‹ Histoire des sciences mathématiques en ItalieChapitre 7 sur 29 · LV · texte numérisé non relu

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(180%) de ne pas croire que Fracastor avait déja eu la même idée (1). Porta, qui était si enclin à don-. ner de limportance à ses travaux, n'aurait pas manqué de faire ressortir cette admirable découverte s’ilavait effectivement inventé le télescope.

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À la vérité, dans une espèce de manifeste.

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publié en 1611, on semble avoir voulu réclamer « en faveur du savant Napolitain la priorité des

cette invention, mais l'ouvrage qu'on avait an-

noncé à ce sujet n’a jamais vu le jour (2), et.

ÿ composé de verres concaves et de verres convexes , et quin pouvait être employé tour-à-tour par les myopes et les presbytes. Montucla, qui discute les droits que pourrait avoir Porta à l'invention du télescope, pense avec la Hire

que l’instrument décrit par le physicien napolitain n’était « qu’une combinaison deerres concave et convexe, par la-m « quelle on éloigne ou rapproche leur foyer commun, de ma-w « nière à faire apercevoir les objets distinctement à diffé- ï « rentes distances et à différentes vues. » (Wontucla, hist. des math.,1om. I, p. 699). d (x) Cette remarque appartient à Tiraboschi, et elle est forts À judicieuse (Tiraboschi, storia della lett. ital., vol. XI, p. 467). É (2) On trouvera à la fin du volume ce manifeste que j'ais déjà cité : c’est une pièce extrêmement rare et dont aucun biographe de Porta, ne paraît avoir eu connaissance : voicis le passage relatif au télescope; c’est Zanetti, FAP AAUEISS romain, qui parle:

« Ab amicis eiusdem doctissimi Portæ monitus, et illud» « subjicio habere ipsum præ manibus, de Lincæo tlésc Gp

( 131 ) il est fâcheux pour Porta qu'il n'ait songé à faire cette réclamation qu'après la publication des observations de Galilée, et lorsque tout le monde connaissait les télescopes que ce grand astronome venait de construire.

Nous ne pousserons pas plus loin cette ana-

« opusculum. Quod præclarum hoc perspicillum, iam « pridem ante triginta annos, ab ipso inventum in prænu- « meratis operibus, non uno in loco pateat, indeq. ab eo « plurimi uberiorem eius doctrinam efflagitaverint. Vale. « Romæ Kal. Septembris MDCXIT. »

D’après ces motszam pridem ante triginta annos, il est évident que l’on veut faire allusion ici aux passages que nous venons de citer, etquise trouvent dans l’édition de 1589 dela Mage naturelle;mais nous venons de voir combien ces passages ont peu de valeur, et d’ailleurs comment se fait-il que Porta n'ait pas parlé du télescope dans son traité de Refractionc optices , publié à Naples, en 1593, in-4, et où un livre entier, le vin, est consacré aux Specillis? Enfin il ne faut pas oublier non plus que l’ouvrage annoncé dans le manifeste de Zanetti n’a jamais vu le jour. Venturi a réuni plusieurs extraits des lettres de Porta, d’où il résulte que le physicien napolitain a effectivement voulu revendiquer l'invention du télescope que Kepler, il faut l’av ouer, lui attribuait; mais qu’il a éprouvé la plus grande difficulté à composer l’ouyrage sur le télescope annoncé par Zanetti, et qu'il semblait même ignorer la théorie de cet instrument (Venturi, memorie di Galileo, Modena, 1818, 2 vol, in-4, part. [°, p. 82-86, et 103).

Voyez la note VIT à la fin du volume.

lyse, déjà fort longue. Ta Magie naturelle à joui au seizième siècle d’une telle réputation qu'il était nécessaire d’en faire connaitre les parties principales, pour que l’on püt comprendre au moins quelles étaient les causes du succes de ce ivre. Nous le répétons, c’est surtout la partie merveilleuse, c’est le titre de magie qui alors en a fait la fortune. De nos jours on l'a trop vanté, et l’on n’a pas craint d’attribuer à l’auteur toutes les observations qu'il y a consignées, bien que Porta ait déclaré plusieurs fois que son œuvre était surtout une compilation, et qu'il n'avait rien négligé pour s'emparer, méme par adresse , des inventions des autres.

Les différens livres de la Magie naturelle furent successivement augmentés par Porta, et de-

vinrent plus tard autant d'ouvrages séparés (1).

(x) Les ouvrages de Porta ont été si souvent réièmprimés, qu'il serait très dificile d’en donner une bibliographie complète. Je me bornerai donc, lorsqu'il ne s’agira pas de discuter quelque question de priorité, à citer les éditions que je possède. On trouvera de plus amples détails dans la Notice historique sur Porta , que j'ai déjà citée, mais dont cependant il ne faut adopter les assertions qu'après les avoir vérifiées. Dans l’article Porta de la Biographie universelle, on se plaint des inexactitudes que contient cette Notice; malheureusement cet article lui-mème n’est pas exempt d’erreurs.

C5.) C’est ainsi qu'ont été formés le Traité des Chiffres , la Phytognomonique ; la Réfraction optique, les Pneumatiques , le Traité de la Distillation , et d’autres ouvrages du même auteur, qui tous contiennent des faits intéressans , mais dont nous ne saurions donner ici l’analyse, attendu qu’à l'exception d’un petit nombre de points importans, ils ne renferment que ce qui se trouve dans la Magie naturelle, avec des développemens, qui ne sont pas toujours utiles. Un passage qui a été souvent cité, et qui , dans ces derniers temps, a donné lieu à des discussions, c’est celui où Porta, dans la traduction italienne des Pneumatiques (1), parle des moyens à employer pour connaître ex combien

d'air se transforme une quantité donnée d’eau.

(1) Get ouvrage parut d’abord en latin sous le titre de Jo. Bapt. Porta, Neapolitant, pneumaticorum Libre TIT, quibus accesserunt curvilèneorum clementorum Libri duo, Neapoli, 1601, in-4°; mais le passage relatif à la trans/ormation de l'eau en air ne s’y trouvait pas alors. Il fut introduit dans la traduction italienne publiée cinq ans plus tard, par Escrivano, avec des additions de lauteur (Consultez Porta, spiritak, Napoli, 1606, in-#°, p. 4 et 75).

Voyez la note V à Ja fiu du volume.

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(154) Cet air n’est autre chose que la vapeur, et l’on ne peut se refuser à voir ici une des premières applications faites par les modernes de ce puissant moteur. Au même endroit , Porta traite de la raréfaction de l'air par la chaleur, et applique à un instrument, qui est une espèce de thermomètre. Mais d’abord l'auteur ne parle nullement d'employer cet instrument à la mesure de la chaleur, et d’ailleurs on verra plus loin que, longtemps avant la publication de ce livre, Galilée avait découvert le thermomètre, et il faut toujours se rappeler, quand ïl s’agit de juger une question de priorité relativement à Porta, qu'il a déclaré plusieurs fois n’avoir jamais épargné aucun soin pour connaitre Îles découvertes et les secrets des autres (1). Dans le Traité de la Réfraction, il y a quelques observations sur les couleurs accidentelles et sur des illusions optiques, et des expériences

faites avec le prisme, ainsi que par d’autres

* (1) On peut ajouter que la description de cette espèce de thermomètre n’a paru que dans la traduction italienne, et manque dans le traité latin de Pneumaticis (Voyez Porta, spirilali, p. 96. — Porta de acris transmrrtationibus, Romæ, 1614,in-4°, p. 28).

( 285 ) r2 moyens, sur la composition et la décomposition de la lumière (1). Le traité des Transmutations de l Air est une météorologie aussi complète qu'il était possible de la former alors par de simples observations sans aucun instrument de mesure (2). Malheureusement Porta n’a fait, en général, qu'extraire ces observations d'ouvrages plus anciens; il faut cependant mentionner spécialement ce qu'il dit sur les marées (3), dont il s'était occupé à Venise : ce

(r) Porta, de refractione optices, p. 196-199, 222, etc.

(2) On doit remarquer une table synoptique des transmutations de l’air,- placée après le proœmium ,.et qui bieu qu'elle renferme des erreurs, décèle dans l’auteur une faculie éminente de classification (Porta, de acris transmutationtibus synopsis).

(3) Je crois utile de reproduire ici en entier les observations de Porta à ce sujet : |

« Aniiquitus non de maris æslu cognitum erat num ex « Indicis navigationibus quamplurima experta sunt, aliqua «ex noctia experientia addidimus. Tempore quo Venetiis « commorabamus, videbamus quotidie lunam cum aquis « maximum commercium habere, in plenilunio, commo- « veri, et turbari maria in senis quibusve horis accretis , et « repressus semper pridie ante coniunclionem, et oppositio- « nem, ac binis diebus postæ. Lunam maxime et velocissimè « aquam congregare, in quadraturis parcè et tardissimè. Ter- « tia a coniunctione die aquæ paulatim deficere incipiebant, «el velocilatem deperdere, et id quinque diebus , nam sep-

sont probablement les plus anciennes observa-

tions de ce genre qui soient arrivées Jusqu'à nous.

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« timo die ad primum quadrantem pervenitur, tum enim

«paucæ et tardæ sunt ut vix primarum medietatem.

« æquent, eodemque modo octavo et nono die feruntur, ut

« quasi stare videantur. Nec discrimen inter eas observari ,

« possibile est. A decimo die augeri incipiunt, et id usque ad

« oppositionem. Pridie augescunt aquæ velociterque acce-»

« dunt , et biduo post, ut inter eas discrimen non appareat. « À decimo octavo demum velocitatem etquantitatem amittere « incipiunt , usque ad vigesimum primum diem lunæ, quæ « erit post secundam quadraturam, et similis est primæ, et id « usque ad viginti quatuor. Mox vigorari incipiunt, velocio- « risque fieri usque ad ultimum lunæ diem eundem postæ « ordinem sequuntur, animaduertendo semper græcum ver- « sus augeri fluxum senis horis, post senis horis, Siloco re- « fluxus. Animaduertendo id in Hispanico mari succedere « scribimus, sed ut particulatim rem agamus. In Pleniluni; « die , erit Luna cum Sole in Græco , et tum turgidiora sunt « maria, senis deinde transactis horis etiam cum Sole erit in « Siloco, et tum aquo decrescit, post senis deinde horis «etiam cum Sole in Gakbrino , et excudat iterum aqua, post « senas iterum horas aut in Magistro reversio, eodemque ho- « rarum spatio redibit in Græcum, et complebitur viginti « quatuor horarum periodis, et aquæ tum ad summum intu- « mescunt, et si Luna cum Sole simul continuo inciderent,

« esset semper idem aquarum procursus et recursus. Sed no-

« bilissium sydus proprio motu in die gradu uno fertur. « Luna undecimo , ob id post coniunctionem, Luna Orien- « tem versus a Sole duodecim gradibus elongetur , etex hoc « post coniunclionem secundo die serius ad Græcum perve- « nit, quatuor horarum quintis : nam si 15 gradus unam con-

(137) Dans ses recherches géométriques, Porta n'a

pas eu beaucoup de succès. Ses Ælémens des courbes, publiés d'abord en 1601 ,en deux

livres , à la suite des Pneumatiques , et réim-

0 go a nt qe gg dm mm maté ste tete ah nt ho mat tm

« stituunt horam duodecim 4/5, Hoc memoravimus ut scia- « mus quotidie aquos 4/5 horæ tardius exundare. Exempli « gratia : si hodie in meridie aquæ excrescunt , secundo die « quatuor horarum quintas tardius crescere hoc modo. Sit « Luna in Græco primo Novilunij die, tertiam post nortis « horam, et 4/5. Secundo die quarta hora, et 3/5, nam si 4/5 « addideris tribus horis et 4/5, resultabunt quatuor horas, et « 3/5. Tertia die horas quinque et 2/4. Quarta die sex horas « et 1/5. Quinta die septem horas, Sexta septem horas, et 4/5. « Septima hocto horas, et 3/4. Octava, horas novem, et 2/5. « Nona, decem horas, et 1/5. Decima , undecim horas, 2/5. « Undecima , undecim horas,4/5. Duodecima, duodecim ho- « ras, 3/5. Terliadecima, sexdecim horas, 2/5. Quartadecima, « quatuordecim horas, 1/5. Quintadecima, quindecim ho- « ras. Decima sexta, horas quindecimi, et 4/5. Decima septima « die, sexdecim horas, 3/5. Decima octava, decem et septem « horas, et 2/5. Decima nona die, decem et octo horas, 1/5. « Vigesima die, decem novem horas. Vigesima prima die, « horas decemnovem, et 4/5. Vigesima secunda die, viginti « horas , 4/5. Vigesima tertia die, horas viginti una , 3/5. Vi- « gesima quarta die, viginti tres horas. Vigesima sexta die, « viginti tres horas, et 4/5. Vigesima septima die, horas vi- «ginti quatuor, 3/5. Vigesima octava die, horam unam, 2/5. « Vigesima nona die duos horas, 1/5. Trigesima die, tres « horas. » (Porta, de acris transmutationtbus, p- 148).

J’ai reproduit exactement le texte où il y a quelques fautes d'impression faciles à corriger.

primés, comme nous l'avons déjà dit , neuf ans |

plus tard en trois livres , contiennent un essai |

sur la quadrature du cercle, et montrent que.

l'auteur n'avait pas le génie des mathématiques; car, outre les erreurs, il y a beaucoup de choses insignifiantes dans cet ouvrage. Porta avait composé aussi un traité des nombres qui n'a pas êté

imprimé. Sa Catoptrique , sa Taumatologie et

son Æbrégé de toutes les sciences , sont restés »

également inédits ,'ainsi qu’un grand nombre de pièces de théâtre, et un traité sur l’art dramatique dont nous n'avons que le titre. À en juger par celles que nous connaissons , ces comédies sont peut-être plus à regretter que les écrits scientifiques qui n’ont jamais été publiés. (3) La grande réputation de Porta, qu’on a voulu à une certaine époque opposer à Galilée, et auquel on a tenté même d'attribuer quelques-unes

des inventions du grand philosophe toscan, nous

a porté nécessairement à examiner avec dé-

(1) Nous avons tiré le titre de ces divers ouvrages que

Porta a laissés inédits, du manifeste de Zanetti dont il a étés 3 à

pen n déjà question.

Voyez la note VITE à la fin du volume.

tail ses travaux, pour pouvoir montrer ensuite combien ces deux esprits étaient différens.

Porta fut sans doute un homime éminent, mais au lieu de s'appliquer comme Galilée à renouveler la philosophie et à donner aux sciences une base nouvelle, l'expérience et le calcul, le savant napolitain marcha à la suite de son siècle, il en adopta toutes les superstitions, |toutes les erreurs, et ne dut qu’à la curiosité insatiable qui le dévorait d’avoir pu, au milieu d’un nombre prodigieux de faits rassemblés sans critique et sans discernement, laisser quelques bonnes observations, quelques inventions ingénieuses qui peut-être ne lui appartiennent pas. Porta fut, comme Cardan, un esprit aventureux dans les sciences, mais il ne sut pas le surpasser en physique, et il lui fut bien inférieur en mathématiques. Sous aucun rapport il ne peut être comparé au grand astro-

nome qui découvrit les satellites de Jupiter. Les persécutions qu'éprouva Porta sont peu de chose en comparaison de celles qu’eurent à

souffrir plusieurs de ses contemporains (1). La ré-

tn

(1) On à déjà vu plus haut que Porta dut aller à Rome

(140) forme, qui ne put jamais s’introduire publiquement en Italie, s'empara facilement de quelques

oo

pour rendre compte de ses opinions. Cela le rendit circonspect, et on s’en aperçoit dans la préface de sa Magie naturelle. On lui avait appliqué l’épithète de Magum veneficum; cette qualification, dont on ne ferait que rire aujourd'hui, était alors une terrible calomnie. Aussi Porta la repoussa-t-il avec vigueur. Voici comment, dans la préface déjà citée, il répond à un écrivain français, qu'il ne nomme pas, et auquel il reproche d’être un de ces huguenots qui ont manqué de périr le jour de la Saint-Barthélemi, et qui par conséqueñt n’ont pas le droit de l’accuser : « Gallus « quidam in suo libro de œnomania me magum venefi- «cum putat, librumque hunc meum olim excussum igne « dignum putat, quod scripserim lamiarum unguentum, « quod ego ad detestendans dæmonum, strigoniæ fraudes at- « tuleram, ut quæ natura ipsa eveniunt, in superstitionibus « abuterentur, quod ex satis laudatorum Theologorum li- « bris excerpseram. In hoc quid peccavi, cur venefici nomen « merui ? Sed quum multos nobiles, et literatos viros Gallos, « qui maximo honore me convenire dignantur, percontarer, « quisnam homo sit iste? Responderunt hæreticum esse, « quique in festo Divi Bartholomæi, qua die cunctis eius- « modi impijs hominibus cædis iudicebantur, è specula præ- « ceps periculum evasit. Égo autem Deum opt. max. rogabo « (ut virum nobilem , et christianum decet) ad catholicam « Romanam fidem conversus, ne sit ipse vivus igni dam- « mandus. »

Plus tard, il renonçca mème à l’astrologie judiciaire, par suite des censures ecclésiastiques (Voyez le proæmium de l'ouvrage intitulé : Porta cœlestis physiognomonia. Neapoli,. 1603, in-{). |

intelligences privilégiées dans'une terre qui avait produit Arnaud de Brescia et Savonarole, D'ailleurs, dès que l’église se sentit menacée par l'esprit du protestantisme, elle interdit tout examen, soit qu'il portät sur Aristote ou sur le dogme; d’où il résulta que les novateurs en philosophie furent si souvent conduits à l’hétérodoxie, et que par suite ils se virent si souventexposés aux rigueurs de l’'inquisition. Nous laissons à d’autres le soin de parler des Vergerio, des Soccini, des Occhino, des Diodati, qui aidèrent tant à la réforme, des Carnesecchi et des autres victimes de leur sympathie pour les protestans : nous ne nous occuperons que de trois philosophes, ! Giordano Bruno, Dominis et Campanella, qui cultivérent les sciences avec succes, et qui expierent si cruellement l'indépendance de leurs

| opinions.

Giordano Bruno naquit à Nole,dans le royaume

| de Naples, vers le milieu du seizième siècle (r).

| (x) La vie de Giordano Bruno a été écrite par un grand 1 nombre d’auteurs qui ne sont pas toujours d’accord entre 1 eux. Les plus utiles à consulter sont : Tiraboschi, storia della | dett. ital., vol. XI, p. 435 et suiv. — Nicéron, Memoires des hommes illustres. Paris, 1729-1745, 43 vol. in-15, tom. XVIT, p. 201 et suiv. — Bruckeri, historia philosophie.

Après avoir étudié les sciences avec succes, il se fit

dominicain ; mais bientôt il quitta l'Italie et se re- |

tira à Genève, où il embrassa le calvinisme.

Des discussions théologiques le firent expulser. de cette ville : il vint alors en France, et ses opi-

nions religieuses ne lui permettant pas d'obtenir.

une chaire, ilse fit professeur extraordinaire de | philosophie à Paris (1), où il eut beaucour de | succès (2). Mais, par suite de ses attaques contre | Aristote , il se vit forcé de se réfugier en Angleterre (3), où il publia le Spaccio della bestia

Lipsiæ, 1766, 6 vol. in-4o, tom. IV, parL. 2°, p. 12 et seq

— Mazuchelli, scrittori d'Italia, tom. ÎT, part. IV, p. 2187. et suiv. .

(1) Bruno était à Paris en 1582. Cette date, qui a été contestée par quelques écrivains, se trouve confirmée par V’édition du ZTraite de Umbris idearum, qu’il publia à Paris en 1582, ainsi que sa comédie intitulée Z{ Candelajo.

(2) Les opinions de G. Bruno furent soutenues publiquement dans l’université par Hennequin (Bulær hist. universit. parisiensis. Paris., 1665, 6 vol. in-fol., tom. VI, p. 786-787). |

(3) La date de son voyage en Angleterre est douteuse : j’adopte ici l’opinion de Tiraboschi, qui me paraît la plus pro bable(Tiraboschi, storia della lett. atal,, vol. XI1,p.438-439), etqui d’ailleurs est confirmée par un passage de la Cena delle cenert, publiée en 1284,où Bruno parle de Londres , d’'Elisa= beih , des seigneurs de la cour, et particulièrement de Phi=

trionfante, livre très hardi, où, sous prétexte d'attaquer le paganisme, l’auteur sape les fondemens de toutes les religions (1). En 1586, Bruno se rendit en Allemagne , où il résida successivement à Wittenberg, à Prague, à Helmstadt et dans d’autres villes (2). Plus tard, le désir de revoir Ftalie le conduisit à Venise, * où il fut arrêté par l’inquisition et transféré à Rome. Après avoir langui deux ans dans un cachot, il fut condamné au feu. La cruelle sentence fut exécutée (3) le 17 février 1600. Avant de monter sur le bûcher, Bruno adressa ces paroles à ses juges : « Cette sentence vous fait peut- « étre plus de peur qu'a moi-méme.» (4)

Dans le cours d’une vie si orageuse et si

lippe Sidney, dont il dit ora che siamo nella sua patria (Bruno , opere. Lipsia, 2 vol. in-8, 1830, tom. I, p. 145).

(x) Le Spaccio deila bestia trionfante parut en 1584 avec la date de Paris , mais on croit généralement que ce livre, presque introuvable, fut imprimé à Londres. Les ouvrages de Giordano Bruno sont tous rares : ceux qu’il écrivit en italien sont les plus difficiles à rencontrer. En les réunissant récemment sous le titre d’Opere di Giordano Bruno, M. Wa-

gner a rendu service aux érudits.

(2) Tiraboschi storta della lett. ital., vol. XI, p. 437-438. — Bruno, opere, tom. I, p. XXVII-XXX,

(3) Tiraboschi, storia della lett. ital., tom. XI, p. 430.

(4) Voyez la note IX à la fin du volume.

(144) cruellement tronquée, Bruno composa un tres grand nombre d'ouvrages sur les sujets les plus divers : il écrivit des comédies, des satires, des poèmes philosophiques, des traités sur : la cabale. Son talént était'aussi peu régulier » que sa vie, et il ne faut pas le juger avec une sévérité géométrique. Mais malgré sa fougue.

et ses écarts, on est forcé de reconnaître en lui un esprit supérieur; jamais peut-être il n’a paru contre la cour de Rome une satire aussi, mordante queson Spaccio della bestia trionfante. Dans son Candelajo , il s’est montré l’émule des. meilleurs auteurs dramatiques de son temps.

Comme philosophe, il a songé aux tourbillons avant Descartes, et à l’optimisme avant Leibnitz. Il eut le mérite d’embrasser de bonne heure le système de Copernic et d’en déduire des conséquences importantes (1); mais dans ses écrits les

idées les plus étranges (2) sont tellement mélées

(x) Voyez à ce sujet l’analyse qu’a donnée Brucker des ouvrages de G. Bruno (Bruckeri, hist. philosophiæ, tom. IV, « part. 2°, p. 31 et seq.), le Dictionnatre de Bayle à l’article « Brunus (Giordanus), et les Acta eruditorum Lipsiensium, juin 1682, p. 187.

Voyez la note X à la fin du volume.

(2) Kepler le cite à propos du système de Copernic et de la |

aux vérités les plus élevées, que peu de lecteurs ont le courage de pénétrer au fond de sa philosophie et d’y chercher le centre de gravité des astres, les orbites des comètes et le défaut de sphéricité de la terre (1). Cependant il ne faut pas oublier qu’un tel défaut d'ordre et de logique , qu'une telle confusion de l’erreur et de : la vérité, se retrouvent chez les esprits les plus éminens de cette époque. Malgré des imperfections qui lui sont communes avec tant d’autres philosophes , on doit reconnaître en Bruno-un des hommes les plus remarquables de son siècle.

Le talent, les aventures et les malheurs de Giordano Bruno semblent s'être reproduits dans

Marc-Antoine de Dominis, qui lui survécut à

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pluralité des mondes (Kepleri Dissertatio cum Nuncio Sydereo, etc. Pragæ, 1610, in-4, p. 2-5), Bruno semble avoir embrassé à priori le système de Copernic par une espèce d’intuition, car il n’était rien moins que mathématicien : ses ouvrages renferment les erreurs les pius singulières en géométrie. Lisez par exemple ce qu’il dit dans la Cena delle Ceneri, sur la manière dont un corps lumineux éclaire les autres corps (Bruno, opere , lom. Ï, p. 159). (1) Voyez la note X,à la fin du volume.

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