‹ Histoire des sciences mathématiques en ItalieChapitre 6 sur 29 · LV · texte numérisé non relu

LV

Ci.)

lustre société. Pendant plus de cinquante ans Porta ne cessa de produire des ouvrages sur toutes les parties des sciences ; son activité était infatigable : plusieurs écrits scientifiques et diverses comédies furent publiées par lui lorsqu'il était déjà septuagénaire (1). Quand Porta mourut à Naples (2), en 1615, ses ouvrages avaient été traduits dans presque toutes les langues de l'Europe et même en arabe (3); mais on doit avouer que ses observations ingénieuses ou ses découvertes ne lui avaient pas valu seules cette réputation si éten-

due : c'était surtout la partie surnaturelle, la | magie, que l’on cherchait dans ses écrits; aussi, lorsqu’après sa mort la philesophie eut pris une autre direction et que les physiciens eurent, préféré l'exactitude et la vérité au merveilleux, la réputation de Porta diminua rapide: | ment, et ce n’est que dans ces derniers temps que

l’on s'est occupé de rechercher dans ses écrits ce.

(x) Notice historique sur la vie de Porta, p. 381-382.

(2) Imperialis musœum hist. el phys., p.124.

{3) Dans la préface de l'édition de 1589, de la Magie natu- Al relle, Porta dit que la première édition en quatrelivres avait. été traduite en italien, en français, en espagnol ; en arabe à

(115 ) qu'ils contiennent d'utile et d’important. Cependant on doit y procéder avecune grande circonspection, et il sera toujours difficile de discerner ce qui lui appartient exclusivement. En effet , il déclare lui-même qu'il était d’une curiosité insatiable, et que, dans ses voyages, il ne cessait d'interroger tout le monde, les savans comme les ouvriers, pour s’instruire et pour apprendre des secrets (1). D'ailleurs Porta possédait une immense érudition ; il connaissait tous les ouvrages qui se publiaient dans toutes les langues de l'Europe, avait des correspondans partout, recueillait tout, et cependant il ne citait presque jamais les sources, excepté quandil s'agissait des

anciens. Si nons ajoutons à cela la multiplicité des

(1) « Toto enim animo, totisque viribus maiorum nostro- «rum monumenta pervolvi, et si qui arcani, si quid re- « conditi scripsissent, defloravi; dein quum Italiam, Gal- « liam , et Hispaniam peragrassem , bibliothecas , et doctis- « simos quosque adij, artifices etiam conveni, ut si quid « novi, curiosique nacti essent, ediscerem quæ longo usu « verissima, et utilissima comprobassent, agnoscerem. Urbes « et viros, quos videre non contigit, crebris epistolis sollici- « tavi, ut reconditorum librorum exemplaria, vel si quid - « haberent novi, communicarent, non prætermissis pre- « cibus, muneribus, commutationibus, arle , etindustria, » (Porta, Magia naturalis, præfat. ad lect, édit. de 1589),

éditions de ses ouvrages {qu'il a successivement enrichies de nouvelles observations à des époques différentes, et dont on doit toujours déterminer la date avec soin pour décider les questions de priorité), et l'obscurité qu'il a répandue dans plusieurs de ses écrits, on verra combien il est difficile de déterminer exactement ce qu’il faut attribuer à Porta, sans le charger d’une gloire qui ne lui appartient pas.

Le premier des ouvrages de Porta est la Magie naturelle, qu'il composa en quatre livres dans ‘sa jennesse , et qu'il ne cessa d'augmenter pendant trente-cinq ans pour le faire paraître de nouveau en vingt livres en 1589. De tous les écrits de Porta, ce fut celui qui eut le plus de succès ; dès sa première apparition, on le traduisit en plusieurs langues, et l'empressement du public fut tel, ce livre fut lu avec tant d’avidité, il passa par tant de mains, que cet usage conti: nuel a détruit les premieres éditions, et que Jon n'en connaît plus que des réimpressions.

On a de la peine à comprendre aujourd'hui ce. genre de destruction d’un livre, et surtout d’un livre sur la Magie naturelle, mais tous ceux qui se sont occupés de bibliographie savent que

presque tons les ouvrages sur les sciences oc-

Gta) cultes ont subi le même sort, et que ce n'est pas loujours aux inquisiteurs seuls qu'il faut attribuer leur grande rareté. Ce qui le prouve surtout, c'eêt le manvais état des ouvrages de ce genre qui sont parvenus Jusqu'à nous. Les romans à la mode d'aujourd'hui ne sont pas lus avec plus d'empressement que ne l’étaient alors les livres de magie et d’alchimie , et jamais aucune œuvre d'imagination n’a été aussi souvent réimprimée que ce premier ouvrage de Porta. Ces apparitions prodigieuses, ces miracles, étaient le roman de l'époque: et cest si vrai que lorsque, après de longs travaux, l’auteur le fit imprimer de nouveau avec de si notables additions , en le purgeant d’un grand nombre de prodiges imaginaires, ce livre, qui avait acquis beauconp plus de valeur scientifique, perdit considérablement de sa vogue, et fut bientôt relégué parmi d’autres ouvrages du même genre (1), tels que

la Subtilité de Cardan , que personne ne lisait.

eo

(1) La Magie naturelle en quatre livres fut traduite en italien et imprimée à Venise en 1560, in-8°. Il en existe plusieurs réimpressions, et même en 1623 on l’a publiée eu

quatre livres.

C'est Porta lui-même qui assure(r) avoir composé la Magie naturelle à l'âge de quinze ans ; son assertion, il est vrai, a trouvé des incrédules, surtout à cause des veilles et des longs travaux(2) qu'il dit que cet ouvrage lui a coûtés. Mais il s’agit ici d’une question de fait, et malheureusement il n’est guère possible de la décider sans savoir en quelle année parut la première édition que personne n’a pu découvrir. La plus ancienne que nous ayons consultée (3) est de 1558, et on y trouve une dédicace à Phiippe I roi catholique : or, comme le fils de

Charles-Quiut ne devint roi d'Espagne qu'au

(1) Il le dit dans la préface de l'édition de 158) que nous avons si souvent citée,

(2) « Accipite igitur , studiosi lectores , labores longos non « sine studio, vigiliis, sumptibus, et incommodis plurimis.» (Porta, Magia naturalis. Antuerpiæ, 1564,in-16, p. ro).

(3) Elle se trouve à la bibliothèque Sainte-Geneviève , et a pour titre Magia naturalis, sive de miraculis rerum naturatium , libri IITI. Jo. Baptista Porta , Neapolitano, auctore. Neapoli, 1558 , in-fol. — Cette édition a été reproduite avec de très légères variantes par Plantin, dans l'édition d'Anvers : (1564, in-16), qui est la plus ancienne parmi celles que je possède. Il y manque cependant l’experimentorewm index qui occupe cinq feuillets dans l'édition de Naples, mais l’on y trouve après le mot ffnis une petite addition qui n’est pas dans celle de 1558,

KPF9 :}

commencement de 1556, il s cusuivrait que si, dès la première édition, l'ouvrage lui avait été dédié, l’auteur aurait eu gu moins dix-huit ans quand il le fit paraître. Mais comme plus tard la Magig naturelle a été dédiée à Junius Baboli de Raguse (1), il serait possible aussi que la dédicace à Philippe n'eüt été insérée que dans des réimpressions, et d’ailleurs, il y a peu d'apparence que Porta, dans sa ville natale, eût avancé un fait inexact dont tout le monde aurait pu démontrer la fausseté. Quoi qu’il en soit, nous ne donnerons aux observations de Porta que la date de la première édition de son ouvrage qui soit parvenue jusquà nous. Il sera nécessaire d'analyser séparément l'édition en quatre livres, et celle qui parut long-temps après avec tant d'additions; car, à proprement parler, ces deux ouvrages n'ont de commun que le titre.

Nous avons déjà dit que Porta s’attachait aux

choses merveilleuses et aux phénomènes extraor-

(1) Il est mème assez singulier que Porta ait dédié à Baboli l'édition de 1589, et qu'il ait retranché la dédicace à Phihippe IT, du vivant de ce prince ,et dans une ville qui obéis-

sait à ses lois,

dinaires : voici comment il s'exprime à cet égard

dans la dédicace à Philippe If: « Dès mon en-

fance, dit-il, jai igujours cherché à savoir quelle était la science illustre et royale, non : indigne de moi; et enfin, je me suis conygaincu % qu'il n’y avait rien de plus grand que de faire des choses miraculeuses, qui, non-seulement » nourrissent l'esprit, mais délectent aussi les sens. Cette sublime science recherche les causes et les effets, et tandis qu'elle veut pénétrer dans les secrets de la nature, non-SCulement elle conduit à des effets’ vulgaires,

mais, Sans aucune superstition elle produit des miracles et des monstres, et a Ja supréma-

le sur toutes. les sciences. » Il était inposs

sible, avec ces dispositions, que Porta ne se lais-

sat pas entrainer au merveilleux. Aussi son livre

fourmille-t-1l des plus grossieres superstitions.

Non-seulement lalchimie et l'astrologie y sont

considérées comme de véritables sciences; mais

ilenregistre les secrets les plus extraordinaires(1), :

et même pour grossir sa liste, il en rapporte lon-

guement plusieurs auxquels il déclare ne pas

1) Porta, Magia naluralis, Anluerp., 1264 ,in-16, p. 3:

( 127 ) ajouter foi (1). Malgré cela, il y a dans cet ouvrage des faits curieux qui méritent d’être conservés, parce qu'ils renferment les germes de plusieurs découvertes modernes.

Dans le premier livre, qui contient surtout la recherche des causes et de leur mode d’action, il ny a guère que de cette physique 4 priori qu'on faisait alors. Le second renferme les opérations (2), c’est-à-dire la manière de produire des singularités et des prodiges de tous les genres. Il serait impossible d'analyser ces secrets, parmi lesquels il y a la manière de construire une lampe telle, que les personnes éclairées par la lumière qui er émane paraissent avoir la tête d’un cheval (3), et mille autres absurdités pareilles. Ilne faut pas se décourager cepenilant, car quelques pages plus loin, dans le chapitre où l’on enseigne à reconnaître, à laide de Paimant , si une femme est chaste ou non, se lit un passage qui prouve que Porta avait quel-

que idée des variations horaires de Faiguille

1) Voyez surtout à ce sujet Porta, Magia naturadis,b. 1, c. VILE-XV (édit. de 1564).

{2) Porta, Magia naturalis, hb. H, ce. 21 (édit. de 1564).

(5) Porta, Magia naturalis, p, 7: (édit. de 1564).

(lRèa: | aimantée (i). Le troisième livre traite de l’alchimie, et l’on y trouve la description de certains procédés fort curieux pour Paffinage des métaux : l'optique est danis le dernier livre , et c’est là qu’il est question de la chambre noire, qui a été ordinairement attribuée à Porta, mais dont en réalité l'invention est plus ancienne (2). Au reste, Porta lui-même ne dit pas avoir inventé cet appareil (3); ce qu'il paraît s’attribuer, c’est l'usage d’un miroir qu'il croit destiné à rendre l’image plus distincte (4), et l'application de cet instrument aux arts. Plus tard, Porta a dit qu’il faut adapter une lentille au trou de la chambre obscure; et sil appartient réellement au savant: napolitain, ce perfectionnement doit lui assurer

une place distinguée parmi les physiciens (5);

(x) Porta, Magia-naturalis, p. 159 (édit. de 1564).

(2) Porta, Magia naturalis, p. 181 (édit. de 1564).

Voyez la note IL à la fin du volume.

(5) Porta, Magia naturalis, lib. IV, c. 2 (édit. de 1564).

(4) Lisez dans le chapitre que je viens de citer le paragrapyhe qui commence ainsi : Omnia cum suis coloribus, et qui est précédé par cette phrase : Nune enim enunciabo, quod adhuc semper tacux, et tacendum pulavi,

Voyez la note IT à la fin du volume. à

* (5) Porta, Magia naturalis, Neapoli, 1589, in-fol, p. 266

Voyez la note IL à la fin du volume.

( 123 ) mais l'indication de la lentille ne se trouve pas dans l'édition de la Magie naturelle dont nous parlons ici. Ce quatrième livre contient aussi des recherches sur les effets des miroirs, et se ternine par quelques chapitres fort peu scientifiques sur les vertus de certaines pierres, et sur les caracteres des planètes.

En:1589, Porta publia une nouvelle Hagée naturelle (1), en vingt livres, entièrement refondue et considérablement augmentée. 11 dit dans la préface qu'il n’a cessé de lire tous les

auteurs anciens, qu'il a voyagé en Italie, en , 9 |

France et en Espagne, qu'il a visité toutes les

bibliothèques, tous les savans, tous les artistes,

que pour connaitre des secrets, il à écrit par-

tout où il n’a pu aller (2); et il ajoute : « Je me

(1) Voici le titre de cette édition que, sauf les cas où il seirait dit expressément le contraire ,nous citerons daus tout ce iqui va suivre (J.-B. Porlæ, Neapotitant, Magia naturalis Mb. XX , Neapoli, 1589, in-fol.).

(2) Dans cette préface , Porta rend compte, des efforts qu'il a faits pour améliorer son ouvrage; nous avons déji cité quelques - uns des passages que nous alions reproduire : « Ab eo igitur, quo primum editum est tempore «(am quintus et trigesimus agitur annus) si ulli unquam

« gravior incubuit cura, ut naluræ secreta patefacerel : ego

d ( 12/ ) « suis surtout appliqué jour et nuit à vérifier par. | « l'expérience si ce que j'avais lu ou entendus | « était vrai, » On voit par ce passage que Porta | avait rectifié son premier plan, et qu’à cinquante

| | ans il cherchait la vérité plutôt que ce merveil- |

«eum me esse planè possum profiteri. Toto enim animoy « totisque viribus maiorum nostrorum monumenta per- « volvi, et si quid arcani, si quid recouditi scripsissent, de- « floravi, dein quum Italiam, Galliam et Hispaniam pera- « grassem, bibliothecas, et doctissimos quosque adij , arti=t « fices etiam conveni, ut si quid novi, curiosique nacti

« essent, ediscere quæ longo usu verissima, et utilissima « comprobassent , agnoscerem. Urbes et viros, quos videre « non contigit, crebris epistolis sollicitavi, ut reconditorum « Hibrorum exemplaria, vel si quid haberent novi, commu «nicarent, non prætermissis precibus, muneribus, com- | « mutationibus, arte, et industria. Hinc universo hoc tem- « pore quicquid terrarum ubique eximium erat, aut expec= | « tandum, tum Jlibrorum, tum præstantissimarum rerum

« mihi cumulatissimè conquisitum est, ut cumulatior, acu=

| | « tiorque Naturæ hæc suppellex foret. Itaque intentissimo « studio; pertinacique experientia, perdius atque per nox « periclitabar quæ legeram vel audieram , vera ne essent an | « falsa, ne intentatum aliquid remaneret. Quum sæpius Ci- « ceronis sententiæ meminissem, qui sic inquit: Par est eos, : « qui generi humano res utilissimas , et perpensas, explora? « tosque memoriæ tradere concupierint, cuncta tentare. Qui: « bus periclitandis, nullis laboribus, nullis sumptibus pes «perci, res anguslas meos, angusta magnificentia jms

<< pendi. » | LE |

leux qui Pavait tant séduit dans sa premiere jeunesse. Mais, comme nous l'avons déjà fait remarquer, le public n'accueillit pas cet ouvrage sérieux comme il avait reçu la première édition si remplie de prodiges. Au reste, bien que corrigé, ce livre contient encore beaucoup de faits que Porta n'avait certainement pas vérifiés et qui n'ont aucun fondement.

Un ouvrage où sont rassemblées plusieurs,

milliers d'observations ou de recettes qui n'ont

aucun lien et qui ne se rattachent à aucune

théorie se refuse à l'analyse. Ce livre ne peut 34 . , \ e . 7 LE qu etre cite a propos des faits intéressans quil contient , et il faudrait l'étudier longuement pour en extraire tout ce qui peut offrir quelque analogie avec des observations plus ré- Fr | centes.

Nousne parlerons pas dela première partie de

cet ouvrage (1), car on n’y trouve guère que de

(x) Voici les sommaires des vingt livres de la Hagie naturelle,tels qu’on les a indiqués sur le titre de l'édition de 1589 : — Ï. Demirabiliam rerum eausis.— If. De variis animalibus

gignendis. — IL. De novis plantis producendis, — IV. De

augenda supellectili, — V. De metallorum transmutatione. — VI. De gemmarum adulteriis. — VIE, De miraculis rma-

l’histoire naturelle; mais on doit s'arrêter au sep= tième livre, qui est un traité de magnétisme aussi complet qu'on pouvait le composer au seizième

siècle (1). La détermination des pôles des aimans

et leurs principales propriétés (2); la transmise |

sion du magnétisme par contact; l’action mas

gnétique qui se propage à distance à travers tous les corps, excepté le fer (5); enfin la déclinaison de l'aiguille aimantée différente dans les divers:

pays, et qui pour Fltalie était alors de neuf de:

grés vers lorient (4): voilà ce que ce livres |

gnetis. — VIIL De portentosis medelis. — IX. De mulierum. cosmetice. — X. De extrahendis rerum essentiis. — XI. De

myropæia. — XIT. De incendiariis ignibus. — XIII. De raris d\

ferri temperaturis. — XIV. De miro conviviorum apparatu, —— XV. De capiendis manu feris. — XVI, De invisibilibus literarum notis, — XVII. De catoptricis imaginibus. — XVHITL. De staticis experimentis (seu de grais et leis). — XIX. De pneumaticis. — XX. Chaos. |

(x) Dans leproœæmium de ce VW livre, l’auteur annonceen

cestermesla possibilité de construire uneespèce de télégraphe. 7

. * * ° 2 magnétique: @ Et amico longe absenti, etiam carceribus. occluso, possumus incumbentia nuntiare, quod duobus nau-

ticis pyxidis, alphabeto circunscriptis, fieri posse non vereor.» …

(Porta, Magia naturalis, p. 128).

(2) Porta, Magia naturalis, p.129-155.

(5) Porta, Magia naturalis, p.140.

(4) «En Halia a Linea meridiana per novem gradus orien-

C4ra7 ) renferme de plus intéressant. Il serait inutile de parler des livres où Porta traite des cosmétiques et de l’art du cuisinier (1),bien qu’on y rencontre quelques recherches de chimie qui ne sont pas sans intérêt. Le sixièeme livre, quiest intitulé des Chiffres, contient des recettes pour faire des encres sympathiques (2); le livre suivant est un traité de catoptrique (3), où se trouve un passage qui a excité l'attention des physiciens, parce qu’on à cru y voir la description du télescope. Toutefois, en lisant attentivement ce passage, on n'y découvre autre chose qu’un assemblage

de deux verres l’un concave et l'autre convexe,

«tem versus declinat » (Porta, Magia naluralis, p. 143).

| — Cette déclinaison se rapporte probablement à l’année

1588, dans laquelle Porta acheva de préparer cette édition de

| la Magie naturelle qui ne parut que l’année suivante. J'ai

déjà fait remarquer que l’approbation du censeur qui se trouve à la fin de l'ouvrage est du 9 août 1588. (1) Le XIV® livre, qui sur le frontispice est intitulé : de miro conviviorum apparatu, s'appelle dans l’ouvrage plus simplement de recoquinaria (Porta, Magiu naturalis , p. 226 et seq. ).

(2) Porta, Magia naturalis, p. 248 et seq.

(3) C’est dans cette édition , comme je l’ai déià dit, que | se trouve l'application de la lentille à la chambre noire | (Porta, Magta naturalis, p. 266).

( 128 ) sans que rien indique que le télescope fut

réellement formé par cet assemblage (1). Tout

——— ne

(1) Le passage dont il s’agit fait partie du X° chapitre du XVILT livre de la Magie naturelle. Pour en bien apprécier l’importance, il est nécessaire de ne pas le séparer de ce qui précède comme on l’a fait jusqu’à présent. Dans ce chapitre, Porta indique plusieurs manières de voir de loin, et il ne semble donner la dernière combinaison, où l’on a cru reconnaître depuis un télescope dépourvu de tube, qué comme us moyen plus parfait que les autres pour voir les objets éloignés. Or, comme les autres moyens ne valent rien, il n’est guère possible que, sieflectivement il y était parvenu, ileût laissé la découverte merveilleuse du télescope confondue avec des moyens si grossiers, si imparfaits. Voici tout ce que le savant Napolitain dit à ce sujet; le dernier paragraphe est celui où l’on a cru voir le télescope :

« Lente cristallina nocte intempesta epistolas legere.

« Ponaiur epistola retro lentem in opposito syderum, aut & luminum longe remotorum, nam in radiorum coitu dictio-

« nis oppositæ clare perspiciuntur, nocte intempesta, et

« clauso cubiculo. Sed id, quod sequitur, longe prestantius

« yobis cogitandi principium affert, sihicet : 8 P P

« Lente crystallina longinqua proxima vide re. J { « Posito enim oculo in eius centro retro lentem, remotam

« rem conspicator, nam quæ remota fuerint, adeo propinqua « videbis, si quasi ea manu tangere videaris , vestes, colores,

« hominum vultus , et vaide remotos cognoscas amicos.

« [dem erit :

« Lente cryslallina eprstolam remotam legere.

« Nam si ecdem loco oculum apposteris, etin debila dis=

cela est bien vague, bien incertain ; mais si l’on y

voyait quelque chose de précis, il serait difficile

re

tantia epistola fueritliteras adeo magnas videbis, ut perspicuas legas. Sed si lentem inclinabis, ut per obliquam æpistolam inspicias, literas satis maiusculis videbis, ut

« etiam per vigenti passus remotas leges. Et si lentes mul- « tiplicare noveris , non vereor quin per centum passus mi-

nimam literas conspiceris, ut ex una in alteram maiores reddantur characteres : debilis visus ex visus qualitate specillis utatur. Quid id recte sciverit accomodare, non parvam nanciscetur secretum. Possumus.

« Lente crystallina idem perfectum efficere.

« Concavæ lentes, quæ longè sunt clarissimè cernere faciunt, convexæ propinqua; unde ex visus commoditate his frui poteris. Concavo longe parva vides, sed perspicua, convexo propinquo maiora sed turbida, si utrunque reciè componere noveris, et longinqua, et proxima maiora et clara videbis. Non parum multis amicis auxiliis præstitimus, qui et longinqua obsoleta, proxima turbida conspiciebant, ut omnia perfectissimè contuissent. »

Je le répète, il n’est guère possible que si Porta avait con-

struit un télescope, il n’eüt donné ce précieux instrument

que comme un moyen plus parfait de lire une lettre avec une

lentille à la distance de vingt pas. Ces mots non vereor quin

per centum passus, etc., prouvent qu’il n’était jamais par-

| venu à une telle distance. Et puis s’il avait connu le téles-

cope, pourquoi aurait-il dit : mullis amicis auxiliis præsti-

tèmus, qui et longinqua obsoleta, proxima turbida conspicre-

bant, comme si son instrument ne devait servir qu'aux gens

quin’y voient pas bien? Il serait peut-être plus raisonnable

de supposer que l'instrument de Porta n’était qu’un appareil

Page 1