'agit de lumière, et des corps conducteurs ou non conducteurs, s'il s'agit d'électricité. La nature et la disposition de ces obstacles a une immense importance, et pourtant il suffit d'une légère différence physique ou chimique pour qu'un corps soit transparent ou opaque, conducteur ou non conducteur d'électricité. Les gemmules supposées, dans la pangénèse de Darwin, devraient être considérées comme rencontrant des obstacles, tantôt dans un liquide et tantôt dans un solide, au travers de chaque forme des êtres organisés. Malgré la perméabilité des corps, cela doit exister. Que les obstacles soient plus petits que nous ne pouvons les voir, ou qu'ils soient simplement le protoplasma et les membranes subséquentes, il faut en admettre, et par conséquent il faudrait, dans une bonne hypothèse, supposer tel ou tel genre d'obstacles. Sans la double base du mouvement et des obstacles, les hypolhè-
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SOS, quelque spécieuses qu'elles soient, sont improbables. Un jour on en tiendra compte, mais le moment de se passionner sur ce genre d'hypothèses n'est pas encore venu. Il viendra certainement.
Eu eiïet, il y a des époques où les hypothèses sur révolution des êtres organisés doivent reprendre avec ardeur. C'est lorsqu'on a é{)uisé, jusqu'à un certain degré, l'étude des phénomènes visibles el palpables avec les moyens dont on dispose.
Nous approchons d'une de ces époques, tandis que nos prédécesseurs, il y a trente ou quarante ans, en étaient extrêmement éloignés. Deux circonstances avaient dû les rendre essentiellement positifs. Après les grandes guerres du commencement du siècle, les voyages nombreux et lointains de naturalistes habiles augmentèrent subitement les collections. Il fallut nécessairement décrire, nommer, classer une inflnité d'animaux et de végétaux qui arrivaient de toutes les parties de la terre, La science fut comme submergée, et rien qu'à étudier les formes les plus apparentes il y eut de quoi fatiguer toute une génération. Elle avançait dans ce travail, quand on inventa de meilleurs microscopes et des moyens perfectionnés pour s'en servir. Le champ des objets k étudier fut agrandi dans ce sens, comme dans l'autre, et devint l'occupation favorite d'une moitié à peu près des naturalistes. Depuis cinquante ans les travaux de description de formes externes et internes s'accumulent, mais on ne découvre plus guère de nouvelles faunes ou de nouvelles flores, et les perfectionnements dans les moyens d'observation microscopique deviennent plus difficiles. On connaîtra bientôt la totalité des formes et leur évolution jusqu'au grossissement de douze cents fois, mieux qu'on ne connaissait dans le siècle dernier un nombre beaucoup plus limité de
formes et de développements organiques. Alors, les naturalistes se sentiront à la fois plus libres et plus éclairés sur les faits. La conséquence en sera qu'ils voudront de nouveau s'élancer hors de l'espace dans lequel nous sommes enfermés. Connaissant mieux les phénomènes visibles et palpables, ils penseront davantage aux autres. Plus ils auront appris, mieux ils comprendront qu'une immensité d'autres phénomènes est au delà. Dans cet inconnu insaisissable, qui nous entoure, ils ne pourront ordinairement que hasarder des hypothèses, et ils le feront jusqu'à ce qu'ils en soient rassasiés ou que des procédés nouveaux d'observation leur aient donné quelque nouvelle tâche positive à remplir.
POST-SGRIPTUM
Les recherches sur l'hérédité de la couleur des yeux, annoncées ci-dessus, pages 81 el 82, viennent de paraître dans le cahier d'août 1884 des Arclims des sciences physiques et naturelles, de Genève.
Je citerai les principaux résultats, en renvoyant au journal pour les preuves numériques.
La couleur des yeux présente deux catégories principales : yeux bruns et yeux gris, gris bleus ou gris.
Dans la population mélangée de la Suisse romande, les yeux bruns sont plus fréquents, d'environ 5 "/o* chez les femmes que chez les hommes.
En Suisse, en Belgique, en Allemagne el en Suède, où près de deux mille observations ont été faites, par moi
O'" P08T-8CRIPTUM.
et de nombreux collaborateurs, les yeux bruns se propagent plus souvent que les yeux d'une autre couleur dans les unions de parents bicolores, surtout lorsque les mères ont des yeux bruns et les pères des yeux gris, gris bleus ou bleus.
Les enfants ressemblent plus souvent, mais dans une faible proportion, à leurs mères qu'à leurs pères, en ce qui concerne la couleur des yeux. C'est aussi vrai des fils que des filles.
Les enfants nés de parents concolores ont, en grande majorité (au moins 4 sur 5), la couleur des yeux de leurs parents; quelquefois une autre couleur, et alors, si l'on peut remonter plus haut, on trouve que ce sont des ressemblances à des grands-pères ou grand'mères. Les cas d'un atavisme plus éloigné doivent être extrêmement rares.
Les unions bicolores paraissent, en général, plus nombreuses que la proportion des yeux des deux couleurs dans le pays ne le ferait présumer. Les personnes à yeux bruns se marient en plus forte proportion que les autres. Celles à yeux bleus, gris bleus ou gris s'unissent à des personnes à yeux bruns, plus volontiers, qu'à celles de leur couleur.
Ainsi, par la fréquence des unions de concolores bruns et des unions bicolores et par la transmission plus forte des yeux bruns, le type brun augmente de génération en génération dans les pays où les deux types, brun et blond, se trouvent mélangés, à moins de causes locales contraires.
TABLE ANALYTIQUE
Abbot, 151.
Abich, 258.
Académie des Inscriptions, 501, 506,
Académie des Lincei, 490 à 492, 512 à
Académie des sciences de Paris, 211,