‹ Histoire des sciences mathématiques et physiques (volume 3)Chapitre 30 sur 40 · PARMENTIER ( ANTOINE-AUGUSTIN · texte numérisé non relu

PARMENTIER ( ANTOINE-AUGUSTIN

(Né à Montdidier en 1737, mort à Paris le 17 décembre 181 3.)

Sa mère, devenue veuve de bonne heure et chargée de deux autres enfants en bas âge, ne put lui faire donner qu'une instruction incomplète. Il entra à dix-huit ans chez un apothicaire de Montdidier pour y faire son apprentissage, et se plaça Fannée suivante, à Paris, chez un de ses parents qui exerçait la même profession. Il obtint en lySy une place d'aide-pharmacien à l'armée du Hanovre et s'y fit remarquer de Bayen et de Chamousset, de qui il apprit, dit Cuvier, deux choses également ignorées de ceux pour qui ce serait le plus un devoir de les con-

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naître : l'étendue, la variété des misères auxquelles il serait encore possible de soustraire les peuples, si Ton s'occupait plus sérieusement de leur bien-être, et le nombre et la puissance des ressources que la nature offrirait contre tant de fléaux, si Ton voulait en répandre et en encourager l'étude.

A la paix, en 1763, Parmentier revint à Paris et y reprit les études relatives à sa profession. Il obtint au concours, en 1766, une place d'apothicaire adjoint aux Invalides, et fut nommé pharmacien en chef de cet établissement en 1772; mais les soeurs de charité, qui avaient eu jusque-là la libre administration de la pharmacie, ne trouvèrent pas leur compte à la tutelle qu'on leur imposait et firent tant de tapage qu'il fallut prendre un parti. L'administration décida que Parmentier continuerait à jouir de son traitement^ mais ne remplirait plus ses fonctions.

La première occasion que rencontra Parmentier de produire ses idées en public lui fut offerte en 1 771. La disette de 1769 avait profondément ému les esprits; l'Académie de Besançon proposa comme sujet de prix d^ Indiquer les végétaux qui pourraient suppléer en temps de disette à ceux qu'on emploie communément à la nourriture des hommes. Parmentier indiqua des moyens nouveaux d'extraire Tamidon de racines et de semences jusque-là sans emploi et remporta le prix. Mais il s'aperçut bientôt que les mesures qu'il avait indiquées lors du concours n'avaient rien de pratique, et c'est alors qu'il entreprit sa célèbre campagne en faveur de la propagation de la culture des pommes de terre. Ce précieux végétal, transporté du Pérou en Europe au commencement du xvi« siècle, était très répandu en Allemagne, en Suisse, ainsi qu'en Irlande; Turgot avait essayé de le pro-

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pager dans le Limousin et l'Angoumois, mais les préventions publiques opposaient un obstacle presque insurmontable ; le contrôleur général se vit obligé de demander à la Faculté de Médecine un avis qui pût rassurer les esprits. Parmentier publia d'abord, sur le tubercule prétendu dangereux, une analyse chimique où il montrait qu'aucun de ses éléments ne saurait être nuisible; puis, sachant combien il est difficile de lutter contre la routine, il pensa que, pour la battre en brèche, il lui fallait une haute protection; cette protection, il la rencontra dans Louis XVI lui-même. Comme il se proposait, avant tout, de frapper l'imagination des Parisiens, il solUcita et obtint du monarque, pour l'essai qu'il méditait, 5o arpents de la plaine des Sablons. Ces sables stériles furent labourés pour la première fois par les soins de Parmentier, qui leur confia la plante qu'il voulait réhabiliter. Emerveillé de son succès, Parmentier cueillit un bouquet de ces précieuses fleurs et courut à Versailles le présenter au monarque. Louis XVI accepta l'offrande avec bienveillance, et, malgré les sourires moqueurs de quelques-uns des courtisans qui l'entouraient, il en para la boutonnière de son habit.

De ce moment, la cause de la pomme de terre fut gagnée. Les grands seigneurs et les dames, qui jusqu'alors avaient beaucoup ri de ce qu'ils appelaient la folie du bonhomme, s'empressèrent d'imiter l'exemple de Louis XVI et d'adresser leurs félicitations au modeste philanthrope. Des gardes placés autour des champs excitaient la curiosité et l'avidité de la foule; mais ces gardes n'exerçaient leur surveillance que pendant le jour. Bientôt on vint annoncer à Parmentier que ses pommes de terre avaient été volées pendant la nuit. A cette nouvelle, il ne se sentit pas de

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joie et récompensa largement celui qui la lui avait apportée. Il ne voyait dans ce vol qu'un nouveau genre de succès. « Si Ton vole la pomme de terre, se dit-il, c'est qu'il n'existe plus de préjuge contre elle. » Peu de temps après, il donna un grand repas où, parmi les notabilités de l'époque, assistèrent Franklin et Lavoisier. Le tubercule de la plaine des Sablons, préparé sous toutes les formes, y fournit seul la substance de tous les mets. Les liqueurs mêmes en étaient extraites. C'est ainsi que, grâce aux généreux efforts d'un seul homme, la France vit la pomme de terre se placer à un rang honorable parmi les richesses agricoles.

Pendant quarante ans, il ne se lassa pas de la recommander dans une foule de brochures, dans les journaux et dans les revues. Il eut à la longue le bonheur de réussir, et ce fut une des joies de sa vieillesse.

Au reste, ce n'est pas là le seul service qu'il ait rendu : il avait étudié avec soin non seulement la culture des principales plantes pouvant remplacer le blé, telles que le maïs, la châtaigne, etc., mais encore les procédés de panification. C'est à lui que sont dus les derniers perfectionnements apportés à la mouture et au blutage du blé dont on n'extrayait que très incomplètement la farine, sauf à en faire manger le son aux hommes dans un grand nombre de localités. C'est lui aussi qui a propagé l'usage du sirop de raisin, lequel a rendu tant de services pendant les guerres de la République et de l'Empire; qui améliora la confection des soupes économiques, des biscuits pour les marins, etc. C'est encore lui qui rassura le public sur la salubrité des eaux de la Seine, lors de l'établissement de la pompe à feu de Chaillot; il contribua aussi à la propagation de la vaccine; il rétablit Tordre

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dans le service de la pharmacie des hôpitaux de Paris, pour lesquels il rédigea le Code pharmaceutique (Paris, 1802, in-8°); il surveillait la boulangerie centrale des établissements de charité et dirigeait encore l'hospice des Ménages.

On doit à Parmentier de nombreux écrits remplis de détails intéressants, mais d'un style diffus, et dépourvus d'ordre méthodique. Nous citerons, entre autres : Examen chimique des pommes de terre (Paris, 1773); le Parfait boulanger (1777, in-8°); Traité de la châtaigne (1780, 2 vol. in-8°); Recherche sur les végétaux nourrissants qui, dans les temps de disette, peuvent remplacer les aliments ordinaires (1781, in-8°) ; Méthode facile de conserver à peu de frais les grains et les farines (1784, in-8°); Avis sur la manière de traiter les grains et d'^en faire du pain (1787, in-4°); Traité sur la culture et les usages des pommes de terre, de la patate et des topinambours (1789, in-8''); Economie rurale et domestique (1790, 8 vol. in-i8) ; Avis sur la préparation et la forme à donner au biscuit de mer (1795); VArt de faire les eaux-de-vie et les vinaigres ( 1801 ) ; Traité sur l'art de fabriquer les sirops et conserves de raisin (1810); le Maïs sous tous ses rapports (1812), etc. Outre ces publications sur l'alimentation du peuple et de nombreux articles insérés dans divers recueils et journaux, on a de lui une traduction avec notes des Récréations physiques de Model et une édition de la Chimie hydraulique de Lagaraye.

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GUYTON DE MORVEAU (lOUIS-BERNARD).

(Né à Dijon en l'j'i'J-, mort en 1816.)

D'abord avocat- général au Parlement de Dijon, il ne tarda pas à résigner ses fonctions pour se livrer entièrement à l'étude de la Chimie, qu'il professait déjà publiquement et gratuitement, avant d'abandonner sa charge.

Il publia en 1772 àts Digressions académiques sur le phlogistique et la cristallisation.

Il fit pratiquer, en 1776, dans la cathédrale de Dijon et dans les prisons de la ville des fumigations acides pour neutraliser les miasmes contagieux.

Il se démit de sa charge en 1782 et publia, cette année même, dans le Journal de Physique, son plan de nomenclature, qu'il refondit en 1 787 avec l'aide de Lavoisier , Fourcroy et Bertholiet.

Il publia en 1786 le premier volume du Dictionnaire de Chimie.

Envoyé à l'Assemblée législative, en 1791, par le département de la Côte-d'Or, puis à la Convention en 1792, il vota la mort de Louis XVI et devint membre du Comité de Salut public, 011 il rendit de grands services pour l'organisation des moyens de défense.

Il entra à l'Institut lors de sa formation, en 1796, et fut l'un des fondateurs de l'Ecole Polytechnique où il professa la Chimie et dont il devint Directeur.

Ce fut sur son rapport que le Gouvernement décida remploi des aérostats en campagne.

Voici les titres de ses principaux ouvrages : Combustion du

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diamant; Ciments propres à bâtir sous F eau; Affinités et composition des sels; Composition de certains ga^; Pjrromètre; Découverte d'un minerai composé uniquement de magnésie et d'acide carbonique ; Eléments de Chimie théorique et pratique; Nomenclature chimique.

HERSCHEL (gUILLAUMe).

(Né à Hanovre en lySS, mort en 1823.)

Il était fils d'un musicien, et lui-même, dans sa jeunesse, entra dans la musique du régiment des gardes hanovriennes, où il jouait du hautbois, puis il fut professeur de Musique et organiste dans différentes villes.

Il se rendit en Angleterre en lySy, résida quelques années dans le comté de Durham, ensuite à Halifax, puis fut appelé à Bath comme directeur de la musique à la chapelle Octogone. Il jouissait alors d'une grande aisance.

S'étant essayé, en 1774, à construire un télescope, et y ayant assez bien réussi pour pouvoir apercevoir Saturne, il en prit un goût marqué pour les observations astronomiques, auxquelles il s'adonna ensuite tout entier à partir de sa brillante découverte d'Uranus, en 1781. Cette découverte lui valut une grande réputation et la faveur du roi Georges III, qui l'appela à Selough, près de Windsor, et le mit en état de se livrer, sans autres préoccupations, à ses études favorites.

L'Université d'Oxford lui conféra le grade, tout honorifique, de docteur es lois, la Société royale astronomique le choisit pour

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président; enfin, il fut élu membre correspondant de l'Institut de France. Son principal ouvrage est le Catalogue d'étoiles qu'il dressa en collaboration avec sa sœur, miss Caroline Herschel; il a publié, en outre, de 1782 à 18 18, un grand nombre de mémoires dans le Recueil de la Société royale de Londres.

Nous allons passer en revue ses principales découvertes.

Ses premiers télescopes avaient déjà une supériorité marquée sur tous ceux qu'on avait employés avant lui; mais il parvint plus tard à en construire de bien plus parfaits et qui produisaient un grossissement inouï jusqu'alors. Un perfectionnement important qu'il apporta à la construction de ces appareils fut de disposer le miroir, par rapport à l'objet et à l'observateur, de façon à éviter la déperdition d'une partie considérable des rayons lumineux. Grégory et Newton employaient, comme on sait, deux réflecteurs, l'un de grande dimension, au foyer duquel se formait rimage, l'autre, plus petit, dont l'office était de renvoyer cette image à l'observateur; ce second miroir, nécessairement placé entre le grand réflecteur et Tobjet, interceptait une partie notable des rayons; d'ailleurs, la seconde image, obtenue par deux réflexions successives, se trouvait trop affaiblie. Herschel imagina d'incliner un peu le grand miroir, de façon que l'observateur, placé un peu de côté à l'extrémité supérieure du tube, pût la recevoir directement, sans cependant s'interposer entre l'objet et le réflecteur.

Le miroir du grand télescope d'Herschel avait i'",47 de diamètre et pesait iooo^«; la distance focale était de 12»". Le grossissement, qu'Herschel n'a, du reste, pu déterminer bien exactement, était évalué par lui à 6000, L'appareil, monté sur un châssis à roulettes, pouvait être orienté tout d'une pièce par le

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moyen d'un treuil. Un système complet de mâts, de poulies et de cordages servait à donner à l'énorme tube une inclinaison et une direction convenables. On conçoit que des moyens si grands et si nouveaux devaient faciliter de nombreuses découvertes. Celle d'Uranus est aujourd'hui le moindre titre de gloire d'Herschel; elle était, du reste, inévitable, et le nouveau télescope n'y était pas nécessaire : l'astre présentant l'aspect d'une étoile de cinquième grandeur, les grands travaux entrepris pour la rédaction des nouveaux catalogues n'auraient pas pu la laisser échapper. Il est remarquable, au reste, que la nouvelle planète avait déjà été observée plusieurs fois, comme simple étoile fixe, par Flamsteed en 1690, par Mayer en 1756, et par Lemonnier en 1765. Comme elle emploie quatre-vingt-quatre ans à faire le tour du ciel^ son mouvement presque imperceptible ne pouvait que difficilement la déceler. Aussi n'est-ce pas ce mouvement qui la fit connaître : Herschel, qui l'avait aperçue par hasard en passant la revue du ciel, ne s'y arrêta que parce qu'elle lui parut présenter un diamètre sensible. En l'observant plusieurs jours de suite, il lui reconnut aisément un petit mouvement; mais on était alors si éloigné de penser à la découverte de planètes nouvelles, qu'Herschel ne vit d'abord dans Uranus qu'une comète exceptionnellement dépourvue de nébulosité.

Herschel aborda, dès 1782, des recherches d'un genre entièrement neuf, qu'il a continuées depuis avec succès, et qui formèrent le point de départ de ce qu'on a appelé V Astronomie stellaire. Certaines étoiles, observées à son puissant télescope, se décomposaient en deux, trois, etc. A cette époque, on n'avait pas encore imaginé de faire descendre les étoiles de leur dignité d'astres fixes ; mais les positions relatives de deux étoiles assez voisines pour

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paraître confondues, lorsqu'on observait avec de bonnes lunettes, pouvaient s'intervertir ou du moins subir quelques variations durant une révolution annuelle de la terre. Herschel espérait trouver dans l'observation des étoiles multiples un moyen de déterminer leurs parallaxes annuelles. Mais l'observation attentive des groupes qu'elles forment lui a révélé ce fait bien plus important et auquel on était loin de s'attendre, que, pour un grand nombre de ces groupes, les étoiles qui les composent ont, les unes par rapport aux autres, des mouvements assimilables à ceux des planètes par rapport au soleil, et qui paraissent comme ceux-ci dus à la gravitation. Les observations plus modernes n'ont fait que confirmer sous ce rapport les idées d' Herschel.

La première nébuleuse dont il ait été question fut signalée, en 1612, par Simon Marins; Huyghens en découvrit une autre en i656, dans la constellation d'Orion; Halley n'en connaissait que six; Lacaille et Messier en portèrent le nombre à 96 ; Herschel en découvrit à lui seul plus de 2,5oo, qu'il distingue en nébuleuses résolubles et nébuleuses non résolubles. Ces dernières lui paraissaient formées de matière cométaire, et il pensait que c'est cette matière qui, en se condensant, forme à la longue les étoiles elles-mêmes. L'examen attentif du ciel permet, en effet, de reconnaître, parmi certaines nébuleuses, des étoiles pour ainsi dire en voie de formation : on y distingue quelques points brillants, nageant dans une atmosphère lumineuse formée de matière cosmique.

Une longue observation de la voie lactée avait suggéré à Herschel une idée que divers astronomes ont adoptée depuis : il supposait que toutes les étoiles sont répandues dans l'espace de manière à s'éloigner assez peu d'un plan et à former une couche que

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nous ne voyons que par sa tranche, notre soleil s'y trouvant luimême plongé. Les étoiles les plus éloignées en apparence de la voie lactée en feraient partie comme les autres; mais ce seraient celles entre lesquelles notre soleil serait immédiatement compris, et que, pour cette raison^ nous verrions dans toutes les directions.

Toutes ces théories, quoique contestables, ont cependant été généralement admises. Mais il nous reste à mentionner en l'honneur d'Herschel des découvertes plus positives.

Uranus a six satellites qu'Herschel découvrit le premier et dont il détermina les révolutions et les orbites. Les plans de ces orbites sont presque perpendiculaires à celui deTécliptique; c'était un Fait encore sans exemple.

On ne connaissait alors que cinq des huit satellites de Saturne ; Herschel découvrit les deux plus voisins de Tanneau, et fixa les durées des révolutions de cet anneau et de la planète elle-même.

L'observation des taches de Mars lui permit de fixer la durée de sa révolution à 24*^ 40™, et l'inclinaison du plan de son équateur sur celui de son orbite à 28*^42'. Cette inclinaison, comparable à l'obliquité de l'écliptique sur notre équateur, devait faire supposer dans Mars des saisons analogues aux nôtres ; et, en effet, Herschel reconnut aux deux pôles de la planète des taches blanches analogues à celles que doivent former nos glaces polaires, et variables de grandeur avec Tinclinaison sous laquelle elles reçoivent les rayons solaires.

C'est encore à Herschel qu'on doit la détermination de l'aplatissement de Jupiter, ^ ; la durée de sa rotation, dix heures à peu près; l'inclinaison de son équateur sur le plan de son orbite, 2° à 3°.

Herschel déterminait les diamètres des planètes par une méthode ingénieuse, mais qui eût exigé la connaissance exacte du

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grossissement de son télescope; toutefois cette méthode pouvait donner au moins les rapports des diamètres entre eux. Voici en quoi elle consiste : tandis qu'il observait d'un œil l'image de la planète, il faisait porter en avant de l'autre un petit disque en papier blanc, que l'aide approchait ou éloignait jusqu'à ce que les deux diamètres parussent de même grandeur. Le quotient du diamètre du disque par la distance devait donner la mesure de l'angle formé à l'œil, ou le diamètre apparent du disque, par conséquent celui de l'image agrandie de la planète. C'est ainsi qu'Herschel a mesuré les diamètres de Gérés et de Pallas, lors de la découverte de ces deux planètes, en 1801. Les valeurs qu'il obtint ont été trouvées plus tard plus exactes que celles qu'avaient données d'autres astronomes, Olbers entre autres.

En s'élevant graduellement du simple état d'artiste exécutant au rang de membre et de correspondant des plus illustres sociétés scientifiques de l'Europe, Herschel avait voulu refaire lui-même entièrement son éducation scientifique et y avait complètement réussi, si l'on en juge par la traduction qu'il donna du Calcul différentiel de Lacroix. Il s'intéressait, au reste, très vivement aux progrès de toutes les Sciences, et la Physique lui est redevable d'une découverte toute aussi importante et bien plus inattendue que celles dont il a enrichi l'Astronomie : c'est celle des rayons du spectre solaire, qu'on a depuis désignés sous le nom d'infrarouges. Il cherchait, à l'aide d'un thermoscope, à évaluer le pouvoir échauffant des rayons inégalement réfrangibles qui forment le spectre solaire, et avait reconnu que ce pouvoir va en augmentant du violet au rouge. C'était déjà ua fait fort intéressant; mais quel ne fut pas l'étonnement du monde savant d'apprendre quele thermomètre, placé au delà du rouge, indiquait un flux de cha-

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leur plus abondant qu'à Tintérieur du spectre lui-même ! Il existait donc, dans un faisceau de lumière solaire, des rayons invisibles, moins réfrangibles que les rayons rouges; et l'action calorique du faisceau était principalement due à la présence de ces rayons. Le fait parut d'abord tellement incroyable, que quelques savants se permirent d'inqualifiables attaques contre l'auteur d'une si belle découverte. On sait qu'on a depuis trouvé au-delà du violet d'autres rayons également invisibles, sans chaleur sensible, mais qui conservent l'activité chimique.

Les brillantes découvertes d'Herschel en Astronomie ne le mettent certainement pas au niveau des Hipparque, des Copernic, des Kepler, des Nev^ton, ni même à la hauteur des Ptolémée, des Tycho, des Lacaille, des Delambre; mais il serait injuste de ne voir dans cet homme éminent qu'un observateur heureux et habile : il fallait du génie pour combiner comme il l'a fait les moyens d'observation et agrandir à un tel point les facultés de nos organes.

LA FOLLIE ( LOUIS-GUILLAUME De).

(Né à Rouen en 1739, mort en 1780).

Il s'occupa utilement avec Dambourney à perfectionner l'art de la teinture. Il fixa sur le fil la couleur rouge des Indes ^ et inventa pour la teinture sur laine un mordant qui porte encore le nom à^apprêt de la Follie. Il proposa au Gouvernement un vernis pour préserver de l'action corrosive de l'eau de mer le cuivre employé au doublage des vaisseaux.

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