Histoire des sciences mathématiques et physiques
Son père était négociant à Lyon. Élevé au collège des jésuites de cette ville, il y puisa à la fois le goût des Sciences et celui des lettres, sans la réunion desquels il n'eût pu entreprendre la tâche immense qui a principalement occupé sa vie. Outre le grec et le latin, il possédait l'italien, l'anglais, l'allemand et le hollandais; aussi a-t-il lu dans leurs langues presque tous les auteurs dont il a eu à analyser les travaux.
A vingt ans, il alla étudier le droit à Toulouse, où il se fit recevoir avocat, et vint ensuite à Paris pour suivre les cours publics et fréquenter les savants.
Admis aux soirées de Jombert, il s'y lia avec Diderot, d'Alembert, de Gua, Lalande, Blondel, Cochin, Coustou, Leblond, etc., qui tous lui restèrent attachés jusqu'à leur mort.
Il s'employa pour Jombert à la re vision et à la correction de
D'EuIer à Lagrange.
divers ouvrages scientifiques, parmi lesquels nous citerons les Récréations mathématiques d'0:{anam^ qu'il enrichit d'un grand nombre de nouveaux articles. Il entra peu après à la Ga:{ette de France; il était déjà censeur royal pour les ouvrages de Sciences.
Il prit une grande part à la naturalisation en France de la pratique de l'inoculation, déjà usitée en Angleterre depuis plus de trente ans, en traduisant et répandant les principaux écrits publiés à Londres sur la matière.
Son premier écrit original et qui a véritablement inauguré sa carrière est son Histoire des recherches sur la quadrature du cercle (1754, in- 12), qui fut reçue avec assez d'intérêt pour qu'il en conçût l'idée du grand ouvrage auquel il n'a guère cessé de travailler .ensuite jusqu'à sa mort.
La première édition de son Histoire des Mathématiques est de 1758 (2 vol. in-4°) ; elle lui assura aussitôt une place distinguée parmi les savants de l'époque. Cette œuvre se recommande, en effet, par des qualités ém.inentes : une grande impartialité, une grande justesse de vues, une grande érudition, un travail opiniâtre et une bonhomie extrême. Le style n'en est ni élégant ni même toujours assez châtié, mais il n'est jamais ni trop lourd ni prétentieux.
Montucla en était resté, dans son Histoire, au commencement du xvni° siècle et on le pressait vivement d'aborder cette partie, pour laquelle il avait déjà réuni un grand nombre de matériaux; mais une série d'obstacles continuels l'en empêchèrent longtemps^ sans toutefois qu'il cessât jamais de s'en préoccuper.
Envoyé à Grenoble, en 1761, comme secrétaire de l'intendance, il s'y maria en 1763.
Le frère de Turgot ayant été chargé, en 1764, d'une mission
Douzième Période.
à Cayenne, Montucla fut désigné pour l'accompagner^ avec le titre d'astronome royal. Cette expédition, comme on sait, ne fut pas heureuse.
Au retour, Montucla fut nommé, par les soins de Cochin, premier commis à la direction des bâtiments royaux, place d'abord avantageuse, mais que des changements d'organisation réduisirent bientôt à presque rien.
Lalande avait été chargé de lui offrir une place à l'Académie des Sciences; il la refusa, disant qu'il n'aurait pas le loisir nécessaire pour la bien remplir.
La Révolution lui fit perdre sa place et avec elle tout moyen d'existence. C'est alors que Lalande le pressa de s'occuper d'une nouvelle édition de son Histoire des Mathématiques, l'ancienne étant épuisée depuis longtemps et Panckoucke s'offrant à faire les frais de la réimpression et à rémunérer son travail.
Montucla se mit aussitôt à l'œuvre ; mais l'aisance lui revint bientôt par une autre voie. Il fut désigné au comité de Salut public en 1794, par les ouvriers de sa section, pour être porté sur le premier état des gratifications nationales assignées aux gens de lettres, et chargé, en 1795, de l'analyse des traités déposés aux archives des affaires étrangères.
Nommé professeur de Mathématiques à l'Ecole centrale de Paris, il ne crut pas devoir accepter, pensant que sa santé ne lui permettrait pas de remplir avec assez d'exactitude ces nouvelles fonctions; mais le département le comprit dans le jury d'instruction.
Il fit partie de l'Institut dès sa création et reçut un titre de pension de 2,400 francs, dont, il est vrai, il ne jouit que quatre mois.
UEuler à Lagrange.
Il avait donné, en 1799, les deux premiers volumes de la seconde édition de son Histoire^ très étendus et très améliorés, et le troisième volume était déjà assez avancé lorsque la mort vint le surprendre. C'est son ami Lalande qui s'est chargé de continuer le travail.
(c Montucla, dit cet ami dévoué^ était modeste et bienfaisant à un degré que son peu de fortune rendait véritablement admirable. »
DARCET (jEAN); [Né à Donazit (Landes) en 1725, mort à Paris en 1801.]
Ses goûts le portant vers l'étude de la Médecine et des Sciences naturelles, il alla à Bordeaux suivre les cours de l'école de cette ville. Pour suppléer au peu de ressources qu'il trouvait dans sa famille, qui l'avait destiné au barreau, il donna des leçons de latin. Montesquieu lui confia l'éducation de son fils, et Femmena avec lui à Paris en 1742. Là, Darcet se livra avec ardeur à l'étude des Sciences médicales, et surtout de la Chimie, qui lui ^est redevable de grands perfectionnements. Il avait été reçu, [en 1762, docteur régent de la Faculté de Médecine de Paris; il iobtint, en 1774, une chaire de Chimie au Collège de France, et fut le premier qui fit ses cours en français. Il succéda à Macquer [à l'Académie des Sciences, en 1784, puis devint directeur de la
lanufacture de Sèvres, inspecteur général des essais des monfnaies et de la manufacture des Gobelins.
Tous les travaux de Darcet ont eu pour but l'application de la Chimie aux arts et à l'industrie. C'est à lui que nous devons
Douzième Période.
l'extraction de la gélatine des os; celle de la soude du sel marin; rinvention d'un alliage métallique fusible, nommé alliage de Darcet, qui, en se liquéfiant à des températures fixées à l'avance, devait fournir des soupapes de sûreté contre l'explosion des machines à vapeur. La démonstration de l'entière combustibilité du diamant, à l'aide d'expériences confirmées depuis par celles de Lavoisier et Mitouard; le moyen de fabriquer les savons avec toute espèce d'huile et de graisse ; d'intéressants travaux sur les pierres précieuses; des améliorations dans Tart du potier, du verrier, du porcelainier, du métallurgiste, etc.
Lorsque la Révolution éclata, Darcet en adopta chaleureusement les principes. Il fut appelé au Sénat lors de sa création.
Les principaux ouvrages de Darcet sont : Sur l'action d'un feu égaly violent et continué pendant plusieurs jours, sur un grand nombre de terres, de pierres et de chaux métalliques, essayées j pour la plupart, telles qu elles sortent de la Terre (Paris, 17 66-1 771, 2 vol. in- 8°]; Mémoire sur le diamant et sur quelques autres pierres précieuses traitées par le feu (Paris, 1771, in-8°j; Expériences sur plusieurs diamants et pierres précieuses (1772, in-8°) ; Lettre sur V antivénérien d'Agironi (1772, in-8°j; Dissertation sur l'état actuel des Pyrénées, et sur les causes de leur dégradation (1776, in-8°) ; Rapport sur V électricité dans les maladies nerveuses (1783, in-8°); enfin un grand nombre de mémoires et d'articles dans le Recueil de V Académie des Sciences, le Journal de Médecine et le Journal des mines.
D'Euler à Lagrange.
Bosc d'antic (paul).
(Né dans le Languedoc en 1726, mort en 1784.)
Médecin de Louis XV, physicien et naturaliste; il perfectionna la fabrication des glaces et du verre et publia sur l'art de la verrerie des traités estimés.
ADANSON (mICHEl).
(Né à Aix en 1727, mort à Paris en 1806.)
Botaniste, membre de l'Académie des Sciences (lySg) et ensuite de rinstitut. Il explora pendant cinq ans le Sénégal, de 1747 à 1752, et en rapporta d'importantes collections. Il rêvait une classification méthodique accompagnée de la description de tous les êtres connus^ suivant leur série naturelle indiquée par Vensemble de leurs rapports. La Révolution vint interrompre ses travaux en le privant de sa pension d'académicien. Lorsqu'il fut invité par les organisateurs de l'Institut à venir reprendre sa place à l'Académie des Sciences, il répondit qu'il n'avait- pas de souliers. Le Directoire lui fit une petite pension.
Le plus important de ses ouvrages est Les Familles de plantes {ij62>) qui lui fit beaucoup d'honneur, mais qui a vieilli aussitôt, parce qu'Adanson n'avait pas, dans les détails, suivi exactement la méthode fort sage qu'il s'était proposée.
« Il avait bien employé concurremment tous les caractères des plantes pour les classer, dit Adrien de Jussieu, mais il avait eu le tort de les employer tous à peu près au même titre, comme si,
Dou:(ième Période.
par exemple, pour évaluer une somme d'argent, on avait égard au volume, et non à la qualité du métal. »