BOSSUT (CHARLES
(Né à Tarare, près de Lyon, en 1730, mort en 1814.)
Il obtint de bonne heure la protection de Clairaut, et celle de d'Alembert qui devait se l'associer plus tard pour la partie mathématique de l'Encyclopédie. Il partagea, en 1760, avec Tun des fils de Daniel Bernoulli le prix proposé par l'Académie de Lyon sur la meilleure forme ^e5r<îme5 et, l'année suivante, avec le fils d'Euler le prix sur V arrimage proposé par l'Académie des Sciences. Il remporta un autre prix en 1762 dans un concours sur la théorie des planètes. L'Académie de Toulouse couronna aussi plusieurs de ses mémoires.
Il fut nommé à vingt-deux ans examinateur pour l'École du génie de Mézières, fut admis à l'Académie des Sciences en 1768 et obtint une chaire d'Hydrodynamique, créée pour lui au Louvre. Il rentra dans la retraite à l'époque de la Révolution.
Il fut, sous l'Empire, élu membre de l'Institut et nommé examinateur à l'École Polytechnique.
Outre son Histoire des Mathématiques^ qui est de 1802, l'abbé
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Bossut a laissé un cours complet de Mathématiques (1765), un Traité de Mécanique (1792) et des mémoires concernant la Navigation, l'Astronomie et la Physique. Il a donné aussi une édition des oeuvres de Pascal.
Nous ne dirons rien des ouvrages didactiques de Bossut : ils ont vécu le temps que vivent les ouvrages de ce genre, vingt ou trente ans, au bout desquels les méthodes ayant changé, les élèves doivent recourir à de nouveaux guides; mais V Histoire des Mathématiques mérite un examen spécial. Outre que celle de Montucla était déjà fort en retard, elle présentait quelques défauts : très prolixe en détails insignifiants, et d'ailleurs peu authentiques, sur l'antiquité, elle effleurait seulement les grands sujets que présente la période moderne; la facture, au reste, en était lourde. Bossut a su débarrasser son sujet de beaucoup de discussions oiseuses sur l'antiquité, et son style net, clairet facile, pourrait en bien des endroits servir de modèle.
L'histoire de la Géométrie ancienne, dans l'ouvrage de Bossut, est à peu près parfaite; mais la seconde partie de cet ouvrage comporte bien des critiques. En premier lieu, Bossut n'a rien compris à la révolution qui a marié les recherches jusque-là stériles de Diophante et des arithméticiens arabes à celles des géomètres grecs. Non seulement il ne décrit par les efforts de Tartaglia, de Cardan, de Viète, pour fonder l'application de l'Algèbre à la Géométrie, mais il ne paraît pas même les apercevoir; il raconte les découvertes de ces géomètres, mais sans voir qu'elles ouvrent un nouveau monde. La réduction du concret à l'abstrait, de la grandeur à sa mesure, par l'intervention d'une unité, la substitution des calculs sur les nombres aux combinaisons sur les figures, ne sont pas même signalées ; ainsi l'histoire d'une des plus grandes
D'Euler à Lagrange.
évolutions qu'ait effectuées l'esprit mathématique manque totalement dans VHîstoire des Mathématiques de Bossut.
L'intervention de l'Algèbre dans les spéculations purement géométriques a, presque dès l'abord, créé une nouvelle série d'idées entièrement modernes, que Bossut n'entrevoit pas davantage ou qu'il n'aperçoit que dans leurs applications. Nous voulons parler de la méthode des modernes pour la découverte des conditions de possibilité des problèmes par la discussion des formules littérales,, et de l'interprétation des solutions négatives ou imaginaires, à laquelle a abouti Tesprit de généralisation. Le calcul symbolique des formules des grandeurs impossibles (négatives ou imaginaires) n'obtient pas même une remarque dans cette histoire.
L'invention des calculs différentiel et intégral est bien présentée ; toutefois la part qu'y eurent Descartes et Fermât, Roberval et Pascal est complètement passée sous silence.
Quant aux jugements portés par Bossut, ils sont souvent partiaux et erronés. Ainsi la prépondérance qu'il accorde à Harriot et à Wallis, sur Descartes, en Algèbre, est tellement absurde qu'on ne se l'explique même pas. D'un autre côté^ le persifflage dont Bossut accable Descartes au profit de Newton, à propos des théories de l'émission et des ondulations est très regrettable. Descartes avait sans doute eu tort de donner une forme trop positive à ses idées, assurément fort vagues, sur la lumière et la chaleur; mais, outre que Descartes avait précédé New^ton de beaucoup, les théories de Newton ne reposaient en définitive que sur des hypothèses qu'on a dû ensuite abandonner.
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DUHAMEL (jEAN-PIERRE-FRANÇOIS-GUILLOt).
[Né, à Nicorps (près Coutances) en ijSo, mort en 1816.]
Ilpassa quelque temps dans l'étude d'un procureur, qu'il quitta pour se rendre auprès d'un de ses oncles, ancien ingénieur. Celuici lui apprit les Mathématiques et, frappé des progrès du jeune homme, l'envoya à Paris, où il entra à TEcole des ponts et chaussées. Trudaine, directeur de cette école, ayant projeté à cette époque la création d'une école des mines, fit donner à de Jars et à Duhamel la mission de se rendre en Allemagne pour y étudier les procédés employés dans ce pays pour l'extraction du minerai, car l'art des mines était alors à peu près inconnu en France. « Cet art, né en Allemagne dans le moyen âge, y était demeuré, dit Cuvier, à peu près concentré dans les mains des hommes du métier. A peine quelques traités de métallurgie ou de docimasie commençaient-ils à se répandre en France par des traductions imparfaites. » Il s'agissait, par conséquent, d'aller apprendre, de la bouche des ouvriers et par l'étude de leurs travaux, quels sont les terrains qui recèlent les mines, les lois de leur gisements, les moyens de les exploiter, comme d'en purifier les produits, et de former du tout un corps de doctrine. Telle était la tâche des deux jeunes savants.
Ils commencèrent par visiter les mines du Forez, des Vosges, des Pyrénées (1754- 175 6), puis se rendirent dans le Hartz, en Saxe, en Autriche et en Hongrie. De retour en France, Duhamel trouva le projet de Trudaine abandonné. Pour vivre, il prit, en 1764, la direction d'un fonderie appartenant à un particulier, apporta de grandes modifications aux procédés de fabrication, doubla les bénéfices, en diminuant de beaucoup les frais et,
D'Eider à Lagrange. 27
dès 1767, fabriqua des aciers qui ne le cédaient en rien à ce que l'industrie anglaise produisait alors de plus parfait en ce genre.
Nommé, en 1775, commissaire du conseil pour l'inspection des forges et fourneaux, il apporta de grands perfectionnements dans l'art des mines. Il inventa un instrument destiné à mieux suivre la direction des filons, trouva d'excellents procédés pour extraire l'argent du cuivre, pour retirer l'or et l'argent des cendres, pour tirer partie des galènes les plus pauvres, pour traiter sans perte les riches minerais de fer, pour utiliser la plupart des scories du plomb, etc.
En récompense de ses travaux, il reçut une chaire d'exploitation et de métallurgie à l'École des mines, créée par de Galonné, et un fauteuil à l'Académie des Sciences.
Un moment privé de ses places pendant la Terreur, il les recouvra après le 9 thermidor, et devint en même temps inspecteur général des mines.
Duhamel, à une grande bonté et à une rare modestie, unissait un grand désintéressement. C'est ainsi qu'en 1777 il livra au public son procédé pour la cémentation de l'acier, sans même prendre la peine de faire constater son droit de priorité. On a de lui des Mémoires^ dans le Recueil de l'Académie des Sciences, des articles dans le Journal des mines, dans VEncyclopédie méthodique, dans le Dictionnaire métallurgique^ etc. ; une Géométrie souterraine élémentaire, théorique et pratique {Paris ^ 1788, in-4°), ouvrage fort estimé qui a été longtemps le manuel de nos directeurs de mines et qui a été traduit en allemand; enfin un Dictionnaire portatif , français-allemand, contenant les mots techniques relatifs à l'art d'exploiter les mines (Paris, 1800, in~4'^).
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