‹ Histoire des sciences mathématiques et physiques chez les BelgesChapitre 27 sur 37 · I.a Prusse, l.a Russie · texte numérisé non relu

I.a Prusse, l.a Russie

La Saxe-Ducale,

La Suède ,

La Suisse,

M. le liaron de Czœrnig;

M. de Hermann;

MM. Queteletel Heuschling; M. David ;

M. le comte de Rifialda;

M. le docteur Edvv. Jarvis;

M. Legoyt;

M. le profes.seur VVappiius,

M. Gaëtan Vanneschi;

N. de Daumhauer;

M. le docteur Deslandes ;

M. Engel;

MM. de Bouchen et Vernadski; M. Hopf;

M. Berg ;

M.M. Vogt et Kulb.

— i?il —

pas, ilaus lie pareilles reeherclies, de purler plus luiii son altentioii. On aurait soin de séparer de la partie habitable et fertile les terrains incultes et abandonnés, ainsi que les parties habituellement couvertes par les eaiiï. On représenterait aussi les ehrfs-lien\ et les villes qui, par leur population, mériteraient l'attention générale et qui eompteraient au moins vingt mille habitants.

Cela posé, on donnerait, par forme de préambule, les ehiffres généraux de la population, des naissances, des décès et des mariages, pour le pays tout entier. On rétrograderait, à partir de 1858, par exemple, et l'on s’étendrait, s'il était possible, jusqu'au rommenerment de ce siècle (').

On arriverait ensuite au travail tel qu’il doit se composer désormais. On concevra facilement pourquoi l’on a dû limiter le nombre des demandes : il se |>ourniit même que parmi celles que nous proposons, on pût en trouver auxquelles il serait difficile de répondre actuellement. Toujours est-il bon de reeonnaitre au moins ce qui fait défaut dans les documents que l'on possède et de savoir si les nombres sont recueillis d'une manière uniforme qui puisse rendre les comparaisons faciles. Cette condition est essentielle dans l'ouvrage que nous proposons, et elle sera d’un avantage immense pour l’homme d’Etat.

Il faudrait donc, à partir de l’année 1858, par exemple, présenter, pour chaque pays, les tableaux suivants, en sc bornant, eomine nous l'avons dit, à étudier les grandes divisions du territoire et à enregistrer les sommes globales qui résultent de cette étude (*) ;

Population ; le nombre d'habitants, en faisant la distinction des hommes et des femmes, dans les villes comme dans les communes rurales.

XaissaucM et décès : les nombres, en faisant la distinction des

(*) Chaque liane horizontale, pour simplifier le travail , donnerait les chilfres d'une année. Ainsi , pour 1850, on irourerail la population totale, le nombre des naissances, celui des décès, le nombre des mariages et des divorces. Quand on le pourrait , on ferait, pour ce qui concerne la papulation, les naissances cl les décès, la distinction des sexes et même celle des villes et des communes rurales.

(*1 Le premier aperçu d'un plan de slalistique générale a déjà ete présenté par M. Heuschling et par moi ; il a été reçu d'une manière bienveillante |>ar les statisticiens des principales nations. L'ensemble du recueil paraîtra en même temps que cet ouvrage.

sexos, dans les villes cl les coininuiies rurales (les inurt-nës non compris) ; il faudrait avoir soin d'y joindre le nombre des mariage» et des divorces.

Naissances illégitimes, morl-nés, jumeaux .-la distinction des sexes dans les villes et dans les communes rnrales.

Nombre de naissances par mois, en faisant la distinction des sexes ;

Nombre de décès par mois, en faisant la distinction des sexes;

IVombre des mort-nés par mois, en faisant la distinction des sexes.

On pourrait réunir également, pour les pays où l’état de la statistique le permet, la répartition uniforme des décès par âge et par état civil; on procéderait, s’il était possible, de mois en mois pendant la première année, de trois en trois mois pendant la seconde, d’année en année jusqu'à six ans, de deux en deux années jusqu’à trente ans, et enfin de cinq en cinq années jusqu’à la fin de la vie. Ces documents réunis avec soin donneraient les renseignements les plus précieux sur l’état sanitaire et la prospérité des nations.

A râle de la table de population , on présenterait ensuite la table de mortalité, en faisant la distinction des sexes. Ces tables sont essentiellement distinctes; car l’une ne peut se déduire de l’autre, comme si la population demeurait stationnaire pendant toute l’étendue d'un siècle.

Nous jugeons inutile, dans l’instant actuel, de chercher à établir la population en faisant la distinction de l'état civil, ou toute autre classification qui présenterait nécessairement de grandes diflicultés. Il est également superflu de chercher à reconnaître le nombre et les dangers respectifs des maladies , si tant est qu’on puisse l’établir un jour d’une manière sûre.

Pour aider ellieaccmcnt par la production des tableaux demandes, on ferait connaître de quelle manière ils ont été rassemblés. Le relevé de la population, par exemple, constitue une opération extrêmement délicate; par là même il devient important de dire les moyens qui ont été employés pour l'obtenir. Quelle autorité a fait établir le recensement : quels en ont été les principaux agents; si le dénombrement se faisait à un instant donné ou sans être sur les lieux; si l’on pouvait se faire inscrire après un délai convenu et à qui les documents étaient remis ensuite pour en faire le relevé; enfin quels moyens on pouvait employer pour la vérification des nombres. On conçoit

que l'opération du recensement, le soin avec lequel il est fait, la confiance qu'il peut inspirer et le dépouillement des feuilles doivent être appréciés avec précaution, et que c’est un travail administratif auquel on ne saurait attacher trop d'importance. Il faudrait donc euiinaitrc aussi de quels principes chaque gouvernement entoure l'opération pour en assurer l’exactitude , et quels moyens il emploie pour écarter la négligence et, dans certains cas, la fraude.

L’inscription des naissances, des décès et des mariages ne mérite pas une attention moins grande. Il est des pays éclairés où le soin de fournir ces documents appartient encore au clergé ou à telle autre réunion d’hommes chez qui l’c.xactitude peut laisser à désirer. Il est de la plus grande importance, en pareil cas, qu’il en soit fait mention dans les instructions qui doivent nécessairement accompagner les données.

Le mode employé pour obtenir le relevé des documents statistiques diffère en passant d’un pays à un autre. Celui qui parait le plus sûr consiste évidemment è soumettre d’abord à des Juges éclairés et à discuter par la science les nombres que l'on désire connaître. Un peut alors, avec plus de sûreté, juger de la marche à suivre pour arriver à la connaissance de la vérité.

Il faudrait donc des détails bien circonstanciés et bien clairs pour reconnaître la nature des documents recueillis dans les différents pays; il faudrait examiner si la comparaison des chiffres peut se faire sans inconvénients, et apprécier ensuite les valeurs probables des résultats qu’on en déduit.

Il est des nombres dont les valeurs calculées tiennent, en quelque sorte, aux vues et è l’habileté du calculateur; que l’on compare, par exemple, des tables de mortalité, même pour un seul pays, même pour une seule époque , on trouvera parfois les différenees les plus tranchées entre leurs résultats. Le statisticien ne saurait s’en étonner; mais le publie, lui, ne s’informe pas toujours si des tables ont été calculées dans des vues préétablies, systématiques et pour une elas.se spéciale d’individus. Ainsi, un auteur peut chcrcbcr à reeonnaitrcla différence de mortalité qu’établit la misère ou l’aisance entre les habitants d’un même État, et cette différence peut parfois être considérable.

Dans une statistique ofliciclle, le calcul portera plus particulièrement sur l’ensemble de la nation; tous les rangs seront confondus;

re (|u'il l'iml c'est le résultat général. Cet esprit de généralité ne serait cependant pas exclusif, et l’un peut très-bien comparer entre elles certaines parties d'un même Etat, afin d'en apprécier les dilTérences respectives.

Pour résumer, il suffira de dire que les differents pays de l'Europe les plus éclairés n’ont pas toujours suivi la même marche ni em|)luyé les mêmes tableaux pour recueillir leurs doeuments statistiques. Ces tableaux, dont il est parfois difficile de reeunnaitre l’exactitude et le mérite, sont publiés par différentes voies. Outre l’ineertitudc qu’un a sur les valeurs des résultats qui y sont consignés , ces valeurs sont rarement comparables entre elles. Héunies par des moyens tiés-divers, et quelquefois sous des dénominations semblables , elles présentent néanmoins des documents différents. Les savants, préposés à la rédaction des travaux statistiques des différents pays, ont parfaitement compris toutes ces difficultés, et ils se sont réunis à Londres, en congrès sjiéeial, dans la vue de faire disparaître ces inégalités fèeheiises qu’ils avaient déjà reconnues dès leur première réunion a Itruxclles. Les gouvernements doivent s’entendre à cet effet, ehcrclier à faire disparaitre de plus en plus les difficultés que présentent leurs résultats statistiques et tâcher de les rendre comparables. Il faut qu’ils aident particulièrement à établir, autant que possible, runiformité des poids et mesures, et qu’ils abandonnent ensuite aux particuliers le soin de traiter, comme ils rcntcudent, des questions spéciales qui ne sont point de leur ressort.

Une statistique générale aura d’ailleurs cet avantage immense de réunir dans un meme recueil ce qui est maintenant disséminé dans vingt ouvrages différents dont on n’a pas même toujours les titres et dont on ne connaît que difficilement les valeurs.

Ce qui est arrivé au Congrès de Londres présente un exemple frappant. La statistique a été reçue par le peuple le plus commerçant, le plus libre et le plus actif du monde, avec toute la bienveillance et tout le discernement qu’elle mérite. Déjà des congrès tenus pour cette science avaient été considérés comme nationaux en Belgique, en France et en Autriclie ; mais le gouvernement anglais a voulu lui donner la preuve In plus manifeste de son asscnliinent. S. R. le prince .Albert a daigtié accepter In présidence de sa quatrième assein-

lilée générale et inaugurer ses travaux par un admirable discours ('). Les hommes les plus distingués de l'Angleterre, qui l'accompagnaient et qui ont présidé les dilTérentes sections, ont prouvé le prix qu'ils attachent à de tels travaux et la conviction qu'ils ont des services <|ue CCS travaux peuvent rendre. Le rang assigné fi la statistique dans le pays le plus avancé du monde est, je pense, le plus bel hommage ipii ait été accordé à cette science, celui dont elle )>ourra toujours s'enorgueillir de la manière la plus légitime.

Les délégués des gouvernements, préposés à la statistique oflieielle des différents pays, ont aussi fait connaitre leur opinion de la manière la plus bienveillante et la plus éclairée : c'est pour aplanir les difficultés internationales qui pourraient exister encore que notre appel est soumis à leur examen. Il est important que tous puissent SC mettre d’accord avant d’entreprendre le travail général. Celui que nous proposons est peut-être trop étendu pour un premier essai. De nouveaux renseignements nous éclaireront à cet égard, et nous serons, dans tous les cas, heureux de connaitre l'opinion d'hommes instruits et compétents.

Ktaluns des poids et mesures.

Le système décimal des poids et mesures avait été introduit en Dcigique pendant sa réunion a la France. L'étalon prototype était naturellement conservé à Paris; mais, après notre séparation de la France, on sentit la nécessité d'avoir, comme les autres pays, des étalons du mètre et du kilogramme juridiquement conformes aux prototypes. Cette decision lit l’objet d'un arrêté du 22 août 1837, qui institua une commission pour constater la conformité des étalons des poids et mesures belges avec ceux de la France. Cette opération eut lieu les 1,’i, 16 et 17 août 1839, par l’intermédiaire de trois commissaires français et de trois commissaires belges (^), assistés par

(') L'.\ogIeterre a perdu depuis ce prince distingué (le 15 décembre 1861) ; ses talents et ses vertus étaient déjà bien universellement appréciés dans sa nouvelle patrie.

I*) Les trois comiiiissain's français étaient trois membres de l'institut, .MM. Bouvard, t'ianibe) , constnicteur du mètre et du kilogramme nouveaux, et Arago,

M. Daunou, membre de l'Institut de France et conservateur des étalons prototypes du mètre et du kilogramme de France. ISous donnerons ici un extrait du procès-verbal qui fut rédige au sujet de cette opération délicate. La même opération a été faite pour la Hollande, la Prusse, l’Angleterre et plusieurs autres États. Aujourd'hui, des demandes sont faites par les différents pays de l’Europe et par les États-Unis pour que le système métrique suit désormais généralement employé. On ne pourrait disconvenir des avantages que présenterait une mesure semblable.

« .... L’étalon du mètre destiné à la Belgique est en platine et plus long que le mètre, de manière à ce que la longueur du mètre y soit marquée au moyen de deux traits. Dans cette première séance, M. Garabey a exposé les moyens qu’il se proposait d’emplu}er pour constater avec toute la |)rccision désirable la conformité du mètre.

• Dit erses objections ont été présentées , et M. Ganibey les a résolues à la satisfaction des autres soussignés ; apres quoi, la séance a été levée et remise au lendemain.

> Le lli août, les soussignés se sont niunis pour procéder à l'opération du tracé et de la vérification du mètre destiné à la Belgique. M. Arago a bien voulu se charger de diriger les opérations.

» Au moyen d’un instrument et de procédés imaginés par M. Gambey, et qui ont paru réunir au mérite de la simplicité celui d'une grande précision , le mètre destiné à la Belgique ayant été mis en rapport avec le mètre à bouts, formant le mètre étalon de France, deux traits ont été tracos sur le mètre belge, lesquels représentent la longueur du mètre étalon de France.

» Cette opération terminée, il a été procédé, au moyen de l’instrument susmentionné, à lu comparaison entre le mètre belge actuellement a traits et le mètre étalon de France.

» La largeur des deux traits du mètre belge, évaluée à l’aide d'un miseroscopc muni d'une vis micrométique, a été estimée être de deux ccntiènics de millimètre pour chaque trait: et, après les vérifications faites, les soussignés sont demeurés d'accord que la jdus

qui vimlul bien en faire la comparaison avec les piololypes. La Bol"iqiic ùlail represenUs! par M.M. Du Mortier, meinhre de la Chambre des Keprésenlanis et de l’Académie belge, Teichmann, inspecteur général des ponts et chaussées, et Quelelet, directeur de l'Observatoire et secrétaire de l'Académie royale de Belgique.

grande différence qu’il puisse y avoir entre la distance des centres des deux traits et la longueur du mètre étalon de France ne pouvait s’élever, d’après les moyens employés, au sixième de la largeur de l'un des traits, ou bien au tiers d’un centième de millimètre.

> Pendant les comparaisons des deux mètres , les températures indiquées par les thermomètres placés en contact avec leurs surfaces ont donné les indications suivantes :

D’APkiff LB raiKMOHSTBI M* 1 . s’aPRSS Ll TBIBHOaiTRI N* i. BICBB.

21^ centigrades

2f;5 centigrades

à llviS»

Il 51

> Ces deux thermomètres comparés ensuite, à l’Observatoire royal, à un thermomètre étalon soigneusement vérifié ont donné, d’après M. Arago, les résultats suivants :

raiiMoaiT»

étalon.

tV I.

r* coaritAiaoB.

coapABAiaoM. 3^ coapiiitaoii.

2o;9 ii;i

îl.O 21,3

> Le 17 août, les soussignés se sont de nouveau réunis pour procéder à l’opération de la constatation du kilogramme.

> Le kilogramme destiné à servir d’étalon pour la Belgique est en platine et sensiblement cylindrique. Sa pesanteur excède un peu celle du kilogramme, afin de pouvoir, au moyen de réductions successives, l’amener à représenter autant que possible le poids du kilogramme étalon de France.

» Différentes épreuves préalables ont été faites dans la vue de s’assurer de la sensibilité de la balance employée à la pesée et à la comparaison du kilogramme étalon de France et du kilogramme belge, et elles ont permis de reconnaître que l’instrument était sensible à l’addition d'un à deux milligrammes, l’un et l'autre plateau se trouvant chargé d’un kilogramme.

» F.nsuilc, au moyen de réductions successives, on a amené le poids du kilogramme belge aussi près que possible du kilogramme étalon de France; après quoi, il a été procédé aux comparaisons nécessaires.

• Dan» ce» upëratiuiis, ou a employé la iiiélliode de» double» pe- »ées , dite de Borda ; et le kilogramme étalon de France et le kilogramme belge ayant été successivement substitués l’un à l’autre, il a été constaté que la différence des poids ne pouvait pas excéder la limite indiquée par la sensibilité de la balance, c’est-à-dire un à deux milligrammes.

» Ces diverses épreuves ont eu lieu jtar une température de 21 “centigrades, qui n’a varié que dans les limites de I à 2 dixièmes de degré. Le baromètre indiquait une pression atmosphérique de 75C"",48.

> Comme il paraissait probable, d’a|>rès les progrès que l’art de la Tabrication du platine a faits dans ces derniers temps, que le kilogramme belge serait plus dense que celui de France, et que dès lors ils ne devaient pas éprouver la même perte de poids par leur pesée dans l'air, il a paru indispensable de mesurer les dimensions des deux cylindres, alin de pouvoir calculer la correction, s’il y a lieu. Dans eette operation , les dimensions des deux kilogrammes ont présenté les valeurs suivantes ;

KILOCIABHt

KILOOftlMBI

dH cyiiiidre.

brlit*'

l)iaiué(ri'su{i«riour

* au milieu

lî,1 1 T

» ioféricur

Hauteur d‘un côté

• (lu miiit^u

k du côté oppose

> l.e point de départ de l’éclielle qui servait à mesurer les dimensions précédentes se trouvait avancé dc2'"'",ülîi sur le zéro, de sorte que cette dernière valeur doit être retranchée de tous les nombres qui viennent d’étre donnés.

• Les mesures ont été prises par une température moyenne de 22° centigrades

Après la confrontation des mesures belges (le mètre et le kilogramme), les trois commissaires belges les remirent à M. le comte Le lion , alors ambassadeur de Belgique à Pari» ; ces pièce» furent aussitêt renfermées dans leurs boites respectives et mises sous le sceau de l'État, avec les signatures de M. Le lion et des trois coraïuissaires belges. Procès-verbal fut dressé de la remise, et les étalons furent envoyé» oniciellcraent à la Chambre de» Représentants de Belgique, qui les remit à la conservation de M. le Ministre des travaux publies.

PANTHÉON BELGK.

(EUBCLLISSEaEMT OU PikRC DE BBI’XEI.LES (').

Piirmi les moyens d'eneouragei- les seienees et les beaux-arts et d'intéresser l'artiste à la gloire de son pays, il en est un sur lequel je me suis permis depuis longtemps d'appeler l'attention de mes eompatriotes : je veux parler de la création d'un Panthéon belge qui pût servir en même temps à populariser les souvenirs les plus glorieux de notre histoire et à consolider l'amour national. Rien, en elTet, ne dispose plus à aimer la patrie que de se sentir Her de lui appartenir.

Cette vérité a été comprise par les peuples les plus éclairés. Ainsi, la France axait eoneii la |iensée d'ériger un vaste panthéon à toutes ses gloires nationales, et eetlc pensée, en se transformant, a donné naissance à la Galerie de Versailles. L’Angleterre, animée des mêmes sentiments patriotiques, a réuni, dans la raagnilique église de Westminster, les monuments de la plupart de ses fils qui ont contribué à son illustration. Rome a ouvert également une des salles de son vieux Capitole aux bustes des hommes dont ITtalic s'enorgueillit. La Prusse est entrée dans la mêige voie, et dans sa capitale on a vu s'élever un peuple de statues, tandis que la Bavière a eoneentré ses sentiments de nationalités dans l'image colossale de la Patrie et dans le Walhalla.

Ce n'est pas sans émotion que l’on voit les peuples céder à res

(') J'ai cru que ccUc notice, écrite depuis plus de dix an-s, était une cs|iéce de eomplénirnl à l'ouvrage qui preeétle.

Dans les Bullelini de C Academie royale de Belgique, I. XXI, ii“ 7, p. 124, l> juillet lHo4,on peut voir le plan d'une galerie nationale , conçu à la suite d'une de nos fêtes arlislii|ues les plus éclatantes, donnée |>ar le Cercle des arts de Bruxelles, qui avait réuni fraternellement aux artistes lielges les artistes des autres pays. C'est à cette fête qu'on lit, pour la première fois, à Bruxelles, l'em- |>loi de l'éclairage au gaz. Une seconde fête semblable n'obtint pas moins de succès : des artistes et des savants proposèrent alors de réunir, dans le Parc, les figures les plus illustres de notre histoire; mais on a préféré con.server les ligim-s mutilées qui s'ï trouvaient déjà, plutôt que d'adopter les slalur-s de nos aieux qui pouvaient rappeler chaque jour aux Belges le.s chefs de la gloire nationale Ksiiéperons que ce jugement ne sera pas sans appel.

généreux sentiments et honorer par des monuments la mémoire de leurs grands hommes. Pour nous, si nous voulions réaliser une |>enscc aussi patriotique, nous possédons peut-être plus de moyens qu’aueun autre pays. Quelle capitale offre, en effet, un champ plus vaste pour une galerie nationale que notre magnilique Parc de liruxelics avec scs arhrcs s<‘culaires et ses glorieux souvenirs?

Qu'on se ligure cette magnifique allée eonduisaiit du palais de nus Rois au palais de la Nation, et présentant, selon l’ordre des temps, tons les souverains qui ont brille dans notre histoire.

loi, la première souche des rois de France, .Mérovéc, Childérie et Clo\is; là, les princes belges, fondateurs de la seconde dynastie franraisr. Pépin de Landcn, Pépin de llcrstal, Charles Martel, Pépin le bref et son illustre fils, Charlemagne, la ligure la plus poétique du moyen Age, si l’on ne pouvait lui opposer celle d’un autre Belge, le héros immortel de la Jérusalem délivrée. Quel groupe brillant que relui qui réunirait autour de Baudouin de Constantinople cette pléiade de guerriers belges qui ont rempli l'Orient du bruit de leurs exploits! Plus loin, le vainqueur de Woeringen, le due de Brabant Jean l"; puis les formidables ducs de Bourgogne, res ligures tout à la fois si grandes, si magniriques et si terribles dans nos fastes. L’œil viendrait se reposer ensuite sur Charlcs-Quinl, le plus puissant em- ' pereur qui soit monté sur un trène depuis Charlemagne.

A ce litre aussi, la statue de Marie-Thérèse viendrait compléter relie série de princes dont le souvenir a laissé des traces ineffaçables dans notre histoire.

Je voudrais réserver l'allée qui ronduit vers la Place Royale aux hommes d’Ëtal et aux grands généraux qui ont illustré leur pays, en commençant par Codefroid de Bouillon, dont la statue équestre occupe naturellement le fond du tableau. En entrant dans le Parc, un rencontrerait successivement .\mbiorix et Boduognat, dont l’héroïque défense arracha au conquérant de leur pays ces mots mémorables : Homm omnium fortiêsimi suiil Belgae ; puis, avec Pierre l’Ermite, les deux frères de Codefroid de Bouillon, Baudouin et Eustache, ainsi que Robert II, comte de Flandre, et Baudouin II, comte de Hainaut, les plus fermes champions de la première croisade. Jacques et Philippe Artcvelde représenteraient Féraancipation et la puissance des communes; Jacques de Lalaing, la fleur de la chevalerie de son époque, et Philippe de Comines, l’histoire ramenée

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à su Torme sévère et philosophique. Viendraient ensuite Marguerite d’Autriche, le comte Charles de Lannoy, à qui François I" voulut remettre son épée comme au plus digne de la recevoir; puis les généreux martyrs de rindépendanec de leur pays, les deux comtes d’Egmont et de llorn, ainsi que Marnix de Sainte-Aldcgonde. Dans un jour plus douteux apparaîtraient les sombres figures de Tilly et d’Ernest de Mansfeld, et, plus loin, le spirituel prince de Ligne avec le général Clairfayt.

Dans la troisième allée, dirigée vers la porte de Namur, prendraient place les Belges qui se sont le plus distingués dans les sciences, les lettres et les arts : on y verrait les frères Van Eyek, Hemling, Gérard de Saint-Trond, Quentin Metsys, Van Orlcy, le doctor Solemnis, Josquin Desprez; plus loin, Rubens, Van Dyck, Teniers, Jordaens; et, près d’eux, Duquesnoy, Edelinek, Vorsterman, Philippe Champagne, Vandermeulen; on y verrait aussi les chefs des deux grandes écoles de musique : Roland de Lattre et Grétry, et auprès de leurs statues viendraient se grouper Simon Stevin, Grégoire de Saint -Vincent, Sluze, Vésalc, Dodonéc, de l'Esclusc, Ortélius, Mereator, Van Helmont, Juste Lipse, Bollandus, Pierre Stockmans, Jean le Bel, Froissart, Van .Maerlant, Heinsius, Thierry Martens, Gosscc, ainsi que Guimard et Zinner, à qui l’on doit les dessins du Parc et de scs alentours.

Ces trois grandes lignes iraient concourir vers le point central devant le Palais de la >'ation : là se trouveraient la statue colossale de la Belgique, s'élevant avec une noble fierté au milieu de tous les hommes illustres qu’elle revendique comme scs fils et qu’elle présente, avec un légitime orgueil, à l’estime des autres peuples. Au milieu de ces grands souvenirs, quel Belge ne se trouverait animé d’une généreuse émulation? Quel représentant ne sentirait battre son cœur en passant devant l’image de la Patrie dont il va défendre les plus chers intérêts? Quel étranger ne serait ému d’un sentiment sympathique? On comprend, d’ailleurs, quelle physionomie et quel caractère prendrait cet ancien parc des ducs de Bourgogne, en échangeant ses misérables figures sur socles, toutes mutilées, contre un peuple de statues réveillant à la fois de nobles sentiments et de grandes pensées!

Si l’on objecte que la réalisation d’un tel plan exigereit des dépenses énormes, je répondrai que de pareils monuments ne s’élèvent

— tüi —

point en un jour : comme tout ce qui doit être durable, il» exigent l’intervention du temps. Commençons ce pieux ouvrage, et nos descendants prendront à cœur de l’achever. Nos sculpteurs, de leur côté, tiendront à honneur d’employer leurs talents à une oeuvre aussi grande et aussi patriotique.

Quelle que soit, du reste, l’opinion que l'on se formera de ce projet, je le soumets avec conhance i une réunion d'hommes dont l’imagination est mieux préparée à le comprendre.

On a fait observer, dans la séance de l'Académie royale où j’ai présenté ce projet, que le Parc est une propriété communale dans laquelle le Gouvenirnicnl ne pourrait placer la moindre statue sans l’assentiment de la commune. C'est une circonstance que je n’ignorais pas. Si j’ai commencé par soumettre mes idées i l’Académie, c’est par un sentiment de défiance de moi-méme: je ne devais, en aucun cas, prt'senler à l'autorité compétente un projet concernant les beauxarts sans qu’il eût obtenu d'abord l'approbation des artistes. Le Gouvernement et nos magistrats ont d’ailleurs des vues trop élevées pour ne pas comprendre que cette démarche est due à une sorte de déférence pour eux.

Puisque la classe a jugé convenable de ne pas s'en tenir ù un simple aperçu et a bien xoulii m’adjoindre, comme commissaires, mes honorables amis M.M. Suys et Simonis, je me suis aidé de leurs lumières, et il m’est permis de présenter aujourd’hui quelques développements pratiques pour compléter ce rapport, qui est notre travail commun (').

Dans mon premier projet figurent soixante-cinq noms qui, on le conçoit, ne sont pas tous distingués au meme degré : aussi conviendrait-il de ne décerner les honneurs de la statue qu’aux plus illustres d’entre eux; il suffirait peut-être pour les autres d’un simple buste. La hauteur des statues ne devrait pas être exagérée ; six pieds seraient suffisants et conserveraient l’harmonie des grandes lignes du Parc.

(') Ce (ilan a été ailopie par la clas.se des lieaux-ans île l’Acarlêmie ei a éic i iiniinuniqiie ensuite à la rcpence de la ville de Bnixelles.

Ia's statues, au nunibre de treize, seraient placées dans les truis allées principales, au milieu du gazon, et feraient face aux allées qui traversent le Parc entre la rue Royale et la rue Ducale : ce seraient, dans l’allée du milieu, Clovis, Charlemagne, Jean I" de Brabant, Cliarics-Quint et Maric-Tbércsc.

Dans l'allée qui aboutit à la Place Royale, déjà ornée de la statue équestre de Godefroid de Bouillon, on placerait les statues d'Ambiorix,dc Robert II, comte de Flandre, & qui fut d’abord offerte la couronne de Jérusalem, de Baudouin II, comte de Ilainaut, rrt autre héros de la première croisade, et le groupe des deux infortud’Egmont et de Horn.

La troisième allée serait réservée au groupe des frères Jean et Hubert Van Eyek, à Roland de Lattre, à Rubens et à Grétry.

On s’étonnera peut-être de trouver parmi ces statues celle de Marie-Thérèse. Je ne pense pas qu'un pays doive jamais considérer comme étrangers des princes qui l’ont gouverné sagement et qui, pendant longtemps , en ont assuré le bonheur. J'ai cru devoir également faire exception pour les ducs de Bourgogne, parce qu'ils ont été les premiers fondateurs de notre nationalité, et que, les premiers, ils ont réuni nos provinces sous un seul sceptre; on aurait pu, d'ailleurs, s’étonner à juste litre de ne pas trouver leurs images dans un parc qui leur a appartenu, et qui est encore plein de leurs souvenirs.

Charlemagne, dont on ignore le véritable lieu de naissance, sc présente ici entouré de toute sa famille, qui était essentiellement belge, et par cela seul nous le considérons comme un compatriote.

Ces différentes statues, par la hauteur modérée qu'on leur donnerait , ne nuiraient en rien à l’effet grandiose du Pare ; elles lui donneraient, au contraire, du mouvement et un caractère de majesté qui lui manque aujourd'hui. Les statues secondaires, ou les bustes, seraient placés sur les côtés sans empiéter en aucune façon sur la promenade.

Toutes ces ligures, de marbre blanc, sc détacheraient mieux sotla verdure que si elles étaient de hronze ou de fer coulé: elles rompraient la monotonie des teintes et donneraient plus d étendue aux allées.

Pour ce qui concerne la dépense, on peut la fixer ainsi qu'il suit :

— 4üt —

15 slaluea de li,OUO, à I5,0U0 francs l'une fr. 170,000

;>Ü bustes avec socles, à 2,000 francs l'un 100,000

La statue colassalc de la Belgique 50,000

fr. 320,000

La dépense s'élèverait donc à 520,000 francs, qu'on pourrait répartir sur un nombre d'années plus ou moins considérable.

Or, si l'on allouait annuellement 50,000 francs, somme minime pour une œuvre aussi éminemment nationale, la Belgique, après six & sept ans, pourrait montrer avec orgueil & ses fils comme aux nombreux étrangers qui la visitent, quelle succession d’hommes éminents dans tous les genres ont illustré son sol. Serait-ce payer trop cher un résultat aussi désirable? N’aurions-nous pas à nous applaudir, au contraire, d'avoir élevé un pareil monument et d’avoir compris, nous aussi, ce que nous devons à nos gloires nationales?

Nous aurions trouvé, en même temps, un moyen d’utiliser les talents de nos sculpteurs et de prouver à la postérité que le soi belge, dés son organisation en État libre, a compté des artistes dignes des célébrités qu’il a produites jadis.

Si je n’avais craint d’exagérer la dépense. J’aurais voulu voir la Belgique entourée des neuf provinces qui la composent : remplacement prêterait admirablement à une pareille décoration. Chaque province figurerait avec scs principaux attributs, sous ses formes les plus raraetéristiques, et rappellerait les noms des hommes qui l’ont illustrée, sur des plaques d’airain ornant les faces de chaque piédestal. Des places seraient réservées pour les noms qui surgiraient encore; mais res sortes de distinctions nationales ne devraient être décernées que par des lois et dix années au moins après la mort (lu Belge qui serait jugé digne d'un pareil honneur.

De eette manière, le Parc de Bruxelles ne serait plus une simple promenade; il deviendrait un véritable panthéon belge, le sanetuaire de toutes nos illustrations et un objet légitime d’orgueil national.

Fix ne l'appr.nuice.

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